_1385, commencement de juin._ JEAN DE VIENNE DÉBARQUE EN ÉCOSSE, OÙ
IL RESTE PLUS D’UN MOIS DANS L’INACTION.--_14 juillet._ ACKERMAN
S’EMPARE DE DAMME.--_17 juillet._ MARIAGE DU ROI A AMIENS.--_Août._
SIÈGE ET PRISE DE DAMME PAR CHARLES VI.--_Commencement de novembre._
AVORTEMENT D’UN PROJET DE MARIAGE ENTRE LOUIS, FRÈRE DU ROI, ET MARIE
DE HONGRIE.--_Août-novembre._ FIN DE LA CAMPAGNE DU DUC DE BOURBON
(§§ 440 à 466).
La flotte de Jean de Vienne a quitté la France au mois de mai; elle
côtoie la Flandre, la Zélande, la Hollande, la Frise et arrive enfin
en Écosse[272]. Le roi est encore dans la Haute-Écosse, où il se
plaît de préférence; mais ses fils et les comtes de Douglas et de
Moray souhaitent la bienvenue aux chevaliers français, qui sont logés
à Édimbourg, à Dunfermlin, à Queensferry, à Castle[273], à Dunbar, à
Dalkeith et dans les villages des environs.
[272] L’expédition française arriva en Écosse au commencement de
juin (_Jean de Vienne_, p. 189), malgré la flotte anglaise qui
n’osa livrer combat (Walsingham, t. II, p. 127). Le _Religieux de
Saint-Denis_ (t. I, p. 364) donne comme date la Sainte-Catherine (25
novembre), qu’il confond sans doute avec la Sainte-Clotilde (3 juin).
Aussitôt débarqué, Jean de Vienne renvoya sa flotte, se coupant ainsi
toute faculté de retour (_Ibid._, p. 364).
[273] Probablement Castle Town, dans le comté de Roxburgh.
La population se montre peu sympathique aux nouveaux arrivés, dont
elle n’a que faire et dont elle craint les exigences et même les
déprédations. P. 212 à 215, 413, 414.
De leur côté, les chevaliers français souffrent du mauvais vouloir des
habitants et du peu de bien-être qu’offre ce pays inhospitalier. Ils
demandent à chevaucher en Angleterre. L’amiral Jean de Vienne cherche à
les calmer. P. 215, 216, 414, 415.
C’est à grands frais qu’ils se sont procuré des chevaux[274] et des
équipements; leurs valets sont chaque jour inquiétés et tués; les
seigneurs écossais, sauf les comtes de Douglas et de Moray, leur font
mauvais visage et refusent de marcher, si on ne leur donne pas forte
solde. Le roi lui-même ne quitte pas la Haute-Écosse avant que Jean de
Vienne n’ait pris l’engagement de ne pas sortir du pays sans avoir payé
son aide et celle de ses vassaux. P. 216 à 218, 415, 416.
[274] Des 50,000 francs d’or qui devaient être remis aux Écossais
(10,000 au roi, 40,000 aux chevaliers), l’amiral put distraire
une somme de 6,000 francs destinée à remonter un certain nombre
de chevaliers français et écossais, et à payer aussi les services
de Jean de Blaisi et de quatre autres chevaliers français servant
d’intermédiaires pour les paiements (Rymer, t. VII, p. 484).
On a vu plus haut que le vicomte de Meaux, Robert de Béthune, était
venu secourir la garnison d’Ardembourg; il avait amené avec lui
quarante lances. Ces nouvelles forces n’empêchent pas François
Ackerman, un soir de la fin de mai, de tenter l’assaut de la
ville[275], désireux de se rendre maître de Jean de Jeumont, le
capitaine, et de se venger sur lui des cruels traitements qu’il fait
subir aux Gantois prisonniers. P. 218, 219, 416, 417.
[275] C’est le 31 mai 1385 qu’Ackerman tente, avec 7,000 Gantois,
de prendre Ardembourg; repoussé, il se retire en pillant Oostbourg
(Meyer, fol. 203).
La ville est sauvée grâce au courage du seigneur Gossel de Saint-Aubin
et d’un écuyer, Enguerran Zannequin, aidés de quelques piquiers. P.
220, 221, 417, 418.
