_1385, 8 juillet._ CHEVAUCHÉE EN NORTHUMBERLAND DES ARMÉES FRANÇAISE
ET ÉCOSSAISE.--_14 juillet._ CONVOCATION DE L’ARMÉE ANGLAISE A
NEWCASTLE.--_6 août._ LE ROI RICHARD ENTRE EN ÉCOSSE.--_4-14 août._
JEAN DE VIENNE ÉVITE LE COMBAT; SA CHEVAUCHÉE EN ANGLETERRE.--_10-20
août._ CHEVAUCHÉE DE L’ARMÉE ANGLAISE EN ÉCOSSE; SON RETOUR EN
ANGLETERRE.--_Septembre-novembre._ DISSENTIMENTS ENTRE FRANÇAIS ET
ÉCOSSAIS.--_5 décembre._ DE RETOUR EN FRANCE, JEAN DE VIENNE DISSOUT
L’ARMÉE D’ÉCOSSE (§§ 467 à 488).
Le roi d’Écosse est enfin venu à Édimbourg et, poussé par ses fils,
consent à chevaucher en pays anglais en compagnie de l’amiral Jean
de Vienne et des chevaliers français. Il fait son mandement, auquel
répondent plus de 3,000 hommes, tous à cheval[320]. P. 253, 254, 431.
[320] D’après le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 366), le
roi d’Écosse, après avoir conclu une trêve de trois semaines avec
les Anglais, ne fut prêt à entrer en campagne avec Jean de Vienne
que le 8 juillet. Son armée comprenait, dit-on, 1,000 lances et
30,000 combattants (_Jean de Vienne_, p. 191). Le départ pour le
Northumberland eut lieu immédiatement.
On équipe le mieux possible les chevaliers écossais avec des armures
envoyées de Paris, et Jean de Vienne donne le signal du départ.
L’armée entre en Northumberland, passe par Melros et par Roxburgh,
qu’elle renonce à prendre; puis, descendant la Tweed, s’empare de deux
châteaux. P. 254 à 256, 431, 432.
Elle arrive devant un autre château, nommé Werk, qui appartient à
Jean de Montagu[321]. Malgré la vigoureuse résistance du capitaine
Guillaume de Leyburn[322], Werk est pris par les Français, qui le
démantèlent[323]. P. 256, 257, 432.
[321] Jean de Montagu, comte de Salisbury, figure dans l’armée de
Richard II à la tête de 30 hommes d’armes et de 30 archers (_Rec.
Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 22).
[322] Nous retrouvons ce Guillaume de Leyburn en 1386, comme témoin,
dans un acte de Rymer (t. VII, p. 532).
[323] C’est sans doute ce château que le _Religieux de Saint-Denis_
(t. I, p. 366) désigne sous le nom de _Dovart_. Il ne peut s’agir de
_Dunbar_, qui était en pays écossais.
Cela fait, Jean de Vienne et ses compagnons s’acheminent vers Alnwick
et brûlent et pillent un certain nombre de villages des alentours[324];
ils parviennent jusqu’à Bothal[325], qu’ils n’assiègent pas, et jusqu’à
Morpeth, à mi-chemin entre Berwick et Newcastle. Là, ils apprennent que
le duc de Lancastre, les comtes de Northumberland et de Nottingham,
Jean de Nevill, accompagnés de nombreux barons et de l’archevêque
d’York, Alexandre de Nevill, ainsi que de l’évêque de Durham, Jean de
Fordham, marchent à leur rencontre.
[324] Le _Religieux de Saint-Denis_ insiste tout particulièrement
sur les cruautés et les déprédations de l’armée française. Ces
accusations sont démenties par les historiens anglais (cf. _Jean de
Vienne_, p. 194).
[325] Ce château, situé sur la rive gauche du Wantsbeck, est proche
de Morpeth.
Pour mieux soutenir le choc[326], l’armée française rentre dans le pays
de Berwick et prend le chemin de Dunbar[327]. P. 257, 258, 432, 433.
[326] Il y avait huit jours que l’expédition de Jean de Vienne
était en route quand on apprit l’arrivée de l’avant-garde anglaise.
