Ce n’est pas tout. Le mémorandum rappelle l’attitude des ministres

européens à l’égard de la Chambre convoquée au mois de décembre, le

projet financier de M. Wilson qui supprimait la Moukabalah,

« dépouillant ainsi d’un trait de plume les contribuables de plus de 400

millions » et enfin le contre-projet, la démission de Tewfick et la

formation du cabinet actuel.

Ce cabinet est résolu « à consacrer tous ses efforts à l’amélioration de

la situation de l’Egypte » et compte pour cela « sur les sentiments

généreux du peuple français », auxquels ils font appel « en faveur d’une

nation amie ».

« L’expérience, conclut le mémorandum, qui, de bonne foi, a été faite

d’un cabinet dans lequel entraient comme ministres des Européens, est

trop contraire au sentiment national pour n’être pas envisagée comme une

innovation des plus dangereuses. La tenter de nouveau serait exposer

l’Egypte et les intérêts qui s’y trouvent engagés aux conséquences les

plus graves. »

Mais on ne se préoccupait en Angleterre que du mode d’action en Egypte.

Laquelle des deux puissances devait avoir la prépondérance ? Le _Times_

du 18 avril disait dans son leader : « Les vrais intérêts politiques que

nous devons sauvegarder en Egypte sont les intérêts en connexion avec la

liberté de notre route des Indes. Si la sécurité du Canal de Suez venait

à être menacée par une anarchie intérieure ou une agression étrangère,

cela nous mettrait dans une position délicate. » Un correspondant

occasionnel à Alexandrie lui écrivait le 28 avril : « Les intérêts

français sont purement financiers, cependant que les intérêts anglais

ont un double caractère politique et philanthropique, mais nullement

financier, et il est prévu que l’intervention des deux puissances serait

vouée à un échec à défaut de communauté de vues. »[155]

Le 1er juin, le même correspondant revient sur la même idée : « La seule

crainte, dit-il, est que l’extension de l’intérêt financier ne puisse

obscurcir les vues « impériales » qui devraient seules guider toute

action combinée, et doit être, dans tous les cas, le mobile de notre

politique anglaise en Egypte. »[156]

Pour réaliser cette politique, Lord Vivian, rappelé par son gouvernement

le 15 mars, revint de nouveau en Egypte fin avril[157].

Deux journaux nous éclairent sur son rôle en Egypte : Le _Mirâat-el-

Chark_ écrivait, en effet, le 17 mai 1879 : « Nous sommes vraiment

étonnés de la conduite de l’Angleterre à l’égard de l’Egypte et de sa

persistance à vouloir réaliser ses vues politiques et à transformer la

question purement financière en une question politique. Son consul

général en Egypte s’est rendu chez le khédive pour le convaincre de la

nécessité d’introduire deux ministres européens dans le gouvernement du

pays, mais le khédive lui a fait comprendre qu’il ne pourrait pas aller

à l’encontre de la volonté nationale. Il s’est rendu alors chez Cheik-

el-Bakri[158], le leader de la nation, et a fait une démarche dans le

même sens, mais le Cheik-el-Bakri lui a déclaré que l’Egypte était

décidée à secouer le joug de l’étranger et à sauvegarder son

indépendance et sa liberté... L’Europe n’aurait qu’à surveiller nos

actes et à nous demander de tenir nos engagements. »

D’autre part, le correspondant du _Times_ à Alexandrie, écrivait, le 12

mai : « Le parti national qui vint au pouvoir par le coup d’Etat du 6

avril, a surpris chacun par sa force. Au début, le « _public_ » croyait

que ses jours étaient comptés ; mais lorsque, avec une rapidité

merveilleuse, il perçut suffisamment d’argent pour payer le coupon de

mai à 5 % d’intérêt, les gens commençaient à le regarder avec plus de

respect. Cependant ils disaient encore que le retour de M. Vivian

entraînerait sa chute. Maintenant que M. Vivian est depuis deux semaines

dans le pays, il a fait des propositions tendant à mettre l’autorité

purement indigène sous le contrôle européen ; la France s’est associée

cordialement à tous ses plans ; néanmoins l’Egypte fit la sourde oreille

à tous les essais de persuasion. »[159]

Sous toutes les réticences de langage, le but de Lord Vivian ressort

clairement : il s’agit d’étouffer l’opposition nationale.