En Italie, la cause de la duchesse d’Anjou et du jeune roi Louis semble
gagner, par suite de la mort de Charles de la Paix[276], assassiné par
ordre de la reine Élisabeth de Hongrie. Cette princesse, devenue veuve,
poursuit le projet conçu par son mari[277] de marier sa fille[278]
avec le prince Louis, comte de Valois, frère du roi de France. Les
envoyés hongrois sont bien accueillis et s’en retournent dans leur pays
accompagnés de l’évêque de Maillezais, Pierre de Thury, et de Jean
la Personne[279], qui, par procuration, épouse en Hongrie la jeune
princesse. Les actes publics sont signés[280]; le comte de Valois peut
se considérer comme roi de Hongrie. P. 221 à 223, 418, 419.
[276] Voy. plus haut, p. LII, note 263.
[277] Louis le Grand, roi de Hongrie, mort le 12 septembre
1382.
[278] Un premier projet de mariage entre Louis de France et une des
filles du roi de Hongrie avait été déjà signé le 24 décembre 1374,
puis vidimé le 13 décembre 1375. La fiancée était primitivement
Catherine, morte depuis, à qui fut substituée, en 1385, sa sœur
_Marie_ (et non _Marguerite_, comme la nomment Froissart et
Deschamps). Cette princesse, héritière du trône de Hongrie depuis la
mort de son père, avait été déjà fiancée en 1380 à Sigismond, second
fils de l’empereur (Jarry, _la Vie politique de Louis de France, duc
d’Orléans_, p. 7-15).
[279] Jean la Personne épousa «du consentement des seigneurs du pays»
(_Ist. et cr._, t. II, p. 351).
[280] C’est le jeudi 6 juillet 1385 que la duchesse d’Anjou apprit
que le mariage était «accordé» entre Louis, comte de Valois, et
l’héritière de Hongrie (_Journal de J. le Fèvre_, t. I, p. 139).
Un autre mariage se prépare en même temps, celui du roi de France et
d’Isabeau de Bavière, dont les premiers pourparlers ont eu lieu lors
des mariages de Cambrai. Les choses restent secrètes jusqu’au jour
(environs de la Pentecôte) où la duchesse de Brabant fait venir auprès
d’elle la jeune princesse, qu’accompagne son oncle Frédéric, duc de
Bavière. P. 223, 224, 419.
Il avait déjà été question de ce mariage entre les oncles du roi et le
duc Frédéric lors de la venue de ce dernier au siège de Bourbourg. Puis
un temps d’arrêt s’était produit dans les négociations: on avait même
songé à marier le roi à la fille du duc de Lorraine ou à la fille du
duc de Lancastre[281].
[281] La demande faite en 1383 par l’intermédiaire de Frédéric,
oncle de la jeune princesse, avait été repoussée. Le _Religieux de
Saint-Denis_ (t. I, p. 357-359), et après lui Jouvenel des Ursins,
dit que le roi, hésitant entre les trois princesses de Bavière,
d’Autriche et de Lorraine, fixa son choix d’après trois portraits
qu’on lui communiqua. Cette anecdote n’est qu’une légende (M.
Thibault, _Étude sur Isabeau de Bavière_, dans les _Positions des
thèses soutenues par les élèves de la promotion de 1889_ de l’École
des chartes, p. 150). Le chroniqueur Fordun prétend que Charles VI
songea aussi à épouser la fille du roi d’Écosse, qui se maria à
Guillaume de Douglas (Kervyn, t. X, p. 557).
A Cambrai, la duchesse de Brabant reprend l’affaire en mains et décide
le duc Frédéric à amener sa nièce en Flandre. P. 224 à 227, 419, 420.
Le duc Frédéric et Isabeau arrivent à Bruxelles, restent quelques jours
auprès de la duchesse de Brabant, puis se rendent au Quesnoi, auprès du
duc Aubert et de sa femme. P. 227, 228, 420.
Après trois semaines passées à la cour de Hainaut, pendant lesquelles
la duchesse Marguerite prépare la jeune princesse Isabeau à son futur
état de reine et l’habitue à la parure et aux belles manières, on prend
le chemin de Cambrai, puis d’Amiens.
Le roi y est déjà[282], ainsi que le duc et la duchesse de
Bourgogne[283], la duchesse de Brabant, Gui de la Trémoïlle, Bureau de
la Rivière et le sire de Couci, revenu tout exprès du midi.
