CHAPITRE VII.

Chez M. Duberger.--Marianne et Michel.--Les voleurs ont emporté

Cressida.

Ce fut donc seulement le 14 au matin que M. de Roisel et Maurice, assis

tous deux dans un élégant et léger tilbury, purent, à leur grande

satisfaction, se rendre à Palaiseau chez M. Duberger.

Palaiseau est un gros bourg, moitié ville et moitié village, situé dans

une jolie vallée, à quatre ou cinq heures de Paris. Il y coule aussi

une petite rivière appelée, je crois, l’Ivette. Les sites en sont fort

beaux et tous les environs peuplés de jolies maisons de campagne. Nous

ne nous occuperons que de celle habitée par M. Duberger. M. de Roisel,

qui ne la connaissait point, dut la demander aux premières personnes

qu’il rencontra, en entrant dans le village. On lui apprit qu’elle

était située à l’autre extrémité et tout à fait dans la campagne.

« Circonstance, ajouta-t-on, à laquelle il faut sans doute attribuer

l’accident survenu dans la nuit même à M. Duberger.

-- Quel accident ? demanda M. de Roisel.

-- Quoi, monsieur, vous l’ignorez ? On dit que des malfaiteurs se sont

introduits chez lui.

-- Lui serait-il arrivé malheur ?

-- Nous ne savons pas encore. Les uns disent qu’on l’a assassiné, les

autres qu’on l’a volé seulement. » Les gens qui parlaient ainsi avaient

l’air consterné.

M. de Roisel pressa son cheval ; il avait hâte d’arriver, et Palaiseau

a plus d’une demi-lieue de long. Plusieurs fois il fut obligé de

demander son chemin.

« Vous allez chez M. Duberger. Ah ! le pauvre cher homme, dit une bonne

femme. Quand on pense qu’il s’est trouvé des misérables pour lui faire

du mal !... Ils ne sont pas d’ici, pour sûr.... Il fait tant de bien

dans le village que les plus méchants eux-mêmes n’auraient pas voulu

toucher à un cheveu de sa tête.

-- L’aurait-on assassiné ?

-- Assassiné ! Oh ! que nenni, monsieur. Cela ferait autrement

d’émotion parmi nous autres.... Il paraît qu’on l’a volé. On lui a

pris beaucoup d’objets rares et précieux.... et pour des sommes

encore !... C’est bien assez, je pense !... »

La vieille prit par la bride le cheval de M. de Roisel et lui fit

quitter la grande route pour le tourner dans un chemin de traverse.

« C’est là-bas, » dit-elle, en montrant à un demi-kilomètre une maison

qui, vue de loin, avait tout à fait l’apparence d’un château.

On se trouvait dans une avenue qui jadis avait dû être imposante, mais

dont il ne restait que quelques ormes, éloignés les uns des autres par

des distances que rendait inégales la défection de ceux que le temps

avait fait successivement mourir. Un troupeau de moutons, sous la

garde d’un berger, paissait tranquillement l’herbe que de fréquentes

pluies d’orage, tombées la semaine précédente, avaient fait pousser

avec abondance dans les fossés et sur les bords du chemin. A droite et

à gauche s’étendaient de vastes prairies artificielles où le sainfoin

et la luzerne semblaient croître à l’envi l’un de l’autre. Il régnait

sur tout cela un ton paisible et harmonieux qui reposait tout à la

fois les yeux et le cœur. Arrivé près de la grille un peu rouillée

qui donnait accès dans la propriété, M. de Roisel allait descendre et

sonner lorsqu’il vit qu’elle était assez ouverte pour donner passage

à un tilbury. Il entra, et, prenant à droite, vint s’arrêter au bas

du perron qui ornait la façade intérieure du château, ou plutôt de

la maison, car tout bien examiné, ce n’était qu’une maison, et une

maison passablement délabrée. Plusieurs fenêtres avaient leurs volets

à moitié descellés, et c’est tout au plus, si, en y regardant de

près, on pouvait découvrir que la peinture en avait été verte ; les

murs se dégradaient par place et il était tombé de la toiture un grand

nombre d’ardoises qu’on n’avait jamais songé à remplacer. Mais tout

cela respirait plutôt la négligence que la gêne, et M. de Roisel n’en

conclut rien de fâcheux, quant à la fortune du propriétaire.

