CHAPITRE XX.

_1384._ LA TRÊVE DE LEULINGHEM EST CONFIRMÉE EN ÉCOSSE.--_25 mai._

PRISE D’AUDENARDE PAR LE SEIGNEUR D’ESCORNAI.--_20-21 septembre._

MORT DU DUC D’ANJOU.--_1385, avril._ PRÉPARATIFS DE L’EXPÉDITION

D’ÉCOSSE.--_21 mai._ LOUIS II D’ANJOU REÇOIT DU PAPE L’INVESTITURE DU

ROYAUME DE SICILE ET DE JÉRUSALEM.--_Juin-août._ COMMENCEMENT DE LA

CAMPAGNE DU DUC DE BOURBON DANS LE CENTRE (§§ 407 à 439).

Les seigneurs français, présents au traité de Leulinghem, se sont

chargés de prévenir les Écossais de la conclusion de la trêve. Mais,

pour une raison ou une autre, ils diffèrent de le faire. Aussi les

hostilités continuent-elles aux frontières d’Écosse[181]. Peu après

Pâques, les comtes de Northumberland et de Nottingham envahissent le

territoire écossais avec 2,000 lances et 6,000 archers; ils brûlent

tout sur leur passage jusqu’à Édimbourg[182].

[181] Durant l’année 1383, les hostilités n’avaient pas cessé aux

frontières d’Écosse où le comte de Northumberland dut intervenir à

différents titres (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 8, 9, 14; 203,

m. 9; voy. aussi Walsingham, t. II, p. 115). Dès les mois de décembre

1383 et janvier 1384, on fait de nouveaux préparatifs de campagne, et

le comte de Northumberland retient 100 hommes d’armes et 200 archers

(_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 11, 13 et 15).

[182] En mars 1384, le duc de Lancastre, les comtes de Cantorbéry et

de Buckingham sont en Écosse où ils guerroient (_Rec. Off._, _Issue

Rolls_ 203, m. 15, 17, 19, 22; _Queen’s Rem._, _Army_ 40/7). Le duc

de Lancastre part bientôt pour assister à Calais aux conférences qui

doivent aboutir à une prolongation de la trêve, jusqu’au 1er mai 1385

(Walsingham, t. II, p. 115; _Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 16);

avant son départ, il a nommé le comte de Northumberland garde des

marches (_Ibid._, 206, m. 15) et fait payer les troupes par les soins

de J. Hermesthorp (_Ibid._, 206, m. 17).

Les barons d’Écosse font leurs préparatifs de défense. A ces nouvelles,

la cour de France se hâte d’envoyer en Écosse, pour signifier la trêve,

Guichard de Marsai[183], Pierre Fresnel[184] et un sergent d’armes du

roi, Jean Champenois[185]. P. 164 à 166, 390.

[183] Guichard de Marsai (et non _Aimart de Massy_, comme l’appelle

Froissart), chevalier, venait de faire la campagne de Flandre (_Arch.

nat._, JJ 126, fol. 80); il reçut, dès le 13 février 1384 (Rymer, t.

VII, p. 423), des lettres de sauf-conduit pour lui et ses compagnons,

qui lui accordèrent jusqu’à 40 personnes pour l’accompagner (_Rec.

Off._, _French Rolls_ 328, m. 5 et 10).

[184] Maître Pierre Fresnel, conseiller du roi, devint plus tard, en

1390, évêque de Meaux.

[185] Jean Champenois, écuyer, sergent d’armes du roi Charles V,

qui l’avait chargé plusieurs fois de missions en Écosse, avait été

nommé, le 16 avril 1381, maître et garde du Clos des Galées de Rouen

(Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. LXIX-LXXII). C’est en cette

qualité que nous le retrouvons jusqu’au 23 octobre 1383 (_Ibid._, p.

LXXIV et suiv.). En décembre 1384, le maître du Clos des Galées de

Rouen est Jean Choque, dit de France (_Ibid._, p. LXXXIV).

Quelques chevaliers et écuyers français, apprenant cependant que la

guerre recommence aux frontières d’Écosse, s’embarquent à l’Écluse pour

aller tenter fortune. Citons parmi eux Jean de Blaisi[186], Geoffroi de

Charni[187], Jacques de Montfort[188], Jean de Noyelles[189] et Sauvage

de Villiers[190].

[186] Jean de Blaisi, chevalier, seigneur de Mauvilli, retourna

plus tard en Écosse avec Jean de Vienne; il figure dans une revue à

Édimbourg, le 3 août 1385, avec 4 autres chevaliers et 21 écuyers

(_Jean de Vienne_, p. CII). Il avait assisté, en mai-juin 1378, au

siège de Pont-Audemer, et avait été nommé, le 9 novembre de la même

année, capitaine de Condé en Normandie, aux gages de 400 livres par

an. Le 1er août 1381, il figure dans une revue tenue à Créci-en-Brie;

devenu chambellan du roi, il est envoyé en Bretagne en 1386 pour

s’occuper, avec Morelet de Montmort, des bateaux destinés à L’Écluse.

Enfin, le 5 juin 1391, nous le trouvons commissaire sur le fait de

«la vuide» des forteresses occupées par les ennemis du royaume en

Rouergue, Velay, Gevaudan et Auvergne (_Bibl. nat._, _Pièces orig._

vol. 359).

[187] Messire Geoffroi de Charni, sire de Montfort, banneret, figure

dans une revue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 10 chevaliers

bacheliers et 85 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CIX).

[188] Jacques de Montfort apparaît comme écuyer dans la revue de

Geoffroi de Charni du 3 août 1385 (Jean de Vienne, p. CX).

[189] Jean, autrement dit le Breton de Noyelles, écuyer, figure dans

une revue à Amiens, le 27 avril 1385, avec 14 autres écuyers (_Jean

de Vienne_, p. CXX).

[190] Sauvage de Villiers, chevalier, fit partie de l’expédition

d’Écosse (_Jean de Vienne_, p. CXXXI). Il avait pris part, en 1378,

à la campagne de Normandie. Nous le retrouvons chambellan du roi en

1390 et capitaine du château de Touques de 1397 à 1402. Son fils,

Sauvage de Villiers, est écuyer, échanson du roi en 1391 (_Bibl.

nat._, _Pièces orig._ vol. 3021).