[282] Le roi était arrivé le 13 juillet à Amiens (_Séjours_, p. 26).
[283] Le duc de Bourgogne était arrivé en même temps que le roi
(_Itinéraires_, p. 180).
Le vendredi (14 juillet), la princesse est présentée au roi, qui s’en
déclare fort épris et a hâte de conclure le mariage. P. 228 à 231, 420,
421.
La cérémonie devait avoir lieu à Arras[284]; mais, devant l’insistance
du roi, elle est fixée au lundi 17, à Amiens. P. 231, 232, 421, 422.
[284] Le _Petit Thalamus_ (p. 410) place la cérémonie à
_Arras_, la _Chronique de P. Cochon_ (p. 177) à _Tournai_.
Après avoir échoué devant Ardembourg, Ackerman s’est retiré dans
les Quatre-Métiers. Comptant ne pas être inquiété par l’armée
française, qui s’apprête à passer en Écosse, il s’achemine, avec 7,000
hommes[285], vers Bruges[286], qu’il renonce à assiéger, le samedi 15
juillet. P. 232, 233, 422.
[285] D’après une chronique de Flandre, Ackerman n’avait avec
lui que 400 hommes (_Ist. et cr._, t. II, p. 351).
[286] Après s’être présenté devant Bruges, Ackerman se dirigea
sur l’Écluse avant de marcher sur Damme (_Ist. et cr._, t. II,
p. 351).
Le lendemain, il apprend par ses espions que Roger de Ghistelles,
capitaine de Damme, est absent de sa ville. Il en profite pour donner
l’assaut; Damme tombe en son pouvoir avec toutes les richesses qui y
sont enfermées[287]. P. 233, 234, 422, 423.
[287] Ayant à opter entre les deux dates du 14 et du 16 juillet
pour la prise de Damme par Ackerman (Kervyn, t. X, p. 557), il faut
évidemment choisir celle du 14, si l’on admet avec Froissart que
la nouvelle fut connue à Amiens le 18, le temps nécessaire à un
chevaucheur pour parcourir la distance qui sépare les deux villes
étant au moins de quatre jours. La ville fut prise et pillée, malgré
les efforts des Brugeois (_Ist. et cr._, t. II, p. 351). Par ce
coup de main, qui allait immobiliser sur le continent les troupes
françaises, Ackerman empêchait d’abord de partir pour l’Écosse
la flotte qu’avait réunie à l’Écluse Olivier de Clisson et qui
devait porter à Jean de Vienne un secours de 2,000 hommes et de 500
arbalétriers (_Ibid._, p. 364).
Tous les hommes qui ne veulent pas se ranger du côté d’Ackerman
sont mis à mort; les femmes sont épargnées. On se hâte de réparer
les remparts de la ville, contre laquelle viennent escarmoucher les
chevaliers de Bruges. P. 234, 235, 423.
Revenons au mariage du roi de France, qui a lieu le lundi, dans la
cathédrale d’Amiens, en présence des trois duchesses de Hainaut, de
Brabant et de Bourgogne, du duc Aubert, du duc Frédéric, de Guillaume
de Hainaut, du duc de Bourgogne, de Jean de Bourgogne et d’une foule de
barons et de chevaliers[288].
[288] Les fêtes du mariage ne furent que de peu d’importance à
cause des mauvaises nouvelles de Damme (_Ist. et cr._, t. II,
p. 365).
Les nouveaux mariés passent la nuit au palais de l’évêque.
On apprend le mardi matin la prise de Damme par Ackerman; cette triste
nouvelle est bientôt effacée par une autre qui est plus agréable. Un
messager vient annoncer, en effet, qu’en Poitou le duc de Bourbon,
après s’être emparé de Taillebourg et de plusieurs autres forteresses
anglaises[289], se dispose à mettre le siège devant Verteuil[290]. P.
235 à 237, 423, 424.
[289] Nous avons énuméré plus haut (p. LIII, note 5) les différentes
étapes de la chevauchée du duc de Bourbon. Il faut ajouter à ces noms
celui de la ville de Ruffec, où le duc se trouvait le 30 juillet 1385
(_Arch. nat._, JJ 138, fol. 105). Le château de Montlieu fut rendu
le 15 août de la même année à Arnauton des Bordes et à Jeanne de
Garlande, sa femme, par le roi Charles VI, qui était alors sous les
murs de Damme (_Ibid._, JJ 127, fol. 69).
