CHAPITRE XIX.

_1383, 17 mai._ CROISADE CONTRE LES CLÉMENTINS; L’ÉVÊQUE DE

NORWICH DÉBARQUE A CALAIS.--PRISE DE BOURBOURG.--_5 juin-10 août._

SIÈGE D’YPRES.--_1er septembre._ LE ROI ENTRE EN FLANDRE.--_14

septembre._ SOUMISSION DE BOURBOURG.--_1384, 26 janvier._ TRÈVE DE

LEULINGHEM.--_30 janvier._ MORT DU COMTE DE FLANDRE (§§ 356 à 406).

Le départ du roi pour la France n’a pas mis fin aux hostilités des

Gantois[93]. Pierre de Wintere, Pierre du Bois et François Ackerman

lèvent de nouvelles troupes, qui, sous les ordres de ces deux derniers,

viennent au nombre de 3,000 hommes assiéger Ardembourg, défendu par

les Bretons et les Bourguignons. Ils prennent la ville, la pillent

et la brûlent en grande partie; puis dévastent le pays d’Alost et de

Termonde, jusqu’à Audenarde. P. 82, 83, 351.

[93] En janvier 1383, le comte de Flandre, qui hésitait toujours

à reconnaître le pape Clément, fit une dernière tentative de

rapprochement avec les Gantois, qui ne put aboutir à la paix. Il

voulut alors empêcher les Gantois d’agir et leur couper les vivres

en occupant les passages de Courtrai, d’Audenarde, de Termonde, de

l’Écluse et d’Ardembourg. Les Gantois, secrètement encouragés par le

roi d’Angleterre (Meyer, fol. 192 vº), lui répondirent par la prise

d’Ardembourg à la fin de janvier (_Ist. et cr._, t. II, p. 220-221 et

254).

Le comte de Flandre est informé à Lille de ces nouvelles. Il apprend

aussi que les Gantois n’ont pas renoncé à l’alliance des Anglais[94],

qui pensionnent Ackerman[95], et, par l’intermédiaire de Jean Salomon,

leur agent à Bruges, sèment l’argent dans les Flandres[96]. Le comte

veut faire arrêter Jean Salomon et deux autres anglais avec lui, mais

ils lui échappent; il ne peut que les exiler. Quelques comparses seuls

sont emprisonnés et rançonnés. P. 83 à 85, 351, 352.

[94] Du 1er janvier à la fin de juillet, treize marchands de Gand

et de Bruges sont à Londres pour traiter de l’alliance avec le roi

d’Angleterre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 14; 201, m. 5, 6,

11, 14; 306, m. 15). Au mois de février, nous y trouvons mêlé un

clerc de la chancellerie anglaise, Thomas Stanley (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 199, m. 13, et 306, m. 13). Les Gantois, pour s’assurer

la protection des prélats anglais prétendaient que le comte de

Flandre était devenu partisan du pape Clément (_Ist. et cr._, t. II,

292-293, 306-307) et s’offraient à reconnaître le roi Richard pour

leur seigneur (Walsingham, t. II, p. 71).

[95] François Ackerman faisait partie de la mission gantoise et

portait toujours le titre d’amiral de Flandre. Il était venu de

Londres à Sandwich le 4 février, avec Jean Phelippot et quatre

autres députés flamands pour retenir des bateaux destinés à passer

en Flandre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 306, m. 18). Au 1er mai, il

commandait neuf gros bateaux flamands et touchait pour ses gages et

ceux de trente-six hommes d’armes, du 25 mars au 25 mai, 52 livres;

il touchait de plus pour les gages de ses marins, du 26 mars au 9

mai, 130 livres 13 sols 11 deniers (_Ibid._, 307, m. 4); il touchait

le 8 juillet, pour ses gages du 10 mai au 18 juin, 40 livres; pour

ceux de ses marins, 125 livres (_Ibid._, 201, m. 11). A la date du 8

janvier 1384, Fr. Ackerman, _écuyer_ de Flandre, touche un acompte

sur sa pension viagère de 200 florins (_Ibid._, 203, m. 13).

[96] Le comte essaie de se disculper auprès du roi d’Angleterre en

lui envoyant des ambassadeurs (_Ist. et cr._, t. II, p. 306). Il se

hâte de se faire remettre (20 février 1383) les chartes de privilèges

des villes soumises (_Chr. rimée_, publiée par Le Glay, p. 112-143).

Les Anglais, déjà mécontents de la victoire de Roosebeke, saisissent

cette occasion de se plaindre du comte de Flandre, qui chasse ainsi de

son pays les nationaux anglais; ils menacent d’intervenir. P. 85, 86,

352.

Pendant ce temps, le pape Urbain, établi à Gênes, fait prêcher en

Angleterre une croisade contre les nations clémentines, principalement

contre la France. C’est d’abord l’absolution des péchés, puis la dîme

sur les biens des églises qu’il concède au roi d’Angleterre et à ses

barons. La croisade sera commandée par l’évêque de Norwich, Henri le

Dépensier[97].

[97] La croisade fut annoncée en plein Parlement, et le 6 décembre

1382 eut lieu la publication des bulles venues de Rome (Valois,

_La France et le grand schisme_, t. II, p. 226). Par ces bulles,

l’évêque de Norwich, Henri le Dépensier, qui devait porter le titre

de député et envoyé spécial du pape Urbain «in cruciata contra

antipapam et scismaticos sibi adherentes et favorantes» (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 201, m. 6), avait pleins pouvoirs d’indulgences et

d’excommunications (Walsingham, t. II, p. 71-77). «A ses bulles le

pape avait joint l’octroi d’un décime à lever sur l’Église» (Wallon,

_Richard II_, t. I, p. 145).

Une partie de la dîme anglaise sera réservée au duc de Lancastre, pour

entreprendre une nouvelle campagne en Castille[98], soutenu par le

roi de Portugal[99], qui lui aussi aura droit à la dîme ecclésiastique

levée dans son pays.

[98] Avant d’entreprendre une nouvelle campagne en Espagne, d’assez

longs pourparlers de paix eurent lieu entre le roi d’Angleterre,

d’une part, et, de l’autre, le roi de Navarre et celui «qui se dicit

regem Hispaniæ.» Les négociations duraient encore en juillet 1383

(_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 13, 14; 201, m. 1, 2, 14; 306,

m. 14; 307, m. 1; _Exch._, _Queen’s Remembr._, _Nuncii_, bundle 319,

nº 8).

[99] En date du 13 février, Jean Cabeca de Vaca, évêque de Coïmbre,

venu à Londres en ambassade, reçoit des présents du roi (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 199, m. 13 et 306, m. 14). Quelques jours plus tard,

il repart (_Ibid._, _French Rolls_ 327, m. 14). Le 9 juin, départ

d’un nouveau messager du roi de Portugal, Alfonso Ruys, de Cordua

(_Ibid._, _Early Chanc. Rolls_ 327, m. 3).

Durant l’hiver et le carême, on prêche cette croisade: le produit des

aumônes et des dîmes monte à la somme de 2,500,000 francs. P. 86 à 88,

352, 353.

C’est suffisant pour faire les deux expéditions de France et d’Espagne.

Cette dernière, qui comptera 2,000 lances et 4,000 archers, sera

commandée par le duc de Lancastre, auquel on adjoint, pour lui

conserver son caractère religieux, l’évêque de Londres, Guillaume[100]

de Courtney. On semble avoir peu de confiance dans le duc de Lancastre;

en tout cas, il ne s’embarquera pas avant le départ de l’évêque de

Norwich.

