229. Item, en cellui moys de septembre, fut mandé le duc de Bretaigne de

par le roy, et y vint à Corbeil, de là à Sainct-Mordes-Fossez[508]. Et

là vint la royne, le duc de Bourgongne et plusieurs autres signeurs; là

firent-[ilz] une paix telle quelle, [que] voulsist ou non la royne. Tout

fut pardonné aux Arminalz, les maulx qu'ilz avoient faiz, et si estoit

tout prouvé[509] contre eulx qu'ilz estoient consentans de la venue du

roy d'Engleterre, et qu'ilz en avoient eu grans deniers dudit roy; item,

de empoisonner[510] les deux ainsnez filz du roy de France, et savoit-on

bien que ce avoit esté et fait faire, et de l'empoisonnement du duc de

Holende, et de bouter hors la royne de France de son royaulme[511]. Et si

convint tout mettre ce à nyant, ou se non ilz eussent destruit tout le

royaulme de France et livré aux Engloys le daulphin qu'ilz avoient devers

eulx. Ainsi fut faicte celle paix, qui que en fust courcé ou joyeulx, et

fut criée parmy Paris à quatre trompes et à six menestriers, le lundi

XIXe jour de septembre l'an IIIIc XVIII[512].

[508] Jean VI, duc de Bretagne, mari de Jeanne de France,

troisième fille de Charles VI, fut chargé de négocier la paix

entre le dauphin et le duc de Bourgogne; il vint à Corbeil en

compagnie des ducs d'Anjou et d'Alençon et se rencontra le 13

septembre, au pont de Charenton, avec Jean Sans-Peur, qui le

reçut à dîner en son logis de Conflans-Sainte-Honorine; mais les

négociations ne purent aboutir immédiatement et se continuèrent

les jours suivants à Saint-Maur-des-Fossés, où fut délibéré le

traité de paix connu sous le nom de traité de Saint-Maur; ce

pacte fut conclu le 16 septembre 1418 au château de Vincennes, en

présence des ducs de Bourgogne, de Bretagne et de la reine, qui

ne paraît pas, quoi qu'en dise le chroniqueur, avoir soulevé de

difficulté (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 147).

[509] Ms. de Paris; tout premier.

[510] Ms. de Paris: emprisonner.

[511] Toutes ces accusations, est-il besoin de le dire, sont

mensongères et représentent autant d'imputations calomnieuses

inventées par les Bourguignons qui, dès 1417, s'en firent une

arme contre le connétable d'Armagnac.

[512] Ce même jour, le chancelier Eustache de l'Aître fit publier

au Parlement le traité de paix, dont la teneur existe dans le

registre des Ordonnances (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 36).

230. Item, en cedit moys, au commencement, [fut] depposé de la prevosté

de Paris le Beau de Bar[513], et y fut mis ung escuier nommé Jacques

Lamben[514].

[513] Guy de Bar, envoyé vers Rouen en qualité de lieutenant

général de Normandie, ne perdit point sa charge de prévôt de

Paris, comme le prouvent les lettres rendues le 20 août 1418, qui

le maintinrent dans ses fonctions et déclarèrent que Jacques

Lamban, bailli de Vermandois, n'était que provisoirement commis à

la garde de la prévôté, en l'absence du titulaire (Arch. nat.,

X{la} 8603, fol. 32 vº).

[514] Jacques Lamban, seigneur de Semeuse, châtelain de Rethel

jusqu'en 1404 et signalé en 1413 comme l'un des fauteurs de la

conspiration cabochienne (Monstrelet, t. VI, p. 117), se réfugia

auprès du duc de Bourgogne, qui utilisa ses services. Ainsi le

futur prévôt de Paris figure au nombre des commissaires nommés

pour la mise à exécution de l'ordonnance du 7 avril 1415, portant

réformation des duché et comté de Bourgogne (Dom Plancher, _Hist.

de Bourgogne_, t. IV, p. 433). Lamban revint à Paris le 15

décembre 1415 avec une députation composée du prince d'Orange et

de plusieurs autres conseillers et familiers de Jean Sans-Peur

(Juvénal des Ursins, p. 526). L'année suivante, le même fit

partie d'une autre délégation chargée de conférer avec les

députés de Brabant au sujet du droit que prétendait le duc de

Bourgogne sur l'administration des biens appartenant aux enfants

du duc de Brabant, tué à Azincourt (D. Plancher, t. IV, p. 448).

C'est le vendredi 19 août 1418 que Lamban, alors bailli de

Vermandois, fut temporairement institué prévôt de Paris, jusqu'au

retour de Guy de Bar, c'est-à-dire jusqu'en octobre 1418 (Arch.

nat., Y 1, fol. 1).

231. Item, cedit moys de septembre, estoit à Paris et autour la mortalité

si tres cruelle[515], que on eust veu puis IIIc ans par le dit des

anciens; car nul n'eschapoit qui fust feru de l'espidimie, especialment

jeunes gens et enfans. Et tant en mouru vers la fin dudit moys, et si

hastivement, qu'il convint faire es cymetieres [de Paris] grans fosses,

où on en mettoit XXX ou XL en chascune, et estoient arangés comme lars,

et puis [ung pou] pouldrez par dessus de terre; et touzjours jour et nuyt

on n'estoit en rue que on ne rencontrast Nostre Seigneur, que on portoit

aux malades, et tretous avoient la plus belle cognoissance de Dieu Nostre

Seigneur à la fin, que on vit oncques avoir à chrestiens. Mais au dict

des clercs, on ne avoit oncques veu ne ouy parler de mortalité qui fust

si desvée, ne plus aspre, ne dont moins eschappast de gens qui feru en

fussent; car en moins de cinq sepmaines trespassa en ville de Paris plus

de L mil personnes. Et tant trespassa de gens de l'Eglise que on

enterroit IIII, ou VI, ou huit chefs de hostel à une messe à notte, et

convenoit marchander aux presbtres pour combien ilz la chanteroient[516],

et bien souvent en convenoit paier XVI ou XVIII solz parisis, et d'une

messe basse IIII solz parisis.

[515] Le mercredi 28 septembre, par suite de la «grant mortalité»

régnant à Paris et en plusieurs parties du royaume, le Parlement

dut suspendre ses plaidoiries, et l'on voit, le 3 novembre

suivant, que l'évêque, «pour doubte de l'epidimie ayant cours à

Paris», s'était retiré dans l'abbaye de Saint-Maur (Arch. nat.,

X{la} 1480, fol. 148, 153).

[516] Ms. de Paris: pour combien ilz l'achetteroient.