[290] Voy. plus loin, p. LXIII, note 318.
Le roi prend dès lors la résolution de reconquérir Damme et donne
rendez-vous en Picardie à ses chevaliers et écuyers pour le 1er août.
Guillaume de Hainaut, jeune bachelier, est heureux de prendre part à
l’expédition qui s’apprête. P. 237, 238, 424.
Après les autres seigneurs, le roi quitte Amiens le 25 juillet avec
le duc de Bourgogne, le Connétable, le sire de Couci et le comte de
Saint-Pol et vient gîter à Arras[291]. Le lendemain, il couche à
Lens, puis passe par Seclin pour se rendre à Lille. Le 1er août, il
arrive devant Damme[292], où il est bientôt rejoint par Guillaume de
Hainaut[293] et par les contingents de Bruges, d’Ypres et du Franc
de Bruges, commandés par le seigneur de Sempi et le seigneur de
Ghistelles. Le siège commence; l’armée royale compte 2,500 lances et
plus de 100,000 hommes[294]. Mort du seigneur de Clari. P. 238, 239,
425.
[291] C’est le 21 juillet que le roi quitte Amiens; il est le
23 à Arras (_Séjours_, p. 26).
[292] Charles VI est le 25 à Lens, le 26 à Seclin et à Lille;
il arrive aux champs devant Damme le 31 juillet (_Séjours_, p. 26),
pour commencer le siège dès le lendemain.
[293] Guillaume de Hainaut était à la tête des chevaliers que
le duc Aubert avait convoqués pour aller au service du roi, «le plus
que il pot des nobles de son pays» (_Ist. et cr._, t. II, p. 386).
[294] Meyer parle de 80,000 hommes (fol. 203 vº).
Durant le siège, Guillaume de Hainaut est fait chevalier par le roi.
Les pertes des Français sont assez nombreuses du fait des archers
anglais et des canons de la ville[295].
[295] Les «engins» des assiégés venaient frapper tout proche
de la tente du roi, qui ne voulut cependant pas changer de place
(_Ist. et cr._, t. II, p. 365).
Gérard de Marquillies, seigneur d’Herbaumés, capitaine de l’Écluse,
vient rendre compte au roi d’un complot qu’il a déjoué ayant pour but
de livrer la ville aux Gantois et de rompre les digues pour noyer
l’armée. Les conspirateurs sont mis à mort[296].
[296] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 370-372) donne
quelques détails sur ce complot, qui avait pour but de détruire la
flotte française destinée à secourir Jean de Vienne en Écosse et de
faciliter les communications des assiégés de Damme avec la mer. La
répression fut terrible (_Ist. et cr._, t. II, p. 365).
Le duc de Bourgogne demande à son cousin Guillaume de Namur de lui
céder la ville de l’Écluse en échange d’une autre terre en France ou en
Artois. P. 239 à 241, 425, 426.
Ce projet, mis en avant par Gui de la Trémoïlle, ne sourit guère à
Guillaume de Namur; mais, devant l’insistance du duc de Bourgogne,
qui voudrait faire de l’Écluse un des plus beaux ports du monde pour
être maître de la mer, il consent à échanger cette ville contre la
seigneurie de Béthune[297]. Le duc de Bourgogne commence aussitôt à
bâtir le château de l’Écluse[298]. P. 241, 242, 426.
[297] La charte d’échange est datée du 8 août 1386 (Kervyn, t. X,
p. 558).
[298] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 378-380) suppose
qu’après le siège de Damme le roi alla à l’Écluse et y fit construire
un château fort, qu’il céda ensuite au duc de Bourgogne. Les _Séjours
de Charles VI_, non plus que les _Itinéraires de Philippe-le-Hardi_,
ne mentionnent ce séjour à l’Écluse.
Le siège de Damme continue[299], les assauts se multiplient, malgré
le mauvais temps[300] et la maladie[301]. La tactique d’Ackerman est
de soutenir le siège jusqu’à ce qu’il reçoive les secours du roi
d’Angleterre; c’est en vain qu’il attend: l’expédition de Jean de
Vienne en Écosse retient en Angleterre tous les chevaliers[302]. P.