L’amiral ne put obtenir de ses alliés qu’on livrât bataille, et dut
rétrograder.
[327] Le _Religieux_ (t. I, p. 368) prétend qu’une fois revenu en
Écosse, Jean de Vienne, outré de la mauvaise foi de ses alliés,
renonça momentanément à leur concours et, vers la fin du mois de
juillet, se mit à courir le pays avec ses gens, en usant de la plus
grande prudence.
Le roi d’Angleterre, connaissant la venue des Français en Écosse,
a fait depuis longtemps ses préparatifs[328] et rassemblé son
armée[329]. Il s’avance le long des côtes anglaises, en compagnie de
ses deux oncles, les comtes de Cambridge[330] et de Buckingham[331],
et de ses deux frères, Thomas Holand, comte de Kent, et Jean
Holand[332]. Avec eux sont les comtes de Salisbury, d’Arondel[333],
d’Oxford, de Pembroke, de Stafford[334], de Devonshire, Thomas Le
Despenser et autres barons et chevaliers[335], en tout 4,000 lances
et 50,000 archers, sans compter les 2,000 lances et les 20,000
archers qui opèrent à la frontière d’Écosse sous les ordres du duc
de Lancastre[336], du comte de Northumberland[337], du comte de
Nottingham[338] et autres. P. 258, 259, 433, 434.
[328] Le roi s’occupe activement de cette campagne d’Écosse: il
contracte pour en couvrir les frais différents emprunts envers la
municipalité de Londres, les villes, les abbés, les grands seigneurs
et les riches particuliers du royaume (_Rec. Off._, _Issue Rolls_
209, m. 18, 19, 23, 25, 26; 210, m. 1, 2, 4, 7, 16, 20); il assure
la garde des ports de Sandwich et de Rye menacés par l’invasion
française (_Ibid._ 209, m. 20; _Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2)
et, faisant de nouveau appel à ses sujets, il donne des instructions
multiples relatives aux transports, aux chevaux, au fourrage, aux
vivres, au vin nécessaires à l’armée (_Ibid._, _Issue Rolls_ 209, m.
11, 12, 19; _Patent Rolls_ 320, m. 3, 6; _Lord Treas. Rem._, _For.
Acc._ 2). La réunion des vassaux est fixée à Newcastle le 14 juillet
(Rymer, t. VII, p. 473-474). De nombreux scribes sont employés nuit
et jour à l’expédition des ordres (_Ibid._, _Issue Rolls_ 209, m.
19). Après avoir échangé des messages avec le duc de Lancastre, qui,
parti en avant, se trouve auprès de l’archevêque d’York et du comte
de Northumberland (_Ibid._ 209, m. 2, 15, 16), Richard II part,
emmenant avec lui son médecin, Jean Middelton, et son porte-étendard,
Nic. Saversfeld (_Ibid._ 209, m. 18; _Patent Rolls_, 321, m. 36).
[329] Les chiffres donnés par Froissart dans l’énumération des forces
anglaises semblent quelque peu exagérés, si l’on se reporte d’une
part à l’état de l’armée tel qu’il fut établi à Durham le 17 juillet,
avant l’entrée en Écosse (_Estatutz, ordenances et custumes a tenir
en l’ost_, _Bibl. nat._, ms. lat. 6049, fol. 28-30), et de l’autre
aux renseignements offerts par le _Record Office_.
[330] Le comte de Cambridge avait à sa solde 200 hommes d’armes et
400 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[331] Thomas, comte de Buckingham, connétable d’Angleterre, avait
à sa solde 400 hommes d’armes et 800 archers (_Rec. Off._, _Issue
Rolls_ 209, m. 16).
[332] Jean Holand avait à sa solde 100 hommes d’armes et 160 archers
(_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[333] Richard, comte d’Arondel, avait à sa solde 6 chevaliers
bannerets, 24 chevaliers, 69 écuyers et 150 archers (_Rec. Off._,
_Issue Rolls_ 209, m. 13).
