_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.
J'apprends avec plaisir que mon âme vous est plus chère que mon corps,
et que votre bon sens vous conduit toujours au meilleur. Le corps, à la
vérité, n'est plus digne d'attention, et l'âme a encore quelque lueur
qui la soutient, et qui la rend sensible au souvenir d'un ami dont
l'absence n'a point effacé les traits. Je fais souvent de vieux contes
où M. _d'Elbene_, M. _de Charleval_ et le chevalier _de la Rivière_
réjouissent les modernes. Vous avez part aux beaux endroits. Mais comme
vous êtes moderne aussi, j'observe de ne vous pas louer devant les
académiciens qui se sont déclarés pour les anciens. Il m'est revenu un
prologue en musique que je voudrois bien voir sur le théâtre de Paris.
La beauté, qui en fait le sujet, donneroit de l'envie à toutes celles
qui l'entendroient. Toutes nos Hélènes n'ont pas le droit de trouver un
Homère, et d'être toujours les Déesses de la beauté. Me voici bien haut;
comment en descendre? Mon très-cher ami, ne falloit-il pas mettre le
coeur à son langage? Je vous assure que je vous aime toujours plus
tendrement que ne le permet la philosophie. Madame la duchesse _de
Bouillon_ est comme à dix-huit ans. La source des charmes est dans le
sang Mazarin. A cette heure que nos rois sont amis, ne devriez-vous pas
venir faire un tour ici? ce seroit pour moi le plus grand succès de la
paix.