dans son ouvrage _l’Egypte et les Provinces perdues_ (1897), disait que
la nomination de Gordon avait été faite pour servir les _intérêts_
anglais. Ce fut à Khartoum, en route pour Gondokoro, le siège de son
gouvernorat, que Gordon décréta (1874) le monopole de l’ivoire, acte,
qui peut être taxé de pure folie car il provoqua l’hostilité des
marchands de Khartoum, les véritables sultans du Soudan, qui avaient
engagé tous leurs capitaux dans l’exploitation de l’ivoire, qui exigea
le maintien, dans l’intérieur de l’Afrique, de nombreuses stations et
d’une petite armée de 2.500 _Dongalouas_ ou soldats irréguliers qui ont
depuis formé le noyau de l’armée mahdiste. Cet acte fut le germe de
l’insurrection de plus tard, dont Gordon se vante dans son livre d’avoir
« pondu l’œuf ».]
[Note 111 : Le major Wingate (_Madhism and the Egyptian Sudan_ 1891)
considère la suppression de la traite des esclaves comme l’une des trois
causes principales du mahdisme.]
[Note 112 : D’après M. Pensa (_L’Egypte et le Soudan Egyptien_, 1895)
l’époque de la plus grande prospérité du Soudan est entre 1870 et 1874 ;
c’est précisément l’époque où le Soudan était administré par des
gouverneurs égyptiens. Quant à l’époque de l’administration anglaise,
« la responsabilité des gouverneurs du Soudan, dit M. Pensa, depuis sir
Samuel Baker jusqu’à Gordon est gravement engagée quand on examine
l’état auquel leur administration avait conduit ces régions ».
L’auteur de _l’Egypte et les Provinces perdues_ disait que
« l’administration de Gordon fut un gâchis déplorable. Il avait trouvé
le Soudan en pleine prospérité et le quitta, en 1879, endetté et sous le
coup de l’insurrection ». M. Chaïllé-Long accuse la Grande-Bretagne
d’avoir choisi Gordon pour accomplir la désorganisation du Soudan et
d’avoir préparé, _de longue main_, les événements subséquents « dans le
but d’en profiter pour se tailler un empire anglo-africain ».]
[Note 113 : D’après Dr Henry W. J. Thierch, auteur d’un ouvrage allemand
sur l’Abyssinie (traduit en anglais par Sarah N. S. Pereira, Londres
1885) Munzinger, hostile au roi Yohannès, encouragea le khédive dans son
plan de conquérir l’Abyssinie. Le Dr Gerard Rohlfs l’accuse même d’avoir
aspiré au trône de ce pays.
D’après M. _Cave_, dans son rapport de 1876, « la guerre d’Abyssinie
avait été pour ainsi dire _imposée_ au khédive, que la gloire stérile de
la guerre ne pouvait éblouir ».
Il ressort de ces témoignages que le khédive avait dû subir des
influences étrangères intéressées.]
[Note 114 : Ce fait est confirmé par M. Farman, ancien consul général
des Etats-Unis au Caire.]
[Note 115 : Nous ne croyons pas à la trahison du missionnaire français
qui servait de guide au général Loreng. Nous avons la modeste conviction
que la cause principale de la défaite réside dans la mésentente qui
régnait entre les Circassiens et les Américains, et la responsabilité
des premiers ne fait pas de doute. (Voir des détails intéressants dans
_Moslem Egypt and Christian Abyssinia_, par Dye.)]
[Note 116 : Sous Mohamed Aly il y avait deux classes opposées : la
classe autochtone des fellahs qui était le peuple, et la classe turco-
circassienne qui formait une minorité aristocratique dominante dans le
gouvernement. Cependant, grâce au système nationalisateur du fondateur
de la dynastie, son règne préparait l’avènement au pouvoir d’une
nouvelle bourgeoisie égyptienne formée principalement de médecins, de
professeurs et d’officiers dont le cercle s’élargissait sous Ismaïl et
où se recrutait généralement le personnel administratif et parfois les
ministres ou les gouverneurs de provinces. C’est cette classe qui a
donné à l’Egypte ses hommes les plus distingués et qui a mené contre
l’aristocratie étrangère une lutte d’abord sourde, puis ouverte sous
Tewfick jusqu’à son absorption complète. (Note de l’auteur.)]
[Note 117 : _Arthur Rhoné_, _l’Egypte à petites journées_.]