[100] Froissart appelle à tort cet évêque _Thomas_.

Celui-ci, dont l’armée se compose des meilleurs chevaliers anglais,

parmi eux Hugues de Calverley, Thomas Trivet et Guillaume Elmham, est à

la tête de 600 lances et de 1,500 autres combattants[101], sans parler

d’un grand nombre de prêtres qui l’accompagnent[102]. P. 88 à 90, 353,

354.

[101] D’après le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 258), l’armée

anglaise se composait de 800 hommes d’armes, sans compter les archers

et les hommes de pied. La _Chronographia_ (t. III, p. 53) parle de

12,000 hommes; les _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et cr._, t. II, p.

291) de 8,000 combattants. L’évêque de Norwich avait à sa _retenue_

personnelle 2,500 hommes d’armes et 2,500 archers (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 201, m. 6).

[102] L’évêque de Norwich devait assurer l’entrée en jouissance de

leurs revenus aux religieux et aux bénéficiers qui participaient à

l’expédition (Valois, _La France et le grand schisme d’Occident_, t.

II, p. 225).

On se hâte de tout préparer[103], et après avoir juré au roi de ne pas

combattre contre quiconque reconnaîtrait Urbain comme pape, l’évêque de

Norwich et ses gens s’embarquent à Douvres et arrivent à Calais le 23

avril[104]. Ils ont pour instructions d’y rester un mois durant, se

contentant de harceler les Français sur la frontière, et d’attendre la

venue de Guillaume de Beauchamp, qui, arrivant d’Écosse à cette époque,

amènera des renforts d’hommes d’armes et d’archers. P. 90, 91, 354.

[103] Les 17 et 18 mars, des bateaux sont retenus (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 199, m. 17, et 306, m. 17 et 18; _French Rolls_ 327,

m. 9) et des armes achetées (_Ibid._, _Issue Rolls_ 199, m. 16; 306,

m. 17); les préparatifs continuent pendant tout le carême (Walsingham,

t. II, p. 85), après le mandement que l’évêque a adressé aux clercs.

[104] Le 23 avril eut lieu à Londres le conseil du roi (_Rec. Off._,

_Issue Rolls_ 199, m. 16) qui chargea Thomas Credy et William Howelot

d’aller à Sandwich surveiller l’embarquement de l’évêque de Norwich

(_Ibid._, 201, m. 16). Ce n’est que le 17 mai que la flotte anglaise

toucha Calais (_Ist. et cr._, t. II, p. 291); aussitôt son arrivée,

l’évêque de Norwich envoya à Londres un messager (_Rec. Off._, _Issue

Rolls_ 201, m. 6).

Bien reçu à Calais par Jean d’Évreux, l’évêque de Norwich y attend

jusqu’au 4 mai[105] Guillaume de Beauchamp. Il se décide alors,

d’accord avec Thomas Trivet et Guillaume Elmham à faire une chevauchée

en Flandre, dont le comte a si mal traité les marchands anglais. P. 91,

92, 354.

[105] Cette date n’est pas acceptable, car on a vu plus haut

que l’évêque de Norwich n’est arrivé à Calais que le 17 mai.

Malgré l’avis de Hugues de Calverley, qui conseille d’attendre encore

Guillaume de Beauchamp et de chevaucher, non pas en Flandre, dont les

habitants sont partisans du pape Urbain, mais en France, dans le pays

d’Aire ou de Montreuil-sur-Mer, la décision de l’évêque prévaut. P. 92

à 95, 354, 355.

Le lendemain, la petite armée, forte de 3,000 hommes, quitte Calais

et se dirige sur Gravelines. La ville est prise au grand effroi des

populations voisines. Le comte de Flandre envoie alors deux chevaliers,

Jean Vilain[106] et Jean du Moulin, demander des explications à

l’évêque de Norwich; ils devront ensuite, avec un sauf-conduit, se

rendre en Angleterre auprès du roi et de ses oncles. P. 95 à 97, 355,

356.

[106] Jean Vilain, le 10 juillet 1379, avait été retenu au

service du roi d’Angleterre (Kervyn, t. IX, p. 516).

Les communes voisines de Gravelines s’émeuvent, et, sous la direction

de Jean Sporkin[107], gouverneur des terres de madame de Bar, et du

Hase de Flandre, les villes de Bourbourg, de Bergues, de Cassel, de

Furnes et autres réunissent à Dunkerque une armée de plus de 12,000

compagnons pour résister aux Anglais dont les éclaireurs viennent

jusqu’à Mardick[108].

[107] Le nom de Jean Sporkin figure dans l’_Armorial du Héraut

Gueldre_, tout proche du sire de Vilain (Kervyn, t. XXIII, p. 471).

[108] Nord, arr. et cant. de Dunkerque.

Jean Vilain et Jean du Moulin arrivent à Gravelines; l’évêque de

Norwich les ajourne au lendemain pour leur rendre réponse au sujet du

sauf-conduit. P. 97 à 99, 356, 357.

Le lendemain, l’évêque leur dit qu’ils peuvent librement aller en

Angleterre, mais qu’il ne saurait leur accorder un sauf-conduit, car

il n’est pas aux gages du roi, mais bien à ceux du pape Urbain; que du

reste, établi sur les terres de la duchesse de Bar qui soutient le pape

Clément, il lui fait la guerre pour la ramener à Urbain.

En vain, Jean Vilain objecte-t-il que le comte de Flandre est tout

acquis au pape Urbain; il n’obtient aucune autre réponse et va gîter le

soir à Saint-Omer, accompagné de Jean du Moulin. P. 99 à 101, 357, 358.

L’évêque de Norwich apprend alors les préparatifs des Flamands à

Dunkerque. Il saisit le prétexte d’une escarmouche où il a perdu à

Mardick près de cent hommes, pour continuer sa chevauchée. Renforcée

des troupes de Nicolas Clifton, venant de Calais, et de Jean

Drayton[109], capitaine de Guines, l’armée, qui compte plus de 600

lances et 1,500 archers, marche sur Dunkerque. Les Flamands, au nombre

de plus de 12,000[110], sortent de la ville pour livrer combat. P. 102,

103, 358, 359.

[109] Jean Drayton fut nommé gardien des trêves avec Guillaume

de Beauchamp, capitaine de Calais, pour les parties de Picardie et de

Flandre, le 26 janvier 1384 (Rymer, t. VII, p. 420 et 422).

[110] Parmi ces troupes figuraient les contingents de Furnes,

de Bergues, du Franc de Bruges, d’Ypres, ainsi que les gens d’armes

que le comte avait mis en garnison à Dixmude (_Ist. et cr._, t. II,

p. 285 et 307).

L’évêque veut immédiatement attaquer. Hugues de Calverley conseille

d’attendre quelque peu: ils n’ont pas encore envoyé de défi au comte

de Flandre, qui du reste tient pour le pape Urbain; les Flamands ne

leur ont fait aucun mal; ne vaut-il pas mieux dépêcher à Dunkerque

un héraut, qui s’informera des intentions de tous ces gens armés et

s’assurera qu’ils reconnaissent bien le pape Urbain? S’ils l’affirment,

on les priera de se joindre à l’armée pour se rendre en Picardie. P.