Pourtant on aurait dû faire un plus large crédit au ministère Chérif qui

voulait sincèrement travailler au salut de l’Egypte, puisqu’il se

proposait de donner satisfaction aux créanciers et de tenir ses

engagements envers le pays. Dès son avènement, il s’attela aux réformes,

décida de porter l’effectif de l’armée à 60.000 hommes et prépara une

constitution. Il convoqua les délégués au mois de mai, et le 17, la

Chambre[160] se réunit sous la présidence de Hassan Rassim Pacha, Rachid

Pacha étant malade. Ce jour-là, Chérif Pacha se présenta à la Chambre et

soumit aux membres, « conformément au rescrit du mois d’avril », un

projet de loi organique et une loi électorale. Le lendemain (18 mai), la

Chambre élut une commission présidée par Abd-el-Salam El-Moelhy bey pour

étudier ces deux projets de loi[161].

Après en avoir modifié certains articles et ajouté d’autres, la

commission décida de proposer de nouvelles lois spécifiant les droits du

khédive, des ministres et de la nation, les devoirs des fonctionnaires,

des journaux, etc...

Ces projets et ces propositions furent soumis à la Chambre le 8 juin, et

à l’unanimité les membres en décidèrent l’envoi au ministère pour être

ratifiés par le khédive. Le journal, auquel nous empruntons ces détails,

ajoute : « Ces lois établissent les plus solides assises de liberté et

de constitution et permettront au pays de réaliser son idéal de bien-

être et de prospérité. »[162]

Le texte intégral de la loi organique a été publié par _Al-Watan_ du 14

juin. L’article 15 consacre l’immunité parlementaire ; l’article 27

réserve à la Chambre le vote des lois présentées par le ministère ;

l’article 34 précise que le nombre des députés serait porté à 120, y

compris les députés du Soudan ; l’article 36 consacre le principe de la

responsabilité ministérielle et demande, en conséquence, au Conseil des

ministres de présenter d’urgence à la Chambre une loi prévoyant la mise

en jugement des ministres ; enfin l’article 45 stipule le droit des

députés de surveiller de près les dépenses et les recettes de l’Etat,

déterminer le montant des impôts, les modalités de leur perception.

Mais avant les nouvelles élections et l’exécution du plan élaboré par la

nation et accepté solennellement le 7 avril par le khédive, un événement

grave vint troubler l’ordre de choses établi : il s’agit de la

destitution d’Ismaïl.

Il semble que la cause principale de cette destitution réside dans le

renvoi des deux ministres européens et dans le refus obstiné du khédive

d’accepter leur rentrée au ministère. « Le khédive n’ignorait pas sans

doute, écrivait M. Waddington le 18 juin, qu’immédiatement après le

renvoi de ses ministres européens, la question de son abdication a été

agitée... Nous sommes aujourd’hui d’accord avec le Cabinet anglais pour

recommander _officiellement_ à ce prince d’abdiquer et de quitter

l’Egypte. »

Avant de préciser le sens et la portée de cette mesure, il faudrait

rappeler certains événements qui l’ont précédée et qui n’ont pas manqué

d’exercer une certaine influence sur l’action des deux puissances.

D’abord l’appui accordé publiquement par le khédive au parti de Chérif

et à la Chambre des délégués, avait créé une opposition contre

l’ingérence européenne. D’où la nécessité de précipiter l’action.

Un événement imprévu eut également sa part d’influence ; c’est l’entrée

en scène de Bismarck. Le khédive avait « vu les adresses et le projet

présentés par la nation » et, « sur la proposition du Conseil des

ministres », réglé, par un décret du 22 avril, les dettes du

gouvernement. Les créanciers de la dette flottante, Allemands et

Autrichiens pour la plupart, n’étaient pas, semble-t-il, satisfaits de

ce règlement. Les consuls généraux d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie

présentèrent, le 18 mai, au khédive, une protestation qui déclare le

décret dont il s’agit contraire à des arrangements internationaux et en

rend le vice-roi responsable. Le khédive se borna à prier le Consul

général d’Allemagne de vouloir bien remettre cette protestation au

Président du Conseil. M. le baron de Saurma vit donc Chérif Pacha qui

lui répondit que le pouvoir personnel n’existait plus en Egypte et que

la responsabilité du khédive ne saurait, dès lors, être engagée par les

actes de son gouvernement.

