La même année, en 1800, Hokousaï illustre les trois volumes de _Soumida
gawa Riôgan itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA, un
panorama des deux rives pouvant se déplier. Dans le premier volume,
c'est à Takanava la vue de la baie où l'on voit contre le vieux mur des
fortifications de Yédo, à la porte d'une maison de thé improvisée sous
des nattes attachées à des bambous, une _mousmé_ invitant les passants
à se rafraîchir. Puis, en remontant la rivière, en face de l'île de
Tsoukoudajima, ce sont des enfants enlevant un cerf-volant près d'un
porteur de ballots de ouate, de cette ouate dont la mariée se voile le
visage dans les cérémonies du mariage. A Ohhashi, une femme, à demi
couchée sur un grand banc, prend le frais avec ses enfants.
Dans le second volume, voici le pont de Riôgokou, qui joint les deux rives
de la Soumida, et que traverse une foule compacte au-dessus de laquelle
s'élèvent les lances de l'escorte d'un daïmio. Plus loin, à Shubino Matzou,
d'élégantes femmes en bateau pêchent à la ligne, avec des hameçons en
forme de tridents. A Ohkavabashi, un saltimbanque fait des tours de force
devant des enfants.
Dans le troisième volume, c'est la toiture élancée du temple d'Asakousa
dans une nuée volante de corbeaux. Plus loin, toujours en remontant la
rivière, nous sommes sur la colline Mattiyama d'où l'on découvre la
campagne paysanne et maraîchère de Katsoushika. Enfin nous voilà à
Invinado, le quartier de la tuile et de la céramique. Là, nous abandonnons
la Soumida, et Hokousaï nous mène à l'entrée du Yoshiwara et nous promène
devant les maisons aux grilles de bois, et dans les rues tout égayées de
la musique des flûtes et des tambourins, la veille du Jour de l'An.
Car ce spectacle des deux rives de la Soumida, Hokousaï le commence au
printemps d'une année et l'achève à la fin de cette année.