232. Item, en ce temps, qui estoit environ XII jours en octobre,

n'estoit pas encore cessée la mortalité aucunement[517] ne les Arminaz

pour paix ne pour autre chose ne laissoient à faire comme davant tretous

le pis qu'ilz povoient, et venoient souvent jusques emprès de Paris

prendre proies et hommes et femmes, et menoient en leurs garnisons, ne

nul n'en osoit mot dire, et pour vray il ressembloit que au duc de

Bourgongne en fust apoy, et apoisoit le peuple de douces parolles.

[517] Une procession solennelle à Saint-Victor eut lieu le 5

octobre, «pour occasion des guerres et grans mortalitez estans en

ce royaume», et ce même jour, suivant les injonctions de l'évêque

de Paris ou de ses vicaires, la population parisienne s'imposa,

ce qui n'était déjà que trop entré dans ses habitudes, une

abstinence générale de viande (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 149

vº).

233. Item, tout le moys d'octobre et de novembre, fut la mort ainsi

cruelle comme davant est dit, et quant on la vit si dervée que on ne

savoit mais où les enterrer, on fist grans fosses, aux Sains-Innocens

cinq, à la Trinité quatre, aux autres selon leur grandeur, et en chascune

on mettoit VIc personnes ou environ. Et fut vray que les cordouanniers de

Paris compterent le jour de leur confrarie Sainct Crespin et Sainct

Crespinien[518] les mors de leur mestier, et compterent et trouverent

qu'ilz estoient trespassez bien XVIIIc, tant maistres que varletz, en ces

deux moys en ladicte ville. Et ceulx de l'Ostel-Dieu, ceulx qui faisoient

les fosses es cymetieres de Paris, affermoient que entre la Nativité

Nostre-Dame et sa Concepcion, avoient enterré de la ville de Paris plus

de cent mille personnes[519], et en IIII ou V cens n'en mouroit pas XII

anciens, que tous enfens et jeunes gens.

[518] Le 23 mai 1430, Henri VI, roi d'Angleterre, confirma les

privilèges de la confrérie des «maîtres et varlets cordouanniers,

dite de Saint Crespin et Saint Crespinien», qui comptait déjà

plus de cinquante années d'existence, et l'autorisa à se faire

représenter en justice par un examinateur du Châtelet (Longnon,

_Paris pendant la domination anglaise_, p. 310). Depuis le règne

de Charles V, cette confrérie faisait, chaque année, célébrer un

service dans la chapelle de Notre-Dame consacrée aux saints

Crépin et Crépinien; en 1432, les garçons cordonniers, formant

une confrérie distincte, admirent dans leur association les

maîtres du métier, qui avaient une confrérie à Saint-Barthélemy,

et la redevance de 20 sols, annuellement payée à Notre-Dame, fut

doublée (Arch. nat., LL 216, fol. 170).

[519] L'auteur de la chronique des Cordeliers rend le même

témoignage: «Et y fu, dit-il en parlant de l'épidémie parisienne,

celle an la mortalité si grande qu'il y moru près de IIIIXX mil

personnes.» (Monstrelet, t. VI, p. 265.)

234. Item, les Arminalz tenoient touzjours les villes et forteresses

devant dictes, et tindrent Paris en si grant subgection que ung enffant

de XIIII ans mengoit bien pour VIII deniers de pain à l'eure, et coustoit

la XIIne VI solz parisis, que on avoit eue pour VII ou VIII blans, ung

bien petit fromaige X ou XII blans, le quarteron d'œufs V ou VI solz

parisis; la char d'un bon mouton, le bœuf XXXVIII frans; ainsi petite

bûche comme de Marne toute verte, XL solz parisis ou III frans le cent,

la buche de molle XII solz le molle[520], meschantes bourrées où il

n'avoit que feilles, le cent XXXVI solz parisis[521], ung quarteron de

poires d'Engoisses IIII solz parisis, de pommes II solz ou VI blans, la

livre de beurre sallé VIII blans, ung petit fromaige venant de la

Frisselle[522] XVI deniers parisis, une paire de soulliers que on avoit

devant pour VIII blans [en mil] IIIIc XVIII, coustoient XVI ou XVIII

blans, et toutes autres choses, quelles qu'elles fussent, estoient ainsi

cheres à Paris partout.

[520] La rareté et le prix exagéré de la «marchandise de busche»

nécessitèrent des mesures exceptionnelles; le Parlement décida,

dans sa séance du 26 novembre, que les verdiers feraient abattre

dans les forêts royales de Bondy, Saint-Germain-en-Laye, Senart

et Pommeraye, trois cents arpents de bois de chauffage pour les

vendre à marchands solvables à raison de six à huit livres

l'arpent; le prix de vente au détail fut ainsi fixé: «le mole de

busche» ne pourrait dépasser 6 sols parisis, et le cent de menus

cotrets 16 sols parisis; au 22 décembre la valeur du cent de

petits cotrets s'éleva à 16 sols, des moyens à 20 sols, et des

meilleurs à 24 sols parisis. Bien qu'il y eût un tarif en quelque

sorte officiel, les marchands ne se gênaient pas pour vendre à

leur fantaisie, et la tâche du commissaire chargé par le

Parlement de surveiller le commerce du bois n'était pas exempte

de difficultés; le 22 décembre, Guillaume Rose, avocat au

Parlement, délégué par la Cour, ayant voulu mettre à prix

«certaine busche» arrivée à Paris par bateau, le marchand le

menaça de le jeter dans la rivière et fut condamné, pour sa

rébellion, à faire amende honorable et à tenir prison (Arch.

nat., X{la} 1480, fol. 159-164). Aucune décision ne fut prise

dans la séance du 26 novembre «ou regard du pain et des autres

vivres qui estoient à grant chierté à Paris.»

[521] Ms. de Paris: XXV solz.

[522] Ms. de Paris: la Foiselle.

235. Item, en ce moys de novembre, fut remis le Beau[523] de Bar, c'est

assavoir, messire Guy de Bar, dit le Beau, en la prevosté de Paris, comme

devant[524].

[523] Ms. de Paris: Le Veau de Bar.

[524] Guy de Bar reprit possession de la prévôté de Paris le

lundi 10 octobre et prêta de nouveau devant le Parlement le

serment habituel (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 150). D'après le

registre Doux Sire (_Ibid._, Y 1, fol. 1), la rentrée de Guy de

Bar serait du 3 octobre, mais la mention inscrite sur les

registres du Parlement nous semble plus exacte.