[Note 118 : Abdallah Abou Soôud a fondé en 1866 _Waddinnil_, le premier
journal politique et littéraire en Egypte. Il paraissait toutes les
semaines et soutenait la politique d’Ismaïl jusqu’à la mort de son
fondateur (1878).]
[Note 119 : M. Renan ayant, au cours d’une conférence faite à la
Sorbonne le 29 mars 1883, discuté la productivité scientifique de
l’Islam, Gemmel-Eddin présenta quelques observations sur les idées de
Renan dans un article publié par les _Débats_ du 18 mai 1883 dont voici
les passages caractéristiques : « Un vrai croyant doit, en effet, se
détourner de la voie des études qui ont pour objet la vérité
scientifique. Attelé comme un bœuf à la charrue, au dogme dont il est
l’esclave, il doit marcher éternellement dans le même sillon qui lui a
été tracé d’avance par les interprètes de la loi. Convaincu, en outre,
que sa religion renferme en elle toute la morale et toutes les sciences
il s’y attache résolument et ne fait aucun effort pour aller au delà.
« Je sais tout cela, mais je sais également que cet enfant musulman et
arabe « ce fanatique plein d’une sotte fierté de posséder ce qu’il croit
être la vérité absolue » appartient à une race qui marqua son passage
dans le monde, non seulement par le fer et le sang, mais par des œuvres
brillantes et fécondes qui prouvent son goût pour la science...
« Il est vrai qu’après la chute du royaume arabe en Orient, comme en
Occident, les pays qui étaient devenus les grands foyers de la science,
tels que l’Irak et l’Andalousie, retombèrent dans l’ignorance et
devinrent le centre du fanatisme religieux ; mais l’on ne saurait
conclure de ce triste spectacle que le progrès scientifique et
philosophique au moyen âge ne soit dû au peuple arabe qui règnait
alors. »
Le lendemain, dans le même journal, Renan répondait à cet article en
faisant de Gemmal-Eddin l’éloge précité. Une idée ressort de cette
réponse : « Je crois, dit-il, que la régénération des pays musulmans ne
se fera pas par l’Islam : elle se fera par l’affaiblissement de l’islam,
comme du reste le grand élan des pays dits chrétiens a commencé par la
destruction de l’église tyrannique du moyen âge. » Renan entend par
l’affaiblissement « arriver à cet état d’indifférence bienveillante où
les croyances religieuses deviennent inoffensives ». Il est certain
qu’en adaptant la religion aux besoins nouveaux par la propagation de
l’instruction et de l’esprit de tolérance dans _les masses_, on
obtiendrait ce résultat, mais il y aurait plutôt affaiblissement du
dogme où la religion gagnerait du fait que le progrès serait mis sur son
compte. Mohamed Abduh, le plus grand disciple de Gemmal-Eddin, qui
s’occupait de réformes plus que de politique, a travaillé pendant
quarante ans pour atteindre ce but et son œuvre ne périra pas. La
réforme de la grande université religieuse de l’Azhar qu’il avait tentée
et qui s’opère lentement par la création d’une direction d’études, d’un
programme déterminé et moins chargé et l’introduction de l’histoire, de
la géographie et d’autres sciences — équivaudrait, à elle seule, à une
révolution.]
[Note 120 : Gemmel-Eddin prêchait une sorte de panislamisme
_politique_ ; aussi s’attachant fort peu à la théologie, se voua-t-il
entièrement à la politique. Les gouvernements chrétiens, disait-il,
s’excusent des attaques et des humiliations qu’ils font subir aux Etats
musulmans en invoquant la situation arriérée de ces derniers ; cependant
ces mêmes gouvernements entravent de toute manière, et même par la
guerre, toute tentative de réforme et de renaissance dans les pays
musulmans. D’où la nécessité pour le monde musulman de s’unir en une
grande alliance défensive pour se préserver de l’anéantissement ; et,
pour y parvenir, il doit acquérir la technique du progrès européen et
apprendre les secrets de la puissance européenne. Mais Gemmel-Eddin
n’entendait point substituer le patriotisme de religion au patriotisme
de territoire ; il voulait que les efforts des pays musulmans
convergeassent, indépendamment les uns des autres, vers un but commun :
la libération politique. Et c’est pour régénérer la patrie turque,
persane ou égyptienne qu’il travaillait à régénérer l’Islam qui influait
profondément sur la vie politique et sociale des différents pays
musulmans. Toutefois la tâche de la réforme religieuse incombera
essentiellement à son fervent disciple Mohamed Abduh, le véritable
Luther de l’Orient. (Note de l’auteur.)]