D’aucuns voient dans l’action de Bismarck l’intention de hâter

l’occupation franco-anglaise, cause de conflits et de complications

entre les deux puissances. Il aurait voulu faire de l’Egypte un nouveau

Schleswig-Holstein pour la France et l’Angleterre. M. Bülow a fait

connaître, en effet, aux deux puissances que « l’Allemagne n’a entendu

empiéter à aucun degré sur le terrain politique d’une réforme nécessaire

à l’Egypte, où s’exerce _l’entente_ franco-anglaise ; tout son désir est

que Paris et Londres continuent à marcher _de concert_ et à faire sentir

_en commun_ leur _double_ influence, pour obtenir gain de cause dans une

question où les soutiennent et les encouragent les vœux et la sympathie

de toutes les grandes puissances. »[163]

On ne peut être plus insinuant.

L’intervention de Bismarck était à la fois financière et politique. En

d’autres termes cette intervention financière avait une portée

politique[164]. En vain le Gouvernement de Chérif, acculé au mur par

cette protestation, avait-il décidé le 14 juin « de payer intégralement

et sans retard, sur les fonds de l’emprunt Rothschild, le montant des

arrêts, jugements et sentences passés en force après vérification par

une Commission instituée _ad hoc_, de la dette flottante européenne ».

Un troisième événement survint qui encouragea, sans aucun doute,

l’action des Puissances : l’intervention de certains Egyptiens influents

en faveur de la déposition d’Ismaïl. A vrai dire, la désaffection à

l’égard du gouvernement personnel d’Ismaïl était trop forte dans l’âme

populaire pour qu’on pût, par un changement quelconque, du jour au

lendemain, la convertir en attachement au souverain. D’autant que,

d’emblée, toutes les souffrances causées par le régime européen établi

en fait depuis 1876 étaient mises sur le compte d’Ismaïl et que, d’un

autre côté, les effets salutaires du nouveau régime national ne

s’étaient pas encore fait sentir dans les campagnes auxquelles on

demandait encore de nouveaux sacrifices, quoique avec d’autres méthodes,

pour faire face aux engagements financiers et libérer le territoire.

Quand à l’armée, elle était, comme toutes les institutions de l’Etat,

complètement désorganisée et mal entretenue. Les soldats, qui

appartenaient tous aux couches populaires, étaient mécontents, et la

majorité des officiers, malgré la protection et l’appui du khédive lors

de l’émeute du 18 février, ne pouvait oublier la guerre d’Abyssinie et

l’avancement des Turco-Circassiens au détriment de l’élément égyptien

pendant toute la durée du règne.

Peut-être les uns et les autres pensaient-ils involontairement à

l’assassinat du Mufettich, car les Egyptiens, dans leur ensemble, ne

devaient pas perdre le souvenir de cette tache indélébile.

En ce qui concerne l’attitude des chefs du mouvement, nous avons trouvé

des détail fort intéressants dans les Mémoires inédits de Mohamed

Abduh : « Le renvoi des deux ministres européens, dit-il, a été salué

par la plupart des Egyptiens comme l’avènement d’une ère nouvelle. Car

le khédive avait réitéré solennellement la promesse de doter le pays

d’institutions parlementaires réelles pour surveiller les actes du

Gouvernement. D’aucuns doutaient cependant de la réussite de cette

œuvre, parce que le khédive n’était pas habitué à tenir une promesse et

que les deux Puissances, de leur côté, ne lui pardonneraient pas

l’humiliation infligée à leurs ministres et obtiendraient tôt ou tard,

une revanche.

« Mais c’était là une minorité.

« La majorité des Egyptiens était, au contraire, optimiste et confiante.

Elle comptait d’une part sur le respect par les Puissances de la volonté

nationale — Cheik-el-Bakri n’a-t-il pas déclaré qu’il avait sous ses

ordres 70.000 derviches prêts à prendre les armes ? — et d’autre part

sur la leçon de l’expérience qui serait pour le khédive une sage

conseillère et le meilleur garant contre toute velléité de retour.