D’autre part, les messagers que le roi de France envoie en Écosse sont

bien accueillis en Angleterre et s’acheminent, accompagnés de deux

sergents d’armes, vers le théâtre de la guerre[191]. P. 166 à 168, 390,

391.

[191] Ce fut Thomas Blount, chevalier de la chambre du roi

d’Angleterre, qui eut mission (16 mars 1384) d’accompagner jusqu’en

Écosse Guichard de Marsai et ses compagnons (_Rec. Off._, _Issue

Rolls_ 203, m. 21 et 206, m. 9).

Les chevaliers partis de l’Écluse arrivent à Montrose, en Écosse, et

se rendent à Dundee, puis à Saint-John-Stone. Là, apprenant que les

Anglais ne sont plus sur le territoire écossais, ils envoient deux

d’entre eux à Édimbourg, auprès du roi d’Écosse, pour l’assurer de leur

concours. Ils sont bien accueillis par les seigneurs, partisans de la

guerre. Le roi, au contraire, qui vient de recevoir les ambassadeurs

français chargés de dénoncer la trêve, ne veut pas entendre parler de

continuer les hostilités. P. 168 à 170, 391, 392.

Secrètement appelé par le comte Guillaume de Douglas et ses amis, le

reste des chevaliers français quitte Saint-John-Stone, se dirige sur

Édimbourg, puis sur Dalkeith. Tout près de là est le lieu de réunion

des chevaliers écossais, plus de 15,000, auxquels ils se joignent,

désireux de faire payer cher aux Anglais la chevauchée qui vient

d’avoir lieu en Écosse.

Ils entrent donc sur les terres des comtes de Northumberland et de

Nottingham, qu’ils pillent et saccagent sans être inquiétés. P. 170,

171, 392.

Furieux, les Anglais veulent rentrer en campagne, bien que le duc de

Lancastre et le comte de Cambridge préfèrent voir l’apaisement se

faire, pour s’occuper de leur expédition en Espagne. Le roi d’Écosse

n’approuve pas ses barons; les ambassadeurs français qui sont auprès

de lui, Guichard de Marsai et Pierre Fresnel, pour dégager leur

responsabilité, envoient au roi d’Angleterre un de leurs hérauts. P.

171, 172, 392, 393.

Le héraut excuse le roi d’Écosse, qui demande la confirmation de la

trêve, dont il n’a eu que trop tard connaissance. P. 172 à 174, 393,

394.

Les Anglais, ne se sentant pas à l’abri de tout reproche,

accueillent cette demande: la trêve est confirmée entre l’Écosse et

l’Angleterre[192]; les ambassadeurs français peuvent retourner dans

leur pays[193]. P. 174, 175, 394.

[192] Dès le 7 juin 1384, des lettres étaient envoyées au comte de

Northumberland, aux évêques de Durham et de Carlisle et à maître

Jean Waltham, pour s’occuper de la paix avec les envoyés du roi

d’Écosse (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 6 et 9); en juillet, la

convention était signée (_Ibid._, _Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2)

et la trêve proclamée (_Ibid._, _Issue Rolls_ 208, m. 7). Mais, dès

le mois de novembre 1384, les hostilités reprenaient, et les Écossais

s’emparaient de Berwick (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 20, 21),

dont le comte de Northumberland avait la garde (_Ibid._, 206, m. 4).

Accusé de négligence, le comte fut condamné par le Parlement; le roi

lui fit grâce, malgré le duc de Lancastre. Le comte se rendit de

nouveau maître de Berwick (Walsingham, t. II, p. 118).

[193] Le sauf-conduit de Guichard de Marsai, de Pierre Fresnel et de

Jean Champenois, pour retourner en France, est daté du 27 juin 1384;

avant leur départ, ils reçoivent du roi, tant en argent comptant

qu’en objets précieux, la somme de 100 marcs (_Rec. Off._, _Issue

Rolls_ 206, m. 9 et 10).

A cette nouvelle, les chevaliers français, venus en Écosse, font leurs

adieux aux seigneurs du pays, leur promettant à la première occasion de

venir se joindre à eux pour combattre les Anglais. Le vent les pousse à

Briel[194], en Zélande, où les Normands leur enlèvent leurs barques et

leurs armes. P. 175 à 178, 394, 395.

[194] Ville de la Zélande, à l’embouchure de la Meuse.

Grâce à l’intervention de Jacques d’Ostringh[195], écuyer du comte de

Blois, ils peuvent s’embarquer pour Schoonhove, d’où ils gagnent la

France par le Brabant et le Hainaut. P. 177, 178, 395, 396.

[195] Ce nom ne se trouve que dans deux manuscrits.

A leur arrivée, ils racontent leur expédition à l’amiral Jean de

Vienne. Il est d’avis que c’est par l’Écosse qu’à la prochaine reprise

de la guerre[196] on pourra le mieux entamer les Anglais. Les ducs de

Berri et de Bourgogne partagent cette opinion que vient confirmer aussi

Guichard de Marsai qui est de retour. P. 178, 179, 396.

[196] Au courant de l’été 1384, de nouvelles conférences en vue

de la paix eurent lieu à Calais, qui durèrent de juin à la fin de

septembre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 6 et 10). Le duc de

Lancastre, le comte de Buckingham, Jean Holand, l’évêque de Hereford

et autres ambassadeurs représentaient l’Angleterre. Le duc de Berri

et le duc de Bourgogne, nommés lieutenants du roi en Picardie pour

traiter de la paix (_Arch. nat._, JJ 128, fol. 163 vº et X2a 11, fol.

95), étaient secondés par Jean de Vienne et Jean le Mercier. Sûrs de

l’appui de la Castille et de l’Écosse, les Français se montrèrent

exigeants et réclamèrent l’évacuation de Calais et des autres places

occupées par les Anglais. Les négociations échouèrent, et la trêve

fut prolongée seulement jusqu’au 1er mai 1385 (_Jean de Vienne_, p.

179-181), époque à laquelle la guerre devait recommencer. Une des

conséquences de la prolongation de la trêve fut, en janvier 1385, un

échange de prisonniers (_Rec. Off._, _French Rolls_ 327, m. 7).

La trêve[197] avait laissé en la possession des Gantois la ville

d’Audenarde et la terre du seigneur d’Escornai. Ce dernier, résolu à se

venger malgré la trêve, profite de la présence de François Ackerman à

Gand pour mettre son projet à exécution. P. 179, 180, 396, 397.