103 à 105, 359.

Le héraut, un nommé Montfort, qui appartient au duc de Bretagne, est

tué par les Flamands.

Furieux et poussés par quelques bourgeois de Gand qui sont avec eux,

les Anglais se ruent sur les Flamands qui courent se réfugier dans les

murs de Dunkerque; poursuivis par les Anglais, ils perdent 9,000 des

leurs[111]. P. 105, 106, 360.

[111] La bataille eut lieu entre Furnes et Berghes, le 25 mai, jour

de la Saint-Urbain, patron du pape reconnu par les Anglais (_Ist.

et cr._, t. II, p. 286 et 291). Les Flamands perdirent de 14,000 à

15,000 des leurs (_Chronographia_, t. III, p. 53; _Chr. des Quatre

Valois_, p. 311); c’était la Flandre ouverte aux Anglais (_Ist. et

cr._, t. II, p. 293).

Le comte de Flandre, que ses ambassadeurs, Jean Vilain et Jean du

Moulin, ont rejoint à Lille, apprend le désastre de Dunkerque sans se

décourager.

Il envoie prévenir son gendre le duc de Bourgogne, qui garnit de

troupes les frontières d’Artois. P. 106, 107, 360.

Quant aux Anglais, tout fiers de leur victoire, ils marchent sur

Bourbourg[112], qui se rend; ils s’emparent ensuite par la force du

château de Dringham[113] et de Cassel qu’ils pillent, puis se dirigent

sur Aire. P. 107, 108, 360, 361.

[112] Avant d’arriver à Bourbourg, les Anglais avaient reçu

la soumission des villes de Furnes, de Nieuport et de Bergues, dont

Froissart ne parle pas (_Ist. et cr._, t. II, p. 283 et 286).

[113] Nord, arr. de Dunkerque.

Ils renoncent à faire le siège de cette ville bien défendue par son

capitaine, Robert de Béthune, vicomte de Meaux, aidé de son frère, Jean

de Béthune[114], de Jean de Roie, du seigneur de Clari[115], de Jean de

Montigni, de Perduccat de Pont-Saint-Mard, de Jean de Canni[116], de

Florent, son fils, et de cent vingt bonnes lances. Ils se contentent de

défiler en bon ordre sous les murs de la ville et viennent mettre le

siège, à deux lieues de là, devant Saint-Venant. P. 108, 109, 361, 362.

[114] Jean de Béthune, dit de Loques, sert en Picardie durant

l’année 1381 sous les ordres du sire de Couci. Nous le retrouvons à

Paris le 17 septembre 1410 recevant ses gages et ceux de six autres

chevaliers, douze écuyers et vingt archers (_Bibl. nat._, _Pièces

orig._ vol. 326). Il fut tué à Azincourt.

[115] Il s’agit sans doute ici de Lancelot de Clari, célèbre par

son duel à Calais, en juillet 1383, contre Pierre de Courtenai, que

le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 392) et Froissart (Kervyn,

t. XIV, p. 49) placent à une autre date; cf. Moranvillé, dans

_Chronographia_ (t. III, p. 54, n. 2 et 55, n. 3).

[116] Jean de Canni figure dans une revue passée à Paris, le 21

septembre 1410 (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 587).

La ville ne fait guère de résistance; le château, imprenable, est

laissé de côté, mais l’église est prise, malgré les efforts de

Guillaume de Nesle, qui est fait prisonnier et paie rançon. P. 109,

110, 362.

Poursuivant leur marche à travers les bois de Nieppe[117], près de

Bailleul, les Anglais s’emparent des villes de Poperinghe[118] et de

Messines, et viennent mettre le siège devant Ypres[119]. Ils envoient

de là auprès des Gantois une députation, dont vraisemblablement fait

partie François Ackerman, qui, durant toute cette chevauchée, a servi

de guide à l’évêque de Norwich. P. 110, 111, 363.

[117] Nord, arr. d’Hazebrouck.

[118] Les Anglais étaient à Poperinghe, qu’ils pillèrent, le 9 juin

1383 (_Ist. et cr._, t. II, p. 294). Peut-être est-ce à cette date

«deux mois avant que nous allissions au pays de Flandres,» qu’il faut

placer l’apparition de routiers anglais devant Blaringham (_Arch.

nat._, JJ 122, fol. 87 vº).

[119] Ce fut le 5 juin que l’armée anglaise rejoignit, sous les murs

d’Ypres, les Gantois qui l’attendaient au nombre de 2,000 (_Ist. et

cr._, t. II, p. 281-82, 288). Froissart dit, au contraire, que les

forces gantoises ne vinrent à Ypres qu’après l’arrivée des Anglais.

Le succès des Anglais avait déterminé en Angleterre un nouveau

départ de combattants qui rejoignirent sous Ypres le gros de l’armée

(Walsingham, t. II, p. 95), ce qui porta les forces de l’armée

assiégeante à 30,000 Gantois et 60,000 Anglais.

Les Gantois accueillent avec joie les avances des Anglais et leur

envoient un secours de 20,000 hommes, qui, le 8 juillet 1383, arrivent

sous les murs d’Ypres, défendu par Pierre van der Zipe[120], capitaine

de la ville, Jean De Borchgrave, châtelain[121], et autres nombreux

combattants. P. 111, 112, 363.

[120] Pierre van der Zipe fut nommé chevalier avec sept autres hommes

d’armes pendant le siège de la ville (_Ist. et cr._, t. II, p. 290 et

320).

[121] Le châtelain d’Ypres était Jean d’Outre (_Ist. et cr._, t. II,

p. 290 et 320), qui figure plus tard aux obsèques du comte de Flandre.

Un premier succès enhardit les Anglais. Une de leurs bandes, forte de

deux cents lances, rencontre en effet à Comines une petite compagnie de

Bretons[122], commandée par le seigneur de Saint-Léger et Yvonnet de

Tinteniac, qui est envoyée par le duc de Bourgogne à Jean de Jeumont

pour renforcer la garnison de Courtrai. Les Bretons sont presque tous

faits prisonniers ou tués, parmi eux le seigneur de Saint-Léger. P. 112

à 114, 363, 364.

[122] Les montres où figurent des Bretons sont nombreuses en

l’année 1383. Voy. _Mémoires pour servir de preuves à l’histoire de

Bretagne_ de dom Morice, t. II, col. 436 et suiv.

Le comte de Flandre voit se prolonger le siège d’Ypres[123]; il

craint qu’à la longue la ville ne tombe entre les mains des Anglais,

qui facilement peuvent faire venir des renforts. 1,000 lances en effet

et 2,000 archers, sous les ordres de Guillaume de Beauchamp et de

Guillaume de Windsor sont tout prêts à prendre la mer pour venir en

Flandre plutôt que d’accompagner en Espagne le duc de Lancastre. Le

comte s’avise alors d’implorer l’aide, non pas du duc de Bourgogne et

du roi de France, trop longs à répondre à son appel, mais de l’évêque

de Liège, Arnould de Hornes[124], bon urbaniste, qui se rend sous Ypres

au camp de l’évêque de Norwich. P. 114, 115, 364, 365.