Il y avait déjà quelques secondes que nos voyageurs étaient arrêtés

lorsque des pas pesants se firent entendre, se traînant avec effort

sur le parquet, enfin une vieille femme, coiffée d’un bonnet rond et

ayant la mise soignée et la tournure imposante d’une femme de charge,

s’avança sur le perron. Elle tira lentement et sans dire un mot, la

chaîne d’une cloche dont les sons clairs et aigus firent peur au

cheval ; puis, après avoir jeté un coup d’œil sur M. de Roisel et mon

petit ami, se retourna pour crier à une personne restée dans la maison.

[Illustration: Je l’avais bien dit que vous ne seriez pas prêt

pour le recevoir !]

« C’est le monsieur qui vous a écrit avant-hier. Je l’avais bien dit

que vous ne seriez pas prêt pour le recevoir !

-- C’est bon, c’est bon, Marianne, répondit une voix d’homme, on va se

dépêcher.

-- Monsieur, dit-elle à M. de Roisel en faisant une révérence à la mode

villageoise, je vous salue. Si vous voulez descendre, je vais vous

conduire au salon, où mon maître vous rejoindra dans un instant.

-- Et mon cheval ? demanda M. de Roisel, qui n’avait pas amené de

domestique.

-- Que cela ne vous inquiète pas, Michel va le mettre à l’écurie....

Ah ! mon Dieu, qu’il a chaud le pauvre animal !... C’est cette affreuse

canicule !... Tenez, le voici là-bas, Michel. Il accourt, mais pas bien

vite, car ses jambes sont comme les miennes.... un peu roides.... Dame !

il n’est plus jeune.... C’est notre jardinier, monsieur, et il y a eu

cinquante ans à la Saint-Jean dernière qu’il est dans la maison. »

Michel accourait en effet, mais comme on peut courir à son âge. C’était

un petit vieillard sec et nerveux, courbé par la fatigue et l’habitude

de travailler à la terre. Il était tête nue, et le soleil, je vous en

réponds, ne ménageait point son vieux crâne tout dégarni de cheveux et

si luisant qu’on l’eût pris pour de l’ivoire jauni par le temps.

« Monsieur, dit-il d’une voix un peu chevrotante, ni plus, ni moins

qu’un vieux paysan d’opéra-comique, excusez-moi si je vous ai fait

attendre, mais je n’ai plus la vivacité d’un jeune homme..., sans

compter que déjà ce matin j’ai fait plusieurs courses que nous avait

occasionnées notre malheur de cette nuit.

-- Oh ! seigneur Dieu ! fit la vieille dame en joignant les mains et en

levant au ciel des yeux d’une expression lamentable.

-- Il est donc vrai, cet accident dont plusieurs personnes m’ont parlé ?

demanda M. de Roisel en descendant Maurice de voiture.

-- S’il est vrai ! fit Marianne. Oh ! monsieur, bien que trop vrai !

-- Et que vous a-t-on emporté ?... de l’argent ?

-- Non, malheureusement. Si ce n’était que de l’argent, monsieur ne

serait pas si affligé, car il n’y tient pas, à l’argent,... pas assez

même. Mais on nous a enlevé tout ce que nous avions de plus précieux,

des choses que nous ne pourrons jamais remplacer.... Monsieur est

désolé ;... cependant nous devons encore remercier la Providence qui

a permis que nous fussions tous profondément endormis. Si nous avions

bougé, ces misérables nous auraient massacrés sans merci ! Mais entrez,

je vous prie, monsieur. »

M. de Roisel, tenant Maurice par la main, suivit la vieille dame, qui

entra dans le salon avec eux.

« Mon maître n’est pas encore habillé, leur dit-elle.... Ce n’est

pourtant pas faute de l’avoir tourmenté.... Si vous le permettez, je

vais le presser de nouveau....

