XXIII

En 1811 Hokousaï publie, en collaboration avec Hokousou qui dessine le

premier volume, _Jôdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DE DEUX JOURS, une série

de dessins comiques.

Dans l'illustration du second volume, dont il s'est chargé, il nous

montre des porteurs ivres que regardent des enfants, et vraiment il

est impossible de rendre mieux l'hilarité bête de ces visages, avec la

demi-fermeture des yeux et l'égueulement de la bouche entr'ouverte de côté.

Une autre planche très amusante de ces scènes, qui se passent la veille et

le jour même du Jour de l'An: c'est l'entrée dans un intérieur, d'un vieux

prêtre pochard, à la tête impossible, travesti en manzaï, escorté d'une

espèce d'enfant de choeur faisant du tapage avec un instrument pour

appeler au service divin et, devant ces deux ivresses de la vieillesse et

de l'enfance, le rire du bourgeois japonais, l'attention dédaigneuse de la

femme, l'ahurissement d'un ami.

Enfin la dernière planche: dans une chambre décorée de feuilles de fougère

et de branches de sapin, le décor des intérieurs de Jour de l'An, a lieu

une terrible bataille à coups de balais, entre deux hommes que trois

autres ne peuvent séparer.

La même année Hokousaï publie l'illustration de _Hokou-yétsou Kidan_,

LES LÉGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE YÉTIGO, édité en 6 volumes,

avec un texte par Tanéhiko.

Un ouvrage dans lequel se trouve reproduite par Hokousaï une carte

de cette province où il neige beaucoup, au milieu d'un méli-mélo

d'hommes-bêtes, de coraux, de plantes marines, de monnaies, d'objets

usuels, de serpents d'une grandeur fabuleuse, enfin de choses réelles et

de choses surnaturelles.

La même année Hokousaï publie encore l'illustration de _Tawara-Tôda Rôko

dén_, CONTE D'UN VIEUX RENARD ET DU GUERRIER TAWARA TODA, pièce de théâtre

par Tanéhiko, éditée en trois volumes et gravée avec une écriture plus

grande, plus facile à lire que l'écriture du roman, de l'histoire.

Cette pièce de théâtre a pour principal personnage Hidésato, le guerrier

qui, trouvant une femme pleurant aux bords du lac Biwa, lui demandait

la cause de son chagrin. La femme qui était la reine du lac Biwa lui

répondait que, depuis des années ses enfants étaient mangés par un

scolopendre géant. Hidésato de s'informer où se trouvait ce monstre. Elle

lui indiquait la montagne Ishiyama où son corps, lui disait-elle, faisait

sept fois et demie le tour de la montagne et lui montrait, dans le moment,

une masse brillante qui luisait au soleil comme un bloc de diamant:

c'était l'oeil de l'insecte colossal dans lequel Hidésato mettait une

flèche mortelle.

L'illustration de cette pièce par Hokousaï est intéressante. Dans le

dessin de la reine de Biwa, de la femme d'Hidésato, de la fille d'Hidésato,

l'amoureuse de Sadamori, le dessinateur a abandonné la mignonnesse un peu

petite, un peu miniaturée de ses premières années; et, tout en leur

laissant leur première grâce, il arrive à leur donner de l'ampleur, de

la grandeur, à les varier et à ne plus toujours faire la même longuette

petite femme de ses débuts. Dans l'oeuvre d'Hokousaï, les femmes de ces

années ont une parenté avec les femmes de Hokouba.

En 1812, il n'illustre aucun livre.

En 1813, dans le _Katsoushika Zoushi_, PLAN ET TRADITIONS DE KATSOUSHIKA,

dans ce volume contenant un plan de cette partie de la ville de Yédo, de

l'autre côté de la Soumida, de ce quartier maraîcher et plein de salines

aimé par le peintre, Hokousaï dessine, près de deux pêcheurs au jupon de

roseaux, une femme puisant dans un petit tonnelet, emmanché à un grand

bâton, l'eau d'une source célèbre.

Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle · 第 34 / 154 题