243, 244, 427.
[299] Commencé le 1er août, le siège de Damme dura presque jusqu’à
la fin du mois. Il fut interrompu quelque temps par une trêve (_Ist.
et cr._, t. II, p. 365), au cours de laquelle le roi prépara son
artillerie. Il en profita aussi pour faire des propositions de paix
aux Gantois, qui n’y répondirent pas (Kervyn, t. X, p. 571, et t.
XXI, p. 555), se gardant bien de son côté d’entrer en pourparlers
avec la petite garnison de 1,200 hommes (_Relig. de Saint-Denis_, t.
I, p. 376).
[300] Eustache Deschamps a fait allusion à plusieurs reprises au
mauvais temps qu’il dut subir pendant le siège de Damme et en général
au séjour peu agréable de la Flandre (_Œuvres complètes_, t. I, p.
97; t. III, p. 41, et t. IV, p. 284).
[301] Meyer parle (fol. 204) d’une épidémie qui décima l’armée. Les
Français étaient forcés de s’approvisionner à Bruges (_Arch. nat._,
JJ 135, fol. 105 vº).
[302] La petite armée, 100 hommes d’armes et 300 archers, que Jean
Bourchier avait amenée avec lui d’Angleterre en venant prendre le
gouvernement de la ville de Gand (_Rec. Off._, _Queen’s Rem._, _Army_
40/11; _Issue Rolls_ 209, m. 20; 210, m. 28) et qui, embarquée à
Harwich, avait dû, sous la conduite de J. Orewell, passer par la
Zélande pour arriver à Gand (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m.
22), n’était pas suffisante pour fournir des renforts aux Gantois,
maîtres de Damme depuis le 17 juillet, «qui villam illam jam noviter
ceperunt» (_Rec. Off._, _French Rolls_ 330, m. 39). Aussi dès cette
date Ackerman s’était-il adressé au roi d’Angleterre (_Rec. Off._,
_Issue Rolls_ 209, m. 19, 20; 210, m. 6), qui était alors en Écosse.
En l’absence du roi, le conseil n’en décide pas moins de renforcer
les garnisons de Gand et de Damme, menacées par le roi de France.
Des emprunts sont contractés à cet effet (_Ibid._ 210, m. 2, 23);
des hommes et des bateaux sont retenus; des approvisionnements sont
ordonnés par Robert Knolles, W. Walworth et Nic. Brembre, maire de
Londres (_Ibid._ 209, m. 22, 25, 26; 210, m. 6, 9). Mais des retards
se produisent, et Ackerman est forcé d’évacuer Damme.
Au bout d’un mois, il se lasse d’attendre, et, sous prétexte de
surprendre l’armée française, il sort un soir de la ville avec sa
compagnie de Gantois et s’achemine au plus vite vers Gand[303]. Les
capitaines de Damme s’aperçoivent bientôt de la fuite d’Ackerman et
entrent en pourparlers avec les gens du roi. P. 244, 245, 427, 428.
[303] C’est à Gavre qu’Ackerman se réfugie le 27 août (Meyer,
fol. 204; _Ist. et cr._, t. II, p. 365).
Les Gantois qui veulent rejoindre Ackerman sont poursuivis, tués ou
faits prisonniers[304]. Pendant ce temps, l’assaut est donné, et les
Bretons et les Bourguignons entrent dans la ville. Dépités de ne pas y
trouver le butin qu’ils espèrent, ils mettent le feu partout, malgré
les ordres du roi et du duc de Bourgogne[305]. P. 245, 246, 428.
[304] La _Chronographia_ (t. III, p. 76) parle de 4,000 morts;
on trouve ailleurs le chiffre de 600 (_Ist. et cr._, t. II, p. 365).
[305] Le roi entre à Damme le 30 août d’après Meyer (fol. 204), le 28
d’après la _Chronographia_ et le _Religieux de Saint-Denis_, le 27
d’après la _Chronique de P. Cochon_. La ville, après l’assaut, fut
pillée et brûlée; les habitants furent égorgés en partie (_Relig. de
Saint-Denis_, t. I, p. 376-379).