236. Item, en cedit moys de novembre, orent lesdiz bouchiers congié de

refaire la grant boucherie de Paris, de devant le Chastellet[525], et fut

commencé à querir les fondemens le mercredy XIe jour de novembre.

[525] En vertu de lettres d'août 1418, portant rétablissement de

la grande boucherie et autorisant sa reconstruction sur son

ancien emplacement, la corporation des bouchers obtint en même

temps l'annulation de toutes les condamnations et proscriptions

prononcées par Bernard d'Armagnac, et la restitution de ses

anciens privilèges (Arch. nat., JJ 170, no 263). Ces lettres

furent publiées en séance du Parlement le 3 octobre 1418

(_Ibid._, X{la} 1480, fol. 249) et insérées au volume des

Ordonnances (_Ibid._, X{la} 8603, fol. 38).

237. Et environ XII jours après fist crier le roy à trompes qu'il

pardonnoit à tout homme, fust Arminac ou autre, quelque chose que on luy

eust mesfait[526], ce non à troys, le président de Provence, maistre

Robert le Maçon et Remon Raguier[527]; ces troys avoient fait tant de

traïson contre le roy qu'il ne leur volt pardonner, car par eulx troys se

faisoient tous les maulx devant diz à Paris[528].

[526] L'autorité royale rendit, le 13 novembre 1418, l'ordonnance

qui confirmait le traité de Saint-Maur, mais en exceptait

nommément les conseillers intimes du dauphin, «infracteurs et

perturbateurs» de ladite paix, et, comme tels, déclarés rebelles

et ennemis du roi; deux jours après, dans un conseil tenu à

Saint-Paul, en présence du recteur de l'Université, du prévôt de

Paris, du prévôt des marchands, des échevins et d'une nombreuse

assistance, Charles VI fit donner lecture de ces lettres que le

Parlement publia et enregistra dans sa séance du jeudi 17

novembre (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 156; X{la} 8603, fol. 40).

[527] Raymond Raguier, trésorier général de la reine et des

guerres, remplissait, dès 1409, les fonctions de maître de la

Chambre aux Deniers (Arch. nat., KK 31-32). En 1412, l'Université

le signala, dans ses remontrances au roi, comme coupable de

dilapidations; néanmoins, il ne fut pas disgracié et devint, de

1417 à 1418, l'un des généraux commissaires sur le fait des

finances (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 92). Sa haute situation le

désignait au ressentiment des Bourguignons; ne pouvant

l'atteindre dans sa personne, ils le frappèrent dans ses biens;

le grand hôtel de Raymond Raguier, situé rue Bourtibourg, fut

occupé par l'évêque de Thérouanne, chancelier de France, avec les

autres maisons que R. Raguier possédait dans cette rue. Jean de

Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, revendiqua un autre immeuble,

rue de la Heaumerie, comme lui ayant été vendu par ledit Raymond

ou donné par le roi (Sauval, p. 291 et 304; _Longnon, Paris

pendant la domination anglaise_, p. 315).

[528] «A Paris» manque dans le ms. de Rome.

238. Item, la sepmaine d'après party le roy[529] et monseigneur de

Bourgongne pour aller contre les Angloys, et allerent loger à Pontoise,

et là furent jusques à trois sepmaines après Noel[530] sans riens faire,

se non menger tout le païs d'autour. Et les Angloys estoient devant

Rouen[531], et le dalphin ou ses gens gastoient le païs de Touraine[532];

et les autres estoient autour de Paris, et venoient jusques aux portes de

Paris piller, tuer, ne oncques le duc de Bourgongne ne les siens ne

s'avancerent aucunement de contester aux Engloys ne Arminaz. Et pour ce,

enchery tretout de plus en plus à Paris, car riens n'y povoit venir pour

ceulx devant diz[533]. En icellui temps coustoit ung petit pourcel VI ou

VII frans, et toute char enchery tellement que pouvres gens n'en

mengeoient point; mais en celle année fut tant de choulx que tout Paris

en fut gouverné tout l'yver, car febves et poys estoient oultraigeusement

chers.

[529] Charles VI, après avoir entendu, le 12 novembre, une messe

dite en son honneur à Notre-Dame, partit le 24, accompagné de la

reine et du duc de Bourgogne, avec le dessein plus ou moins

arrêté de porter secours à la ville de Rouen; le lendemain de son

départ, le Parlement se joignit au clergé de la Sainte-Chapelle

et se rendit processionnellement à Notre-Dame (Arch. nat., X{la}

1480, fol. 153, 155, 158).

[530] Jean Sans-Peur séjourna à Pontoise du 24 novembre au 28

décembre (Gachard, _Archives de Dijon_, p. 240).

[531] Dans la dernière période du siège de Rouen, alors que la

détresse de la vaillante population rouennaise était extrême, le

gouvernement de Charles VI fit une suprême tentative pour venir

en aide à la cité assiégée; le 7 décembre 1418, il conféra au

chancelier de l'Aître, assisté du grand maître de l'hôtel,

Thibaud de Neufchâtel, du prévôt Guy de Bar et de quelques autres

personnages, le pouvoir d'aliéner jusqu'à dix mille livres de

terre du domaine royal (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 42). Le 10

décembre, le Parlement de Paris, instruit de la situation

critique de Rouen par lettres des capitaine, gens d'armes et

bourgeois assiégés, «faisant mencion de leur estat moult

piteable», se cotisa pour offrir mille francs au roi (_Ibid._,

X{la} 1480, fol. 161).

[532] Après avoir réduit Georges de la Trémoille dans son château

de Sully, le dauphin mit le siège devant la ville de Tours, le 26

novembre; au bout de cinq semaines, le capitaine bourguignon, qui

commandait à Tours, composa avec le prince Charles et lui rendit

la place par traité du 30 décembre (Cf. Vallet de Viriville,

_Histoire de Charles VII_, t. I, p. 140).

[533] L'arrivage des vivres devenant de jour en jour plus

difficile, le Parlement dut aviser au moyen d'assurer

l'approvisionnement de la capitale; dans sa séance du 22 octobre,

un capitaine bourguignon, nommé Callot d'Ully, à la tête de 200

hommes d'armes et de 200 hommes de trait, fut spécialement chargé

d'escorter les vivres destinés à la subsistance de Paris. Par la

même occasion, le Parlement s'occupa aussi de régler la

«distribucion» et principalement l'«appreciacion» des denrées

dont le prix avait atteint des proportions exagérées; à cet

effet, il adjoignit au prévôt des marchands et aux échevins deux

conseillers, Mes Hugues le Coq et Jacques le Fer, avec un maître

des comptes, Gilles de Clamecy (Arch. nat., X{la} 1480, fol.

