CHATEAUBRIAND.»

L’appui du vieux _chêne_ était plus solide que ne le disait le grand

écrivain avec trop de modestie; car peu de temps après, grâce à ce

haut patronage comme à d’autres influences, Mlle Mercœur recevait

le brevet d’une pension de 300 francs sur la cassette du roi, une

gratification du ministre de l’intérieur, une autre de la duchesse de

Berry, accompagnée d’une lettre des plus flatteuses. En même temps, les

journaux publiaient ce fragment d’une lettre de Lamartine écrivant à

un ami et à coup sûr sans trop peser ses phrases: «J’ai lu avec autant

de surprise que d’intérêt les vers de Mlle Elisa Mercœur que vous avez

pris la peine de copier. Vous savez que je ne croyais pas à l’existence

du talent poétique chez les femmes; j’avoue que le recueil de Mme Tastu

m’avait ébranlé; cette fois, je me rends et je prévois, mon cher, que

_cette petite fille nous effacera tous tant que nous sommes_.»

En lisant ces incroyables paroles, on est en vérité tenté de douter

que le poète des _Méditations_ parlât sérieusement. Mais on comprend

l’impression sur Élisa de pareilles louanges, alors qu’elles trouvaient

tant d’échos et que le succès venait leur donner une éclatante

confirmation. On admire que la tête n’ait pas tourné à la jeune fille,

et qu’elle n’ait cru que modestement à son génie, qui n’existait, il

faut bien le dire, qu’à l’état de germe.

Quand on lit maintenant, sans prévention et même avec une disposition

toute bienveillante, le recueil de vers d’Élisa Mercœur, on ne peut

se défendre de quelque surprise et d’un vrai désappointement. Le

critique de bonne foi, en dépit de sa sympathie, ne trouve là que ce

qui pouvait y être d’ailleurs, vu la grande jeunesse de l’auteur et son

éducation littéraire trop savante, trop complète: plus de réminiscences

que de spontanéité, soit pour la forme, soit pour le fond. Il y a de

l’harmonie dans les vers, parfois du souffle, comme dans la pièce

intitulée: _La Gloire!_ Mais trop souvent la pensée, même sous son

vêtement élégant, flotte incertaine et nuageuse. La rime, en général,

est banale; la facture, _idem_. Trop d’érudition et de convention quand

on voudrait de l’élan, de l’émotion, de la passion. Là, rien de neuf

et d’inattendu quoiqu’en aient dit des biographes trop bienveillants.

«Les vers d’Elisa Mercœur, d’après la _Biographie Nouvelle_ qui semble

copier l’autre, ont de l’originalité; son style a de la naïveté, de

la grâce, de la sensibilité, de la chaleur.» Or, précisément, toutes

ces qualités font en général défaut à cette poésie qui vient plus de

la tête que du cœur. Il y a plus de vérité peut-être dans cette autre

appréciation: «Certaines de ces pièces sont empreintes d’une suave

mélancolie,» témoin la pièce des _Illusions_ dont je détache ces deux

strophes:

Les Rues de Paris, tome deuxième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 37 / 122 题