[Note 121 : D’après Browne, auteur de _Persian Révolution_, Gemmal-Eddin
était philosophe écrivain, orateur et journaliste. Dans _l’Encyclopédie
de l’Islam_ (1913) Djamal-Al-Din Al-Afghani, une des plus remarquables
figures de l’islam au XIXe siècle... Il fut par la parole et par la
plume un des représentants les plus conscients de l’idée panislamique.
Sayed Rachid Rida, disciple de Mohamed Abduh, disait au cours d’un
article paru dans sa revue _El-Manar_ en mai 1907 : « La vérité est
qu’il ne travaillait pas pour le panislamisme. Nous avons entendu,
souvent entendu notre maître regretté répéter qu’il (Gemmal-Eddin) était
l’homme le plus capable de réformes et que s’il ne s’était pas adonné à
la politique il aurait accompli une grande œuvre. La base sur laquelle
reposerait la réforme en vue de l’amélioration des conditions des
musulmans, disait M. Abduh, devait être l’émancipation de la pensée du
joug de l’imitation, et la compréhension des choses de la religion avec
l’esprit des temps anciens avant les discordes et les superstitions. La
religion doit être considérée comme un régulateur de la raison humaine
et, partant, amie de la science, s’efforçant de pénétrer les mystères de
l’Univers. »]
[Note 122 : Cette Chambre, instituée au début de 1866, se réunit pour la
première fois le 19 novembre. Elle était formée de 75 membres élus et la
durée de chaque session annuelle était de deux mois ; elle s’occupait de
réformes administratives pratiques telles que l’irrigation et le curage
des canaux, et n’avait que voix consultative. C’est seulement à partir
de 1876 que cette Chambre montra certains signes de vitalité en étudiant
sérieusement les questions intérieures à l’ordre du jour, surtout
financières, et en attirant l’attention du gouvernement sur les remèdes
nécessaires pour améliorer les conditions du pays.]
[Note 123 : Mohamed Abduh généralise ici un peu trop. Point n’est besoin
de revenir sur les origines du réveil national que nous avons déjà
étudiées. Or comment expliquer que les Egyptiens se soient intéressés
aussi vivement à la guerre de 1877 qui, pourtant, n’était pas la
première entre la Turquie et la Russie et que, surtout, cette guerre ait
été pour les Egyptiens une occasion de manifester leurs sentiments avec
plus de force ? La raison principale réside dans une évolution lente et
laborieuse d’une conscience nationale privée de la liberté politique
indispensable.]
[Note 124 : M. Gellion-Danglar, dans la 7e lettre, 25-29 juin 1868,
écrivait : « Il y a environ un an et demi, on fit grand bruit d’une
constitution que S. A. le vice-roi avait octroyée à son peuple. Vous
pensez bien que les représentants étaient tous les candidats du
gouvernement. Eh bien, il se forma parmi eux une opposition ; oui, deux
membres se permirent d’émettre, sur une question insignifiante, un avis
différent de l’avis qu’on désirait. Ils furent immédiatement chassés de
l’assemblée par ordre du vice-roi comme de dangereux perturbateurs de
l’Etat et d’irréconciliables ennemis de la paix. » (_Lettres sur
l’Egypte contemporaine_, 1876.)]
[Note 125 : Ce fait nous a été raconté par Helbaoui bey, avocat bien
connu, qui est peut-être le dernier disciple vivant de Gemmal-Eddin.]
[Note 126 : L’ancien juge mixte disait, dans _l’Egypte et l’Europe_, en
parlant des Egyptiens : « Comme ils vivent dans un milieu stationnaire
où tout marche dans les anciennes ornières, où l’activité mentale n’est
pas stimulée par la lutte des opinions et des tendances, par le
changement, l’innovation et le progrès, leur esprit se trouve dans un
état de quiétude et de non-activité... Mais la machine est bonne quoique
mal alimentée. »
Tout ceci s’applique mieux aux Egyptiens avant l’avènement de la presse
libre.]