-- N’en faites rien, interrompit M. de Roisel, nous pouvons attendre. »

Mon petit ami gardait le silence. Son jeune cœur était horriblement

serré ; il appréhendait qu’un malheur ne fût arrivé à Cressida.

« Il faut convenir, reprit Marianne, qui, contrairement à Maurice,

éprouvait un violent besoin de parler, que si tout cela est arrivé,

c’est bien par sa faute à monsieur.... Que voulez-vous ? Un homme qui

ne veut rien entendre..., qui n’écoute personne.... Je puis vous en

parler sciemment, moi qui ne l’ai pas quitté depuis son enfance. Il a

toujours été tel qu’il est encore,... obstiné et distrait !... C’est

bien dommage, car ce n’est pas un méchant homme, au contraire.... Je

ne dis pas cela parce que je suis à son service, mais c’est un bon

maître !... Mais veuillez donc vous asseoir, messieurs. »

Et elle avança des siéges.

« Avec tout cela, reprit-elle encore, il aurait pu nous faire

assassiner !... Nous deux Michel, ce n’était qu’un petit malheur ; nous

sommes si vieux !... Mais lui, monsieur !... On frémit d’y penser....

Aussi, croyez-le bien, je ne lui aurais jamais pardonné. »

Le bavardage de la vieille femme n’empêchait pas M. de Roisel

d’examiner la pièce où il se trouvait, cherchant ainsi à deviner

le caractère et les habitudes de l’homme illustre qu’il était venu

visiter. Mais rien n’y justifiait la réputation d’amateur éclairé

d’objets de curiosité et d’œuvres d’art que M. Duberger joignait

à celle de savant. Une décoration sans élégance et sans mérite

artistique, jointe à une vétusté extrême et à l’ordre rigide qui

régnait jusque dans l’arrangement des plus petits détails, lui donnait

quelque ressemblance avec ces vieux salons de presbytère, que nos bons

curés de campagne se transmettent intégralement depuis deux tiers de

siècle environ. Les murs étaient recouverts d’une certaine quantité

de croûtes qui avaient la prétention exorbitante de représenter des

marines et des paysages ; les meubles, les tables, les consoles

dataient d’une cinquantaine d’années au moins et n’offraient de

remarquable que leurs formes anguleuses et maigres. Les fauteuils et

les tabourets, alignés comme des soldats un jour de revue, étaient

recouverts de point à l’aiguille, sur lequel ressortaient de

nombreuses reprises exécutées avec plus de bonne volonté que de goût.

Cette profusion de tapisserie avait quelque chose de prétentieux,

de naïf, et, disons-le, d’un peu ridicule dans l’appartement d’un

garçon. Jamais M. de Roisel n’en avait tant vu et de lui-même il n’eût

pas supposé que M. Duberger eût un tel amour du petit point. Sur la

cheminée une pendule à colonnes, en albâtre, enfermée sous un cylindre

en plusieurs morceaux, marquait l’heure tout de travers malgré le

tapage de son balancier.

« Quoi ! fit M. de Roisel désagréablement surpris, est-il déjà midi ?

-- Non, monsieur, répondit Marianne, pardonnez-moi, il n’est que dix

heures. Cette pendule est excellente, seulement il faut la connaître ;

la grande aiguille a cessé de marcher depuis longtemps, de plus elle

est cassée, ce qui fait qu’au premier abord on s’y trompe..., mais

lorsqu’on le sait....

-- On ne se douterait point, dit M. de Roisel, qu’on a pénétré ici

cette nuit pour y voler.

-- Oh ! mais on n’y est point venu, et c’est bien ce qui prouve que

ces voleurs-là connaissaient les êtres. Il n’y a rien à prendre dans

ce salon ; monsieur assure qu’un marchand de bric-à-brac ne donnerait

pas cinquante francs de tout le mobilier. Un autre à sa place aurait

peut-être changé tout cela depuis longtemps. Mais, si ces meubles,

aux yeux des étrangers, sont laids et n’ont aucune valeur, ils sont

précieux pour lui,--et pour moi aussi,--car ils ont appartenu à

_défunte_ madame, la grand’mère de monsieur, ma première maîtresse....