Après la prise de Damme, le roi se rend à Ertvelde[306], tout près
de Gand, tandis que les gens d’armes, entrant sur le territoire des
Quatre-Métiers, saccagent, pillent et brûlent les villages et les
bourgs pour les punir de leur alliance avec les Gantois[307].
[306] Le roi séjourna à Ertvelde du 1er au 10 septembre. Pendant ce
temps, ses troupes pillèrent, saccagèrent et brûlèrent tout le pays
des Quatre-Métiers. Les forteresses, entre autres celle d’Ertvelde,
furent abattues (Meyer, fol. 204; _Ist. et cr._, t. II, p. 366)
et de nombreuses exécutions furent faites sans pouvoir réussir à
abaisser l’orgueil des Flamands (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p.
380-385). Quelques chevaliers français, s’étant avancés jusqu’à
Gand, risquèrent d’être noyés par les inondations produites par la
destruction des écluses (_Chr. des Quatre Valois_, p. 312; _Chr. de
P. Cochon_, p. 178).
[307] D’Ertvelde, le 7 septembre, le roi écrivit de nouveau aux
Gantois pour les engager à faire leur soumission au duc de Bourgogne,
leur promettant le pardon et le maintien de leurs franchises (trad.
fr. de l’original flamand, publiée par Kervyn, t. X, p. 562-563).
Cela fait, on doit se diriger sur Gavre, puis sur Gand. Mais, pendant
le séjour du roi à Ertvelde, une ambassade hongroise, conduite par
Jean, évêque de Warasdin, vient chercher le nouveau roi de Hongrie,
Louis de Valois, frère du roi, qui vient d’épouser par procuration
Marie de Hongrie[308]. On se hâte d’interrompre l’expédition pour
rentrer à Paris. P. 246, 247, 428, 429.
[308] Le 3 septembre, pendant son séjour à Ertvelde (_Ist. et cr._,
t. II, p. 352), le roi reçut de la reine de Hongrie, qui cherchait
un appui contre Charles de Durazzo, une nombreuse ambassade composée
de trois ducs, deux comtes, deux évêques accompagnés de 400 chevaux
(_Chr. de P. Cochon_, p. 178); Meyer parle seulement d’un évêque,
d’un duc et de deux comtes (fol. 205). Cette ambassade apportait
au jeune prince Louis, frère du roi, la couronne de Hongrie (_Ist.
et cr._, t. II, p. 365) que lui donnait son mariage avec Marie de
Hongrie. Voy. plus haut, p. LVI, note 279.
Le 12 septembre, le roi quitte Ertvelde et licencie l’armée, sans faire
le siège de Gand; il passe par Creil[309], où il rencontre la reine; il
arrive enfin à Paris[310] et préside au départ de son frère Louis pour
la Hongrie[311]. P. 247, 248, 429.
[309] C’est le 10 septembre que le roi quitte Ertvelde; il est le 15
à Lille, le 17 à Arras, le 25 à Creil (_Séjours_, p. 27).
[310] Le roi n’arrive à Paris que le 28, ayant passé par Luzarches et
Saint-Denis.
[311] Un passage assez obscur de la _Chronique de P. Cochon_ (p.
178) a fait supposer à M. Jarry (_loc. cit._, p. 23) que le prince
Louis avait quitté Paris le 17 septembre pour se rendre en Hongrie.
La chose semblait tout d’abord assez invraisemblable, puisqu’à cette
date le roi, qui voulait présider au départ de son frère, n’était
pas encore de retour; elle devient inadmissible, si l’on remarque
que, le mardi 3 octobre, à Paris le duc de Bourgogne «donne a mangier
a mons. de Valois et aux chevaliers de Hongrie» (_Itinéraires_, p.
181). Il est permis de supposer que le roi, le prince Louis et le duc
de Bourgogne, après avoir quitté Paris le 18 octobre sur la nouvelle
encore assez vague du mariage de Sigismond et de Marie de Hongrie,
firent route ensemble jusqu’à Troyes, où ils restèrent du 29 octobre
au 7 novembre, attendant la confirmation de cet événement. Ils
étaient de retour à Paris le 23 novembre.