[197] Le duc de Bourgogne, qui, le 18 février 1384, avait conclu,

avec les Gantois, une trêve particulière (Kervyn, t. X, p. 543),

reçut en grâce, le 10 mai, les villes de Flandre, moyennant un

subside payable jusqu’à la soumission d’Audenarde et de Gand. Cette

imposition, levée pendant quatre mois, produisit plus de 50,000

livres (Le Glay, _Chr. rimée_, p. 148-151). Il est à remarquer que

les villes de Flandre continuaient à ne pas reconnaître le pape

Clément (_Ist. et cr._, t. II, p. 362).

Le 17 mai[198], à la tête de 400 combattants, chevaliers, écuyers et

autres, il se cache dans le bois d’Edelaere, tout près d’Audenarde.

Puis, profitant de l’embarras que causent à la porte dite de Grammont

deux charrettes chargées dont il s’est fait précéder dans ce but, il

entre dans la ville qu’il reprend. Plus de 300 Gantois sont tués; près

de 15,000 francs appartenant à François Ackerman tombent aux mains du

vainqueur. P. 180, 181, 397, 398.

[198] La prise d’Audenarde eut lieu le 25 mai 1384 (Meyer,

fol. 201). Une rédaction des _Chroniques flamandes_ (_Ist. et cr._,

t. II, p. 350) la place à tort le 1er octobre.

Les Gantois se plaignent de la violation de la trêve au duc de

Bourgogne, qui ne peut rien obtenir du seigneur d’Escornai[199]. Cette

prise d’Audenarde est la cause d’une violente querelle entre François

Ackerman et le seigneur d’Herzeele[200], qui meurt peu après, tué,

dit-on, sur les ordres d’Ackerman.

[199] Le seigneur d’Escornai manda aux Gantois «que che n’estoit

point li fais du roy ne du duc de Bourgongne, comte de Flandres; mais

il mesmes avoit ce fait empris sur yauls pour ce qu’il li avoient ses

maisons arses et ochis de ses amys et de ses gens. Et ainsi tint et

warda le fortresche d’Audenarde» (_Ist. et cr._, t. II, p. 363).

[200] Le seigneur d’Herzeele, accusé de vouloir faire la soumission

de la ville au duc de Bourgogne, après en avoir expulsé les

tisserands, fut massacré par la foule au commencement de juillet 1384

(Meyer, fol. 201 vº).

C’est à cette date que Gand se donne un nouveau gouverneur, Jean

Bourchier[201], que lui envoie le roi d’Angleterre. P. 181 à 183, 398.

[201] Le meurtre du seigneur d’Herzeele fut le point de départ

de troubles, au cours desquels la populace de Gand se donna un

dictateur, Baudouin le Riche, dont elle se fatigua bientôt. Après

un échange, entre Londres et Gand, de messagers (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 203, m. 14, 17, 20), dont l’un même fut mis à mort

par les habitants de L’Écluse (_Ibid._, 206, m. 7), Jean Bourchier,

chevalier, fut nommé par l’Angleterre capitaine et rewaerd de la

ville de Gand, le 1er janvier 1385 (Meyer, fol. 202; _Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 208, m. 12). Ses lettres de protection prirent date du

7 décembre; il devait toucher pour lui et les hommes de sa suite 40

sous par jour (_Ibid._, 208, m. 12). Kervyn a publié (t. X, p. 545)

les lettres par lesquelles le roi d’Angleterre annonce aux gens de

Valenciennes la nomination de Jean Bourchier.

En Italie, le duc d’Anjou, arrivé jusqu’à Naples, manque d’argent et

d’hommes[202]; son allié, le comte de Savoie, a succombé aux fatigues

de la campagne[203]. Le duc s’adresse alors à ses frères, les ducs de

Berri et de Bourgogne, qui lui envoient des renforts commandés par le

sire de Couci[204] et le comte de Conversano[205]. Arrivés à Avignon,

ces deux seigneurs apprennent la mort du duc d’Anjou[206]. Le sire de

Couci retourne sur ses pas. Le comte de Conversano se dirige sur la

Pouille. P. 183, 184, 398, 399.

[202] Après avoir échoué devant Naples, le duc d’Anjou avait été

forcé, dès la fin de l’année 1382, de battre en retraite devant les

bandes de Hawkwood et de s’enfoncer dans l’Abruzze. Il recueille

la principauté de Tarente de l’héritage de Jacques de Baux et à

Tricarico prend le titre de roi de Sicile et de Jérusalem, le 30

août 1383. Déclaré hérétique et rebelle, le 13 mai 1384, par le

pape Urbain, il demande aide à ses frères et au roi de France.

Sans jamais pouvoir combattre sérieusement les troupes de Charles

de Durazzo, il est reçu à Bari, le 21 juillet, avec les honneurs

souverains. Il est atteint d’un refroidissement en s’emparant du

port de Bisceglie et meurt à Bari dans la nuit du 20 au 21 septembre

1384 (N. Valois, _L’expédition et la mort de Louis Ier d’Anjou en

Italie_, tir. à part, p. 45-65; _Chronographia_, t. III, p. 64-70),

«de fain et de mesaire,» d’après la _Chronique de Cochon_ (p. 176),

d’empoisonnement, d’après une chronique de Flandre (_Ist. et cr._, t.

II, p. 360).

[203] Le comte de Savoie mourut à Santo Stefano, le 2 mars 1383

(_Chronographia_, t. III, p. 64, note 8), «Antiochi more percussus»

(Walsingham, t. II, p. 87). Avec lui moururent «lo senhor de Peyra e

motz autres» (_Petit Thalamus_, p. 406).

[204] Les renforts demandés par Louis d’Anjou, d’abord retardés,

étaient prêts à partir en juillet 1384, sous les ordres du sire de

Couci et de l’évêque de Beauvais, Milon de Dormans. A la tête de

9 à 12,000 hommes, Couci arrive à Milan, où il est bien accueilli

par Barnabo Visconti. Tout en ménageant les Florentins, qui n’osent

ouvertement se déclarer pour Charles de Durazzo, il se fait remettre

de l’argent par les Siennois et s’empare d’Arezzo les 28 et 29

septembre 1384 (P. Durrieu, _Bibl. de l’École des chartes_, t. XLI,

p. 161-175).

