LETTRE VIII.

_Paris, 29 octobre 1694._

On me dit hier que votre mariage étoit refait, c'est-à-dire, qu'on avoit

envoyé des conditions à madame _de Grignan_, qu'elle auroit tort de ne

pas accepter; et comme je suppose qu'elle ne peut avoir tort, je conclus

que vous vous mariez,[51] et je m'en réjouis avec vous, ma chère amie.

Le roi est à Choisi pour jusqu'à samedi; tout le monde revient en

foule; l'armée de Flandre est séparée. Nous n'aurons madame _de Louvois_

et M. _de Coulanges_ que le 8 du mois qui vient; ils ont M. _de Souvré_

et madame _de Courtenvaux_ pour augmentation de bonne compagnie. La

maréchale _de Villeroi_ est partie pour passer tout son hiver à

Versailles avec sa belle-fille; nous avons cru être fort fâchées de nous

séparer. Au reste, madame, j'ai vu la plus belle chose qu'on puisse

jamais imaginer; c'est un portrait de madame _de Maintenon_, fait par

_Mignard_: elle est habillée en Sainte Françoise Romaine. _Mignard_ l'a

embellie; mais, c'est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l'air

de la jeunesse; et sans toutes ces perfections, il nous fait voir un

visage et une physionomie au dessus de tout ce que l'on peut dire; des

yeux animés, une grâce parfaite, point d'atours; et avec tout cela aucun

portrait ne tient devant celui-là. _Mignard_ en a fait aussi un fort

beau du roi; je vous envoie un madrigal que mademoiselle _Bernard_ fit

impromptu en voyant ces deux portraits; il a eu beaucoup de succès ici:

vous jugerez si nous avons raison. Mademoiselle _de Villarceaux_ est

morte de la petite vérole, sans confession, et sans avoir eu le temps de

déshériter ses cousines. Madame _d'Épinoi_, la princesse, est accouchée

d'un fils; et depuis ce grand jour, on ne cesse de tirer et de boire à

la Place Royale. Adieu, ma chère amie.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 76 / 267 题