En 1801 Hokousaï, qui quitte la signature Shunrô pour prendre la signature
Goummateï, publie:
UN TÉNGOU TOMBÉ DU HAUT DE SON NEZ DANS LE MONDE BÊTE D'ICI-BAS, un petit
livre fantaisiste dont le texte est de Jakouseï. C'est l'histoire d'un de
ces esprits aériens, de ces génies bons ou mauvais à l'interminable nez
pointu, aux ailes de chauve-souris, si souvent représentés dans les albums
japonais.
Du haut du ciel, un Téngou aperçoit une Japonaise, en devient amoureux,
descend sur la terre et, tant bien que mal dissimulant son nez sous
l'envolée d'un cache-nez, file le parfait amour avec elle, est réduit à
vendre ses ailes à un marchand de plumes pour subvenir aux caprices de la
femme, enfin tout à fait ruiné devient un vendeur de _sarasins_ (de pâtes
en forme de macaronis et de nouilles), tombe malade, a la vision, en un
rêve, d'un acteur représenté dans un kakémono, qui a un nez comme les
Téngou, obtient qu'il le soigne, le médicamente, lui fasse revenir le
pouvoir mystérieux qu'il avait autrefois comme Téngou et qu'il a perdu
dans le commerce de la courtisane, retourne enfin chez les Téngous,
inquiets de sa disparition et qui lui ont dépêché un messager pour le
ramener.
Et la dernière planche le représente écrivant les Mémoires de sa vie sur
la terre.
La même année paraît le _Onna Sanjû rokkasén_, LES TRENTE-SIX POÉTESSES,
illustré par Yeishi: un album renfermant peut-être les plus originales
impressions en couleur existant dans les livres japonais, et au milieu
d'une calligraphie jetée sur des espèces de nuages teintés des nuances
du ciel, de l'aube au coucher du soleil. Et Hokousaï peint, en tête de
l'album, une promenade de personnages de la cour dans la campagne.
La même année paraît encore _Hitori Hokkou_, CHACUN UNE PENSÉE, deux
volumes contenant, en leurs cent pages et leurs cinquante dessins, de la
littérature et des croquis de presque tous les lettrés et les artistes du
temps.
Hokousaï n'a qu'un croquis, mais un croquis merveilleux: une oie sauvage,
volant la tête en bas, une aile repliée, une aile éployée, les pattes
rebroussées sur le ventre. C'est, pour ainsi dire, un instantané dont le
cliché a été gardé au fond d'une mémoire.