Pour mon compte, jamais, je puis bien le dire, je n’aurais pu voir

emporter d’ici tous ces objets au milieu desquels elle a passé sa vie,

et qui me la rappellent tous les jours.... De qui gardera-t-on le

souvenir si ce n’est de ceux qu’on a aimés ? Oh ! c’était bien la plus

digne personne que jamais la terre eût portée !... Tous ces tableaux,

elle les a peints dans les premières années de son mariage, et son mari

les trouvait si beaux qu’il les faisait encadrer magnifiquement,...

comme on le peut voir encore. Plus tard, une longue maladie vint la

clouer sur son lit pendant des années ; c’est alors qu’elle broda tous

ces fauteuils. Ce travail lui donnait du courage pour souffrir, et la

consolait. Je les entretiens et les reprise du mieux que je peux ; mais

le temps les détruit, malgré mes efforts, comme si c’était l’œuvre

du premier venu.... Monsieur adorait sa grand’mère, qui était bien la

meilleure et la plus tendre bonne maman qu’il pût souhaiter. C’est

pourquoi il respecte tant toutes ces vieilleries qui n’ont de prix que

pour lui,... et nous autres. Je veux dire, Michel et moi, ses vieux et

uniques serviteurs. »

Maurice touché prit et serra dans ses petites mains la vieille main

ridée de Marianne qui lui dit :

« Vous êtes trop bon, mon petit monsieur !... Cela me rappelle que mon

maître, dans son enfance, était doux et affectueux comme vous.... »

M. de Roisel ému comprit enfin que chacun des meubles de ce vieux salon

était une relique, et il se sentit une profonde sympathie pour l’homme

qui unissait un si grand cœur à l’intelligence admirable que le monde

connaissait.

« Après Madame, continua Marianne, j’ai servi la mère de Monsieur ;

une sainte que nous avons perdue jeune encore, au moment où elle

allait jouir des honneurs que devaient lui rapporter les succès de son

fils.... Cela, voyez-vous, prouve bien qu’on n’est jamais heureux en ce

bas monde !... Depuis cette époque, je suis au service de Monsieur, qui

m’a confié la direction de sa maison.... Je n’ai donc jamais quitté la

famille et puis en parler mieux que de la mienne, qui, véritablement,

ne m’est pas plus chère.... »

En ce moment M. Duberger entra.

« Laissez-nous, ma bonne Marianne, » dit-il.

La vieille femme de charge, avec son bavardage, avait presque fait

oublier Cressida à M. de Roisel et à mon petit ami, et ce ne fut pas

sans éprouver un serrement de cœur qu’ils saluèrent M. Duberger, lequel

dit à Maurice en l’embrassant avec une tendresse touchante :

« Comme vous voilà grandi ! Le bon Dieu veille sur les enfants qui ont

le cœur bon. Cela se voit dans vos yeux et sur toute votre personne, où

la santé et le bonheur s’épanouissent comme les roses au printemps. »

Puis se tournant vers M. de Roisel :

« J’ai reçu votre lettre, monsieur, dit-il. Aujourd’hui surtout, je

suis désolé que le jour de notre rendez-vous ait été changé.

-- Je sais que nous arrivons mal à propos....

-- Oh ! si ce n’était que cela !... Mais vous arrivez trop tard. »

Maurice, dont ces paroles confirmaient les pressentiments, devint fort

pâle.

« Venez ici, mon petit ami, lui dit M. Duberger en le faisant asseoir

sur ses genoux. Vous êtes un brave enfant, et je suis sûr que pour

amasser cette somme de cent francs, que vous m’apportez, vous vous

êtes imposé bien des privations.... Vous ne vous doutiez pas qu’elles

seraient inutiles.... Certes, lorsque nous nous sommes rencontrés

au Luxembourg, j’aurais pu,--puisque mon intention était d’abord de

secourir à moi seul la pauvre femme que nous avons secourue ensemble,

vous prêter sur votre bonne mine les cent francs pour lesquels je vous

ai demandé votre petit cheval en garantie, mais j’ai voulu que votre

bonne action vous coutât des sacrifices réels.... J’ai eu tort....