[205] Louis d’Enghien, comte de Brienne et de Conversano, partait

en Pouille pour réclamer les droits qui lui venaient de sa mère,

Isabelle de Brienne, héritière des ducs d’Athènes (P. Durrieu,

_ibid._, p. 165).

[206] Froissart ignore complètement la campagne de Couci en Italie.

C’est à Arezzo même que le sire de Couci apprit la mort du duc

d’Anjou. Il céda alors la ville d’Arezzo aux Florentins, qui la

convoitaient depuis longtemps, moyennant 40,000 florins d’or et une

promesse de neutralité. La ville fut évacuée le 20 novembre 1384. Le

25 décembre, Couci était à Bologne, et rentrait bientôt en France (P.

Durrieu, _ibid._, p. 186-192).

La duchesse d’Anjou connaît cette triste nouvelle à Angers[207], où

vient la rejoindre son cousin germain le comte de Blois[208]. Emmenant

avec elle ses deux fils, Louis et Charles, elle va trouver le roi de

France[209] et les ducs de Berri et de Bourgogne, qui lui conseillent

de se rendre à Avignon auprès du pape, de prendre possession du duché

de Provence et de ceindre la couronne du royaume d’Arles. Elle part

donc pour Avignon avec son fils aîné[210]. P. 184, 185, 399.

[207] C’est le 26 octobre 1384 qu’arriva à Angers la nouvelle de la

mort du duc; la duchesse ne la connut que le 2 novembre (_Journal de

Jean le Fèvre_, publié par H. Moranvillé, t. I, p. 56-57).

[208] Le 13 novembre 1384, arrivait par eau, aux Ponts-de-Cé, le duc

de Berri, accompagné de Mgr d’Étampes et Mgr de Blois. Le lendemain,

ils dînaient à Angers avec la duchesse d’Anjou, qui, le 18, jour de

départ du duc de Berri, lui adresse, ainsi qu’au duc de Bourgogne,

une requête pour demander aide et conseil (_Journal de J. le Fèvre_,

t. I, p. 58-67).

[209] La duchesse d’Anjou arrive à Paris le 8 février 1385, avec son

plus jeune fils (_Chronographia_, t. III, p. 72-73). Son fils aîné,

Louis, qui a été reconnu roi par les barons de son père, fait son

entrée solennelle le lendemain 9 (_Journal de J. le Fèvre_, t. I, p.

79 et 86). Le 20 février, le comte de Potenza demande officiellement

au roi de soutenir le jeune roi Louis II et de conseiller à la reine

d’aller en Provence, où des envoyés de Provence et de Marseille la

demandent (_Chronographia_, t. III, p. 73; _Journal de J. le Fèvre_,

t. I, p. 87-90).

[210] Le 22 mars 1385, la duchesse d’Anjou partit de Vincennes, après

avoir constitué le sire de Clisson «gouverneur, gardien et protecteur

de toutes ses terres que elle a ou royaume de France, tant comme elle

sera absente,» avec 2,000 livres de gages (_Journal de J. le Fèvre_,

t. I, p. 96).

Tout l’hiver se passe (la trêve ayant été prolongée[211] jusqu’au 1er

mai 1385) à faire les préparatifs[212] d’une expédition en Écosse

et d’une campagne contre les pillards anglais en Auvergne et en

Limousin[213]. P. 185, 186, 399.

[211] Voy. plus haut, p. XLII, note 196.

[212] Dès le commencement de 1385, les préparatifs se firent de

l’expédition projetée en Écosse, et Hervé de Neauville fut chargé des

approvisionnements (_Jean de Vienne_, p. 182). Le roi, qui venait de

faire frapper une nouvelle monnaie (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p.

346-348), perçut, par l’entremise de Jean le Mercier, les anciennes

aides dont le trésor royal avait grand besoin (Moranvillé, _Ét. sur

Jean le Mercier_, p. 99-100).

[213] C’est durant l’été de 1384 que le duc de Berri, en se rendant

à Avignon auprès du pape Clément, fit son expédition contre les

_Tuchins_ (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 306-312).

La duchesse de Brabant, qui vient de perdre son mari[214], prend

alors l’initiative d’une alliance entre les maisons de Bourgogne et

de Hainaut, qui mettrait fin au mécontentement provoqué en France par

l’appui prêté aux Gantois par le duc Aubert et empêcherait aussi un

rapprochement entre le Hainaut et la maison d’Angleterre. P. 186, 187,

399, 400.

[214] Voy. plus haut, p. XXXVIII, note 74.

Les premiers pourparlers ont lieu à Cambrai, au mois de janvier, entre

le duc de Bourgogne, le duc Aubert et leurs représentants[215]. Le duc

de Bourgogne désirerait marier sa fille Marguerite à l’héritier de

Hainaut. Le duc Aubert n’accepte pas immédiatement ces ouvertures et

demande à consulter sa femme. P. 187 à 189, 400, 401.

[215] Le duc et la duchesse de Bourgogne sont à Cambrai du 16

au 26 janvier 1385, avec leur fille Marguerite.

Nouvelle entrevue à Cambrai[216]. Le duc Aubert ne veut consentir au

mariage de son fils avec Marguerite de Bourgogne qu’autant que sa fille

Marguerite épousera Jean de Bourgogne. Le duc de Bourgogne hésite,

car il espère marier son fils à Catherine de France, sœur du roi, et,

d’autre part, on n’est pas bien sûr que l’héritage de Hainaut revienne

aux enfants du duc Aubert. Tout s’arrange à la fin, grâce à la duchesse

de Bavière. Les deux mariages sont fixés à l’octave de Pâques[217].

[216] Le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fille,

n’arrivèrent pour la seconde fois à Cambrai que le 11 avril, la veille

de la célébration du mariage.

[217] Pâques tombait le 2 avril 1385. Les deux mariages

avaient primitivement été fixés à la mi-carême; à la date du 19

février 1385, ils furent reportés au mercredi d’après la _Quasimodo_

(_Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 356-357). Les obstacles

qui pouvaient s’opposer à leur célébration du fait de la parenté

existant entre les conjoints furent levés par deux bulles du pape

Urbain VI, datées de Gênes, 5 avril 1385 (_Ibid._, p. 359-362).

De grands préparatifs sont faits à Cambrai pour la célébration de ces

mariages, auxquels le roi se propose d’assister. P. 191, 192, 401, 402.

