XIX

Fantasque comme tous les grands artistes, Hokousaï avait parfois l'humeur

pas commode et trouvait un malin plaisir à se montrer désagréable aux gens

qui ne lui témoignaient pas la déférence qui lui semblait due ou dont

l'aspect lui était tout bonnement antipathique.

Onoyé Baïkô, un grand acteur des premières années du siècle, reconnaissant

le talent tout particulier de Hokousaï pour inventer des revenants, avait

l'idée de s'adresser à l'imagination du peintre pour qu'il lui dessinât

un être de l'autre monde devant servir à la figuration d'une scène dans

son théâtre. Et l'acteur invitait le peintre à venir le voir, ce que se

gardait bien de faire Hokousaï. Alors l'acteur se décidait à lui faire

visite mais, trouvant l'atelier d'une saleté telle qu'il n'osait s'asseoir

à terre, il faisait apporter sa couverture de voyage sur laquelle il

saluait Hokousaï. Mais le peintre froissé ne se retournait pas, continuait

à dessiner, et l'illustre Baïkô, tout à fait mécontent, se retirait.

Toutefois il tenait tant à son dessin qu'il avait, un jour, la faiblesse

de faire des excuses à Hokousaï pour l'obtenir.

Vers la même époque Hokousaï recevait la visite d'un fournisseur du

Shôgoun qui venait lui demander un dessin. On ne sait ce qui déplut du

visiteur à Hokousaï, mais on sait que, dans ce moment, le peintre était à

prendre, en plein soleil, des poux sur sa robe, et qu'il jeta brutalement

au visiteur qu'il était très occupé et qu'il ne pouvait être à lui.

Le visiteur se résignant à attendre la fin de la chasse d'Hokousaï, il

obtenait le dessin qu'il désirait. Mais le visiteur avait à peine passé

la porte que Hokousaï, courant après lui, lui criait d'une voix railleuse:

«_Ne manquez pas, si l'on vous demande comment est mon atelier, de dire

qu'il est très beau! très propre_[14]!»

[Note 14: Biographie d'Hokousaï Katsoushika Hokousaï dén. par I-ijima

Hanjurô.]

Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle · 第 29 / 154 题