« Quoi qu’il en soit, les Egyptiens commençaient à acquérir le sentiment

de leur force, depuis que le puissant souverain sollicitait leur

concours.

« Mais peu de temps après l’adoption du projet égyptien, signé par les

représentants de la nation qui se portaient garants de la bonne marche

de l’administration, le bruit avait couru que Son Altesse le khédive

Ismaïl adressait des ordres aux mudirs (gouverneurs de province) afin

d’envoyer immédiatement une partie de l’argent perçu pour le compte du

ministère des Finances à la Daïra El-Khassa (l’administration du domaine

de la couronne).

« Certains journaux avaient publié cette nouvelle et des témoins sûrs

m’avaient affirmé, du reste, son authenticité. Cet incident a donné une

preuve décisive de l’opinion des sages qui pensaient que le vice-roi

était incapable de tenir ses engagements.

« Entre temps, Riaz Pacha s’en fut en Europe rejoindre Nubar Pacha. Ils

s’entendaient, dit-on, pour travailler à la déposition du khédive et

convaincre les gouvernements français et anglais que cela ne

comporterait pour eux aucun risque...

« Bientôt le khédive, pressenti sur une démarche dans ce sens, consulta

son entourage...

« Cependant le pays souhaitait son éloignement du trône ; les libéraux

fréquentaient le président du Conseil et lui faisaient part de leur

attachement au prince héritier. A la suite de pourparlers qu’il eut à ce

sujet avec Tewfick, Gemmel-Eddin, accompagné de nombreux notables, fit

des démarches pressantes auprès de Chérif Pacha afin de convaincre le

khédive de la nécessité de son abdication. Sur quoi Chérif conseilla à

Ismaïl d’accepter la demande des deux puissances, qui, de gré ou de

force, finiraient par avoir raison de lui. Il ajouta que l’idée de la

guerre serait une folie, d’autant qu’elle était impopulaire dans toutes

les classes et dans les rangs mêmes de l’armée, et que le mieux serait

de s’en remettre complètement au Sultan.

« Puis Gemmel-Eddin se rendit, accompagné d’une délégation égyptienne,

chez le consul général de France[165]. Il l’informa de l’existence en

Egypte d’un parti national réformiste, et que seul le prince héritier

Tewfick Pacha serait capable de mener à bonne fin l’œuvre de réformes

nécessaires en Egypte. »

Il est certain que Tewfick, avec son caractère faible, était plus apte

qu’Ismaïl à jouer un rôle constitutionnel et à tenir, à cet égard, ses

engagements pris envers Gemmel-Eddin et ses amis, mais le malheur est

qu’il pouvait devenir aussi un instrument docile entre les mains des

puissances. Les Egyptiens ne voyaient pas le « revers de la médaille »

et, tout en ayant l’air de prendre l’initiative dans une affaire si

grave, ils reconnaissaient en fait l’autorité protectrice des deux

puissances auxquelles ils avaient recours.

Ismaïl, abandonné par ses sujets et pressé par les puissances, cherchait

un point d’appui à Constantinople. Mais le Sultan, en qui il mettait son

dernier espoir, heureux de retrouver l’occasion d’affermir son autorité

s’empressa d’envoyer, le 26 juin, un télégramme adressé à « l’ex-khédive

Ismaïl Pacha », l’invitant à « se retirer des affaires gouvernementales,

conformément à l’ordre de Sa Majesté Impériale le Sultan », et annonçant

la nomination de Son Excellence Mehemet Tewfick Pacha au poste de

khédive.

Le 30 juin, Ismaïl quitta Le Caire pour Alexandrie d’où il se rendit à

bord du _Mahroussa_ à Naples[166], où le roi d’Italie avait mis une

résidence à sa disposition.

Tous les témoins de son départ affirment qu’il était plein de dignité.

Dans ce moment suprême, il a dû évoquer son œuvre régénératrice.

L’erreur d’Ismaïl, on doit la chercher dans le gouvernement personnel,

dans sa prodigalité, dans sa politique d’indépendance vis-à-vis de son

jaloux suzerain, dans le choix des Turcs qui dominaient dans l’armée et

les Conseils du Gouvernement, et dans la dette, mais on doit la chercher

encore et surtout dans « la route des Indes ».