Dieu m’a puni d’avoir exigé de vous plus sans doute qu’il n’exigeait

lui-même.... Aujourd’hui, c’est moi votre débiteur.... et un débiteur

insolvable ; il m’est impossible de remplir mes engagements.... Et la

somme que je vous ai avancée était insignifiante en raison de ce que

valait votre poney.... On ne prévoit pas tout.... Je n’ai point songé

qu’au jour dit, je pouvais me trouver dans l’impossibilité de vous le

rendre.

-- Je comprends, dit Maurice tout en larmes, les voleurs ont emporté

Cressida cette nuit.... Mais ce n’est point de votre faute....

-- Si, vraiment, c’est de ma faute. De toutes façons j’ai manqué de

prévoyance.... Je n’avais jamais pensé qu’il pût venir à l’idée de

quelqu’un de s’introduire ici pour voler, et je ne fermais ni les

portes ni les fenêtres.... Vous le voyez, je suis bien coupable....

-- Vous allez trop loin, monsieur, dit M. de Roisel. On ne peut pas

vous rendre responsable d’un accident que personne n’avait prévu. Le

coupable c’est le hasard, qui a voulu que les choses se passassent

ainsi....

-- C’est Eusèbe, fit Maurice avec amertume.... Qu’avait-il besoin de

venir avant-hier ?

-- Ne récriminons pas. En tout ceci, ce n’est pas toi le plus à

plaindre. M. Duberger a perdu des objets plus rares et plus précieux

que Cressida, et en grand nombre..., tu l’oublies.

-- C’est vrai, dit M. Duberger, mais je donnerais encore tous ceux qui

me restent pour retrouver votre joli petit cheval.

-- Pensez-vous donc, demanda M. de Roisel, que ces misérables voleurs

soient assez habiles pour échapper à des recherches actives ?

-- Au contraire, je suis convaincu qu’il leur sera difficile de se

défaire des objets qu’ils ont emportés,... et dès aujourd’hui on peut

prédire qu’ils se dénonceront eux-mêmes en essayant de les vendre.

-- Alors tout n’est pas perdu, fit M. de Roisel ; et il serait bien

surprenant qu’un de ces jours on ne mît pas la main sur ces gredins-là.»

Je ne vous apprendrai rien, mes petits lecteurs, en vous disant que

Maurice ressentit un profond chagrin de la perte de Cressida. Cependant

l’espoir qu’on lui avait donné de le retrouver, quoique assez vague,

suffisait pour le soutenir, et il s’y rattachait avec la confiance

inaltérable des enfants dans l’avenir.

On faisait des recherches depuis quelque temps déjà, et comme il se

tenait scrupuleusement au courant du résultat, il avait, selon que les

nouvelles arrivaient favorables ou défavorables, passé alternativement

plusieurs fois déjà de l’espoir au désespoir. En définitive on ne se

trouvait pas plus avancé que le premier jour ; c’était décourageant, et

l’enfant le disait à Jacques.

« Il faut nous faire une raison, monsieur ; ce qui est fait est fait,

répondait le jeune domestique avec sa philosophie habituelle. C’était

écrit, voyez-vous. Si vous l’aviez vendu à Mlle Fallachon, il serait

également perdu pour vous. Seulement ce serait fini depuis longtemps et

vous n’y penseriez plus.

-- Mais, Jacques, tu ne penses donc pas au chagrin qu’en ressentira

Fritz ?

-- Si, monsieur, j’y pense d’autant plus que Fritz est un vieillard que

je vénère de tout mon cœur,... un homme qui vous avait fait présent

d’un si joli cheval !... Mais comme je n’y puis rien, je me dis qu’il

faut bien supporter ce qu’on ne peut empêcher.... »

[Illustration]

Histoire d'un cheval de bois · 第 16 / 25 题