[123] Le siège d’Ypres ne commença que le 10 juin 1383; les habitants

s’y attendaient depuis longtemps et avaient fait des provisions pour

quatre mois; ils s’étaient même procuré du salpêtre à Paris. Une

première tentative faite par les Anglais, le 10 et le 11 juin à la

Bueter-poorte, puis à la Tempel-poorte, ne réussit pas. Les Anglais

s’établirent alors dans les faubourgs qui avaient été évacués et

occupèrent, le 13, la paroisse Saint-Michel. Les Gantois, leurs

alliés, se fortifièrent entre les quartiers Notre-Dame et Saint-Jean,

coupèrent les conduites d’eau alimentant la ville et comblèrent les

fossés, en se faisant aider de force par les gens du Franc et par

les habitants restés dans les faubourgs. Le 24 juin, jour de la

Saint-Jean, les ponts sont prêts à livrer passage aux assiégeants,

qui sont repoussés après de fortes pertes (_Ist. et cr._, t. II, p.

288-289, 293-299).

[124] Le _Gallia christiana_ (t. III, col. 899-900) fait allusion

à l’intervention infructueuse de l’évêque de Liège, qui aurait été

trouver _le roi_ d’Angleterre sous les murs d’Ypres.

Le comte demande aux Anglais d’abandonner le siège d’Ypres et d’aller

ailleurs combattre les partisans du pape Clément: il leur fournira

à cette condition 500 lances pendant trois mois. Sur le conseil des

Gantois[125], qui se défient du comte, cette proposition n’est pas

acceptée. Le comte s’adresse alors au duc de Bourgogne, qui est à

Compiègne[126]. P. 115, 116, 365.

[125] Craignant l’intervention armée du roi de France, les Gantois

avaient essayé, d’un autre côté, de négocier avec lui, sans y réussir

(_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 266). C’est alors qu’une nouvelle

ambassade de sept marchands s’était rendue à Londres, où nous la

voyons séjourner du 7 août au 30 décembre 1383 (_Rec. Off._, _Issue

Rolls_ 203, m. 12 et 14).

[126] Le duc de Bourgogne fut à Compiègne avec le roi du 9 au 13 août

1383.

Un conseil se réunit à Compiègne, où figure le duc de Bretagne, et

l’on décide que le roi interviendra en Flandre. Un mandement général

est publié par toute la France; le rendez-vous est fixé à Arras, le 15

août[127]. Le comte d’Armagnac, le comte de Savoie, le duc de Bavière,

Frédéric, sont prévenus les premiers. P. 116 à 118, 365.

[127] Dès le mois de juin, Jean de Vienne avait été envoyé dans le

nord (_Jean de Vienne_, p. CCIX-CCX); nous le trouvons à Béthune au

service du roi, à la fin du mois (_Arch. nat._, JJ 123, fol. 104 vº)

et en juillet (_Bibl. nat._, _Clair._ vol. 24, nº 1767). En date du

28 et du 30 juin, la convocation de l’arrière-ban, pour aller au

siège d’Ypres, était faite en Normandie (_Mus. Brit._, _Add. chart._

3345 et 6749). L’armée royale devait être réunie à Arras le 22 août

(_Ist. et cr._, t. II, p. 332); les approvisionnements étaient

assurés par Nicolas Boulard (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 264).

Ypres tient toujours; mais le comte, craignant que l’église de Ménin,

nouvellement mise en état de défense, mais non pourvue de garnison, ne

soit prise par les Anglais, donne l’ordre à son fils, Jean Sans-Terre,

et à Jean du Moulin d’aller désemparer cette église.

Surpris par une compagnie d’Anglais et de Gascons, ils sont faits

prisonniers, et Menin tombe au pouvoir des ennemis[128]. P. 118, 119,

366.

[128] Dans cette expédition, Jean Sans-Terre, bâtard de Flandre, fut

fait prisonnier ainsi que Lamsin le Maréchal, et dut payer rançon à

la ville d’Ypres (_Ist. et cr._, t. II, p. 299-300). Quelques mois

plus tard (Arras, 22 et 27 novembre 1383), Jean Sans-Terre recevait

de son père, le comte de Flandre, les château, maison et fief de

Dringham, confisqués sur le rebelle Jean de Scheurvelde, héritier de

Jacques de Dringham et les biens confisqués de Robert de Wisen (_Chr.

rimée_, publiée par Le Glay, p. 147).

Moins heureux sous les murs d’Ypres, les Anglais multiplient les

assauts sans réussir à prendre la ville[129]. P. 119, 120, 366, 367.

[129] Au mois de juillet, l’évêque de Norwich (l’évêque de Lincoln,

d’après une autre rédaction), essaie d’entamer des négociations pour

amener les Yprois à ouvrir leurs portes. Après une dernière entrevue

où figurent quatre prélats, quatre chevaliers et quatre bourgeois

envoyés par la ville, les pourparlers sont rompus le 30 juillet et

l’évêque excommunie la ville. Aussitôt les attaques des Anglais

recommencent: le 3 août, assaut repoussé. Le 5, nouvel assaut, avec

des maisons roulantes; victoire des Yprois; Jean de Reym est tué.

Le 7, nouvelle escarmouche. Le 8, grosse attaque où les habitants

sont encore vainqueurs (_Ist. et cr._, t. II, p. 289-290, 300-305).

C’est à propos d’un de ces assauts que Froissart parle de _nouveaux_

chevaliers; dans les _Chroniques de Flandre_, il est parlé de huit

chevaliers (voy. plus haut, p. XXVII, n. 20).

Ils se décident à faire venir des fagots pour aborder les murs de

plain-pied. Mais ils n’ont pas le temps de réaliser leur projet, car le

roi quitte Compiègne et arrive à Arras avec une nombreuse armée[130].

C’est d’abord le connétable et ses Bretons, puis le duc de Bretagne et

200 lances, le comte de Savoie et le comte de Genève avec 700 lances,

le duc Frédéric de Bavière et de nombreux gens d’armes, le duc de

Lorraine, le duc de Bar et Guillaume de Namur avec 200 lances. Le comte

Gui de Blois, bien que malade, fait ses préparatifs de départ. P. 121,

122, 367, 368.

[130] Le roi, qui a pris l’oriflamme à Saint-Denis le 2 août (_Relig.

de Saint-Denis_, t. I, p. 266), avant de se rendre à Compiègne, où il

séjourne jusqu’au 12, arrive à Arras le 20. Les chroniqueurs varient

beaucoup dans l’évaluation de son armée qui est longuement énumérée

dans les _Chroniques de Flandre_ (t. II, p. 324-327, 332-334, 342):

200,000 hommes, dont 20,000 chevaliers, dans Meyer (fol. 196 vº);

16,000 chevaliers et écuyers dans le _Religieux de Saint-Denis_ (t.

I, p. 262); 22,000 hommes dans la _Chronographia_ (t. III, p. 57);

50,000 chevaux dans la _Chronique de Pierre Cochon_ (p. 174). Les

Anglais avaient 10,000 combattants et 8,000 archers (_Chronographia_,

t. III, p. 58).

Les Anglais apprennent bientôt à Ypres l’arrivée de cette armée de

20,000 hommes d’armes et de 60,000 autres combattants. Devant de telles

forces, ils se retirent à Bergues et à Bourbourg[131]; les Gantois

rentrent chez eux[132], où ils sont rejoints par Henri de Percy, fils

du comte de Northumberland, qui, revenant de Prusse, a hâte de prendre

part à la guerre. P. 122 à 124, 368, 369.