152).

239. Item, en ce temps valloit une bonne livre de chandelle VIII blans,

ou VII de mains.

240. Item, on paoit en ce temps, tout homme qui vendoit vin, de chascune

queue en gros, huit solz parisis; et cil[534] qui l'achatoit autant, et

du poinson IIII solz parisis, et se on la vendoit à detail de vin, à IIII

deniers autres VIII solz parisis, à VI deniers XII solz parisis. Et fut

commencée ceste doloreuse praticque environ la Toussaint IIIIc XVIII.

[534] Ms. de Paris: qui vouloit vendre.

[1419.]

241. Item, le XXe jour de janvier, oudit an IIIIc XVIII, entrerent les

Engloys dedens Rouen[535], et la gaignerent par leur force, et parce

qu'ilz n'avoient de quoy vivre dedens la cité, mais moult la tindrent

longuement contre les Angloys, comme environ VI ou VII moys.

[535] La date du 20 janvier ici indiquée est celle de la

réception triomphale du roi d'Angleterre à Rouen. Suivant la

chronique Normande de P. Cochon, ce fait se serait passé le 19

janvier; quant au traité qui fit tomber cette ville au pouvoir

des Anglais, il fut conclu le 13 janvier 1419 (Rymer, t. IV, 3e

partie, p. 82). C'est le mardi 17 janvier que l'on apprit à Paris

la capitulation de Rouen «par defaulte de vivres», car, ajoute le

greffier du Parlement, «autrement par force d'armes ou par

assaulz la ville n'estoit pas prenable» (Arch. nat., X{la} 1480,

fol. 166).

242. Item, après ce vindrent devers Paris pour gaigner le remenant de

France, et nul ne les contredisoit que ceulx des bonnes villes qui leur

tenoient ung pou de pié, mais tantost les convenoit rendre, car nulz des

gentilzhommes ou pou s'en mesloient[536] pour la haingne des Bourguignons

et Arminalx; et par ce vint si grant cherté à Paris de toutes choses dont

on povoit vivre, car tous les plus grans estoient esbahiz. Et valloit ung

sextier de blé IIII ou V frans oudit an mil IIIIc XVIII; petit pain pour

VIII solz parisis la XIIne; une petite piece de char, VI blans; une

froissure de mouton, XII deniers; [pour] ung petit frommaige, IIII solz

parisis; trois œufs, III blans; la livre de beurre sallé, IIII solz

parisis; ung quarteron de petites pommes, XVI deniers; chascune poire,

IIII deniers; le cent de harens sors, III escuz; le cent de haren

cacqué, IIII frans; deux petis oingnons, ung denier; deux chefs d'auls,

IIII deniers; IIII navez, II deniers; ung boessel de bons pois, X ou XI

solz parisis, et feves autant; buche chere comme devant est dit; le cent

de noys, XVI deniers; la pinte d'uylle d'olive, VI solz parisis; la livre

de sain doulx, XII blans; la chopine, XVIII deniers; la livre de fromaige

de presse, III solz parisis. Brief, tout [ce de quoy creature humaine

povoit vivre] estoit tant cher que chascun denier coustoit quatre

[deniers] de toutes choses, se non de mettaulx comme arain ou estain;

arain avoit-on pour VI deniers la livre; estain pour X deniers la livre

ou pour VIII deniers; la livre de potin IIII deniers parisis; mais argent

valloit en ce temps X frans le marc; ung des petiz moutons devant diz de

XVI solz valloit XX solz parisis.

[536] Ms. de Paris: marchoient.

243. Item, la premiere sepmaine de fevrier oudit an, fut prinse Mante par

les Angloys, et plusieurs forteresses d'autour[537]; et n'estoit homme

qui y meist aucun remede, car les signeurs de France estoient si courcez

l'ung à l'autre, car le dalphin de France estoit contre son pere à cause

du duc de Bourgongne qui estoit avec le roy, et tous les autres signeurs

du sang de France estoient prinsonniers au roy d'Angleterre de la

bataille d'Agincourt du jour Sainct Crespin, et son frere devant dit.

[537] D'après Cl. de Fauquembergue: «Jeudi, IXe jour de fevrier,

vindrent nouvelles (à Paris) de la reddicion faicte au roy

d'Angleterre de la ville de Mante, et que les Anglois estoient à

siège devant Pontoyse.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 170.)

Vernon se rendit également aux envahisseurs (Chron. des

Cordeliers, p. 266), ainsi que nombre de places dont la

nomenclature est donnée par Monstrelet (t. III, p. 309).

244. Item, en ce moys de fevrier oudit an, l'an mil IIIIc XVIII, fut

depposé le Beau de Bar de la prevosté de Paris, et fut fait prevost de

Paris ung nommé Gilles de Clamecy[538], natif de la ville de Paris; ce

que on n'avoit oncques [mais] veu d'aage de homme qui à celuy temps fust

trouvé [en vie], que de la nacion de Paris on eust fait prevost.

[538] Gilles de Clamecy, licencié ès lois, reçu le 29 juillet

1406 conseiller en la Chambre des enquêtes à la recommandation de

son oncle, J. Chanteprime, qui résigna ses fonctions en sa

faveur, passa en 1417 à la Chambre des comptes en qualité de

maître et fut remplacé le 12 novembre au Parlement par Pierre le

Bescot (Arch. nat., X{la} 1478, fol. 283; X{la} 1480, fol. 110).

Les services qu'il rendit dans la crise que traversait la

population parisienne le mirent en évidence, et il fut appelé le

vendredi 3 février 1419 au poste éminent de prévôt de Paris. Le 5

octobre suivant, Gilles de Clamecy ayant ouï dire «qu'il n'estoit

mie bien agreable oudit office à aucuns des habitans de la ville

de Paris», remit sa démission entre les mains du comte de

Saint-Pol et des membres du grand Conseil royal; mais, au scrutin

qui eut lieu le 6 octobre, il réunit la majorité des suffrages et

fut obligé de conserver sa charge, malgré le refus persistant

qu'il opposa (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 194). Gilles de

Clamecy habitait dès 1399 un hôtel sis rue des Poulies, adjacent

à celui du trésorier Jean Coignet (_Ibid._, JJ 172, no 193;

Berty, _Topographie historique du vieux Paris_, t. I, p. 93).

