_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.
Août 1698.
M. _de Clérembault_ m'a fait un sensible plaisir en me disant que vous
songiez à moi: j'en suis digne par l'attachement que je conserve pour
vous. Nous allons mériter des louanges de la postérité par la durée de
notre vie, et par celle de notre amitié. Je crois que je vivrai autant
que vous. Je suis lasse quelquefois de faire toujours la même chose; et
je loue le Suisse qui se jeta dans la rivière par cette raison. Mes amis
me reprennent souvent sur cela, et m'assurent que la vie est bonne, tant
que l'on est tranquille et que l'esprit est sain. La force du corps
donne d'autres pensées. L'on préféreroit sa force à celle de l'esprit;
mais tout est inutile quand on ne sauroit rien changer. Il vaut autant
s'éloigner des réflexions, que d'en faire qui ne servent à rien. Madame
_Sandwich_ m'a donné mille plaisirs, par le bonheur que j'ai eu de lui
plaire. Je ne croyois pas sur mon déclin pouvoir être propre à une femme
de son âge. Elle a plus d'esprit que toutes les femmes de France, et
plus de véritable mérite. Elle nous quitte; c'est un regret pour tout ce
qui la connoît, et pour moi particulièrement. Si vous aviez été ici,
nous aurions fait des repas dignes du temps passé. Aimez-moi toujours.
Madame _de Coulanges_ a pris la commission de faire vos complimens à M.
le comte _de Grammont_ par madame la comtesse _de Grammont_. Il est si
jeune, que je le crois aussi léger, que du temps qu'il haïssoit les
malades, et qu'il les aimoit dès qu'ils étoient revenus en santé. Tout
ce qui revient d'Angleterre parle de la beauté de madame la duchesse
_Mazarin_, comme on parle ici de celle de mademoiselle _de Bellefond_
qui commence. Vous m'avez attachée à madame _Mazarin_, et je n'en
entends point dire de bien sans plaisir. Adieu, Monsieur; pourquoi
n'est-ce pas un bon jour? Il ne faudroit pas mourir sans se voir.