[131] C’est le 10 août, jour de la Saint-Laurent (le 8 août, d’après

Meyer, fol. 196 vº), après neuf semaines de siège, que les Anglais,

découragés par leurs échecs successifs et apprenant la venue de

l’armée française, abandonnèrent le siège d’Ypres (_Ist. et cr._, t.

II, p. 290-291, 305-306). L’évêque de Norwich voulut alors entrer en

Picardie, mais ses officiers refusèrent de l’y suivre. Il se retira

alors à Gravelines; ses chevaliers allèrent à Bourbourg (Walsingham,

t. II, p. 99-100).

[132] Les Gantois furent fort mécontents du départ des Anglais. Ils

savaient en effet que l’eau et les vivres commençaient à manquer

dans la ville, dont on avait déjà expulsé les bouches inutiles; ils

espéraient sous peu un succès, qui devenait douteux, l’armée anglaise

partie (_Ist. et cr._, t. II, p. 290-291).

Le roi quitte Arras[133], attend pendant quatre jours le duc de Bourbon

à l’abbaye du Mont-Saint-Éloi[134]; puis se rend à Aire[135], de là à

Saint-Omer[136]. L’armée est cantonnée dans le val de Cassel[137]. P.

124, 125, 369, 370.

[133] Le roi séjourna à Arras du 20 au 27 août; il y fut rejoint par

le comte de Flandre, venu de Lille à Douai, puis à Arras (_Ist. et

cr._, t. II, p. 323; Petit, _Itinéraires_, p. 159); il avait soupé et

gîté le 25 à l’abbaye de Marœil en Artois (_Ist. et cr._, t. II, p.

324; _Itinéraires_, p. 159 et 679), qu’il ne faut pas confondre avec

Moreuil en Picardie, où il passa le 2 octobre, en revenant en Flandre

(_Itinéraires_, p. 160).

[134] Le roi ne passa qu’une nuit, celle du 27, à l’abbaye

bénédictine du Mont-Saint-Éloi.

[135] C’est, non pas à Aire même, mais au Brouillart et à Gonnay, que

le roi séjourna les 28, 29 et 30 août. Le 31 il campa (_Itinéraires_,

p. 159).

[136] Le 1er septembre, le roi était à Arques, tout près de

Saint-Omer.

[137] Les 2 et 3 septembre, le roi était «aux champs emprès Cassel»

(Petit, _Itinéraires_, p. 160), où avait lieu, le 2 septembre, la

montre de l’évêque d’Angers et des gens de sa compagnie (_Bibl.

nat._, coll. Decamps, vol. 84).

On a vu plus haut que le comte de Blois n’avait pas hésité, malgré la

maladie dont il avait souffert l’été précédent, à faire l’appel de

ses hommes. Porté en litière depuis Beaumont-en-Hainaut, il arrive à

Cambrai, puis à Arras avec 200 lances. P. 125, 126, 370.

Pendant que le roi se repose à Saint-Omer, le connétable et les

maréchaux prennent d’assaut la ville de Cassel. Les survivants se

réfugient à Bergues[138].

[138] Après avoir levé le siège d’Ypres, les Anglais s’étaient

établis à Cassel. La ville prise par les Français, ils se réfugièrent

à Bergues, à Gravelines et à Bourbourg (_Relig. de Saint-Denis_, t.

I, p. 270).

Le roi se rend alors à l’abbaye de Ravensberghe[139], pendant que le

connétable s’empare du château de Dringham[140]. P. 126, 127, 370.

[139] Le 4 septembre 1383.--Ravensberghe est une abbaye cistercienne

de femmes du diocèse de Saint-Omer, sur le territoire de Watten, près

de Bourbourg.

[140] Outre Dringham, l’armée française s’empara du fort de Nieulet

et d’une autre petite place (_Ist. et cr._, t. II, p. 327 et 342).

D’après les pièces du procès fait aux chefs de l’expédition anglaise

à leur retour en Angleterre, le château de Dringham ne fut rendu

par son capitaine, Pierre de Cresseingham, qu’après la reddition de

Bourbourg (Kervyn, t. X, p. 518).

L’armée anglaise est réduite à se concentrer dans Bergues, que commande

Hugues de Calverley[141]. L’évêque de Norwich se retire à Gravelines,

très humilié de n’avoir pas réussi et d’avoir refusé, malgré les

avis de Hugues de Calverley[142], les renforts que devaient amener

Guillaume de Beauchamp[143] et Guillaume de Windsor[144]. P. 127, 128,

371.

[141] Le _Religieux de Saint-Denis_ donne Robert Knolles comme

capitaine à la ville de Bergues (t. I, p. 270).

[142] Les échanges de courriers avaient toujours été nombreux pendant

le siège d’Ypres entre la cour de Londres et l’évêque de Norwich,

chef de l’expédition anglaise (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 10,

11, 13 et 14). Quand, au mois de septembre, les échecs continuèrent

et que les Anglais durent se retirer «pro salvacione eorum vite, ad

villas de Burburgh et de Gravenyng,» le départ pour la France du duc

de Lancastre et du comte de Buckingham fut décidé (_Ibid._, 203, m.

14, 18; _French Rolls_ 328, m. 15, 23). Le roi même dut faire partie

de cette armée de secours (_Ibid._, _Patent Rolls_ 317, m. 3), qui

était convoquée au plus tôt à Sandwich (_Ibid._, _French Rolls_ 328,

m. 18), où des bateaux étaient retenus pour son passage (_Ibid._,

_Issue Rolls_ 201, m. 15; _French Rolls_ 328, m. 21); un emprunt

avait été contracté auprès de la ville de Londres pour subvenir

aux frais de guerre (_Ibid._, _Patent Rolls_ 317, m. 3). Le retour

précipité des chefs anglais fit avorter les projets du roi.

[143] Guillaume de Beauchamp, nommé capitaine de Calais, faisait, au

15 septembre 1383, ses préparatifs pour se rendre en France avec le

roi (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 14; _French Rolls_ 328, m.

21). Il ne partit que le 19 novembre pour se rendre aux conférences

de Leulinghem (_Ibid._, _Exch._, _Queen’s Remembr._, _Nuncii_, bundle

319, nº 11).

[144] Guillaume de Windsor était depuis longtemps capitaine de

Cherbourg. Des comptes nécessités par la défense de la ville figurent

à son nom en février et juillet 1383 (_Rec. Off._, _Issue Rolls_

201, m. 11; 306, m. 15.) Il eut pour successeur comme capitaine de

Cherbourg Thomas Holand, comte de Kent (_Ibid._, 208, m. 13, 15).

La garnison de Bergues est de 4,000 hommes, y compris les archers, bien

résolue à se défendre contre les troupes royales qui viennent pour

l’assiéger. Mais elle se sent bientôt incapable de résister à une armée

aussi nombreuse: Hugues de Calverley abandonne la ville et prend le

chemin de Gravelines[145]; Thomas Trivet, Guillaume Elmham et le reste

des hommes se réfugient à Bourbourg. P. 128 à 133, 371 à 373.

[145] Le lundi 7 septembre «fut pris a minuit Bergue par mons.

l’amiral et ses gens» (_Itinéraires_, p. 160). Le _Religieux de

Saint-Denis_ (t. I, p. 272) dit que les Anglais évacuèrent la ville

après l’avoir brûlée, et que Jean de Vienne y entra sans obstacle. Il

place aussi, immédiatement après la prise de Bergues, la reddition

de Gravelines, ce qui n’eut lieu qu’après l’évacuation de Bourbourg

et moyennant finance (_Ist. et cr._, t. II, p. 344; Kervyn, t. X, p.