Depuis l’expédition de Bonaparte l’image de l’Egypte apparue sur cette

route obsédait l’Angleterre. Mais tandis que la France de Louis-Philippe

travaillait au développement de la Puissance égyptienne pour en faire

une Belgique dans la Méditerranée, Palmerston opposait le désert à

l’Egypte pour en faire une simple province ottomane réservée à

l’influence anglaise. Sous l’action de la rivalité, le règne de Napoléon

III inaugurait une nouvelle politique qui ne faisait pas, il est vrai,

bon ménage avec la politique de la Grande-Bretagne.

Sous le couvert des intérêts politiques l’impérialisme britannique

entendait recueillir toute la succession d’Ismaïl en Egypte et au

Soudan[167]. Aussi travailla-t-il à sa chute, avec l’aide de la France,

quitte à l’évincer ensuite et à devenir le seul maître de la vallée du

Nil.

[Note 85 : _Egypt as it is_, par _Thomas Waghorn_, London, 1857.]

[Note 86 : _Egypt under Mohamed Aly Basha a reply to the, Remarks of A.

T. Holroyd on Egypt as it is in 1837_, addressed to the R. H.

Palmerston. By _Hassanaine Al-Besunee_, 1838.]

[Note 87 : Voir dans _How we defended Arabi Pacha_, par _Broadly_, récit

d’Ahmed Rifat (_Ahmed Rifat’s Story_).]

[Note 88 : M. Walne, consul britannique au Caire, disait à M. Senior en

1855 : « Saïd Pacha est frivole et vaniteux et il est gâté par la

flatterie des étrangers qui l’entourent. Ils lui disent — et il le croit

— qu’il est un génie universel, et je crains qu’il ne soit en train de

nous préparer une grande catastrophe. » (_Senior’s Conversations_ and

journals in Egypt, vol. I, p. 181.)]

[Note 89 : Ce sont presque les termes employés par Lord Cromer dans son

_Modern Egypt_.]

[Note 90 : Arabi accompagnait Saïd Pacha en qualité d’aide de camp.]

[Note 91 : Arabi racontait, le 16 mars 1903, à M. Blunt que le premier

ouvrage qui lui a suggéré ses idées politiques était une traduction

arabe de « _La Vie de Bonaparte_, par le colonel Saint-Louis. » Saïd

Pacha, au cours de son voyage à Médine, avait lu cet ouvrage qui

relatait « la conquête de l’Egypte par 30.000 Français ». « Voyez, dit-

il, comment vos compatriotes se laissent battre. »

« A mon tour je me décidai à lire cet ouvrage et de cette lecture, je

tirai la conclusion que la victoire des Français était due à leur

organisation et à leur entraînement, et que nous pouvions en faire

autant en Egypte. »]

[Note 92 : Voir dans le _Journal officiel_ égyptien l’article intitulé :

« L’erreur des sages. »]

[Note 93 : « Un vice unique, l’insécurité, dit Ahmed, pèse sur nos

personnes et sur nos biens. Le paysan n’est pas garanti contre les

ordres arbitraires... La même insécurité déprécie les richesses nées et

acquises. Les besoins du pouvoir sont effroyables, surtout depuis que

vos faiseurs, appuyés de vos consuls, tirent à boulets rouges sur un

petit pays neutre et désarmé. L’Egypte implore aujourd’hui un patronage

collectif des puissances civilisées. Tous ses maux viennent du

despotisme intérieur ; le despotisme extérieur et multiplié ne les a

jamais soulagés, au contraire. » (_Le Fellah_, par Edmond About, 1869.)]

[Note 94 : « Le plan de Nubar consistait à mettre immédiatement un frein

au pouvoir absolu du khédive et à limiter l’autorité des consuls

généraux, par l’établissement de tribunaux qui contrôleraient les

décisions arbitraires des deux parties. Il se proposait, en même temps,

de donner la voix prépondérante à l’élément égyptien, et d’étendre leur

juridiction aussi bien sur les indigènes que sur la population

européenne dans toute l’Egypte. Son but avoué était de faire du système

une application générale. » (_The Khedive’s Egypt_, par Edwin de Leon,

ancien consul général en Egypte, in-8, 1877.)]