Ces nouvelles parviennent en Angleterre et mécontentent fort le duc de

Lancastre, qui s’est toujours flatté de l’idée que sa fille Philippe

épousera Guillaume de Hainaut[218]. Encouragé par les Gantois, il

essaie de faire revenir le duc Aubert sur sa décision, mais ne peut y

réussir[219]. P. 192, 193, 402.

[218] Ce fut la duchesse de Brabant qui sut détourner Guillaume de

Hainaut, son neveu, d’épouser Philippe de Lancastre, _qu’il aimait_

(_Ist. et cr._, t. II, p. 384).

[219] Peut-être faut-il expliquer ainsi les missions dont le roi

d’Angleterre chargea à cette époque Georges Felbrigg et Hugues

Falstoff (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 23; 209, m. 18 et 19).

Le jour de Pâques arrive. A Cambrai sont réunis le duc et la duchesse

de Bourgogne, le duc de Bourbon, le duc Aubert et la duchesse sa femme,

la duchesse de Brabant, Guillaume et Jean de Namur. Le roi entre

dans la ville le lundi[220]. Aussitôt, en sa présence, on fixe les

apports des futurs époux[221]: Guillaume de Hainaut apporte le comté

d’Ostrevant; Marguerite de Bourgogne, sa future, reçoit en douaire la

terre et châtellenie d’Ath et apporte 100,000 francs. Jean de Bourgogne

apporte le comté de Nevers, qui est attribué en douaire à sa future;

Marguerite de Hainaut apporte aussi 100,000 francs[222].

[220] Le roi n’entra à Cambrai que le mardi 11 avril; il était la

veille à Vaucelles (_Séjours_, p. 25).

[221] Le contrat de mariage de Jean de Bourgogne et de Marguerite de

Hainaut porte en effet la date du 11 avril; celui de Guillaume de

Hainaut et de Marguerite de Bourgogne avait été signé le 27 janvier

1385 (Kervyn, t. X, p. 553). L’écart de ces deux dates est la preuve

des hésitations que Froissart attribue au duc Aubert. Les conditions

des deux mariages furent quand même définitivement arrêtées à

Cambrai, le 11 avril 1385, à la date du contrat de Jean de Bourgogne

(_Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 364-369 et 371-376).

[222] Sur les 100,000 francs attribués en dot à Marguerite de Hainaut

et payables en deux termes, la moitié devait être employée en rentes

et terres au profit de Marguerite; l’autre moitié était à la libre

disposition de Jean de Bourgogne (_Cartulaire des comtes de Hainaut_,

t. II, p. 354).

Les deux mariages sont célébrés[223] dans la cathédrale de Cambrai

par l’évêque Jean de T’ Serclaes. Grandes réjouissances, joutes[224]

pendant plusieurs jours. P. 193 à 195, 402, 403.

[223] Le mercredi 12 avril 1385, dans l’église Notre-Dame de Cambrai.

[224] Les fêtes furent belles et longues (voy. Kervyn, t. Iª, p.

295; t. X, p. 554, et t. XXII, p. 315). Le roi, «ce qui n’estoit

mie coustume» (_Ist. et cr._, t. II, p. 384), jouta contre Nicolas

d’Espinoi, qui fut vainqueur (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 352)

et reçut du roi mille livres parisis de rente.

Au mois de mai ont lieu à Bourges les fiançailles de Louis de Blois,

fils de Gui comte de Blois, avec Marie de Berri, fille du duc de Berri.

L’archevêque de Bourges préside à ses fiançailles, mais non au mariage,

car les futurs conjoints sont trop jeunes[225]. Après de grandes fêtes,

Louis de Blois retourne avec ses parents à Blois, et la jeune fille

reste avec sa mère à Mehun-sur-Yèvre[226]. P. 195, 196, 403.

[225] Le contrat fut signé le 29 mars 1386; mais le mariage n’eut

lieu qu’en août de la même année. Froissart, qui y assista, en fit le

sujet de plusieurs poésies. Voy. Kervyn, t. Iª, p. 298-300.

[226] Ce château, vanté par Froissart, avait été tout dernièrement

bâti par le duc de Berri, «et encores y faisoit il ouvrer tous les

jours» (Kervyn, t. Ib, p. 108).

Le duc de Berri se résout à cette époque à aller jusqu’à Avignon,

auprès du pape Clément, en passant par l’Auvergne et le Languedoc. Il

obtient que le duc de Bourbon et le comte de la Marche, avec 2,000

hommes d’armes, iront en Limousin, en Poitou et en Saintonge délivrer

le pays des pillards anglais. Le duc de Bourbon convoque ses hommes

le 1er juin à Moulins; le comte de la Marche fixe le rendez-vous à

Tours[227]. P. 196, 197, 403, 404.

[227] Sur les plaintes du sire de Parthenai et d’autres seigneurs du

Poitou, demandant aide contre les ravages des garnisons anglaises

(_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 136-137), le duc de Berri

avait nommé le duc de Bourbon capitaine général pour la guerre en

Poitou, Berri et Auvergne; le roi, par lettres du 13 mars 1385, le

nomma son lieutenant ès pays de Bourbonnais, Forez, Limousin, la

Marche, Saintonge, Angoumois et Périgord (Guérin, _Arch. hist. du

Poitou_, t. XXI, p. 391, n. 1). Les barons poitevins mirent 600

hommes d’armes et 60,000 francs à la disposition du duc de Bourbon,

qui fixa à Niort, pour le 1er juin, le rendez-vous de son armée.

Pendant ce temps, à l’Écluse, se rassemble l’armée que l’amiral doit

emmener en Écosse; la flotte est prête, les provisions sont là. On

emporte même des armures destinées aux chevaliers écossais. 1,000

lances, sans compter les arbalétriers et les valets d’armée, telles

sont les forces commandées par Jean de Vienne[228]. Citons parmi les

chevaliers qui l’accompagnent: le comte Édouard de Grandpré[229],

Eustache de Voudenai[230], Jean de Sainte-Croix[231], le seigneur de

Montburi, Geoffroi de Charni, Guillaume de Vienne[232], Jacques de

Vienne[233], Girard de Bourbon[234], Jean des Haies[235], Florimont

de Cuissi, le seigneur de Moreuil[236], Waleran de Raineval[237],

Hugues de Montmorenci, seigneur de Beausault[238], Robert de

Wavrin[239], le seigneur de Riveri, Charles d’Ivri[240], Guillaume de

Courci[241], Perceval d’Esneval, le seigneur de Ferières[242], Jean de

Fontaines[243], Guillaume Braquet de Braquemont[244], le seigneur de

Grancourt[245], Étienne de Landri[246], Gui La Personne[247], Guillaume

de Cauroi[248], Jean de Hangest[249], Charles et Aubert[250] de

Hangest, et un chevalier allemand, Guérin de Wenselin[251], cousin du

Grand Maître de Prusse.