525-526).

Les Français entrent facilement dans Bergues, qu’ils pillent et mettent

à sang et à feu. Le samedi suivant (12 septembre), ils sont devant

Bourbourg[146], souffrant du manque de pain et de fourrage, mais joyeux

à l’espoir de trouver grand butin dans Bourbourg. P. 133, 134, 373, 374.

[146] Le roi, après être resté le 8 à Bergues, le 9 et le 10 à

Dunkerque, campait le 11 en face de Bourbourg (_Itinéraires_, p. 160).

On s’apprête donc à donner l’assaut; on crée plus de 400 nouveaux

chevaliers, ce qui porte leur nombre à 9,700. L’armée est forte de

24,500 hommes d’armes[147]. P. 134, 135, 374.

[147] Les Anglais ne comptaient dans Bourbourg que 2 à 3,000

combattants et archers (_Ist. et cr._, t. II, p. 328 et 334).

Les Anglais de leur côté ne négligent rien pour mettre les murs en

bon état de défense. Les postes de combat sont attribués à chacun;

des hommes sont spécialement désignés pour éteindre les incendies,

par-dessus tout redoutables dans une ville où toutes les maisons sont

recouvertes en chaume. P. 135, 136, 374, 375.

François Ackerman, d’autre part, ne reste pas inactif: apprenant que

Gilbert de Leeuwerghem, capitaine d’Audenarde, est venu retrouver

le comte de Flandre à l’armée royale et qu’une partie des fossés de

l’enceinte est mise à sec pour en recueillir le poisson, il surprend

la ville de nuit et y pénètre avec 400 hommes[148]. Florent de Heule,

lieutenant du capitaine, est tué. P. 136 à 140, 375 à 377.

[148] Profitant, comme le dit Froissart, des fossés mis à sec (_Ist.

et cr._, t. II, p. 329) et trouvant dans les habitants des complices

exaspérés par les cruautés de l’occupation française (Walsingham, t.

II, p. 107), Ackerman pénétra dans Audenarde le 17 septembre (Meyer,

fol. 199 rº) à la tête de 400 à 500 hommes (_Ist. et cr._, t. II, p.

329); ses troupes y firent un très gros butin qui fut envoyé à Gand

(_Ibid._, p. 322). Les marchands anglais rachetèrent à vil prix les

objets pillés et compensèrent ainsi les pertes qu’ils avaient faites

à Bruges (Walsingham, t. II, p. 107).

Effrayés, les habitants s’enfuient, mais un grand nombre d’entre eux

se noie dans l’Escaut, ou est massacré par les vainqueurs. François

Ackerman s’établit à Audenarde, dont il est nommé capitaine. P. 140,

141, 377, 378.

Pendant ce temps, en Auvergne, les Anglais continuent à se rendre

maîtres de nombreux châteaux, mettant à profit l’absence des barons,

qui sont partis au service du roi. Mérigot Marchès, qui tient déjà le

château d’Alleuze, prend par ruse le château de Mercœur[149]. P. 141 à

143, 378, 379.

[149] Dans l’interrogatoire de son procès en 1391, Mérigot Marchès

reconnaît avoir pris, «a l’ayde d’aucuns, ses gens et aliez,» le

château de Mercœur (situé en Auvergne, sur la Couze, en face de

Rentières), «ouquel, si comme il fu lors dit, avoit bien, tant en

joyaulx d’or, d’argent, reliques, or et argent monnoyé, comme autres

utencilles et mesnaiges d’ostel, la value de trente mille livres ou

plus» (Duplès-Agier, _Reg. criminel du Châtelet_, t. II, p. 205).

La dauphine d’Auvergne apprend cette nouvelle à Ardes[150], en

l’absence de son mari; elle traite avec Mérigot Marchès, qui rend le

château contre 5,000 francs[151].

[150] Ardes-sur-Couze, Puy-de-Dôme, arr. d’Issoire.

[151] Au dire de Mérigot Marchès (_Ibid._, p. 205), c’est au comte

_ou à ses gens_ que fut rendu le château moyennant 4,000 francs en or

comptant, 2 coursiers de 5 francs, 25 draps de soie, 2 houppelandes

neuves fourrées d’écureuil et 20 marcs en vaisselle d’argent.

Les pays de Limousin[152], de Rouergue[153], d’Auvergne[154] et

de Querci[155] n’en restent pas moins occupés et exploités par les

Anglais; ils souffrent surtout des incursions et des déprédations de la

garnison de Chalusset, commandée par Pierre le Béarnais et de celle de

Ventadour, à la tête de laquelle est le fameux Geoffroi Tête-Noire. P.

143 à 145, 379, 380.

[152] En mai 1383, les gens de Limoges durent traiter avec les

Anglais des châteaux de Chalusset, des Cars, de Jumilhac et autres

(_Arch. nat._, JJ 122, fol. 155).

[153] A la date du 21 août, les Anglais du Limousin s’apprêtaient

à chevaucher en Rouergue (_Arch. de Rodez-Cité_, CC 209, fol. 46);

le 6 août, d’autres Anglais «avian passat a Flavinhac per corre en

Roergue» (_Arch. de l’Aveyron_, C 1336, fol. 52 vº).--A Albi, les

consuls se réunissent en janvier pour savoir s’il faut conclure

_patis_ avec les garnisons anglaises et françaises ou leur faire la

guerre. On prend ce dernier parti; les gens d’église sont prêts à

solder des gens d’armes (_Arch. du Tarn_, BB 17, fol. 9).

[154] Le comte d’Auvergne, au 30 janvier 1383, avait payé 1,200

francs aux Anglais de Carlat (_Arch. de l’Aveyron_, C 1335, fol.

142). Le 20 avril, quatre marchands d’Auvergne étaient pris par

les Anglais (_Ibid._, fol. 51 vº). En décembre, Pierre, dit Drogo,

capitaine du château de Mentières (arr. de Saint-Flour), «converse»

avec les Anglais de Carlat (_Arch. nat._, JJ 123, fol. 131).

[155] Des espions sont envoyés, le 4 août 1383, pour surveiller

les «Engles de Querci, que dizia hom que dian cavalgar en Roergue»

(_Arch. de Rodez-Cité_, CC 209, fol. 46). En juillet 1384, des

lettres de rémission signées du duc de Berri et confirmées par le roi

sont accordées à la ville de Montauban, qui avait pris _patis_ avec

les Anglais du Querci et leur avait fourni des vivres, chevaux, etc.

(_Arch. nat._, JJ 125, fol. 65). A la même date, les Anglais avaient

encore 23 forteresses en Querci (_Ibid._, fol. 76).

C’est le samedi 12 septembre que le roi arrive devant Bourbourg

avec sa brillante armée. Le duc de Bretagne et le comte de Flandre

préféreraient traiter avec les Anglais; mais les Bretons, Bourguignons,

Normands et Allemands, désireux de pillage, harcèlent les assiégés de

continuelles escarmouches. Le feu prend dans la ville; l’assaut est

donné, sans réussir cependant ce jour-là[156]. P. 145 à 147, 380 à 382.