[334] Le comte de Stafford avait sous ses ordres 120 hommes d’armes
et 180 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[335] Parmi ces chevaliers citons W. Drayton à la tête de 15 hommes
d’armes et de 20 archers; Jean d’Évreux, chevalier banneret, à la
tête de 46 hommes d’armes et de 70 archers; Mathieu de Gournai,
chevalier banneret, à la tête de 20 hommes d’armes et de 20 archers;
Thomas Trivet à la tête de 20 hommes d’armes et de 20 archers, etc.
Ajoutons un grand nombre de chevaliers gallois venus exprès pour
cette campagne (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 14, 16, 24).
[336] Le duc de Lancastre, dont l’engagement était de quarante jours,
comptait sous ses ordres 800 hommes d’armes et 1,200 archers (_Rec.
Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13, 22).
[337] Le comte de Northumberland avait sous ses ordres à Newcastle
600 hommes d’armes et 1,200 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209,
m. 22, 24).
[338] Le comte de Nottingham, maréchal d’Angleterre, avait sous ses
ordres 180 hommes d’armes et 150 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_
209, m. 13).
L’armée royale, pressentant qu’une action décisive va avoir lieu,
arrive à marches forcées à Saint-Jean-de-Beverley, où elle loge. P.
259, 434.
Querelle entre Jean Holand et Raoul[339] de Stafford. Ce dernier est
tué. P. 260 à 263, 434, 435.
[339] _Raoul_ (et non pas _Richard_, comme le nomme Froissart) de
Stafford, fils du comte de Stafford, avait sous ses ordres 7 hommes
d’armes et 12 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 16).
Plainte du comte de Stafford auprès du roi, qui lui promet
justice[340]. P. 263 à 265, 435, 436.
[340] Jean Holand eut ses biens confisqués (Walsingham, t. II, p.
129); il ne fut sauvé du dernier supplice que grâce à l’intervention
de la veuve du Prince Noir (Kervyn, t. X, p. 566).
Poursuivant son chemin vers l’Écosse, le roi d’Angleterre, à la tête
d’une armée de 7,000 hommes d’armes et de 60,000 archers, passe
par Durham[341] et Newcastle[342], et s’arrête quelque temps à
Berwick[343], où il est bien reçu par le capitaine Mathieu Redman. De
là il traverse la Tweed[344], arrive à Roxburgh et à Melros, dont il
brûle et détruit l’abbaye. Jean de Vienne fait tous ses efforts pour
décider les Écossais à combattre. P. 265, 266, 436.
[341] Après être passé par York, dont la garnison avait reçu l’ordre
de venir au-devant de lui (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 18), le
roi d’Angleterre arrivait à Durham le 17 juillet 1385. C’est là qu’il
fit proclamer le règlement de l’armée auquel il est fait allusion
plus haut, p. LXVI, note 1.
[342] A Newcastle, où le roi dut séjourner quelque temps, sont
organisés les transports de vivres pour l’Écosse par voie de terre
et de mer (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13, 25; 210, m. 10;
_Patent Rolls_ 321, m. 40, 44).
[343] Depuis la Saint-Jean (24 juin 1385), Henri de Percy, fils du
comte de Northumberland, avait été chargé de la garde de Berwick avec
60 hommes d’armes et 320 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209,
m. 7). Dans la chevauchée du roi en Écosse, il commandait à
3 chevaliers bannerets, 36 chevaliers, 310 écuyers et 800 archers
(_Ibid._ 210, m. 21).
[344] En passant la frontière, Richard envoya à Jean de Vienne une
lettre de menaces, à laquelle l’amiral répondit en proposant un
combat où 10, 100 ou 500 Français se mesureraient à 30, 300 ou 1,000
Anglais. Le roi refusa (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 384-386)
et entra vers le 6 août (_Jean de Vienne_, p. 200) en Écosse, où il
trouva partout la ruine et la famine (Walsingham, t. II, p. 131). A
la même date, il créait le comte de Buckingham duc de Glocester et le
comte de Cambridge duc d’York (Rymer, t. VII, p. 481-482).
Devant les mauvaises dispositions de ses alliés, l’amiral renonce à
mettre en face de la nombreuse armée ennemie ses 2,000 lances et ses
30,000 autres combattants mal armés. Il laissera donc les Anglais
faire leur chevauchée, et ce durant il ira ailleurs tenter même
aventure[345]. P. 266, 267, 436, 437.