[228] Primitivement, Jean de Vienne devait emmener avec lui 1,000

hommes d’armes et 600 arbalétriers; au dernier moment, la composition

de son armée se changea en 1,315 hommes d’armes et 300 arbalétriers

(_Jean de Vienne_, p. 186). Cochon (_Chr. normande_, p. 176) parle

de 1,400 lances; les _Chroniques flamandes_ (_Ist. et cr._, t.

II, p. 364) donnent les chiffres de 2,000 hommes d’armes et 500

arbalétriers. Les montres furent passées à Arras le 27 avril 1385. On

trouve dans les mss. fr. 26020 et 26021 de la Bibl. nat. (_Quittances

de Charles VI_) de nombreuses pièces relatives à l’approvisionnement

de l’expédition d’Écosse. Hervé de Neauville avait fait préparer 183

nefs et fabriquer 2,000 claies pour être mises sous les pieds des

chevaux (_Mus. brit._, _Add. Charters_ 11356).

[229] Messire Édouard, comte de Grandpré, banneret, figure dans

une montre tenue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 3 chevaliers

bacheliers et 18 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXIV).

[230] Eustache de Voudenai, chevalier, figure dans une montre tenue à

Arras, le 27 avril 1385, avec un autre chevalier et 10 écuyers (_Jean

de Vienne_, p. CXXXI). Il avait assisté au siège de Pont-Audemer en

1378 (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 3040).

[231] Messire Jean de Sainte-Croix, sire de Sauvigni, banneret,

figure dans une montre tenue à Reims, le 17 avril 1385, avec 10

chevaliers bacheliers et 97 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXIX). Il

fait partie d’une montre passée le 1er juin 1378 sous les murs de

Pont-Audemer (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 2747).

[232] Messire Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-George,

banneret, figure dans une montre tenue à Édimbourg, le 3 août 1385,

avec 5 chevaliers et 53 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXVIII).

Est-ce le même qui est écuyer en 1379 et fait, en 1380, la guerre en

Normandie? (_Bibl. nat._, _Pièce orig._ vol. 2987).

[233] Messire Jacques de Vienne, seigneur de _Longwi_ (et non de

_Pagni_, comme le dit Froissart), banneret, figure dans une revue

tenue à Reims, le 17 avril 1385, avec 4 chevaliers bacheliers et 26

écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXVII). Le seigneur de _Pagni_ était

Jean de Vienne, chevalier banneret, qui, lui aussi, prit part à

l’expédition d’Écosse (_Jean de Vienne_, p. CXXVI).

[234] Messire Girard de Bourbon, seigneur de Montperreux, chevalier

bachelier, figure dans une revue tenue à Édimbourg, le 3 août 1385,

avec 6 autres chevaliers bacheliers et 31 écuyers (_Jean de Vienne_,

p. CIV). Il avait fait, en 1383, la chevauchée de Flandre (_Bibl.

nat._, _Pièces orig._ vol. 455).

[235] Messire Jean des Haies, chevalier, figure dans une revue tenue

à Édimbourg, le 3 août 1385, avec un autre chevalier et 18 écuyers

(_Jean de Vienne_, p. CXVI). Nous le trouvons successivement, de

1403 à 1416, lieutenant général du vicomte de Rouen, du vicomte de

Conches (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1498), et capitaine de

Châteauneuf-sur-Charente (_Bibl. nat._, _Coll. de Bastard_, p. 77).

[236] Il s’agit sans doute de Rogues de Soissons, seigneur de

Moreuil, banneret, qui figure dans une revue tenue à Édimbourg, le

3 août 1385, avec 5 chevaliers bacheliers et 15 écuyers (_Jean de

Vienne_, p. CXXIV).

[237] Waleran de Raineval, chevalier, reçoit, à la date du 26 avril

1386, une somme de 541 livres sur les gages dus à lui et à ses

compagnons, pendant l’expédition d’Écosse (_Jean de Vienne_, p.

CXXII).

[238] Messire Hugues de Montmorenci, seigneur de Beausault, banneret,

figure dans une revue tenue à Arras, le 27 avril 1385 (_Bibl. nat._,

_Pièces orig._ vol. 2031), et reçoit à l’Écluse, le 8 mai 1385, ses

gages pour lui, 5 chevaliers bacheliers et 27 écuyers (_Jean de

Vienne_, p. CXX). En 1401, il est chambellan du duc d’Orléans (_Bibl.

nat._, _Coll. de Bastard_, p. 48).

[239] Robert de Wavrin, chevalier, reçoit à Arras, le 27 avril 1385,

ses gages, pour lui, un autre chevalier et trois écuyers (_Jean de

Vienne_, p. CXXV). C’était le petit-fils d’un autre Robert de Wavrin,

seigneur de Saint-Venant, qui avait cédé au roi en 1364 le château de

l’Écluse-en-Pailleul pour 3,000 francs d’or (_Bibl. nat._, _Pièces

orig._ vol. 3048).

[240] Charles d’Ivri, chevalier, reçoit ses gages à Arras, le 27

avril 1385, pour lui, deux autres chevaliers et 5 écuyers (_Jean de

Vienne_, p. CXVII).

[241] Messire Guillaume de Courci, chevalier banneret, figure dans

une montre tenue à Saint-Johnston, le 28 octobre 1385, avec un

chevalier bachelier et 6 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXII).

[242] Chambellan du duc d’Orléans en 1401 (_Bibl. nat._, _Coll. de

Bastard_, p. 48). Un _Henri_ de Ferrières est, en 1377, châtelain de

Pont-de-l’Arche (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1131).