Le mariage fictif de Louis de Valois ne laisse pas de porter ombrage à
l’empereur Wenceslas, qui, depuis longtemps[312], a jeté les yeux sur
Marie de Hongrie pour en faire la femme de son frère Sigismond[313],
marquis de Brandebourg. Soutenu par un parti assez important en
Hongrie, il force par les armes la reine Élisabeth à lui donner en
mariage sa fille, la reine Marie. P. 248 à 250, 429, 430.
[312] Voy. plus haut, p. LVI, note 278.
[313] Le prince _Sigismond_ (et non _Henri_, comme le nomme
Froissart) surprit avec 20,000 hommes la reine Élisabeth et sa fille
Marie dans un château où elles s’étaient réfugiées et leur arracha
une promesse de mariage (_Ist. et cr._, t. II, p. 366 et 387; Jarry,
_loc. cit._, p. 23).
Cette nouvelle parvient à Troyes au comte de Valois, qui, déjà,
s’achemine vers son nouveau royaume[314]. Il retourne aussitôt à Paris,
tandis que les ambassadeurs hongrois qui l’accompagnent se dirigent
vers leur pays, tout surpris par ces événements[315]. On se console
facilement de l’échec de ce mariage, en pensant combien lointaine est
la Hongrie et combien préférable est une union avec l’héritière du
seigneur de Milan, Valentine Visconti[316]. P. 250, 251, 430.
[314] La nouvelle prématurée du mariage de Sigismond et de Marie de
Hongrie, qui n’eut toutefois lieu qu’en juin 1386, arriva à la cour
de France le 16 octobre 1385 (_Chronographia_, t. III, p. 77). Voy.
plus haut, p. LXII, note 311.
[315] La _Chronique de P. Cochon_ (p. 178) fait allusion à
l’impression des ambassadeurs hongrois, «qui s’en rallerent... tous
courchiez.»
[316] On ne s’occupa pas effectivement des nouvelles fiançailles du
prince Louis avant le 18 mai 1386, date à laquelle Jean la Personne
partit pour Milan à l’effet de négocier cette union (Jarry, _loc.
cit._, p. 29).
Pendant le siège de Damme, le duc de Bourbon, maître de nombreux forts
en Poitou et en Limousin, s’arrête au siège de Verteuil[317], défendu
par un Anglais, André Privart, et par un Gascon, Bertrand de Montrivet.
Ce dernier est tué; la garnison attend encore quinze jours pour rendre
la ville et se retire à Bouteville[318], dont Durandon de la Parade est
devenu capitaine. Les Français réparent les fortifications de Verteuil,
puis vont se reposer à Charroux[319], où se trouve une grosse abbaye.
Le duc de Bourbon reste ensuite huit jours à Limoges, d’où il gagne
Paris. P. 251 à 253, 430, 431.
[317] Le siège de Verteuil commença en août 1385, après celui de
Montlieu, comme le prouve une lettre de Bergerac datée du 28 août,
demandant aide contre les Anglais au duc de Bourbon _qui assiège
Verteuil_ (_Jurades de Bergerac_, I, 108). Il fut long et dura
jusqu’aux premiers jours d’octobre (Guérin, _Arch. hist. du Poitou_,
t. XXI, p. 290, note 1). Cabaret d’Orville a donné de longs détails
sur ce siège, où il conte notamment le combat singulier qui eut lieu
dans une mine entre Renaud de Montferrand et le duc de Bourbon (_Chr.
du bon duc Loïs de Bourbon_, p. 144-154). Verteuil, avant de tomber
entre les mains des Anglais en 1383, appartenait à Geoffroy de la
Rochefoucauld, à qui le roi avait promis de le rendre dans le cas où
il serait _racheté_ (Guérin, _loc. cit._).
[318] Au cours du siège de Verteuil, en octobre 1385, un chevalier,
Jean Buffet, et un écuyer, Arnauton des Bordes, auquel le roi venait
de rendre le château de Montlieu (voy. plus haut, p. LVIII, note 289)
tentèrent une attaque contre le château de Bouteville. Ils furent
repoussés; Jean Buffet fut tué et Arnauton de Bordes fait prisonnier
avec plusieurs de ses gens (Guérin, _loc. cit._, p. 254, note 2).
[319] Le duc de Bourbon était à Charroux en novembre 1385 (_Arch.
nat._, JJ 128, fol. 52 vº, cité par Guérin, _loc. cit._, p. 254,
note 2).