CHAPITRE IV.

Le lieutenant de vaisseau.--Sa tendresse pour Maurice.--Un désir

inexplicable.--Maurice reste fidèle à sa parole.

Mme de Roisel avait un frère, lieutenant de vaisseau dans la marine

de l’État. De retour cette année-là d’une expédition lointaine,

il vint, dans le courant de l’hiver, se reposer de ses fatigues à

Paris, et, tout naturellement, il demeura chez sa sœur qui l’aimait

beaucoup. C’était un jeune homme de vingt-huit à trente ans, doux,

aimable et bien élevé. Ses manières comme son esprit, qui était fort

distingué, plaisaient à tout le monde. Cependant, sous ces dehors

gracieux se cachaient une volonté inébranlable, une fermeté de

caractère que rien ne faisait fléchir, une austérité de conscience

qui ne pliait sous aucune considération, et l’on peut dire, sans

craindre d’avancer une chose inexacte, que chez lui les sentiments

cédaient le pas au devoir. Il ne faut pas croire, d’après cela, que

son esprit manquât d’enthousiasme et que son cœur fût sec et froid.

Non, c’était un honnête homme dans l’acception la plus large, nous

dirions la plus exagérée, si l’honnêteté comportait de l’exagération.

Ses rapports avec mon petit ami se ressentaient de ces différentes

qualités ; ils formaient un composé de tendresse et de gravité qui

n’était pas sans charme, puisque Maurice recherchait la société de

son oncle de préférence à toute autre. Ils ne se quittaient pas ;