[Note 127 : _L’Europe Diplomatique_, en juin 1879, publia un article de
son correspondant au Caire concernant Abou Naddara et le « genre de
popularité dont jouit incontestablement James Sanua » : « Le mois passé,
dit-il, j’ai pu aller entendre Ahmed Salem, le grand chanteur arabe du
Caire... Au loin il fait entendre ses étranges mélopées et cela s’écoute
religieusement d’ordinaire. Mais ce soir-là, il arriva qu’un vendeur
clandestin de l’_Abou Naddara_ put se glisser, je ne sais comment, au
travers de l’assemblée. En moins de rien c’était fait, loin des yeux de
la police il avait vendu près de trois cents exemplaires. Aussitôt
changement à vue. Chacun de tourner le dos au chanteur et de se mettre,
entouré d’un petit groupe, à lire le journal prohibé... Et les invités
ne consentirent à rester qu’à la condition qu’Ahmed Salem leur
chanterait la chanson du proscrit Abou Naddara !
« O bien-aimé patriote, ô gentil Abou Naddara, exprime notre affection
au dévouement de ce _clément_ dont l’absence nous accable de chagrin
(Allusion au prince Halim).
« Il (le khédive) a sucé nos veines et vidé nos poches. Pitié, pitié
pour ton peuple O Allah « ne le vois-tu pas courbé sous les taxes et les
impôts sans nombre ? »
« Ce journal n’est pas composé d’articles, c’est un ensemble de
dialogues entre Abou Naddara et ses chers Fellahs, un recueil d’hymnes,
d’invocations et d’imprécations où figurent quelquefois les noms des
morts, mais très rarement les noms des vivants. Malgré ces précautions
par prétérition, le pauvre Ahmed Salem n’était guère à son aise en
chantant la chanson du proscrit... Le résultat de cette soirée fut
qu’Ahmed Salem et ses musiciens étaient, dès le lendemain, jetés en
prison. Ils n’en sont sortis que dix jours après grâce à l’intervention
des princesses et des dames des harems, mais défense expresse leur est
faite de chanter en ville, désormais, n’importe où.
« Il est moins facile, comme je vous le disais, d’arrêter la propagande
_d’Abou Naddara_. Cette minuscule feuille a des partisans un peu partout
— j’ai la conviction qu’une grande partie de ce qu’elle contient vient
d’ici, et part quelquefois de personnes très bien placées. — Abou
Naddara, selon moi, n’est pas la voix, il est l’écho passif, mais devenu
puissant par son éloignement même, de l’opinion publique en Egypte. »]
[Note 128 : Selim Naccache, qui le premier, paraît-il, lança la célèbre
formule « l’Egypte aux Egyptiens » publia dans le tome I — qui est fort
rare — de son ouvrage _Misr-lil-Misriyeen_ une courte étude sur Gemmal-
Eddin d’après les mémoires inédits d’Adib Ishak. C’est là que nous avons
puisé le renseignement rapporté plus haut.
Ajoutons que cet ouvrage forme un ensemble de documents pour servir à
l’histoire de la période de 1881-82.]
[Note 129 : Ce journal, semble-t-il, ne paraissait pas, au début, d’une
façon régulière. Son cinquième numéro, daté du 2 septembre 1876,
renferme le premier article de Mohamed Abduh, le célèbre disciple de
Gemmel-Eddin. On trouve dans les numéros suivants d’autres articles où
se révèle la transformation graduelle du style de l’auteur qui eut une
influence marquée sur l’épuration et le développement de la langue
arabe.]
[Note 130 : Nous avons eu la bonne fortune de trouver cette collection
chez un particulier. Il semble que toutes les collections de journaux de
l’époque antérieure à l’an 80 aient été brûlés ou perdus lors du grand
bouleversement de 1881-82. Il en existe cependant quelques numéros épars
dans les bibliothèques du Caire.]
[Note 131 : _L’Egypte et le Soudan Egyptien_, par H. Pensa, 1885.]
[Note 132 : M. Wilson raconte dans ses mémoires — _Chapters of my
official life_ — en date de 25 juillet 1878, qu’il reçut ce jour-là,
alors que la Commission était réunie, la visite de quelques dames
indigènes membres et servantes de la famille de feu Abbas Pacha. Elles
lui expliquèrent que leur propriété leur avait été extorquée et qu’elles
étaient dans le dénuement. A peine sorties de chez lui, la police les
arrêta et les jeta en prison. M. Wilson intervint immédiatement auprès
du khédive et exigea la démission du préfet de police, tenu pour
responsable. « Cette démission, dit-il, eut un excellent effet et étonna
plutôt le public du Caire ».]