[Note 95 : Audouard (Mme Olympe). _Les mystères de l’Egypte dévoilés_,

Paris, in-16, 500 pages, 1865.]

[Note 96 : Ces notes ont été publiées par M. Arthur Rhoné, dans

_l’Egypte à petites journées_.]

[Note 97 : Audouard (Mme Olympe). _Les mystères de l’Egypte dévoilés_.]

[Note 98 : Il existe seulement quelques numéros épars de ce journal à la

Bibliothèque nationale du Caire. Le premier article sur Ismaïl Pacha

manque ; pour les autres voir le _Taïf_ du 29 avril et du 6 mai 1882.]

[Note 99 : « D’après tout ce que j’apprends, le développement récent de

l’Egypte est surtout matériel. Les Egyptiens se plaignent amèrement de

trois maux, qui, pour eux font plus que contrebalancer les avantages du

régime actuel. Ce sont les taxes énormes, l’absence totale de toute

protection contre l’arbitraire de ceux qui les gouvernent, et l’incurie

et la corruption des tribunaux civils et criminels.

« Le peuple compare le gouvernement du khédive avec celui de son

prédécesseur Saïd Pacha qui donna aux Egyptiens la justice, la sécurité

et rien que des charges modérées. » (Bayard Taylor : _Egypt and Iceland

in the year 1874_, Londres, 1875.)]

[Note 100 : « Ces malheureux (les fellahs) sont exploités directement

par les étrangers, non moins que par le gouvernement, et les étrangers

consomment leur œuvre en se procurant une bonne partie de ce que l’Etat,

le khédive et les siens ont tiré des fellahs. » (_L’Egypte et l’Europe_,

par un ancien juge mixte.)]

[Note 101 : « Affren » est un mot turc qui signifie : bravo !]

[Note 102 : « Depuis quatre mois cent cinquante mille ouvriers sont

enlevés à l’agriculture et construisent pour le vice-roi des routes, des

canaux, des chemins de fer, etc... Beaucoup fournissent leurs outils, la

pioche, le couffin, se nourrissent à leurs frais... La mort fauche vite

et dru dans ce champ de vies humaines. On voit les petites filles, les

petits garçons déguenillés, souvent tout nus, monter et descendre les

talus avec une charge de terre sur la tête et courbant le dos sous le

bâton du cheik. » (Voir lettre datée de septembre 1867 : _Lettres sur

l’Egypte contemporaine_, par Gellion-Danglar, 1876.)]

[Note 103 : Il existe à la Bibliothèque nationale du Caire une

collection du _Progrès Egyptien_ du numéro 2-11 juillet 1868 au 14 mai

1870. C’est le seul journal sérieux de l’époque. Les autres journaux

étaient la plupart à la solde du vice-roi.]

[Note 104 : Voir l’article écrit par M. Bordeano, rédacteur en chef de

la _Turquie_, journal officieux, en date du 16 août 1869, et reproduit

par le _Progrès Egyptien_ du 25 août.]

[Note 105 : Voir une brochure intitulée : « _L’Egypte d’après les

traités de 1840-41_, par M. N. _Bordeano_, directeur du journal _la

Turquie_, 1869. Voir aussi _l’Egypte et la Turquie_, réponse à une

brochure de M. Bordeano, par G. L., membre de l’Institut égyptien,

Alexandrie, 1869.]

[Note 106 : _Histoire de la Presse arabe, Beyrouth_, 1913, par le

vicomte Torazi.]

[Note 107 : _Progrès égyptien_, 6 septembre 1869.]

[Note 108 : Le _Progrès égyptien_, en date du 29 janvier 1870, rapporte

que « le gouvernement vient de mettre un grand nombre de fellahs à la

tête de ses administrations publiques et d’en écarter les Turcs. Le

journal pense que cette mesure peut-être prise sous le coup de

l’irritation que causaient les menaces de Constantinople, est bonne en

soi ». Nous ne croyons pas, quant à nous, que ce fut une mesure sérieuse

et stable, et l’événement l’a démontré.]

[Note 109 : _Present Day Egypt_, par M. _Frederic Courtland Penfield_,

ancien consul général des Etats-Unis en Egypte (1893-1897), _Londres_,

1899.]

La genèse de l'esprit national égyptien (1863-1882) · 第 13 / 26 段