_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.
Avril 1698.
M. l'abbé _Dubois_ m'a rendu votre lettre, Monsieur, et m'a dit autant
de bien de votre estomac que de votre esprit. Il vient des temps où l'on
fait bien plus de cas de l'estomac que de l'esprit; et j'avoue à ma
honte que je vous trouve plus heureux de jouir de l'un que de l'autre.
J'ai toujours cru que votre esprit dureroit autant que vous. On n'est
pas si sûr de la santé du corps, sans quoi il ne reste que de tristes
réflexions. Insensiblement je m'embarquerois à en faire: voici un autre
chapitre; il regarde un joli garçon qu'un désir de voir les honnêtes
gens de toute sorte de pays a fait quitter une maison opulente, sans
congé. Peut-être blâmerez-vous sa curiosité; mais l'affaire est faite.
Il sait beaucoup de choses; il en ignore d'autres qu'il faut ignorer à
son âge. Je l'ai cru digne de vous voir, pour lui faire commencer à
sentir qu'il n'a pas perdu son temps d'aller en Angleterre. Traitez-le
bien pour l'amour de moi. Je l'ai fait prier par son frère aîné, qui est
particulièrement mon ami, d'aller savoir des nouvelles de madame la
duchesse _Mazarin_ et de madame _Hervey_, puisqu'elles ont bien voulu se
souvenir de moi.