[156] C’est le connétable qui fit à Bourbourg sommation de se rendre

(_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 278); les capitaines Thomas Trivet

et Jean de Cornouailles refusent. L’assaut est donné, au cours duquel

l’amiral est blessé (_Ist. et cr._, t. II, p. 278). Un premier combat

avait eu lieu où les Bretons avaient eu le dessous (Walsingham, t.

II, p. 101).

Le dimanche matin, ordre est publié de réunir le plus grand nombre

de fagots possible pour combler les fossés. D’autre part, le duc de

Bretagne s’entremet pour obtenir du roi et de ses oncles qu’ils

consentent à traiter; ce serait épargner bien des vies de braves

gens[157].

[157] Le duc de Bretagne, qui favorisait secrètement les Anglais,

«leur fist roe de chareite» (_Chr. de P. Cochon_, p. 174) et proposa

son intervention. Il remontra au roi combien la saison était mauvaise

pour guerroyer et combien la victoire était douteuse. Malgré

l’opposition de Pierre de Villiers, on entama des pourparlers avec

les assiégés (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 286-290).

La journée se passe donc sans combattre. On apprend la nouvelle de la

prise d’Audenarde par François Ackerman[158]. P. 147, 148, 382.

[158] Il était impossible qu’on pût avoir à Bourbourg, le lundi 14

septembre, connaissance de la prise d’Audenarde par Ackerman, si on

donne à cet événement la date du 17 septembre que lui attribue Meyer.

Le lundi, l’assaut qu’on espérait toujours est définitivement ajourné.

Le roi, entouré des ducs de Berri, de Bourgogne, de Bourbon et de

Bretagne, du comte de Flandre et du connétable, reçoit dans sa tente

les envoyés des Anglais, quatorze chevaliers et écuyers, parmi lesquels

se trouvent Guillaume Elmham et Thomas Trivet. Le duc de Bretagne

plaide la cause des assiégés, qui finalement obtiennent de pouvoir

quitter Bourbourg avec armes et bagages, et s’engagent de plus à

évacuer Gravelines[159].

[159] Les négociations marchèrent vite, grâce au duc de Bretagne,

qui en était chargé et qui, en cette occasion, montra bien «qu’il

estoit mieus Englois que Franchois» (_Chr. de P. Cochon_, p. 174). En

attendant que la paix fût définitivement signée, les Anglais furent

autorisés à quitter la ville avec armes et bagages et tout le butin

qu’ils avaient fait (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 294). Kervyn

a donné les termes de la capitulation de Bourbourg, en date du 14

septembre, d’après l’original des Archives de Bruxelles (t. X, p.

514-515). Le roi ne sut pas mauvais gré au duc de Bretagne de son

intervention, puisque le 28 décembre 1383 il le gratifia de 4,000

francs d’or par mois (Dom Morice, _Mémoires pour servir de preuves_,

t. II, col. 444) et lui fit remise des sommes dues en vertu du

dernier traité (_Ibid._, _Hist. de Bretagne_, t. I, p. 288).

Ce traité est mal accueilli par une certaine partie de l’armée[160]. P.

149, 150, 382, 383.

[160] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 294) parle du

mécontentement des gens de guerre et des imprécations qu’ils lancèrent

contre le duc de Bretagne.

Le mardi, les Anglais font leurs préparatifs de départ; le mercredi,

ils quittent Bourbourg et arrivent à Gravelines, qu’ils livrent aux

flammes[161]; le lendemain, ils sont à Calais, attendant un vent

favorable pour retourner en Angleterre.

[161] Gravelines, assiégée par Jean de Vienne, fut évacuée sans

qu’il en eût tout d’abord connaissance. Quand, averti secrètement,

il pénétra dans la ville, les Anglais, fidèles à la convention

proposée par le duc de Bretagne, s’étaient éloignés avec tout leur

butin (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 272-276). Voy. plus haut,

p. XXXII, note 45.

Le jeudi matin, le roi entre dans Bourbourg, que les Bretons se mettent

à piller[162]. Le vendredi, l’ordre du départ est donné et le roi fait

ses adieux au duc de Bavière[163] et au comte de Savoie[164]. Le duc

de Bourgogne se rend à Saint-Omer avec le comte de Flandre[165]. Le

seigneur de Torci[166] et quelques chevaliers de Picardie occupent

Gravelines, qu’ils fortifient de nouveau; les pays voisins commencent

peu à peu à se repeupler[167]. P. 150 à 152, 383, 384.

[162] Les Anglais avaient tout emporté; les églises seules offraient

encore quelques ressources aux pillards (_Relig. de Saint-Denis_, t.

I, p. 294).

[163] Le roi donna «de beaus dons... au comte» Frédéric (_Ist. et

cr._, t. II, p. 322).

[164] Le comte Amé de Savoie, qu’une chronique flamande nomme le

«Rouge duc» (_Ist. et cr._, t. II, p. 322), reçoit en don du roi,

pour avoir servi en Flandre, l’hôtel récemment acheté au duc de Berri

«vers l’eschielle du Temple» (_Arch. nat._, JJ 123, fol. 98 vº).

[165] Contrairement à ce que dit Froissart, le duc de Bourgogne ne

quitta pas le roi. Les 20 et 21 septembre, ils gîtent ensemble à

l’abbaye de Ravensberghe, le 22 à l’abbaye de Blandecques, près de

Saint-Omer, puis s’acheminent vers Compiègne, où ils arrivent le

samedi soir 3 octobre (_Itinéraires_, p. 160).

[166] Le 26 novembre, le sire de Sempi fut préposé par le roi à la

garde de Gravelines (_Ist. et cr._, t. II, p. 330 et 344).

[167] Le retour de Flandre des gens d’armes français (septembre et

octobre 1383) fut signalé comme toujours par des pillages et des

dommages de toute nature imposés aux habitants (_Arch. nat._, JJ 126,

fol. 7 vº et 129).

L’expédition de l’évêque de Norwich a donc échoué[168]. Cet insuccès

fait la joie du duc de Lancastre, dont elle avait contrarié les projets

en Espagne et en Portugal. Les chevaliers qui reviennent de Flandre

sont mal reçus en Angleterre et accusés d’avoir vendu à la France

Bourbourg et Gravelines. Hugues de Calverley, dont on eût mieux fait

de suivre les conseils, n’est pas inquiété; mais Thomas Trivet et

Guillaume Elmham sont jetés en prison jusqu’à l’apaisement général[169].

[168] A la date du 9 octobre 1383, un envoyé royal vient spécialement

de Londres à Calais, pour s’occuper du retour de l’évêque de Norwich

(_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 2).

[169] Un procès fut intenté en Angleterre, en 1384, aux chefs

de l’expédition anglaise. Kervyn en a publié, d’après un ms. du

Musée Britannique (Cotton, Titus, E II), un long extrait (t. X, p.

517-533). L’évêque de Norwich fut condamné à restituer 5,000 francs

indûment reçus des Français; son temporel fut saisi (il était encore

entre les mains du roi le 20 septembre 1385, _Rec. Off._, _Patent

Rolls_ 321, m. 31). On lui laissa cependant (8 juillet 1384) la

faculté de faire les réparations nécessaires à ses maisons (_Rec.

Off._, _Patent Rolls_ 319, m. 37). Guillaume Elmham dut restituer de

même 3,400 francs; Thomas Trivet, ainsi que Guillaume de Faringdon,

restituèrent chacun 1,400 francs.