[Note 133 : Ce rapport contient, sans ses annexes, environ soixante
pages dans les _Documents diplomatiques, Affaires d’Egypte_. Il est
divisé en deux parties, l’une traite du système d’impôts, l’autre de la
situation financière en Egypte. Dans l’exposé du système d’impôts il les
condamne d’une manière générale « Quelle que soit du reste, dit-il,
l’autorité qui ait établi les taxes multipliées qui grèvent les
populations, c’est à peine s’il en est qui ne donnent lieu aux plus
justes critiques. » Puis il signale entre autres abus : « Dans un pays
qui, comme l’Egypte, est essentiellement agricole, l’impôt foncier est
et doit rester la source principale des revenus du Trésor...
« Une expertise ayant pour objet la classification des terres a été
prescrite en 1867 ; il s’agissait, dit la décision, qui l’ordonne,
d’asseoir l’impôt foncier sur des bases plus équitables.
« Ce travail donna lieu, nous dit un Agent consulaire, « à des abus
considérables de la part de ceux qui en étaient chargés, ayant les
cheikhs des villages pour aides. Ils ont aggravé les impôts des terres
qui n’étaient pas susceptibles d’une augmentation pour combler le
déficit provenant des rabais qu’ils accordaient par peur des puissants
et par cupidité. »
« Une autre cause d’inégalité résulte de la loi de la _Moukabalah_.
Cette loi, promulguée en 1871, dispose que « tout contribuable qui aura
versé au Trésor une somme égale à six années de ses contributions
foncières, sera dégrevé à perpétuité de la moitié de ses contributions,
moitié calculée sur la base de ce qu’il paye actuellement à l’Etat.
L’impôt frappant les dites propriétés, quelle que soit leur nature, ne
pourra être augmenté sous aucune forme et pour aucun motif » (article
3).
« Un décret du 16 juillet 1873 a décidé que « la Moukabalah serait payée
en douze années, par portions égales, à partir du 11 septembre 1873 ».
« Cette même loi accordait en outre certains avantages aux contribuables
qui n’ayant pas jusqu’alors sur les terres qu’ils possédaient un droit
de pleine propriété, consentaient à payer la Moukabalah.
« Le décret du 7 mai 1876 en « arrêtant l’opération de la Moukabalah »
décida que ces avantages seraient définitivement acquis même aux
contribuables qui ne s’étaient que partiellement libérés, et qu’il
serait pris des mesures équitables, soit par restitution de ces
anticipations, soit par une réduction proportionnelle d’impôts...
« Avant que les dispositions de ce décret aient été appliquées, le
décret du 18 novembre 1876 rétablit la loi de la Moukabalah ; elle dut
même être considérée comme n’ayant jamais cessé d’être en vigueur. Ce
décret statue en outre « que les réductions annuelles produites par les
effets de la loi de la Moukabalah, ne seront appliquées qu’à partir de
l’année 1886, et qu’il sera tenu compte aux contribuables, jusqu’à la
fin de l’année 1885, de l’intérêt à 5 0/0 sur les sommes qui devaient
être déduites » (article 2).
« Ainsi, ceux qui ont payé avant le 7 mai 1876 l’intégralité de la
Moukabalah ont vu, depuis l’année de leur payement, leurs contributions
réduites de moitié.
« Ceux qui n’ont complété le payement de la Moukabalah que depuis le
décret du 18 novembre 1876 continuent à payer l’intégralité de leur
impôt. On leur tient compte seulement, non pas de l’intérêt à 5 0/0 des
sommes qu’ils ont versées, mais de l’intérêt à 5 0/0 de la moitié de
l’impôt dont ils devraient être déchargés.
« Indépendamment des causes d’inégalité que nous venons de signaler,
d’autres circonstances viennent encore, contrairement à tout principe
d’équité, modifier le taux de l’impôt foncier.
« L’impôt sur les dattiers est perçu en vertu d’un recensement qui
remonte à plus de douze ans... ». Un cultivateur, dit l’inspecteur
général de la Haute Egypte, avait 100 palmiers, sur chacun desquels il
devait payer tant d’impôt, ce qui faisait une somme de... Ces 100
palmiers n’existent plus ; il n’en reste que 50. Mais la Moudirieh ne
veut pas connaître qu’il n’en reste que 50 ; elle en marque toujours 100
(l’inspecteur cite cet exemple pour expliquer l’importance des arriérés
(3.145.000 en 1875) et la difficulté de leur recouvrement.
