XXXIX

À propos de ce portrait hypothétique d'Hokousaï, avouons l'incertitude

où l'on se trouve relativement à un portrait bien authentique du Maître.

Le portrait d'Hokousaï, en compagnie du romancier Bakin, donné dans le

catalogue Burty, d'après une estampe de Kouniyoshi, n'est pas plus un

portrait que le croquis le représentant agenouillé, offrant à l'éditeur

son petit livre jaune de LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU OU DE LA CUISINE

AU HASARD.

On n'aurait du grand artiste ni un portrait de sa jeunesse, ni un portrait

de son âge mûr; il n'existerait que le portrait donné par la biographie

japonaise de I-ijima Hanjûrô, un portrait de sa vieillesse conservé dans

la famille et qui aurait été peint par sa fille Oyéi, qui signe Ohi.

C'est un front sillonné de rides profondes; des yeux à la patte d'oie, aux

poches de dessous tuméfiées et où il y a, en leur demi-fermeture, comme un

peu de cette buée que les sculpteurs de nétzkés mettent dans le regard de

leurs ascètes; c'est un grand nez décharné; c'est une bouche démeublée à

la rentrée sous le pli de la joue; c'est le menton carré d'une volonté

résolue, attaché au cou par des fanons. Et, à travers la coloration de

l'image qui imite assez bien le ton d'une vieille chair, ce sont les

blancheurs anémiées des poches des yeux, de l'entour de la bouche, des

lobes de l'oreille.

Ce qui vous frappe dans cette tête d'homme de génie, c'est la longueur du

visage, des sourcils au menton, et le peu d'élévation et la fuite cabossée

du crâne,--un crâne qui n'est pas du tout européen, avec sur les tempes de

rares petits cheveux ressemblant aux herbettes de ses paysages.

Un autre portrait d'Hokousaï, dont un fac-similé a été également publié

dans le _Katsoushika dén_, nous le représente vers l'âge de 80 ans, près

d'un pot à pisser, accroupi sous une couverture, laissant voir un bout de

profil d'une vieille tête branlante et que dépassent des jambes ayant la

maigreur de jambes de phtisique. Et voici quelle serait l'origine de ce

portrait. L'éditeur Souzambô ayant commandé à Hokousaï l'illustration

des CENT POÈTES, l'artiste, avant de commencer son travail, envoyait un

spécimen, à l'effet de déterminer le format de la publication et, sur ce

spécimen, son pinceau jetait ce _portrait-charge_.

Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle · 第 51 / 154 题