Les deux royaumes se disposent à conclure une trêve, qui, malgré

l’opposition du comte de Flandre, s’étendra aussi aux Gantois. P. 152,

153, 384.

A la prière du duc de Bretagne, en effet, des plénipotentiaires

anglais, parmi lesquels figurent le duc de Lancastre, le comte de

Buckingham[170], Jean Gilbert, évêque de Hereford, Jean Holand et

Thomas de Percy, arrivent à Calais, où ils se rencontrent avec le duc

de Berri, le duc de Bourgogne, Pierre de Montaigu, évêque de Laon, et

Pierre de Giac, chancelier de France[171]. Les envoyés d’Espagne se

font attendre quelque temps[172]. La réunion des plénipotentiaires a

lieu près de Wissant, au village de Leulinghem. Après plus de trois

semaines de pourparlers[173], on ne peut se mettre d’accord pour

conclure la paix, les Français demandant la restitution de toutes les

forteresses occupées par les Anglais depuis Calais et Guines jusqu’à

l’embouchure de la Gironde.

[170] Rymer (t. VII, p. 413-414) donne, à la date du 4 novembre

1383, les noms des douze plénipotentiaires anglais, parmi lesquels

ne figure pas le comte de Buckingham. Ce sont: le duc de Lancastre,

oncle du roi; le comte Henri de Derby, son cousin; Jean Gilbert,

évêque de Hereford; Jean Holand, frère du roi; Guillaume de

Beauchamp, Thomas de Percy, ses cousins; Jean de Cobham, Jean

Marmyon, Jean d’Évreux, chevaliers; Gautier Skirlawe, Jean Shepey,

clercs; Jean Phelippot, chevalier. Plusieurs comptes relatifs au

voyage de ces ambassadeurs se retrouvent au Record Office (_Lord

Treas. Rem._, _For. Acc._ 2; _Issue Rolls_ 203, m. 7, 8, 9, 10, 13,

16).

[171] Les douze plénipotentiaires français sont aussi mentionnés dans

Rymer (t. VII, p. 414-415), à l’occasion des sauf-conduits qui leur

furent accordés. Parmi eux n’est pas compris le duc de Bourgogne,

non plus que le chancelier de France. C’étaient les ducs de Berri

et de Bretagne; le comte de Flandre; Pierre de Montaigu, évêque de

Laon; Nicolas du Bosc, évêque de Bayeux; Pierre de Thuri, évêque de

Maillezais; le comte Jean de Sancerre; Raoul de Raineval; Arnaud

de Corbie, premier président en Parlement; Anseau de Salins; Jean

le Mercier et Jean Tabari, secrétaire. Ces ambassadeurs pouvaient

emmener avec eux à Calais jusqu’à 500 personnes. Un mandement de

Charles VI, en date du 10 novembre 1383, attribue à l’évêque de

Bayeux 12 francs par jour durant son voyage en Picardie qu’il doit

employer à traiter de la paix avec les Anglais (_Bibl. nat._, ms. fr.

20880, pièces nos 52 et 53).

[172] Ce n’est que le 22 janvier 1384 que le roi de Castille

donna pouvoir de traiter à don Pedro Lopez de Ayala, seigneur de

Salvatierra, et à Pedro Lopez, docteur ès décrets, qui étaient déjà

en France (Lopez de Ayala, _Cronicas_, t. II (1780), p. 187, note 1).

[173] De nombreux messagers anglais se succédèrent jusqu’à la

conclusion de la trêve entre la cour de Londres et Calais (_Rec.

Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 8, 9, 10 et 11). Ce fut Roger Elmham, un

des clercs du sceau royal, que Gautier Skirlawe, garde du sceau, un

des plénipotentiaires, chargea de la rédaction du traité; il toucha

de ce chef la somme de 6 livres 13 s. 4 d. (_Ibid._, m. 16).

Vers cette époque[174] meurt Wenceslas de Bohême, duc de Luxembourg et

de Brabant. P. 153 à 155, 384, 385.

[174] Wenceslas mourut le 7 décembre 1383 et fut enterré près

de Luxembourg, dans l’abbaye d’Orval, que Froissart appelle Waucler

(Kervyn, t. XXV, p. 150-151).

Un des obstacles à la conclusion de la paix est l’attitude du comte de

Flandre, qui, malgré l’expresse volonté des Anglais, ne veut pas que

les nouveaux traités soient applicables aux Gantois. Ces derniers, en

effet, continuent à tenir en échec les troupes du comte: leur garnison

d’Audenarde pille et brûle Maire[175] et les faubourgs de Tournai; à

la Noël, ils osent même lever les rentes sur les domaines du seigneur

d’Escornai. P. 155, 156, 385, 386.

[175] Aujourd’hui faubourg de Tournai.

Finalement, une trêve est conclue entre la France, l’Espagne, la

Galice, la Castille et l’Écosse d’une part et l’Angleterre et les

Gantois de l’autre, trêve qui prendra fin à la Saint-Michel (29

septembre) 1384[176].

[176] La trêve de Leulinghem fut signée le 26 janvier 1384 (Rymer,

t. VII, p. 418-421), «d’entre les Franchois et les Anglois et

leurs allyés, pour ung an; et y furent les Gantois et leurs allyés

nommément declairés, et tout sur fourme de paix. Et tout ce temps

durant pouoient icelles trois nations marchander, aler et venir

devers l’un l’autre paisiblement» (_Ist. et cr._, t. II, p. 336).

Elle devait prendre fin le 29 septembre 1384, et fut prolongée

jusqu’au 1er mai 1385 (Walsingham, t. II, p. 110 et 115).

En retournant chez lui, le comte de Flandre tombe malade à Saint-Omer,

où il meurt le 28 janvier 1384[177]. On l’ensevelit à Lille dans

l’église Saint-Pierre, où l’on transporte aussi le corps de la

comtesse, sa femme, morte cinq ans auparavant[178]. P. 156 à 158, 386.

[177] C’est le 30 janvier que mourut le comte de Flandre. Il était

mécontent de la nouvelle trêve qui respectait l’état de belligérants

des Gantois; «tellement s’en melanconia que il en devint malade»

(_Ist. et cr._, t. II, p. 336) pendant quinze jours, et mourut. Il

avait dicté la veille son testament (Kervyn, t. X, p. 534). Meyer

prétend qu’il fut blessé à mort par le duc de Berri au courant d’une

discussion (fol. 200).

[178] La comtesse de Flandre, Marguerite de Brabant, était morte en

1368, par conséquent plus de cinq ans auparavant.

Description détaillée des obsèques[179]. Le duc de Bourgogne pourvoit

la Flandre de garnisons[180]. P. 158 à 164, 387 à 390.

[179] Le corps du comte resta exposé dix-neuf jours à l’abbaye de

Saint-Bertin, puis sept jours à l’abbaye de Looz. La description des

obsèques se trouve dans de nombreux mss. Voy. Kervyn, _Froissart_,

t. X, p. 541-542, et t. XXI, p. 261-268, et _Ist. et cr._, t. II, p.

338-341 et 346-349.

[180] Le duc de Bourgogne était à Lille le 17 février 1384, et resta

en Flandre tout le mois de mars et tout le mois d’avril. Il en

partait le 11 mai (_Itinéraires_, p. 164-166) pour retourner auprès

du roi.

Chroniques de J. Froissart, tome 11/13 · 第 9 / 34 题