_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.
J'ai envoyé une réponse à votre dernière lettre, Monsieur, au
correspondant de M. l'abbé _Dubois_; et je crains, comme il étoit à
Versailles, qu'elle ne lui ait pas été rendue. Je serois fort en peine
de votre santé, sans la visite du bon petit bibliothécaire de madame _de
Bouillon_[166], qui me combla de joie, en me montrant une lettre d'une
personne qui songe à moi à cause de vous. Quelque sujet que j'aie eu
dans ma maladie de me louer du monde et de mes amis, je n'ai rien
ressenti de plus vif que cette marque de bonté. Faites sur cela tout ce
que vous êtes obligé de faire, puisque c'est vous qui me l'avez attirée.
Je vous prie que je sache, par vous-même, si vous avez rattrapé ce
bonheur dont on jouit si peu en de certains temps. La source ne sauroit
tarir tant que vous aurez l'amitié de l'aimable personne qui soutient
votre vie[167]. Que j'envie ceux qui passent en Angleterre! et que
j'aurois de plaisir de dîner encore une fois avec vous! n'est-ce point
une grossièreté que le souhait d'un dîner? L'esprit a de grands
avantages sur le corps: cependant ce corps fournit souvent de petits
goûts qui se réitèrent, et qui soulagent l'âme de ses tristes
réflexions. Vous vous êtes souvent moqué de celles que je faisois: je
les ai toutes bannies. Il n'est plus temps quand on est arrivé au
dernier période de la vie: il faut se contenter du jour où l'on vit. Les
espérances prochaines, quoique vous en disiez, valent bien autant que
celles qu'on étend plus loin: elles sont plus sûres. Voici une belle
morale. Portez-vous bien, voilà à quoi tout doit aboutir.