_Paris, 16 septembre 1695._
Ce n'est que pour marquer la cadence que je vous écris aujourd'hui,
madame; car je n'ai point reçu de vos lettres, cette semaine, et je suis
toute honteuse de n'avoir pas de grands événemens à vous mander; depuis
quelque temps, ils ne nous ont pas manqué; de vous dire que le roi est
à Marli depuis huit jours, voilà une belle affaire; la duchesse _du
Lude_ y est; le roi en revient demain, et doit partir jeudi 22 de ce
mois pour aller à Fontainebleau. Une assez grande nouvelle; c'est que je
crois que j'irai dimanche à Versailles pour deux ou trois jours: Il sera
question incessamment du voyage de Chaulnes; j'espère encore que j'en
serai; mais j'ai une santé qui me dérange si aisément, que je n'ose plus
faire de projets. M. _de Coulanges_ doit revenir aujourd'hui d'Evreux
pour rompre avec madame _de Louvois_, et aller à Chaulnes. Encore
faut-il bien vous apprendre, mon amie, que c'est le P. _Gaillard_, qui
ne doit point faire l'oraison funèbre de feu M. l'archevêque (_de
Paris_). Voici ce que je veux dire. M. le président et le P. _de la
Chaise_ se sont adressés au P. _Gaillard_ pour ce grand ouvrage; le P.
_Gaillard_ a répondu qu'il y trouvoit de grandes difficultés; il a
imaginé de faire un sermon sur la mort au milieu de la cérémonie, de
tourner tout en morale, d'éviter les louanges et la satire, qui sont des
écueils bien dangereux. Tout le prélude des oraisons funèbres n'y sera
point. Il se jetera sur les auditeurs pour les exhorter; il parlera de
la surprise de la mort, peu du mort; et puis, Dieu vous conduise à la
vie éternelle. Adieu, ma belle amie; ne me laissez jamais oublier à
Grignan, je vous en conjure; et sur-tout de la charmante _Pauline_. Je
crois que M. _de Chaulnes_ va acheter Villeflit de M. _de Fiaubet_, dont
madame _de Chaulnes_ paroît peu contente. Le confesseur extraordinaire
de madame _de Grignan_ me doit demain lire l'oraison funèbre qu'il a
faite de ce saint homme.