l’oncle faisait travailler le neveu, l’accompagnait à la promenade,

et, le soir, le conduisait à de beaux spectacles, tels que le cirque

de l’Impératrice, les marionnettes lyriques, ou le menait voir les

tours prodigieux de nos physiciens à la mode. Aussi le goût de mon

petit ami se raffinait-il, et les souvenirs que lui avait laissés

Guignol commençaient-ils à s’effacer sous d’autres impressions bien

autrement profondes. Mais on ne peut pas aller tous les jours au

spectacle ; on finirait par se blaser, même sur les extravagances des

clowns anglais, si drôles pourtant avec leurs perruques rouges et leurs

masques d’ahuris, et sur les facéties d’Auriol, quoiqu’il soit, il

faut en convenir, bien amusant avec ses bonds de chamois et sa petite

voix de vieille femme. Mon petit ami passait donc les autres soirées

à regarder des croquis de sauvages que son oncle avait faits dans ses

voyages déjà nombreux. Toutes les Amériques avaient dans l’album du

jeune marin des spécimens de leurs populations primitives. L’Asie et

l’Océanie y étaient aussi très-convenablement représentées. Il n’y

avait pas jusqu’aux confins nord de notre vieille Europe qui n’eussent

fourni un échantillon de ses misérables peuples de Lapons. Certes, ce

n’était pas beau, et on conçoit sans peine que les sculpteurs comme

Phidias et les peintres comme Apelles ne soient pas plus nombreux

chez ces peuplades, dont les grâces naturelles n’ont cependant jamais

été défigurées par l’usage des vêtements parisiens ; mais c’était

intéressant. Maurice ne se lassait point de contempler ces visages

peints en arc-en-ciel ou de toute autre façon grotesque, et ne revenait

pas de surprise à la vue des procédés en usage pour s’embellir parmi

ces malheureux sauvages. Les uns s’enfonçaient de grossiers morceaux

de bois dans la lèvre inférieure, les autres se les suspendaient aux

narines ; ceux qui se contentaient de se mutiler les oreilles lui

semblaient à peu près raisonnables ; cette mode ressemblant de loin à

celle de notre pays où, comme mes petites lectrices le savent presque

toutes par expérience, les femmes et les jeunes filles se font percer

les oreilles pour y accrocher de l’or et des pierreries. Mais ce qu’il

ne pardonnait pas, c’était de se casser ou de se noircir les dents, et

de se rougir les paupières, toutes choses horribles à voir pour des

yeux civilisés. En outre, l’oncle de Maurice lui racontait, car c’était

un homme qui joignait à ses autres mérites, celui de posséder une

instruction profonde et variée, les us et coutumes des peuples qu’il

avait visités. Ces récits, pour être moins longs que ceux de Cooper,

que vous lirez avec plaisir dans quelques années d’ici, n’étaient

pas dépourvus d’intérêt dramatique, au contraire, et mon petit ami

apprit avec horreur qu’il y avait parmi ces sauvages, des maudits

qui se nourrissaient de la chair de leurs semblables et dévoraient

un entre-côte humain avec cent fois plus de gourmandise que nous

n’oserions en mettre, nous autres, à manger des filets de bécassine

accommodés aux truffes, ou, ce qui doit être infiniment meilleur et

coûter bien plus cher encore, une pêche de Montreuil dans les premiers

jours de janvier. Mais voyez un peu où la voracité de ces sauvages nous

entraîne !

Il lui montrait aussi des paysages splendides, toujours dessinés par

lui-même, et de nombreux points de vue des principales villes où il

avait séjourné. Puis des fleurs et des oiseaux qu’on ne trouve point

par ici. Tout cela intéressait Maurice, qui, en s’amusant, prenait

des leçons d’histoire naturelle et de géographie. D’après cela, vous

comprendrez aisément que la tendresse de mon petit ami pour son oncle

tint de l’enthousiasme ; il l’aimait presque autant que son papa et sa

maman, et Dieu sait cependant combien il les aimait !

Depuis quelques jours, le jeune marin était soucieux comme une personne

qui désire une chose qu’elle ne peut obtenir. Maurice le surprenait à

chaque instant les yeux fixés sur Cressida avec une sorte de convoitise

mal déguisée, et cela lui donnait à penser.

« Qu’as-tu, mon oncle ? lui demanda-t-il un jour.

-- Rien..., je n’ai rien, répondit le jeune homme avec un air de

profond découragement.

-- Pourquoi regardes-tu Cressida de la sorte ?

-- Mon Dieu..., pour rien. Que veux-tu que je te dise ? »

Maurice n’insista pas.

Mais il lui parut évident qu’il se passait quelque chose

d’extraordinaire dans l’esprit du jeune marin.

« Tiens, dit celui-ci un matin à mon petit ami qui le pressait de

questions, je vais t’avouer ce qui m’attriste, puisque tu désires le

savoir. Mais tu te repentiras peut-être de me l’avoir demandé....

-- Non....

-- Hum !... ce n’est pas certain.

-- Je t’assure....

-- Eh bien ! je voudrais un cheval tout pareil à Cressida....

-- Achètes-en un.

-- C’est facile à dire, mais impossible à faire ; il est unique, son

pareil n’existe pas.

-- Pourquoi désires-tu un cheval de bois, toi qui es grand et qui peux

en avoir d’autres autant qu’il te plaît ?

-- C’est vrai, je puis en avoir d’autres.... Mais les plus beaux

chevaux du monde ne sauraient remplacer Cressida pour moi.

-- Sais-tu, mon petit oncle, que cela ressemble à un caprice ?

-- Non, ce n’est pas un caprice ; je me suis attaché à ce petit cheval

qui est vraiment fort joli, et comme je vais bientôt vous quitter,

je serais bien aise de l’emmener. Je m’occuperais de lui à bord, ce

qui me serait d’une grande ressource dans les jours d’ennui et de

désœuvrement. D’un autre côté, par sa présence, je me trouverais moins

isolé, moins éloigné de vous tous, et de toi particulièrement,.... dont

il me sera si pénible d’être séparé !

-- Tu me désespères, mon oncle.

-- Comment cela, mon ami ?

-- Ce que tu désires n’est pas possible.

-- Allons donc !

-- C’est comme je te le dis. Je ne puis te donner Cressida.

-- Je ne le demande pas pour rien....

-- Mais je voudrais bien, moi, pouvoir te le donner pour rien....

-- Écoute : mon intention serait de te laisser en échange tous mes

albums, qui, entre nous soit dit, t’offrent plus de distractions qu’un

cheval de bois.

