LETTRE VIII.

_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.

J'apprends avec plaisir que mon âme vous est plus chère que mon corps,

et que votre bon sens vous conduit toujours au meilleur. Le corps, à la

vérité, n'est plus digne d'attention, et l'âme a encore quelque lueur

qui la soutient, et qui la rend sensible au souvenir d'un ami dont

l'absence n'a point effacé les traits. Je fais souvent de vieux contes

où M. _d'Elbene_, M. _de Charleval_ et le chevalier _de la Rivière_

réjouissent les modernes. Vous avez part aux beaux endroits. Mais comme

vous êtes moderne aussi, j'observe de ne vous pas louer devant les

académiciens qui se sont déclarés pour les anciens. Il m'est revenu un

prologue en musique que je voudrois bien voir sur le théâtre de Paris.

La beauté, qui en fait le sujet, donneroit de l'envie à toutes celles

qui l'entendroient. Toutes nos Hélènes n'ont pas le droit de trouver un

Homère, et d'être toujours les Déesses de la beauté. Me voici bien haut;

comment en descendre? Mon très-cher ami, ne falloit-il pas mettre le

coeur à son langage? Je vous assure que je vous aime toujours plus

tendrement que ne le permet la philosophie. Madame la duchesse _de

Bouillon_ est comme à dix-huit ans. La source des charmes est dans le

sang Mazarin. A cette heure que nos rois sont amis, ne devriez-vous pas

venir faire un tour ici? ce seroit pour moi le plus grand succès de la

paix.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 201 / 267 题