[345] N’ayant pu décider ses alliés à combattre, Jean de Vienne se
résout à faire une chevauchée en pays anglais. Sachant que l’armée
ennemie n’est qu’à quelques milles d’Édimbourg, il passe, le 3 août,
une dernière revue de ses troupes (_Jean de Vienne_, p. CII-CXXXII)
et se dirige, à la faveur de la nuit, vers la frontière d’Écosse
(_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 390).
Les Écossais se dirigent vers le sud, détruisant tout sur leur passage
et cachant dans les forêts leurs objets précieux; ils parcourent ainsi
la terre de Mowbray[346], appartenant au comte de Nottingham, le comté
de Stafford[347], les terres des seigneurs de Graystock et de Musgrave,
et prennent le chemin de Carlisle[348]. P. 267, 268, 437, 438.
[346] Le domaine très étendu de Mowbray avait comme ville
principale Thirsx, placée au nord-ouest d’York.
[347] Kervyn (t. XXV, p. 330) a tracé l’itinéraire probable de Jean
de Vienne depuis les monts Cheviot jusqu’aux murs d’York et de
Carlisle. Avec lui, il nous est difficile d’admettre que l’amiral ait
pu s’avancer jusqu’au comté de Stafford. Il n’en avait pas le temps,
étant revenu dix jours après à Édimbourg, où il signait, le 15 août,
un mandement de paiement de gages (_Jean de Vienne_, p. CXLV-CXLVI).
Froissart a dû confondre le domaine de Clifford avec le comté de
Stafford.
[348] Influencé par ses souvenirs littéraires, Froissart semble
confondre ici avec _Caer-Léon_ la ville de _Carlisle_, qu’il place
en pays de Galles et dont il fait le séjour légendaire du roi
Arthur. Remarquons cependant avec M. Longnon, dans son introduction
de _Méliador_ (t. I, p. LVII), qu’au moyen âge «la terre de Galles
des traditions arthuriennes s’étend, bien au delà du pays de Galles
actuel, sur tous les pays demeurés jadis au pouvoir des Bretons.»
Pendant ce temps, le roi d’Angleterre occupe Édimbourg, où il reste
cinq jours, et livre tout aux flammes[349]. Il prend ensuite et brûle
la ville et l’abbaye de Dunfermlin. De là, l’armée royale vient mettre
le siège devant Stirling, dont elle ne peut s’emparer, et ravage les
domaines de Robert Erskine. P. 268, 269, 438, 439.
[349] Le roi fut surpris du départ des Français et entra dans
Édimbourg sans coup férir (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 390).
Après avoir passé la Tay, elle brûle les villes de Saint-Johnston[350]
et de Dundee; ses éclaireurs s’avancent même jusqu’à Aberdeen, sans
rien tenter contre la ville. P. 269, 270, 439.
[350] Aujourd’hui Perth, sur la Tay. La ville ancienne devait
son nom à son église Saint-Jean.
L’expédition de Jean de Vienne, portant la misère et la ruine dans
des pays qui jamais, jusque-là, n’ont souffert de la guerre, est
enfin arrivée devant Carlisle, défendu par Louis de Clifford[351],
Guillaume[352] de Nevill, Thomas Musgrave et son fils, David
Holegrave[353], Dagorisset[354] et autres chevaliers. Le siège
commence. P. 270, 271, 439, 440.
[351] Louis de Clifford fut chargé spécialement par le roi, le 12
juin 1385, de la garde de la reine mère durant la campagne d’Écosse
(Rymer, t. VII, p. 474); il signa, en mai 1390, une protestation
adressée au pape contre les abus de la cour de Rome et fit partie,
en 1393, de l’ambassade anglaise chargée de négocier la paix avec la
France (_Ibid._, p. 675 et 739).
[352] Kervyn (t. XX, p. 289) parle d’un _Raoul_ de Nevill, gouverneur
de Carlisle en 1385; _Jean_ de Nevill fut garde de Carlisle, avec 120
hommes d’armes et 240 archers, du 1er août à la fin de septembre 1384
(_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 15).