C'est dans cette demeure que vinrent le trouver, le 2 décembre

1420, les chanoines Nicolas Fraillon et Pierre d'Orgemont, pour

solliciter l'autorisation nécessaire à l'effet de réunir leurs

collègues absents, en vue de l'élection épiscopale (Arch. nat.,

LL 215, fol. 649). Le prévôt de Paris accorda l'autorisation

demandée; ce fut l'un de ses derniers actes, car il ne tarda pas

à céder la place à Jean du Mesnil. Gilles de Clamecy resta

néanmoins en faveur et obtint des Anglais, en compensation des

sommes dues pour ses services, le château et la châtellenie de

Bazoches, les seigneuries de Vauxceré et de Vieil-Arcy,

confisquées sur Guillaume de Champeaux et sa sœur, avec le bel

hôtel parisien appartenant au duc d'Alençon, dit l'hôtel

d'Autriche (_Ibid._, JJ 172, no 257; Sauval, III, 313). En 1423,

«messire Gilles de Clamessye de Parys,» chevalier, est nommé

parmi les conseillers du régent, qui le chargea en 1430 de faire

une enquête dans les pays d'Anjou et du Maine sur les abus commis

par Thomas Ruault, trésorier de ce pays, et Thomas Owerton

(_Ibid._, X{2a} 20, fol. 20); en 1434, il est porté pour 600

livres de gages sur le tableau des payements effectués par la

recette générale de Normandie. (J. Stevenson, _Wars of the

English in France_, vol. II, part. 11, p. 531.)

245. Item, ou moys de mars ensuivant, valloit le marc d'argent XIIII

frans; le sextier de bon blé, C solz parisis; la pinte de bonne huylle de

noix, VII ou VIII solz.

246. Item, ou[539] moys de mars ensuivant, environ XV jours, fut le blé

si cher que le sextier valloit VIII frans; et environ VIII jours à

l'yssue dudit moys, fut crié par les carrefours de Paris que nul ne fust

si hardy qu'il vendist blé seigle plus de III frans le sextier, le

meilleur sextier de mestail plus de LX solz parisis, le meilleur froment

plus de LXXII solz parisis le sextier, et que nul moulnier ne prenist

point de la moulture que argent, c'est assavoir, VIII blans pour sextier,

et que chascun boulenger feist bon pain blanc, pain bourgois et pain

festiz à toute sa fleur, et de certain poix[540] dit ou cry[541]. Quant

les marchans qui alloient aux blez et les boullengiers ouirent le cry,

si cesserent de cuire, et les marchans d'aller hors; et aussi ilz n'y

alloient point, [et n'allassent] que à une lieue de Paris que ce ne fust

sur leur vye, car les Angloys sans cesser [venoient] toutes les sepmaines

une foys ou deux jusques au pont de Sainct-Cloud, et les Arminaz jusques

aux portes de Paris sans cesser, et nul homme n'osoit yssir.

[539] Ms. de Paris: en ce moys.

[540] Ms. de Paris: pris.

[541] Ce règlement du mois de mars 1419, relatif à la meunerie et

boulangerie parisiennes, ne se trouve point dans les registres du

Châtelet, mais d'autres règlements de même nature furent

promulgués cette année; ainsi nous savons que les boulangers se

plaignirent d'être grevés par une ordonnance du prévôt de Paris

publiée le jeudi 30 août 1419 (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 161

ro).

247. Item, en la darraine sepmaine[542] de mars, l'an mil IIIIc XVIII, la

IIIIe sepmaine de karesme, qui eust donné es Halles de Paris, ou en la

place Maubert, XX solz d'une XIIne de pain, il n'en eust peu finer. Vray

est que aucuns boullengiers cuisoient, et n'en povoit avoir chascun que

ung ou deux tout[543] au plus, et y avoit tousjours quelque L ou LX

personnes à l'uys qui attendoient qu'il fust cuyt, et le prenoient tout

venant du four. En ce point estoit la cité de Paris gouvernée, et pour

vray en tout le karesme povres gens ne mengeoient que pain aussi noir et

mal savouré[544] c'om pouroit faire. Vers la fin de karesme vint des

hannons de foys à autres, mais on vendoit le sac XXVI solz parisis c'om

avoit veu avoir pour V blans autres fois, et n'en avoit on que bien pou

pour V ou VI blans; et vint ung pou de figgues grasses et rudes, et si en

vendoit on la livre deux solz; et touzjours ung haren caqué bon VIII

deniers parisis; ung sor VI deniers; une petite seiche, III ou IIII

blans; et enchérirent tant les oingnons que une petite bote de [XX ou] de

XXIIII oingnons valloit[545] IIII solz parisis.

[542] Le mot «sepmaine» est laissé en blanc dans le ms. de Paris.

[543] «Tout» manque dans le ms. de Rome.

[544] Ms. de Paris: plus assesonné.

[545] «Valloit» manque dans le ms. de Rome.

248. Item, ung pou devant mars, fut pillée la ville de[546]

Soissons[547], et grant occision faicte de hommes, de femmes et d'enfens

par les Arminalx.

[546] «La ville de» manque dans le même ms.

[547] Soissons fut pris par escalade le 8 mars au point du jour.

Le Religieux de Saint-Denis (t. VI, p. 317) donne les détails les

plus complets sur cet exploit des partisans du Dauphin.

249. Item, oudit an, en mars, fut faicte grant occision en la cité de

Sens, que le seigneur de Guittré[548] y fist, pour ce que ceulx de la

cité vouloient mettre les Bourguignons dedens sans son seu, car il en

estoit bailly.

[548] Ms. de Paris: seigneur Guiatre.

250. Item, en ce temps furent Pasques le XVIe jour d'avril IIIIc XIX.

Lors fut la char si chere que ung beuf, qu'on avoit veu donner maintes

foys pour VIII frans ou pour dix tout au plus, coustoit L frans; ung veau

IIII ou V frans; ung mouton LX solz ou IIII frans. Toute char que on

povoit menger, fust vollaille ou autre, estoit tant chere, car ung homme

eust bien mengé à son repas pour VI blans de bon beuf, ou mouton, ou

lart; et n'avoit-on que II œufs pour II blans; ung fromaige mol, VI ou

VIII blans; la livre de beurre sallé XIIII blans; le froys, XVIII blans;

une froessure de mouton, II solz ou VIII blans; ung pié de mouton, IIII

deniers; la teste de mouton, III ou IIII blans. Et touzjours couroient

les Arminaz[549], comme devant est dit, tuoient, pilloient, boutoient feu

partout sur femmes, sur hommes [et] sur grains, et faisoient pis que

Sarazins, et nul ne les contredisoit; car le duc de Bourgongne estoit

touzjours avec le roy à Prouvins, et ne s'en bougeoient, et y furent

jusques au XXVIIIe jour de may IIIIc XIX qu'ilz vindrent à Pontoise[550],

c'est assavoir le roy, la royne, le duc de Bourgongne, et passerent [par]

devant Paris par le bout de Sainct-Laurens sans entrer à Paris, dont on

fut moult esbahy [à Paris; de Pontoise allerent à Meurlan et] orent

treves aux Arminalx trois moys ensuivans[551]; et là parlementerent aux

Engloys aussi par treves de faire aucun mariaige[552]; et fut une dure

chose au roy de France, que lui, qui devoit estre le souverain roy des

chrestiens, convint qu'il obeist à son anxien ennemy mortel, pour estre

contre son enfant et ceulx de la bande qui nonobstant treves pilloient

tousjours et roboient comme devant.

