CHAPITRE V

Peu de temps après, je tombai malade, et c'est seulement au bout de

trois semaines que je fus en état de quitter ma chambre et de marcher

un peu dans la maison. La première fois que je pus rester assise dans

la soirée, je priai Catherine de me faire la lecture, ayant encore la

vue très affaiblie. Nous étions dans la bibliothèque, après que M.

Edgar était remonté. La jeune fille se rendit à ma prière, un peu à

contre cœur, me sembla-t-il. Je supposai que le genre de livres que

j'aimais ne lui plaisait pas, et je lui demandai de choisir elle-même

ce qui lui conviendrait. Sa lecture dura près d'une heure, après quoi

vinrent de fréquentes questions:

--Ellen, n'êtes-vous pas fatiguée? Ne feriez-vous pas mieux de vous

coucher à présent? Vous vous rendrez malade à rester debout si

longtemps, Ellen.

--Non, non, chérie, je ne suis pas fatiguée, répétais-je.

Alors elle eut recours à une autre méthode pour me montrer le

déplaisir que lui donnait son occupation. Elle se mit à bailler et à

étendre les bras:

--Ellen, disait-elle, je suis fatiguée.

--Eh bien, cessez de lire et causons, répondis-je.

Mais ce fut pis encore; elle soupira et s'agita et regarda sa montre

jusqu'à huit heures, puis s'en alla dans sa chambre, écrasée de

sommeil, à en juger par ses yeux lourds, et la façon dont elle ne

cessait pas de les frotter. Le soir suivant, elle parut encore plus

impatiente; le troisième soir, elle se plaignit d'un mal de tête, et

me quitta tout de suite. Sa conduite me parut étrange; et après être

restée seule quelque temps, je résolus de monter chez elle pour

m'informer de son état et pour la prier de venir plutôt s'étendre sur

le sofa. Mais, en haut comme en bas, nulle trace de Catherine. Les

domestiques m'affirmèrent ne l'avoir pas vue. J'écoutai à la porte de

M. Edgar: tout était silencieux. Je revins dans sa chambre, éteignis

ma chandelle, et m'assis à la fenêtre.

La lune brillait; une légère couche de neige couvrait le sol; je me

dis que peut-être la jeune fille avait eu l'idée de faire un tour dans

le jardin pour se rafraîchir. Je découvris une figure qui rampait le

long du mur du parc, à l'intérieur; mais ce n'était pas ma jeune

maîtresse, et un rayon de lumière qui l'éclaira me fit reconnaître

l'un des valets. Cet homme resta là assez longtemps, l'œil fixé sur

la route; puis je le vis sortir très vite, comme s'il avait découvert

quelque chose, et reparaître de nouveau, conduisant le poney de

Catherine; et je vis celle-ci, qui venait de descendre de cheval, et

marchait à côté de lui vers la maison. Bientôt elle entra par la

porte vitrée du salon et se glissa sans bruit jusqu'à sa chambre où

je l'attendais. Elle ferma doucement la porte, secoua la neige de ses

bottines, dénoua son chapeau; elle allait retirer son manteau lorsque

tout d'un coup je me levai et lui révélai ma présence. La surprise la

tint un instant pétrifiée; elle poussa un cri inarticulé et se tint

immobile.

--Ma chère miss Catherine, dis-je, trop inquiète pour la gronder

durement, où êtes-vous allée à cette heure? Et pourquoi essayez-vous

de me tromper? Où avez-vous été? Parlez.

--J'ai été à l'extrémité du parc. Je ne vous ai pas trompée.

--Et nulle autre part?

Un amant · 第 39 / 49 题