[353] David Holegrave, capitaine de Montcontour en 1371 (t. VIII,
p. 21), était «l’ung des grans hommes que on peut veoir et des
orgueilleux, et portoit deux espées, une seinte et l’autre à l’arçon
de la selle» (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 85). Cabaret
d’Orville le fait mourir en 1370.
[354] Dagorisset, que Siméon Luce a le premier identifié avec Adam
Chel, capitaine anglais (Froissart, t. VII, p. LIV, note 270; voy.
aussi P. Guérin, _Arch. hist. du Poitou_, t. IV, p. 42, note 1, et t.
V, p. 172, note 1), figure dans le roman de _Méliador_ (éd. Longnon,
t. I, p. XXXIX) au milieu d’autres personnages dont les noms sont
aussi empruntés à l’histoire.
Le roi Richard, après avoir ravitaillé son armée, se propose de passer
les montagnes du Northumberland et d’aller au-devant de Jean de Vienne.
Il est dissuadé de ce projet par le comte d’Oxford, qui lui fait
entrevoir les dangers de l’entreprise[355] et le met en garde contre
les desseins ambitieux du duc de Lancastre, son oncle. P. 271 à 273,
440, 441.
[355] A la difficulté du ravitaillement et aux fatigues de la
chevauchée était venue s’ajouter une épidémie qui avait éclaté à
Édimbourg (Walsingham, t. II, p. 132).
Explications orageuses entre le roi et le duc de Lancastre, qui
proteste de son dévouement[356]. Le retour en Angleterre est
décidé[357]. P. 273, 274, 441, 442.
[356] Une première fois en cette même année 1385, le duc de Lancastre
avait dû, pour éviter d’être arrêté et tué par ordre du roi, se
réfugier dans son château de Pomfret. La réconciliation n’avait pu
se faire que par l’entremise de la reine mère (Walsingham, t. II, p.
126).
[357] Le roi repasse la Tweed le 20 août (_Jean de Vienne_, p. 200),
après avoir établi comme gardiens des marches, à Newcastle et à York,
le comte de Northumberland et Jean de Nevill, à la tête de 600 hommes
d’armes et de 1,200 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 24),
et avoir confié la garde de Roxburgh à Thomas de Percy (_Ibid._ 210,
m. 14). Il est à Londres le 9 septembre, préside son Conseil le 11
et convoque le Parlement pour le 17 octobre (_Ibid._ 209, m. 24);
il s’occupe de liquider les paiements en retard (_Ibid._ 210, m. 5)
et fait remise de ses impôts au comte de Northumberland (_Ibid._,
_Patent Rolls_ 321, m. 10); enfin, il entre en pourparlers avec le
roi d’Écosse par l’intermédiaire de ses ambassadeurs Jean de Nevill
(_Ibid._, _Issue Rolls_ 210, m. 15) et Rich. Stury (_Ibid._, _Lord
Treas. Rem._, _For. Acc._ 2).
Apprenant cette nouvelle, l’amiral Jean de Vienne et ses compagnons
renoncent, eux aussi, à continuer leur chevauchée. Ils rentrent donc
en Écosse[358], où ils trouvent tout le pays détruit. De nouveaux
dissentiments s’élèvent entre les Écossais et les Français, auxquels
on reproche d’avoir ruiné la terre autant que l’ont fait les Anglais.
P. 274 à 276, 442, 443.
[358] On a vu plus haut (p. LXVIII, note 347) que Jean de Vienne était
de retour à Édimbourg le 15 août 1385, une dizaine de jours après son
départ.
C’est à peine si les chevaliers français peuvent trouver à se nourrir,
même en payant fort cher; en butte aux tracasseries multiples de leurs
alliés[359], ils refusent de passer l’hiver en Écosse et demandent à
partir.
[359] Les querelles entre Français étaient fréquentes aussi
(_Arch. nat._, JJ 136, fol. 31 vº, et 142, fol. 72).
