À l'âge de 68 ou 69 ans, Hokousaï avait eu une attaque d'apoplexie, dont
il s'était tiré en se traitant par la _pâtée de citron_, un remède de la
médecine japonaise et dont la composition était laissée par le peintre à
l'ami Tosaki, avec, dans la marge de l'ordonnance, des croquetons de la
main du peintre représentant le citron, le couteau à couper le citron, la
marmite où on le fait cuire.
Voici la composition de cette _pâtée de citron_:
«Avant que vingt-quatre heures japonaises (48 heures) se soient écoulées
depuis l'attaque, prenez un citron, découpez-le en petits morceaux, avec
un couteau de bambou et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron,
ainsi découpé, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un _go_ (un quart de
litre) de saké extra bon, et laissez cuire au petit feu jusqu'à ce que le
mélange devienne épais.
«Alors il faut avaler, en deux fois, la pâtée de citron dont on a retiré
les pépins, dans de l'eau chaude; et l'effet médical se produit au bout de
vingt-quatre ou trente heures.»
Ce remède avait complètement guéri Hokousaï et semble l'avoir mené bien
portant jusqu'en 1849 où il tombait malade de ses 90 ans, dans une maison
d'Asakousa, le _quatre-vingt-treizième_ logis de cette existence
vagabondante d'une habitation à l'autre.
C'est alors, sans doute, qu'il écrivit à son vieil ami
Takaghi cette lettre ironiquement allusive:
Le roi Yemma[26] est bien vieux et s'apprête à se retirer des affaires.
Il s'est fait construire, dans ce but, une jolie maison à la campagne
et il me demande d'aller lui peindre un kakémono. Je suis donc obligé
de partir et, quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi.
J'irai louer un appartement au coin de la rue d'Enfer, où je serai
heureux de vous recevoir, quand vous aurez occasion de passer par là.