À propos de ce portrait hypothétique d'Hokousaï, avouons l'incertitude
où l'on se trouve relativement à un portrait bien authentique du Maître.
Le portrait d'Hokousaï, en compagnie du romancier Bakin, donné dans le
catalogue Burty, d'après une estampe de Kouniyoshi, n'est pas plus un
portrait que le croquis le représentant agenouillé, offrant à l'éditeur
son petit livre jaune de LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU OU DE LA CUISINE
AU HASARD.
On n'aurait du grand artiste ni un portrait de sa jeunesse, ni un portrait
de son âge mûr; il n'existerait que le portrait donné par la biographie
japonaise de I-ijima Hanjûrô, un portrait de sa vieillesse conservé dans
la famille et qui aurait été peint par sa fille Oyéi, qui signe Ohi.
C'est un front sillonné de rides profondes; des yeux à la patte d'oie, aux
poches de dessous tuméfiées et où il y a, en leur demi-fermeture, comme un
peu de cette buée que les sculpteurs de nétzkés mettent dans le regard de
leurs ascètes; c'est un grand nez décharné; c'est une bouche démeublée à
la rentrée sous le pli de la joue; c'est le menton carré d'une volonté
résolue, attaché au cou par des fanons. Et, à travers la coloration de
l'image qui imite assez bien le ton d'une vieille chair, ce sont les
blancheurs anémiées des poches des yeux, de l'entour de la bouche, des
lobes de l'oreille.
Ce qui vous frappe dans cette tête d'homme de génie, c'est la longueur du
visage, des sourcils au menton, et le peu d'élévation et la fuite cabossée
du crâne,--un crâne qui n'est pas du tout européen, avec sur les tempes de
rares petits cheveux ressemblant aux herbettes de ses paysages.
Un autre portrait d'Hokousaï, dont un fac-similé a été également publié
dans le _Katsoushika dén_, nous le représente vers l'âge de 80 ans, près
d'un pot à pisser, accroupi sous une couverture, laissant voir un bout de
profil d'une vieille tête branlante et que dépassent des jambes ayant la
maigreur de jambes de phtisique. Et voici quelle serait l'origine de ce
portrait. L'éditeur Souzambô ayant commandé à Hokousaï l'illustration
des CENT POÈTES, l'artiste, avant de commencer son travail, envoyait un
spécimen, à l'effet de déterminer le format de la publication et, sur ce
spécimen, son pinceau jetait ce _portrait-charge_.