LETTRE XI.

_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.

J'ai envoyé une réponse à votre dernière lettre, Monsieur, au

correspondant de M. l'abbé _Dubois_; et je crains, comme il étoit à

Versailles, qu'elle ne lui ait pas été rendue. Je serois fort en peine

de votre santé, sans la visite du bon petit bibliothécaire de madame _de

Bouillon_[166], qui me combla de joie, en me montrant une lettre d'une

personne qui songe à moi à cause de vous. Quelque sujet que j'aie eu

dans ma maladie de me louer du monde et de mes amis, je n'ai rien

ressenti de plus vif que cette marque de bonté. Faites sur cela tout ce

que vous êtes obligé de faire, puisque c'est vous qui me l'avez attirée.

Je vous prie que je sache, par vous-même, si vous avez rattrapé ce

bonheur dont on jouit si peu en de certains temps. La source ne sauroit

tarir tant que vous aurez l'amitié de l'aimable personne qui soutient

votre vie[167]. Que j'envie ceux qui passent en Angleterre! et que

j'aurois de plaisir de dîner encore une fois avec vous! n'est-ce point

une grossièreté que le souhait d'un dîner? L'esprit a de grands

avantages sur le corps: cependant ce corps fournit souvent de petits

goûts qui se réitèrent, et qui soulagent l'âme de ses tristes

réflexions. Vous vous êtes souvent moqué de celles que je faisois: je

les ai toutes bannies. Il n'est plus temps quand on est arrivé au

dernier période de la vie: il faut se contenter du jour où l'on vit. Les

espérances prochaines, quoique vous en disiez, valent bien autant que

celles qu'on étend plus loin: elles sont plus sûres. Voici une belle

morale. Portez-vous bien, voilà à quoi tout doit aboutir.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 204 / 267 题