En 1800 Hokousaï publie encore un petit livre jaune, avec son titre bien
japonais, _Kamado Shôgoun_, LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU, un petit
livre dont les dessins et le texte sont fournis par le peintre.
Il est curieux, ce petit livre, par la figuration de l'auteur présentant
son livre à l'éditeur, agenouillé, les deux mains posées à terre dans une
attitude de supplication, curieux par la modestie de la préface de
l'écrivain-dessinateur.
Voici à peu près la préface de ce volume, qui va être un des derniers
volumes dont Hokousaï écrira le texte:
Je viens de faire un travail maladroit, si cependant, après examen, ça
faisait votre affaire? Et comme je ne suis pas habitué à écrire, pour
les passages non réussis, faites-les retoucher par le maître Bakin.
Or, si j'ai la chance d'avoir le moindre succès cette année, je
travaillerai mieux l'année prochaine.
Maintenant si l'on veut avoir une idée de la littérature du peintre, voici
un bout de traduction du livre jaune:
Dans une lointaine province de l'Ouest, il y avait un grand seigneur,
nommé «le grand coeur», ayant un revenu d'un million de tonnes de riz.
On le surnomma Dadara Daïjin, le Seigneur Désordonné, comme grand
amateur de voluptés et fort buveur de saké. Et, non content du plaisir
de la chasse dans les montagnes, de la pêche dans la mer, il s'amusait
à faire nager les gens avec de lourdes pierres attachées à leurs corps,
ou à les faire courir, pieds nus, sur la glace; et le monde de son
entourage, il voulait qu'il fût habillé de chaude ouate, en été, et de
toile claire, en hiver. Enfin il aurait fallu, pour la distraction de
ce seigneur, que les poules chantassent et les roues tournassent de
côté. C'est dire que l'argent et l'or étaient entre ses mains, comme
l'eau de la rivière.
Or, il se trouvait dans la province voisine un autre seigneur appelé
«l'Eau de riz», habitant le château des Créanciers...
Mais ici, le traducteur s'est arrêté, déclarant que le texte, se
composant, d'un bout à l'autre, de jeux de mots et d'allusions seulement
compréhensibles pour des Japonais, est intraduisible en français.