Hokousaï publie, en 1802, _Isosouzou-gawa Kiôka-Gourouma_. CINQUANTE
POÈTES MODERNES, album en couleur signé _Hokousaï Tokimasa_, où l'artiste
a donné à ces poètes modernes un caractère ancien, les a comme travestis
dans un carnaval archaïque. Une jolie planche est la première où les
danseuses vierges d'un temple sinthoïste tournent autour d'un petit
simulacre de torï-i, avec leurs couronnes en métal doré aux boules de
cristal, et ayant en main des grelots, des branches de pin, de petits
bâtons blancs traversés de papier portant des prières.
La même année Hokousaï publie le _Yéhon Tchûshin goura_, MAGASIN DES
FIDÈLES VASSAUX, une suite de scènes de l'histoire des 47 ronins, tirées
de la pièce jouée un an après l'événement.
Ce sont deux petits volumes en couleur, d'une exécution assez peu soignée,
signés _Hokousaï Tokimasa_, ajoutant des épisodes peu connus aux épisodes
connus. Ainsi la première planche vous donne la raison de la haine secrète
entre le daïmio Takoumi no Kami et Kôzouké le maître de l'Étiquette près
du shôgoun. Takoumi no Kami avait la garde d'un casque porté par l'aïeul
du shôgoun vivant, et une planche montre la femme du daïmio le montrant
dans une caisse à Kôzouké, envoyé pour l'inspecter. Dans cette entrevue
Kôzouké devenait amoureux de la femme, écrivait une déclaration qu'elle
traitait avec le mépris d'une honnête femme. De là sans doute la raison
qui faisait mettre le sabre à la main à Takoumi no Kami contre Kôzouké,
dans le palais du shôgoun.
Le bruit a couru au Japon que Hokousaï n'aimait pas à dessiner les
épisodes de l'histoire des 47 ronins parce qu'il était un descendant d'un
vassal de Kôzouké, mais il n'en est rien: Hokousaï ayant dessiné un grand
nombre de scènes de cette dramatique histoire[13].
[Note 13: En effet nous avons une série en largeur, publiée, vers 1798,
signée Kakô, puis deux séries en hauteur chacune de 12 feuilles en
couleur, portant toutes deux le même titre _Tchûshin-goura_, LE MAGASIN
DES VASSAUX FIDÈLES, une série de 11 feuilles en largeur.]
La même année, sous le titre de _Itakoboushi_, le nom d'une chanson à la
mode dans ce temps, Hokousaï illustre deux volumes consacrés à la femme
japonaise et la montrant saisie sur le vif, dans tous les abandonnements
de ses poses et les coquets accroupissements de son être quand une pensée
amoureuse l'occupe.
La série commence par une planche vous donnant à voir une jeune femme
penchée sur un papier qu'elle déroule et sur lequel elle va écrire une
lettre avec le pinceau dont elle tient le bout dans sa bouche. Suivent
d'autres femmes, l'une arrangeant sa chevelure avec ce gracieux mouvement
où la tête est de face et où les deux bras disposent la coiffure sur le
côté; une autre, étendue à terre, une main sous le menton, lit un roman
d'amour pendant qu'un enfant lui grimpe sur le dos; une dernière, dans un
affaissement désolé, pleure sur le retard d'un amoureux qu'on aperçoit au
bas de l'escalier. Et des attitudes de recueillement amoureux, et des
causeries sur l'amour, entre deux femmes penchées en dehors d'un balcon
sur des arbustes en fleurs, et encore des confidences d'amie à amie où,
étendues tout de leur long à terre, l'une contre l'autre, deux autres
femmes réfléchissent, un moment silencieuses: l'une d'elles, dans sa
préoccupation, jouant avec un bout de fil.
Mais l'une des compositions les plus intimement charmantes est celle-ci:
près d'une lanterne encore allumée, qui a dû servir à la reconduite de
quelqu'un, c'est le ramassement à la fois heureux et accablé de la femme
que vient de quitter son amant.
La même année paraît encore un volume de poésies, sans titre, illustré
par Hokousaï d'une seule planche, mais d'une planche qui est une petite
merveille et qui n'est qu'une branche de prunier fleuri passant sur
l'argent oxydé d'une pleine lune.