[243] Jean de Fontaines, chevalier, figure dans une montre tenue à

Édimbourg, le 3 août 1385, avec 2 chevaliers et 6 écuyers (_Jean de

Vienne_, p. CXIII). Chambellan du duc d’Orléans, il est envoyé à

Asti, en mars 1394, payer les gens d’armes de Couci. Il assiste en

mai de la même année au siège de Vaufenières et devient gouverneur

d’Asti, où il est encore en juin 1401. En 1408, il fait un voyage à

Tours, et, en 1411, il reçoit des montres de gens d’armes (_Bibl.

nat._, _Coll. de Bastard_, p. 58, 147, 152, 175, 180-183; _Pièces

orig._ vol. 1184).

[244] Guillaume de Braquemont, dit Braquet, reçoit ses gages à

l’Écluse, le 7 mai 1385, pour lui, 5 chevaliers et 47 écuyers

(_Jean de Vienne_, p. CV). Chambellan du duc d’Orléans, lieutenant

général au duché de Luxembourg et maréchal d’Orléans, seigneur du

Pont-Tranquart, il est capitaine de Chauni-sur-Oise en 1402 (_Bibl.

nat._, _Coll. de Bastard_, p. 16, 31, 48, 56, 68, 150, 185, 190).

[245] Il s’agit sans doute ici d’un _Gaucourt_ ou d’un _Jaucourt_.

[246] Étienne de _Landri_ (et non de _Landom_, non plus que de

_Landuri_ p. 268), chevalier, est, le 3 août 1385, à Édimbourg dans

la montre de Jean de Blaisi (_Jean de Vienne_, p. CII).

[247] Messire Gui la Personne est sous les ordres de Jean de

Fontaines, chevalier, le 3 août 1385, à Édimbourg (_Jean de Vienne_,

p. CXIII).

[248] Messire Guillaume de Cauroi, chevalier, figure dans une montre

tenue le 3 août 1385 à Édimbourg (_Jean de Vienne_, p. CVII). En mai

1383, il était en Picardie sous les ordres des sires de Couci et de

Sempi (_Bibl. nat._, _Clair._ vol. 24, nº 1783).

[249] Messire Jean de Hangest, banneret, figure dans une revue tenue

à Saint-Johnston, le 28 octobre 1385, avec 2 chevaliers bacheliers

et 17 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXV). On le trouve, en novembre

1397, seigneur de Heugueville, chambellan et conseiller du roi

(_Bibl. nat._, _Coll. de Bastard_, p. 38).

[250] Un Aubert de Hangest, qui ne peut être le jeune chevalier

dont il s’agit ici, figure dans une montre tenue à Pontorson le 1er

février 1356 (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1474), monté sur un

cheval bai «estellé,» c’est-à-dire marqué d’une étoile.

[251] Ce personnage est, sans aucun doute, le même que celui que nous

retrouvons plus loin (p. 257) au siège de Werk, sous le nom de Weri

_Gastelin_, qu’il faut lire _Gascelin_.

Le mois de mai est beau; la trêve a pris fin[252]. La petite expédition

profite d’un bon vent pour cingler vers l’Écosse, au grand ennui des

Anglais[253]. P. 197 à 199, 404, 405.

[252] Du 23 mars au 30 avril 1385, l’évêque de Hereford vint à Calais

pour entamer de nouvelles négociations de paix (_Rec. Off._, _Issue

Rolls_ 208, m. 22; 209, m. 2; _Queen’s Rem._, _Nuncii_ 319/15) qui

n’aboutirent, d’après Walsingham (t. II, p. 127), qu’à une courte

trêve.

[253] Après d’assez longues hésitations, Jean de Vienne part le 20

mai 1385 (_Jean de Vienne_, p. 189) avec ordre d’attendre en Écosse

les secours du sire de Couci et de Louis de Sancerre (_Relig. de

Saint-Denis_, t. I, p. 350).

L’expiration de la trêve a ramené les préparatifs de guerre. Jean

Bourchier, capitaine de Gand, aidé de Pierre du Bois, de François

Ackerman et de Pierre de Wintere garnit la ville de Gand ainsi que le

château de Gavre. Il trouve d’utiles auxiliaires contre le châtelain

d’Ath, Baudouin de la Motte[254], dans les _Porcelets_ de la Raspaille,

bande de routiers pillards, réfugiés dans le bois qui porte ce

nom[255]. P. 199, 200, 405, 406.

[254] Nous voyons figurer le chevalier Baudouin de la Motte, à la

date du 15 juin 1384, dans le _Cartulaire des comtes de Hainaut_ (t.

II, p. 338).

[255] Ce bois est situé entre Renaix, Grammont, Enghien et Lessines.

Grâce au duc de Bourgogne, les principales villes de Flandre sont

en bon état de défense, sous la haute direction du grand bailli de

Flandre, Jean de Jeumont, qui en toute occasion se montre implacable

contre les Gantois[256]. Il ne réussit pas toujours cependant. Dans

une expédition qu’il tente contre les Quatre-Métiers, avec le concours

des chevaliers de la garnison d’Ardembourg, Gui de Pontallier, maréchal

de Bourgogne, Rifflard de Flandre[257], Henri d’Antoing, Jean de

Montigni et autres, il n’a pas l’avantage, et perd plusieurs des siens.

Le vicomte de Meaux est envoyé à Ardembourg pour renforcer la garnison.

P. 200 à 202, 406, 407.

[256] Walsingham fait allusion aux mauvais traitements que les

Français faisaient subir aux Flamands (t. II, p. 120).

[257] Un des bâtards du comte de Flandre.

La guerre est partout, aussi bien entre la France et l’Angleterre

qu’entre la Castille et le Portugal[258]. La duchesse d’Anjou, qui

prend le titre de reine de Naples et de Jérusalem, est à Avignon,

auprès du pape, avec son fils Louis[259]. Conseillée par le sire de

Couci et Jean de Bueil, soutenue par les bandes de Bernardon de la

Salle, elle attend, pour reconquérir son comté de Provence, l’arrivée

du duc de Berri[260] et des troupes royales que lui amène Louis de

Sancerre, maréchal de France. Marseille et la plus grande partie de la

Provence s’est déclarée pour elle[261]; mais Aix et Tarascon[262] ne

veulent pas la reconnaître.

[258] Le récit des hostilités de l’Espagne et du Portugal et de

l’élection du nouveau roi de Portugal est donné par Froissart dans le

troisième livre de ses Chroniques.

[259] La duchesse d’Anjou et ses deux fils arrivent à Avignon

le 25 avril 1385 (_Petit Thalamus_, p. 410). Le 21 mai, jour de

la Pentecôte, le pape donne au jeune roi, qui lui fait hommage,

l’investiture du royaume de Sicile (_Journal de J. le Fèvre_, t. I,

p. 111).

