_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.
Je défie Dulcinée de sentir avec plus de joie le souvenir de son
chevalier. Votre lettre a été reçue comme elle le mérite, et _la triste
figure_ n'a point diminué le mérite des sentimens. Je suis touchée de
leur force et de leur persévérance. Conservez-les à la honte de ceux qui
se mêlent d'en juger. Je crois, comme vous, que les rides sont les
marques de la sagesse. Je suis ravie que vos vertus extérieures ne vous
attristent point. Je tâche d'en user de même. Vous avez un ami[164],
gouverneur de province, qui doit sa fortune à ses agrémens. C'est le
seul vieillard qui ne soit pas ridicule à la cour. M. _de Turenne_ ne
vouloit vivre que pour le voir vieux. Il le verroit père de famille,
riche et plaisant. Il a plus dit de plaisanteries sur sa nouvelle
dignité, que les autres n'en ont pensé. M. _d'Elbene_, que vous appeliez
_le Cunctator_, est mort à l'hôpital. Qu'est-ce que les jugemens des
hommes! Si M. _d'Olonne_ vivoit, et qu'il eût lu la lettre que vous
m'écrivez, il vous auroit continué votre qualité de _son philosophe_. M.
_de Lauzun_ est mon voisin. Il recevra vos complimens. Je vous rends
très-tendrement ceux de M. _de Charleval_. Je vous demande instamment de
faire souvenir M. _de Ruvigny_ de son amie de la rue des Tournelles.