[549] La garnison de Meaux s'enhardit jusqu'à pousser une pointe

aux environs de Paris et fit, le 11 mai, une tentative «pour

escheller le pont de Charenton et entrer dedens le chastel du

Bois de Vincennes.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 177 vº.)

[550] A la date du 26 mai 1419, le duc de Bourgogne, accompagné

du roi et de la reine, quitta Provins où il avait séjourné plus

de quatre mois (du 22 janvier au 25 mai), passa la nuit au

château du Bois-de-Vincennes et se dirigea le lendemain sur

Pontoise pour se trouver à Meulan le 30 mai et y traiter avec les

Anglais.

[551] C'est le dimanche 28 mai que fut publiée à Paris la trêve

conclue le 14 mai entre les Bourguignons et les gens du dauphin

(Arch. nat., X{la} 1480, fol. 186 vº).

[552] Il s'agit des pourparlers concernant le mariage de

Catherine de France avec le roi d'Angleterre; le 23 juin, des

commissaires spéciaux nommés par Henri V furent chargés de suivre

les négociations relatives à l'union projetée

(Champollion-Figeac, _Lettres des rois et reines_, t. II, p.

345).

251. Item, en ce temps estoit la tres grant charté de toute vitaille,

comme devant est dit, et valloient quatre chefs d'aulx bien petiz IIII

deniers parisis.

252. Item, le VIIIe et le IXe jour de juing ensuivant, après les triefves

devant dictes environ six jours, vint tant de biens à Paris, de lars, de

fromaiges de presse, qu'ilz estoient es Halles entassez aussi hault que

ung homme, et fut donné pour II blans ou pour III frans ce qui coustoit

six la sepmaine de devant; et vint tant d'aulx à Paris, que ce qui

coustoit XII ou XVI solz la sepmaine de devant estoit donné pour V ou

pour VI blans; et vint grant foison de pain de Corbeil, de Meleun et du

plat païs d'entour Paris, qu'ilz avoient des biens des bonnes villes, et

si en vint d'Amiens et de par delà, mais pou amenda du marché de

touzjours, fors qu'il estoit plus blanc.

253. Item, la vigille de la Trinité, vint tant de poisson à Paris que on

avoit IIII ou V bonnes solles pour ung gros, et l'autre marée à la

vallue; et fut la Trinité le jour Sainct Barnabé, XIe jour de juing l'an

mil IIIIc XIX.

254. Item, la sepmaine ensuivant, fut crié que on prenist les moutons

devant diz de XVI solz pour XXIIII solz parisis[553], dont les marchans

de loing furent plus eslongnez[554] que devant de venir marchander à

Paris, ne nul n'y venoit qui de la monnoye tenist compte ou pris[555]

qu'elle couroit en ce temps; car il couroit à Paris blans de Bourgongne

de VIII deniers parisis piece, que on appelloit lubres, qui ne valoient

mie trois deniers, et avec ce estoient rouges comme meriaux[556]. Si

eussiez veu par tout Paris où marchandise couroit touzjours debat, fust

à pain ou à vin, ou à autre chose.

[553] Par lettres du 18 juin 1419 à l'adresse du prévôt de Paris,

publiées «es lieux notables et accoutumez» de la ville de Paris,

Charles VI ordonna que les deniers d'or, «appeliez moutons,

lesquelx avoient cours pour XX solz tournois la piece,» seraient

pris dorénavant dans toute l'étendue du royaume pour trente sols

tournois; cette surélévation du cours des moutons avait pour but

de faire cesser l'exportation de l'or, spéculation à laquelle se

livraient plusieurs marchands étrangers. (Arch. nat., Z{1b} 58,

fol. 153 vº.) La rareté des espèces d'or donna naissance à de

nombreuses contestations: ainsi le chapitre de Notre-Dame avait

prêté au roi une certaine somme en petits moutons d'or; on voulut

au mois de juillet 1419 la rembourser en monnaie blanche, mais

cette monnaie était déjà tellement discréditée que le chapitre

refusa, demandant à être payé en monnaie d'or de valeur

équivalente; après longue discussion où le duc de Bourgogne

allégua que les chanoines n'avaient déboursé que de l'argent

blanc, la question en litige fut déférée au Parlement (_Ibid._,

LL 215, fol. 240).

[554] Ms. de Paris: estonnez.

[555] Ms. de Paris: païs.

[556] Ms. de Paris: memoriaux.

255. Item, en icellui temps fist tant le duc de Bourgongne que paix fust

faicte entre le Dalphin et le roy de France, son pere, et tous les

Angloys, comme en maniere de traicté, tant que la dicte paix fut faicte

entre Meleun et Corbeil, en ung lieu dit le Poncel, à une lieue de Meleun

emprès Poully; et là jurerent touz les vassaulx d'une part et d'autre à

tenir ladicte paix, sans jamais aller à l'encontre de ce qui fait en

estoit; et fut le mardi XIe jour de juillet, et en fut faicte tres grant

feste à Paris[557]; et fut confermée le XIXe jour dudit moys ladicte paix

de tous les signeurs qui pour lors estoient en France[558]. Et tous les

jours [à Paris] et especialment de nuyt faisoit on tres grant feste pour

ladicte paix à menestriers et autrement.

[557] Dès que l'on reçut à Paris la nouvelle du traité qui venait

d'être signé entre le dauphin et le duc de Bourgogne,

c'est-à-dire le mercredi 12 juillet, on fit sonner les cloches et

chanter le _Te Deum_ en signe d'allégresse; le lendemain et le

surlendemain des processions solennelles se rendirent aux églises

de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers et de Sainte-Geneviève

(Arch. nat., X{la} 1480, fol. 189).

[558] Les lettres de Charles VI ratifiant le traité du Ponceau

furent enregistrées au Parlement le 20 juillet (Arch. nat., X{la}

8603, fol. 50); leur publication faite dans Paris le même jour

donna lieu à de nouvelles réjouissances publiques: «Et fuerunt in

vespere facti ignes per totam villam cum maximo gaudio et

exultacione tocius populi.» (_Ibid._, LL 215, fol. 240.)