[260] Le duc de Berri arrive le 13 juin. Aussitôt la duchesse, pour

s’assurer le concours de Bernardon de la Salle, cherche à recueillir

les 50,000 florins qu’elle lui doit déjà et une nouvelle somme de

20,000 florins pour parer aux événements. Le pape consent sur ces

70,000 florins à en payer 36,000; la reine paiera le reste (Durrieu,

_les Gascons en Italie_, p. 149-151).

[261] Le jeune roi entre à Marseille le 19 août 1385 (_Journal de J.

le Fèvre_, t. I, p. 155).

[262] Le 12 juillet Bernardon est envoyé pour recevoir la soumission

de Tarascon (Durrieu, _les Gascons en Italie_, p. 151-152), où le roi

entre le 4 décembre (_Journal de J. le Fèvre_, t. I, p. 205).

En Italie, ses intérêts sont soutenus par le comte de Conversano et par

Jean de Luxembourg[263]. P. 202, 203, 407, 408.

[263] Thomas de Sanseverino, qui avait recueilli les restes de

l’armée du duc d’Anjou, avait, par un concours de circonstances

imprévues, contracté alliance avec le pape Urbain, que Charles de

Durazzo assiégeait dans Nocera (7 juillet 1385). C’eût été un coup

de maître de s’emparer de ce nouvel allié, Urbain, et de le livrer à

Clément. Un routier allemand, le comte Conrad, y songea, ainsi que

Bernardon de la Salle qui vint en Italie pour tenter la chose. Tout

échoua par le manque d’argent. Urbain put s’échapper de Nocera, et

Charles de Durazzo se fit couronner roi de Hongrie (Durrieu, _les

Gascons en Italie_, p. 152-156). Le 5 février 1386, il mourait à

Bude, assassiné par le comte Stefano (_Journal de J. le Fèvre_, t. I,

p. 245), alors que la duchesse d’Anjou, avec l’aide de P. de Bueil,

s’apprêtait à recommencer la lutte.

Vers le même temps se place l’arrestation, puis la mise à mort[264] de

Barnabo Visconti, par son neveu Jean Galéas, qui s’empare de ses états

et devient maître de toute la Lombardie. P. 203 à 207, 408 à 410.

[264] D’après le _Journal de Jean le Fèvre_ (t. I, p. 218), Barnabo

Visconti mourut le 17 décembre 1385; l’_Art de vérifier les dates_

donne la date du 18.

Revenons au duc de Bourbon, qui, accompagné de son neveu, Jean

d’Harcourt, a quitté Moulins et se dirige sur Niort, où a lieu le

rassemblement de ses hommes d’armes. Guillaume de Neilhac, sénéchal de

Saintonge, profite de quelques jours de répit pour assiéger et prendre

en Angoumois le château d’Aigre[265]. P. 207, 208, 410.

[265] Charente, arr. de Ruffec.

Le duc arrive à Niort[266], où l’attendent son cousin le comte de la

Marche, le vicomte de Thouars, Aimeri de Rochechouart, sénéchal de

Limousin, et les barons de Poitou et de Saintonge, ainsi que Guillaume

de Neilhac, qui vient de s’emparer d’Aigre.

[266] C’est le 1er juin qu’était convoquée à Niort la noblesse

de Poitou, de Berri, d’Auvergne, de Limousin, de Rouergue et de

Saintonge.

L’armée se compose de 700 lances, soit, avec les Génois et les valets,

2,000 combattants; elle est commandée par Jacques Poussart[267]

et Jean Bonne-Lance. On décide d’assiéger Montlieu[268], sur le

chemin de Bordeaux; la ville est prise facilement. Le duc de Bourbon

remonte alors vers le nord; prend en passant les petits forts de la

Tronchette[269] et d’Archiac[270], puis vient mettre le siège devant

Taillebourg[271], défendu par le gascon Durandon de la Parade. P. 208,

209, 410, 411.

[267] Un Jacques Poussart est qualifié de docteur ès lois dans un

certain nombre d’actes du XIVe siècle. Ce ne semble pas être celui

dont il s’agit ici. Voy. P. Guérin, _Arch. hist. du Poitou_, t. XXI,

p. 421, n. 1.

[268] Charente-Inférieure, arr. de Jonsac.--L’ordre dans lequel

s’effectua la chevauchée du duc de Bourbon n’est pas le même dans

Cabaret d’Orville (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 136-144)

et dans Froissart, qui en reparle plus loin (p. 252). D’après un

document cité par M. P. Guérin (_Arch. hist. du Poitou_, t. XXI,

p. 391, n. 1), fixant la prise de Montlieu au 15 août 1385, c’est

l’itinéraire fourni par Cabaret d’Orville qui semblerait préférable.

La chevauchée, qui dura près de six mois, se serait donc faite dans

l’ordre suivant: _Taillebourg_, _Bourg-Charente_, _Jarnac_, _le Fan_

(Charente, commune de Sireuil; juin 1385), _la Tronchette_, _Archiac_

et _Montlieu_. Pour la suite, voy. p. LVIII, n. 289, et LXIII, n. 318.

[269] Il nous a été impossible d’identifier ce nom de lieu avec une

localité actuelle.

[270] Charente-Inférieure, arr. de Jonsac.

[271] Charente-Inférieure, arr. de Saint-Jean-d’Angély.

Les Français s’emparent d’abord du pont de Taillebourg et sont maîtres

ainsi de la rivière. P. 209, 210, 411, 412.

Mais ils ont grand’peine à s’emparer du château, qu’ils assiègent

plus de neuf semaines. Durandon, espérant être secouru par l’armée

anglaise, que doit mener à Bordeaux, puis en Navarre et en Castille,

le duc de Lancastre, résiste jusqu’au bout. Il apprend plus tard que

l’expédition est remise à un autre temps, toutes les forces anglaises

étant réservées pour s’opposer aux attaques multiples de la France en

Bretagne, en Normandie et en Écosse. Les ports sont mis en état de

défense, et l’amiral anglais, Richard d’Arundel, tient la mer avec près

de 100 bateaux chargés de combattants. P. 210 à 212, 412, 413.

Chroniques de J. Froissart, tome 11/13 · 第 10 / 34 题