LETTRE VI.

_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.

Je défie Dulcinée de sentir avec plus de joie le souvenir de son

chevalier. Votre lettre a été reçue comme elle le mérite, et _la triste

figure_ n'a point diminué le mérite des sentimens. Je suis touchée de

leur force et de leur persévérance. Conservez-les à la honte de ceux qui

se mêlent d'en juger. Je crois, comme vous, que les rides sont les

marques de la sagesse. Je suis ravie que vos vertus extérieures ne vous

attristent point. Je tâche d'en user de même. Vous avez un ami[164],

gouverneur de province, qui doit sa fortune à ses agrémens. C'est le

seul vieillard qui ne soit pas ridicule à la cour. M. _de Turenne_ ne

vouloit vivre que pour le voir vieux. Il le verroit père de famille,

riche et plaisant. Il a plus dit de plaisanteries sur sa nouvelle

dignité, que les autres n'en ont pensé. M. _d'Elbene_, que vous appeliez

_le Cunctator_, est mort à l'hôpital. Qu'est-ce que les jugemens des

hommes! Si M. _d'Olonne_ vivoit, et qu'il eût lu la lettre que vous

m'écrivez, il vous auroit continué votre qualité de _son philosophe_. M.

_de Lauzun_ est mon voisin. Il recevra vos complimens. Je vous rends

très-tendrement ceux de M. _de Charleval_. Je vous demande instamment de

faire souvenir M. _de Ruvigny_ de son amie de la rue des Tournelles.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 199 / 267 题