L’amiral, qui aurait voulu hiverner[360], dans l’espoir de recevoir des
renforts au commencement de l’été[361], consent à donner congé à ceux
qui veulent le quitter. Nouvelles contestations avec les Écossais, qui
laissent partir les chevaliers de peu d’importance et les écuyers, mais
retiennent les autres, prétendant avant ce départ être indemnisés des
préjudices qu’ils ont soufferts du fait des Français. P. 276, 277, 443,
444.
[360] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 390-392) parle d’une
intrigue amoureuse de Jean de Vienne avec une cousine du roi d’Écosse
qui aurait indisposé les Écossais contre lui et aurait hâté son
retour. Comme le fait remarquer le marquis Terrier de Loray (_Jean de
Vienne_, p. 203, en note), le départ de l’amiral fut plutôt retardé
que précipité par ses alliés.
[361] La _Chronique de P. Cochon_ (p. 176-177), qui consacre quelques
lignes à l’expédition d’Écosse, durant laquelle les Français «ne
firent guaire de chose, excepté qu’il entrerent en Engleterre et
pristrent .IIII. chastiaus,» accuse Olivier de Clisson de n’être pas
venu, «par traïson ou aultrement,» au secours de Jean de Vienne. La
véritable raison de cette inaction fut la campagne de Flandre et le
siège de Damme, qui immobilisa toutes les forces françaises.
Malgré l’intervention des comtes de Douglas et de Moray, il faut
satisfaire les Écossais. L’amiral, s’étant fait présenter un état des
réclamations, s’engage à ne pas quitter le pays avant paiement intégral.
Cette promesse permet à un certain nombre de chevaliers et d’écuyers
de retourner à l’Écluse[362]. P. 277, 278, 444 à 446.
[362] Vers la fin du mois d’octobre, le 23, le 27, le 28, les revues
de départ s’échelonnent à Saint-Johnston (_Jean de Vienne_, p. CII
et suiv., CIV et CXXVIII); dès le 1er novembre, quelques chevaliers
sont déjà de retour en France, Sauvage de Villiers, entre autres, qui
débarque à Carentan (_Ibid._, p. CXXXI).
L’amiral fait alors connaître au roi de France et au duc de Bourgogne
les exigences des Écossais, qui demandent non seulement à recevoir
leurs gages comme ayant servi le roi de France, mais encore à être
indemnisés de la perte de leurs récoltes.
Les paiements ont lieu à Bruges, et l’amiral peut partir[363]. De
nombreux chevaliers l’accompagnent à l’Écluse[364], mais d’autres se
dirigent sur le Danemark[365], la Suède, la Norvège, l’Irlande et même
la Prusse. P. 278 à 280, 446, 447.
[363] Le 16 novembre, l’amiral reçoit quittance des sommes promises
au roi et aux chevaliers d’Écosse (Rymer, t. VII, p. 484; cf. plus
haut, p. LV, note 2); il part aussitôt après.
[364] Dès son retour à Lille, le 5 décembre 1385, l’amiral Jean de
Vienne procéda au licenciement de l’armée d’Écosse (_Jean de Vienne_,
p. CXLII).
[365] Ce ne fut pas volontairement, mais par suite d’une tempête,
qu’un certain nombre de chevaliers français furent jetés sur les
côtes danoises, où on les garda prisonniers (Kervyn, t. X, p. 567)
De retour en France, Jean de Vienne démontre au roi le peu de fond
qu’il faut faire sur l’alliance écossaise; il lui donne aussi des
renseignements sur les forces de l’armée anglaise, contre laquelle le
duc de Bourgogne voudrait organiser une grande expédition[366]. P. 280
à 282, 447 à 449.
[366] Une trêve suivit la campagne d’Écosse. Au printemps de 1386,
des négociations en vue de la paix à conclure entre la France et
l’Angleterre eurent lieu à Leulinghem, où le roi Richard envoya comme
ambassadeurs Gautier Skirlawe, évêque de Coventry, Jean d’Évreux,
capitaine de Calais, Michel de la Pole, comte de Suffolk, et autres
(_Rec. Off._, _Queen’s Rem._, _Nuncii_, bundle 319, nos 13, 23,
24; _Lord Treas. Rem._, For. Acc. 2); elles échouèrent, et les
préparatifs de guerre commencèrent à l’Écluse.