-- Tiens, mon oncle, s’écria Maurice tout attristé, ce que tu dis me

fait de la peine.

-- Est-ce que tu ne trouves pas mes albums intéressants ?

-- Oh ! si....

-- Eh bien ! alors ?

-- J’ai promis à Fritz de ne jamais me défaire de Cressida.

-- Même en ma faveur ?

-- Il n’a pas fait d’exceptions.

-- Tous les jours on fait une promesse qu’on ne remplit pas ; c’est la

faute des circonstances qui se présentent d’une tout autre façon qu’on

ne l’avait prévu.... Si Fritz avait eu l’idée que je désirerais ton

cheval, il ne t’aurait sans doute pas défendu de t’en séparer.

-- Je ne sais pas.

-- Tu peux le supposer et agir en conséquence.... Il me semble du moins.

-- J’ai donné ma parole....

-- La parole d’un enfant de cinq ans et demi !

-- Tu ne me blâmerais donc pas d’y manquer ?

-- Mon Dieu, cela dépend.... Il est certain que ce pourrait être grave

s’il s’agissait de quelqu’un des tiens.... Par exemple de ton père, de

ta mère.... Mais vis-à-vis d’un étranger que tu connais à peine..., que

tu ne reverras peut-être jamais.... Et puis enfin.... tu es si jeune !

-- Tu crois que c’est différent lorsqu’on est jeune ?

-- Oh ! je n’affirme rien.... C’est à ta conscience de t’éclairer....

Si elle se montre par trop rebelle, n’en parlons plus.... Mais, enfin,

il est plus que singulier que tu préfères ce vieux Fritz à moi ! »

Je ne vous dirai pas, mes petits lecteurs, que Maurice résistait à son

oncle avec le calme et la fermeté d’un homme parfaitement éclairé sur

son devoir et bien décidé à n’y point manquer. Non ; il était troublé.

Son cœur le sollicitait d’un côté et sa conscience de l’autre. Il lui

répugnait d’enfreindre son serment ; mais la pensée que son oncle

pouvait douter de sa tendresse le mettait hors de lui. Certes, il ne

tenait à rien tant qu’à Cressida, cependant il l’eût sacrifié de bon

cœur, s’il en avait été libre. Nous devons ajouter qu’il était encore

soutenu dans sa résistance par la certitude de la douleur que causerait

à Fritz la perte du petit cheval.

Mon petit ami attendait le moment où il pourrait se trouver seul avec

son papa pour lui demander conseil, mais le jeune lieutenant ne lui en

laissa pas le loisir.

« Eh bien ! voyons, qu’as-tu décidé ? lui demanda-t-il, lorsqu’après

le dîner M. et Mme de Roisel étant retenus chez eux par des visites à

recevoir, il se trouva seul dans sa chambre avec Maurice.

-- Je t’en prie, ne parlons plus de cela, répondit l’enfant, qui se

dirigea vers la porte pour sortir. Le jeune homme l’arrêta en lui

prenant les deux mains.

-- Tu ne m’aimes donc plus ? » fit-il avec chagrin.

Et il le baisa au front.

« Oh ! si.... mais....

-- Mais quoi, voyons ?

-- Je ne puis faire ce que tu veux.

-- C’est que tu y mets de la mauvaise volonté....

-- Non ; c’est toi qui demandes l’impossible.

-- J’ai réfléchi. Mes albums ne sont pas une compensation suffisante

à la perte de ton cheval ; ils ne sauraient le remplacer, c’est

évident.... Écoute, je te donne en outre un poney véritable, un cheval

_pour de vrai_, comme vous dites vous autres enfants. Il sera peut-être

un peu plus gros que Cressida, mais il lui ressemblera si exactement

que tu ne t’apercevras presque pas du changement.

-- Si c’est ainsi, dit Maurice avec assez de présence d’esprit,

pourquoi donc ne le garderais-tu pas pour toi-même ? »

Le jeune marin, un peu déconcerté par cette réponse pleine de sens, ne

répondit pas tout de suite.

