En 1803, au commencement de l'année, c'est encore un petit livre jaune
que publie Hokousaï, et qui a pour titre: _Boutchôhô Sokouséki-riori_,
LA CUISINE IMPROVISÉE, une histoire de ménage éditée en 3 volumes dont
le peintre fournit encore une fois et l'illustration et le texte et la
préface, que voici:
Cette année, vous avez bien voulu me commander un livre, mais vous
savez bien que je ne suis pas habile, et ça n'a pas marché, d'autant
plus que vous m'avez pressé. J'ai commencé par le dessin et, seulement
après, j'ai écrit le texte, ce qui pourrait bien avoir amené du
décousu dans certaines parties du livre. Toutefois, si vous trouvez
l'ouvrage présentable au public, je vous serais obligé de le faire
graver.
Le volume est curieux, parce qu'il traite d'une manière fantaisiste des
choses de la cuisine: Du riz.--Des soupes.--Des sakés.--Du thé et des
gâteaux.--Des légumes frais.--Des légumes secs.--Des crustacés.--Des
oeufs.--Des plats au vinaigre.--Des rôtis.--Des bouillis.--Des poissons
grillés.--Des sarasin, macaroni, vermicelle.
Il est aussi question de choses qu'on ne mange pas en France, de pommes de
caladium, de sésame brûlé, d'aubergine salée, d'ignames, de pieuvre, de
bêche de mer, d'algues, de pousses de bambou, de racines de lotus.
Et voilà le morceau humoristique jeté par Hokousaï en tête du chapitre du
saké:
S'il y a le moraliste qui dit qu'à la première coupe c'est l'homme
qui boit le saké, qu'à la seconde coupe c'est le saké qui boit le saké,
qu'à la troisième coupe c'est le saké qui boit l'homme, il en est
d'autres moins sévères qui déclarent qu'il n'y a pas de limite pour
boire du saké tant que ça n'amène pas du désordre. C'est ainsi que
nous avons les gens qui avalent une grande quantité de saké pour se
vanter de leur capacité, aussi bien que nous avons les gens qui se
retiennent, pour vanter leur modération et proclamer qu'une petite
quantité de saké est le meilleur des médicaments. Et nous avons
les gens qui succombent tout de suite, et les gens qui se grisent
indéfiniment. Au fond, la limite est le mal de coeur, aussi bien pour
les grands buveurs que pour les apôtres de la modération. L'équilibre
du buveur qui tient debout, le ventre vide de saké n'est-ce pas
l'inverse de l'équilibre de la bouteille toute droite quand elle est
pleine, et qui chute à terre quand elle est vide?
Puis Hokousaï décrit les différentes qualités des boissons fermentées,
depuis l'esprit d'alcool qui brûle, jusqu'au _mirin_ qui est doux comme
du muscat.
La même année Hokousaï publie sous la signature de _Tokitarô Kakô_
L'INVENTAIRE DES MENSONGES, _Mouna-zanyô Ousono Tana-oroshi_, un livre
ironique où le texte et l'illustration, qui sont tous deux encore du
peintre, semblent se moquer des affirmations mathématiques et qui
pourraient bien être exagérées et aller au delà de la vérité, dans
l'arpentage d'un champ, le mesurage d'un arbre, le pesage d'un éléphant.
Et cela sous une forme blagueuse dont voici un échantillon, à propos d'une
planche toute noire de rats: «Il est établi qu'un ménage de rats met au
monde douze rats dans un mois, et au bout du douzième mois, chaque couple
produisant 12 rats, il en existe 908, et la naissance continuant dans la
même proportion, on arrive à la fin de la seconde année, au chiffre
colossal de 27.682.574.402.
Enfin, la même année, Hokousaï illustre encore _Ada-déhon Tsoushin-mouda_,
ALLUSION À LA PIÈCE DES 47 RONINS. Deux volumes contenant de petits bois
sans importance.