256. Item, le penultime jour dudit moys, fut la feste Sainct Huistace,

qui fut faicte moult joieusement, et l'endemain, jour Sainct Germain,

tourna en si grant tribulacion que oncques fist feste; car à dix heures,

ainsi qu'ilz cuidoient [ordonner] d'aller jouer au Marais, comme coustume

estoit, vint à Paris ung grant effroy, car, par la porte Sainct-Denis,

quelque XX ou XXX personnes, si effroyez comme gens qui estoient, n'avoit

gueres, eschappez de la mort; et bien y paroit, car les aucuns estoient

navrez, les autres le cueur leur failloit de paour et de chault et de

faing, et sembloient mieulx mors que vifs. Si furent artez à la porte et

leur demanda on l'achoison dont grant douleur leur venoit, et ilz

prindrent à larmoyer en disant: «Nous sommes de Pontoyse qui a esté à

ceste journée, au matin, prinse des Angloys [pour certain[559]], et puis

ont tué, navré tout ce qu'ilz ont trouvé en leur voye, et bien se tient

pour bien euré qui peut eschapper de leur main, car oncques Sarazins ne

firent pis aux chrestiens qu'ilz font.» Et ainsi qu'ilz disoient et

regardoient ceulx qui gardoient la porte devers Sainct-Ladre, et veoient

venir grans tourbes[560] de hommes, femmes et enfens, les ungs navrez,

les autres despoulliez; l'autre portoit deux enfens entre ses bras ou en

hostes, et estoient les femmes, les unes sans chapperon, les autres en

ung povre corcet, autres en leur chemise; povres prebstres qui n'avoient

que leur chemise ou ung seurpeliz vestu, la teste toute descouverte, et

en venant faisoient si grans pleurs, criz et lamentacions, en disant:

«Dieu, gardez nous par vostre grace de desespoir, car huy au matin

estions en nos maisons aises [et manans], et à medy ensuivant sommes

comme gens en exil querans nostre pain.» Et en ce disant, les aucuns se

pasmoient, les autres s'asseoient à terre si las et si doloreus que plus

ne povoient; car moult avoient perdu aucuns de sang, les autres estoient

moult affebliz de porter leurs enfans, car la journée estoit tres chaude

et vaine. Et eussiez trouvé entre Paris et le Landit quelque iiic ou

iiiic ainsi assiz, qui recordoient leurs grans douleurs et leurs grans

pertes de chevances et d'amys, car pou y avoit personne qu'il neust aucun

amy ou amye ou enffant demouré à Pontoyse. Si leur croissoit leur douleur

tellement, quant il leur souvenoit de leurs amis qui estoient demourez

entre ces crueulx tirans Angloys, que le povre cueur ne les povoit

soustenir, car foibles estoient moult pour ce que encore n'avoit le plus

beu ne mangé, et aucunes femmes grosses acoucherent en la fuite, qui tost

après moururent; et n'est nul si dur cueur qui eust veu leur grant

desconfort qui se fust tenu de plourer ou larmoier. Et [toute] la

sepmaine ensuivant ne finerent que de ainsi venir, [que] de Pontoise

[que] des villaiges d'entour, et estoient parmy Paris moult esbahiz à

grans tropeaulx. Car [toute] vitaille estoit moult chere, especialment

pain et vin, [car on n'avoit point de vin] qui riens vaulsist, pour moins

de viii deniers la pinte; ung petit pain blanc viii deniers parisis; les

autres choses de quoy homme povoit vivre, par cas pareil.

[559] En général, les chroniqueurs s'accordent à dire que les

Anglais s'emparèrent de Pontoise par escalade; c'est aussi ce que

rapporte Clément de Fauquembergue. Cependant il existe une autre

version, celle du greffier du chapitre de Notre-Dame, qui se fait

l'écho du bruit public et laisse à entendre que la trahison ne

fut pas étrangère à cet événement. Voici en quels termes ce

personnage mentionne la prise de Pontoise: «Die lune, de mane,

venerunt nova Parisius, vera, proh dolor! quod per prodicionem

Anglici ceperant Pontisaram, propter quod plurima negocia

manserunt indiscussa.» (Arch. nat., LL 215, fol. 242.)

[560] Ms. de Paris: troupes.

257. Item, le peuple de Paris estoit moult esmerveillé du roy et du duc

de Bourgongne, que, quant Pontoise fut prinse, comme dit est, ilz

estoient à Sainct-Denis bien acompaignez de gens d'armes[561], et ne

firent aucun secours à ceulx de Pontoise, ains vuyderent l'endemain le

bagaige et allerent au pont de Charenthon, et de là à Laingny, et

passerent au plus pres de Paris sans entrer ens, dont [tout] le peuple

[de Paris] fut moult esbahi[562] et se tint pour mal comptent; car il

sembloit proprement que tous s'en fouissent devant les Angloys, qu'ilz

eussent grant haine à ceulx de Paris et du royaulme; car en ce temps

n'avoyt chevalier de renon d'armes à Paris, ne cappitaine nul[563], non

plus que le prevost de Paris et cellui des marchans, qui n'avoient pas

acoustumé à mener fait de guerre. Et pour ce les Anglois, qui savoient

bien que à Paris n'avoit que la commune, car touzjours avoient-ilz des

amys à Paris et ailleurs, vindrent la vigille Sainct Laurens[564]

ensuivant devant Paris jusques auprès de Paris[565], sans ce que nulz

leur contredeist; mais assaillir n'oserent Paris pour la commune, qui

tantost se misdrent sur les murs pour deffendre la ville, et fussent

voulentiers ladicte commune aux champs yssue, mais les gouverneurs ne

voldrent laisser homme yssir. Quant ce virent les Angloys, ilz s'en

allerent pillant, tuant, robant, prenant gens à rançon, et le lendemain,

jour Sainct Laurens, revindrent faire une cource jusques devant Paris, et

s'en retournerent vers Pontoise.

[561] Jean Sans-Peur séjourna à Saint-Denis du 23 au 30 juillet,

et à Lagny du 31 juillet au 6 août (Gachard, _Archives de Dijon_,

p. 241).

[562] «Fut moult esbahi» manque dans le ms. de Rome.

[563] La capitainerie de Paris avait été confiée, vers le milieu

de janvier 1419, à un enfant, Philippe de Bourgogne, comte de

Saint-Pol, que suppléa le duc de Clarence (Fenin, éd. Dupont, p.