« Garde-le, répéta mon petit ami, tu l’appelleras Cressida, et ce sera

tout comme si je t’avais donné le mien.

-- Je ne le puis. On ne me permettrait pas d’embarquer un cheval

ordinaire.... Mais un cheval de bois, c’est différent.... Écoute

encore : Jacques, je le sais, a trop de besogne ici pour s’occuper

encore d’un poney, si petit qu’il soit ; tu auras à mes frais un

palefrenier dont, seul, tu seras le maître. Il t’obéira, et tu auras le

droit de le renvoyer s’il manque à son devoir.--Tu auras aussi celui

de le remplacer, bien entendu. De plus, je veux que tu prennes des

leçons d’équitation, afin de pouvoir, si cela te plaît, accompagner ton

père le matin au bois.

-- Tu ferais tout cela ?

-- Je le ferais.

-- Tu tiens donc beaucoup à Cressida ?

-- Tu le vois....

-- N’est-il pas singulier que la seule chose que tu désires avec tant

d’ardeur soit précisément celle que je ne puisse te donner ?

-- Que veux-tu ?

-- Comment cela se fait-il ?

-- Est-ce que tu ne penses pas que c’est par hasard ?

-- Oh ! si..., mais par un hasard bien malheureux !

-- Tu refuses donc toujours ?

-- Il le faut bien.... Mais ce n’est pas sans regret, va !

-- Tu le dis....

-- Mais je le pense aussi. Ne le vois-tu donc pas ?

-- Alors tu ne veux pas accompagner ton père au bois ?

-- Quand mon père voudra que je l’accompagne, il m’achètera lui-même

un cheval et me fera lui-même donner des leçons d’équitation.... Voilà

tout ce que Je puis te dire.

-- Alors nous sommes fâchés ?

-- Dis que tu es fâché, car moi, je ne le suis point ; je t’aime

toujours.

-- Je voudrais te croire....

-- Va, mon oncle, crois-moi !... tu peux me croire. »

Mon petit ami approcha son joli visage de son oncle, qui le repoussa

et dit avec un dépit très-prononcé :

« Me sacrifier à ce vieux Fritz !... un paysan, un rustre !

-- Fritz est un brave homme. Il n’en faut pas dire de mal....

-- Je devais partir dans deux semaines, mais puisque tu tiens si peu à

m’obliger....

-- Ne dis pas cela, je t’en prie !...

-- Je ne resterai plus que huit jours à Paris.

-- Alors, tu m’en veux ?...

-- Non ; seulement je suis désolé de nous séparer dans de

telles conditions.... Et quand je pense que c’est peut-être pour

toujours !... »

Maurice, à ces paroles, ne put retenir ses larmes.

« Oh, mon Dieu ! s’écria-t-il, si Fritz était revenu, j’irais lui

raconter ce qui se passe, et peut-être me permettrait-il de te donner

Cressida.... Ah ! si tu avais vu comment ce pauvre Fritz m’a fait jurer

de ne jamais m’en défaire !...

-- Tu te conduis comme un enfant égoïste et ingrat !

-- Moi ?... Oh ! mon oncle !...

-- Puisque c’est ainsi, je ne te reverrai de ma vie !...

-- Oh ! mon Dieu ! s’écria mon petit ami, qui pleurait à chaudes

larmes, comme vous feriez sans doute en pareille circonstance, est-il

possible que tu me dises cela sérieusement !... Eh bien ! quoi qu’il

m’en coûte, je veux te prouver le contraire,... je veux que.... »

Un léger bruit lui fit lever les yeux ; Mme de Roisel était debout au

milieu de la chambre, derrière le jeune marin qui ne pouvait la voir.

Elle fit un signe de dénégation, Maurice heureusement le comprit.

« Achève, dit l’oncle, dont les traits s’étaient légèrement rembrunis

aux derniers mots qu’avait prononcés Maurice.

-- Je veux que,... répéta celui-ci assez embarrassé de ce bout de

phrase qui ne pouvait plus exprimer ce qu’il voulait dire.

