En 1804 paraît une publication importante d'Hokousaï, trois volumes aux
images en couleur portant le titre de _Yama mata yama_, MONTAGNES ET
MONTAGNES (paysages), qui sont une suite de vues prises autour de la baie
de Yédo et qu'annonce ainsi la préface:
«Ceux qui ont rendu la beauté de ces paysages en peinture ou en poésie
sont le dessinateur Hokousaï et le poète Taïguéntei.»
La première planche du premier volume représente la colline du temple
Hatiman d'Ityaga, et l'on y voit deux femmes avec un enfant porteur d'un
cerf-volant sur son dos, au moment de passer sous un tori-ï: une de ces
portes à jour à l'entrée d'un temple sinthoïste.
La seconde planche est une vue du quartier Horino-outi, que traverse une
femme portée dans un kago sur le toit duquel est une branche d'arbuste en
fleurs; puis c'est à Ohji, devant une maison de thé, des hommes en train
de laver des plateaux à une fontaine; puis à Asouka, c'est un porteur d'un
barillet de saké en compagnie d'un camarade, dont la titubation d'ivrognes
fait sourire deux femmes; puis à Hongo, c'est un balayeur grotesque
balayant le chemin que prennent deux promeneuses. Et c'est sur la colline
de Takata, d'où l'on voit le Fouzi-yama, trois femmes de la société,
reconnaissables au rouleau de soie qui entoure leur chevelure, faisant
collation auprès d'un arbre dans l'entre-deux des branches duquel est posé
un télescope dirigé vers la montagne; et c'est dans la chute d'eau de
Dondo, nommé ainsi à cause du bruit, des gens pêchant avec des charpagnes.
Et c'est à Yédogawa, endroit célèbre par sa fraîcheur et d'où vient dans
un conduit l'eau excellente baptisée _eau pour le thé_, des pêcheurs dans
leurs barques.
Le second volume nous montre dans une planche des hommes et des femmes que
surprend une pluie d'orage à Ohkido, contre l'enceinte de la fortification
du shôgoun, et leurs attitudes comiques ou gracieuses pour s'en défendre;
dans une autre planche, des jeunes femmes sur une terrasse d'Atago, en
contemplation du vert paysage qu'elles ont sous leurs pieds; dans une
autre planche à Shinjikou, un homme, le jour de la fête des Étoiles,
attachant des lanternes et des papiers de couleur à un bambou; dans une
autre planche à Foukagawa, une femme qui achète, à un marchand d'oiseaux
et de poissons vivants, un oiseau qu'elle emporte dans une cage.
Nous trouvons dans le troisième volume une vue de la statue en pierre de
Niô et l'entrée du temple à Zôshigaya; une vue de la terrasse du temple
à Akasaka où sont des femmes et des enfants; une vue d'un paysage où un
homme souffle devant des promeneurs des caramels pour les enfants, en
forme d'oiseaux, de théières; une vue en pleine neige de Koudan, où une
Japonaise est si joliment encapuchonnée de noir; une vue d'Asouka, où un
Japonais est en train de tirer, sur une feuille de papier étendue sur
l'inscription d'un monument commémoratif d'un artiste ou d'un lettré
(sékihi), une épreuve de cette inscription dont une autre épreuve est
tenue, séchant devant elle, par une femme.
La femme qui peuple les promenades de ces trois livres, c'est la femme
très reconnaissable que dessine l'artiste vers ses quarante ans, la
gracieuse petite femme longuette, au haut échafaudage de la chevelure
traversée d'épingles, aux traits mignons rendus par trois points pour les
yeux et la bouche et trois petites lignes pour le nez et les sourcils, à
l'ampleur des manches et de la ceinture, au placage contre le ventre et
les cuisses de la jupe étroite, s'évasant et se répandant en vagues à ses
pieds: un type de femme élégant, fluet, gentillet, mais un peu mièvre.
La même année Hokousaï illustre encore _Misoka Tsouzoura_, LE PANIER À
PAPIER, un petit album de la plus grande rareté, contenant des pensées,
des réflexions de Hokousaï.
Une jolie planche, dans ces colorations délavées des impressions de ce
temps, est une planche où se voient deux jeunes Japonaises jouant avec une
souris blanche.