Enfin la Commission parle de la vente par anticipation des récoltes des
Fellahs, de la corvée et termine cette partie de son rapport en
demandant à côté d’une législation fiscale une organisation judiciaire
et des tribunaux « assurant une efficace protection aux indigènes,
aujourd’hui soumis dans leurs personnes et leurs biens au pouvoir
discrétionnaire d’une autorité sans contrôle ». La conclusion de la
partie financière est identique. « On ne saurait donc méconnaître que le
Chef de l’Etat dispose d’une autorité sans limite ».]
[Note 134 : M. Raindre, Consul Général de France en Egypte, écrivait
dans une lettre du 24 août 1878, au Ministre des Affaires étrangères,
que la rédaction de cette allocution est « universellement attribuée à
Nubar Pacha... Quoi qu’il en soit, de la part plus ou moins grande qui
appartient à Nubar Pacha dans les concessions arrachées au khédive il
semble que Son Altesse ait tenu de son côté à bien marquer que, dans sa
pensée les réformes projetées et leur promoteur ne doivent pas être
séparées, et c’est dans le discours même qui constate l’adhésion vice-
royale au programme de la Commission, que Nubar Pacha est désigné pour
former un Ministère ».]
[Note 135 : Un correspondant occasionnel au Caire adressa au _Times_ un
article daté du 13 janvier et paru le 23. Dans cet article il insistait
sur la nécessité de réduire l’intérêt. « Cette vérité éclatante, dit-il,
est basée sur le fait que la dette publique absorbe sept millions de
livres sur un revenu qui ne dépasse guère neuf millions ». Il décrit
l’état lamentable des Fellahs qui, forcés par suite des inondations de
rester sans domicile, accroupis sur les bords des canaux, ou de se
réfugier dans les arbres, furent néanmoins sommés par le percepteur de
payer l’arriéré. » Puis il parle des « hauts fonctionnaires, Européens
pour la plupart, qui touchent d’énormes traitements. Le progrès est
entravé par une multitude de conseillers ». « Hier, dit-il encore, j’ai
voyagé par l’express venant d’Alexandrie, le conducteur de train
descendit dans chaque station et cria en quatre langues — anglais,
français, italien et arabe — le nom de l’endroit et le temps d’arrêt
« two minutes of stopping », « cinq minutes d’arrêt », etc... Il me
rappela notre administration internationale odieuse ».
« Les réformes que nos ministres désirent appliquer sont arrêtées court.
Les créanciers en barrent complètement le chemin. Il y a aujourd’hui
littéralement des centaines de cheikhs au Caire, chacun représentant un
village, venant avec des pétitions pour la réduction des impôts et tous
déclarent que les taux actuels ne peuvent pas être maintenus : Ils
assiègent tous les portes des Ministères et attendent les Ministres à
leurs entrées et sorties, et les bureaux sont inondés de leurs
pétitions. En vérité il semble qu’une réduction générale des impôts soit
nécessaire pour sauver le pays d’un vaste système d’évincement en faveur
de l’étranger. »
Un autre correspondant occasionnel à Alexandrie écrivait le 18 janvier,
après avoir rappelé l’œuvre d’Ismaïl à propos de son anniversaire : « ce
progrès matériel n’a pas profité encore au peuple complètement écrasé
par une lourde dette publique et qui se presse en foule au Caire,
actuellement, pour déposer ses griefs devant le nouveau Gouvernement ».]
[Note 136 : Ce sont les propres termes d’un télégramme du Consul Général
de France en Egypte au Ministère des Affaires Etrangères.]
[Note 137 : Il y a unanimité à ce sujet. C’est aussi l’opinion de
Mohamed Abduh et d’Arabi (mémoires inédits).]
[Note 138 : Voir le _Soudan Egyptien_ par le Colonel _Chaillé-Long
bey_.]
[Note 139 : _The Story of the Khedivate_ par _Ed. Dicey_. Les
renseignements de M. Dicey sont confirmés par M. Rivers Wilson, dans ses
mémoires :
« M. Larking, dit-il, connaissait intimement le caractère du khédive
Ismaïl et les affaires égyptiennes en général. J’insère la lettre
suivante que je reçus de lui lorsque j’étais au Caire en 1876, elle
prédit, de façon on ne peut plus exacte, ce qui eut lieu effectivement
deux ans plus tard :
Paris, 6 avril 1876.