-- Écoute, reprit-il en regardant sa mère qui l’encourageait, tu

penseras et tu feras ce qu’il te plaira ; mais je garde Cressida.

-- Vrai ? s’écria le jeune homme avec une joie que Maurice ne remarqua

point.

-- S’il fallait le jeter à l’eau pour te sauver la vie, je le ferais

de bon cœur.... Mais je ne te le donnerai point.... A présent,

laisse-moi, je crois que je vais m’évanouir.... J’étouffe ! »

Mme de Roisel reçut mon petit ami dans ses bras et le porta près d’une

fenêtre que le marin s’était empressé d’ouvrir.

[Illustration: Ton fils est un héros !]

« Ton fils est un héros ! s’écria le jeune homme.

-- Et vous, vous êtes un bourreau, répondit la pauvre mère. Mon cher

enfant ! dans quel état vous me l’avez mis !... Et pourquoi ?

-- Pourquoi ? Mais tu ne sais pas ce qu’il a fait ?...

-- Si je le sais.

-- Et tu n’admires pas ?...

-- On ne torture point un enfant comme cela.... Si, entraîné par

l’amour qu’il vous porte, il vous avait cédé, qu’auriez-vous dit ?

-- Mais....

-- Vous l’auriez réprimandé et sermonné longuement pour lui faire

entendre qu’un enfant doit avoir plus de sagesse et plus de force de

caractère qu’un homme ; vous lui auriez appris à imposer silence à

son cœur au profit de son devoir, comme vous le faites vous-même. Ne

savez-vous donc pas, monsieur le puritain, que ce qui est une vertu

chez vous serait presqu’un défaut et tout à fait un malheur chez lui.

Toute la force d’un enfant de cet âge est dans son cœur, et c’est

encore là qu’il faut chercher sa raison. N’essayez donc pas de les

changer de place. C’est par l’amour qu’on gouverne les enfants....

Vous lui appreniez à combattre ses plus tendres et ses meilleurs

sentiments,... sans compter que vous lui ménagiez une grande déception,

et par conséquent beaucoup de chagrin s’il avait eu le malheur de

céder à votre apparent désir.

-- Quoi, mon oncle, s’écria mon petit ami dont l’évanouissement n’avait

pas duré plus d’une seconde, c’était pour _faire semblant_ que tu me

demandais Cressida ? Tu voulais seulement voir si je serais capable de

tenir un serment ?

-- Tiens ! fit le jeune homme ravi, je voudrais dire à tout le monde ce

que tu as fait, je voudrais te porter en triomphe !...

-- Il n’y a pas de quoi, va ! dit mon petit ami, en jetant ses deux

petits bras au cou de sa mère.

-- Chut ! fit tout bas celle-ci, ne lui dis rien... ; c’est un méchant !

-- Quelle trempe d’homme il y a dans ce gamin ! reprit l’oncle.... Tu

sais, mes albums, le cheval et le domestique sont à toi !...

-- J’ai donc bien fait de te résister malgré tout le mal que cela

me faisait !... Tu ne m’aimerais peut-être plus si je t’avais donné

Cressida..., et pourtant, moi, je ne l’aurais donné que parce que je

t’aime !

-- Vous voyez, » fit Mme de Roisel.

Je suppose, mes petits lecteurs, que vous êtes plus clairvoyants que

l’oncle de Maurice et que vous vous êtes parfaitement aperçus que mon

petit ami était sur le point d’abandonner Cressida lorsque Mme de

Roisel, entrée sans bruit dans la chambre et ayant deviné de quoi il

s’agissait, lui avait fait signe de le refuser définitivement. Nous le

laisserons ignorer au jeune marin, qui doit être puni pour avoir fait

subir à notre cher enfant une si rude épreuve. Mais nous lui dirons en

passant qu’il est cent fois meilleur de prévenir les fautes que de les

provoquer. Et je ne serais pas fâché que vous lui fissiez entendre, à

cet homme si sage, que ce système est toujours bon à employer, avec les

hommes comme avec les enfants.

[Illustration]

Histoire d'un cheval de bois · 第 13 / 25 题