119).

[564] Mercredi matin, 9 août, arrivèrent sous les murs de Paris

les Anglais commandés par le duc de Clarence; après s'être

arrêtés devant la porte Saint-Denis près de la maison de

Saint-Lazare, vers midi ils regagnèrent Argenteuil. Par suite de

cette incursion, le 10 août, jour de saint Laurent, «cessa le

marchié et foire acoustumés chascun an ledit jour estre tenu ou

forsbourc de Saint-Lorens leiz Paris.» Le 11 août, les Anglais

jugèrent à propos de rebrousser chemin et de revenir à Pontoise

(Arch. nat., X{la} 1480, fol. 191).

[565] Les mots «jusques auprès de Paris» manquent dans le ms. de

Rome.

258. Item, ce jour Sainct Laurens, tonna et esparty le plus terriblement

et le plus longuement que on eust veu d'aage de homme, et plut à la

value, car celle tempeste dura plus de quatre heures sans cesser. Ainsi

estoit le monde en doubte de la guerre Nostre Seigneur et de celle de

l'ennemy.

259. Item, [environ] XII jours après, commencerent [les bouchers]

derechief à refaire la grant boucherie. En ce temps n'estoit nouvelle

fors que du mal que les Angloys faisoient en France, car de jour en jour

gangnoient villes et chasteaux, et minoient tout le royaume de France de

chevance et gens, et tout envoyoient en Engleterre . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . .[566]

[566] Cette lacune regrettable, qui devait selon toute apparence

contenir le récit du drame de Montereau, existe dans le ms. de

Rome aussi bien que dans le ms. de Paris. Dans le premier, elle

correspond au bas du folio 60 vº. Bien que la main d'un

annotateur du XVIe siècle ait constaté à cet endroit l'absence de

trois feuillets, aucun indice matériel ne permet de supposer la

moindre lacération.

260. .....comment, et[567] les grans[568] signeurs de France prins des

Angloys tout par orgueil, faire sacrilege c foys le jour, violer eglises,

menger char au vendredi [à cuire], efforcer filles et femmes et dames de

religion, rostir hommes et enfans; brief, je croy que les tyrans de

Romme, comme Neron, Dio(c)lecian, Dacien et les autres ne firent oncques

la tyrannie qu'ilz font et ont fait. Tous ces fais devantdiz de

pardurable perdicion que chascun scet, estoient tous mis à nyant, quant à

la justice corporelle, de la divine je me teys, quant la deesse de

Discorde et son pere Sathan, à qui ilz sont, leur fist la faulce traïson

doloreuse faire, dont tout le royaulme est à perdicion, se Dieu n'en a

pitié [ou] y vueille de sa grace [ouvrer], qu'ilz soient en tel estat

qu'ilz le veullent cognoistre et qu'ilz ne puissent nuire à nulli, comme

ilz ont fait le temps passé, car par leurs [faiz] oultraigeux devantdiz

meurent de fain les gens aux champs et à la ville, et de froit. Car

aussitost qu'ilz orent fait leur dampnable voulenté du bon duc[569],

tous ceulx des garnisons coururent çà et là, pillant, robant, rançonnant,

boutant feus, par quoy tout enchery tellement[570] que le blé, qui ne

valloit que XL solz[571] parisis, valu tantost après VI ou VII frans;

[ung sextier de pois ou de febves X ou XII frans]; frommaige, œufs,

beurre, aulx, ongnons, buche, char, bref toutes choses de quoy gens et

bestes [et enffans] povoient vivre, encherirent tellement que tres petite

buche valloit III frans le cent[572]. Et pour celle charté fut ordonné

le boys de Vicennes à estre coppé, et costoit le molle XVI ou XVIII solz

parisis, et n'en avoit on que XXXII pour molle; une somme de charbon, III

frans, que on avoit eue autres foys [aussi bonne] pour V ou pour VI solz.

[567] Ces deux mots ont été ajoutés au XVe siècle en haut du fol.

61 rº du ms. de Rome et sont d'une écriture analogue à celle du

texte; au lieu de _comment_, le ms. de Paris porte _convient_.

[568] «Grans» manque dans le ms. de Rome.

[569] Plus d'une année après la catastrophe du pont de Montereau,

le Parlement de Paris procédait à une enquête sur l'assassinat de

Jean Sans-Peur, perpétré par les «gens ou officiers de Charles

soi-disant dauphin,» et chargeait, le 23 janvier 1421, l'un de

ses conseillers, Jean de Saint-Romain, d'informer à l'encontre de

certains prisonniers détenus à la Conciergerie (Arch. nat., X{2a}

16, fol. 397). Le 13 février suivant, l'instruction était assez

avancée pour que le Parlement se réunît à l'effet d'expédier le

procès de ceux «que on disoit estre coulpables et consentans de

la mort du feu duc de Bourgogne.» Trois séances furent consacrées

à l'examen de la cause; à la séance du mercredi 19 février 1421

assistaient le duc d'Exeter, capitaine de Paris, Lourdin de

Saligny, Renier Pot, le sire de Courcelles et autres chevaliers

du grand Conseil royal. Comme les registres criminels de cette

époque font défaut, le sort des malheureux accusés d'avoir trempé

dans le meurtre de Jean Sans-Peur reste inconnu, et nous sommes

réduits aux indications sommaires contenues au registre du

Conseil, qui ne donne même pas leurs noms (_Ibid._, X{la} 1480,

fol. 228, 229).

[570] Une lettre de rémission, accordée à une pauvre femme que la

misère avait chassée de Paris au mois de novembre 1419, témoigne

«de la grant famine et chierté de vivres qui lors estoit à Paris»

(Arch. nat., JJ 173, fol. 193 vo).

[571] Ms. de Paris: XV solz.

[572] A la suite de la prise de Pontoise, qui fermait l'une des

voies de ravitaillement de la capitale, quelques marchands ayant

voulu «rencherir oultrageusement leur busche», l'échevinage

parisien fut obligé de tarifer le bois de chauffage; des jurés se

transportèrent sur le port afin d'examiner les arrivages et pour

débattre les prix. «Les aucuns disoient que le cent de ladicte

busche valoit bien XXXII solz, les autres disoient XXXVI, et

finalement fu mise à XL solz» le cent, chiffre d'ailleurs fixé à

un marchand au début de l'année 1419. Malgré cette évaluation

basée sur le maximum, un marchand vendit sa bûche jusqu'à LX sols

le cent (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 158, 159). Quant aux coupes

faites dans le bois de Vincennes, elles avaient été décidées le 9

février 1419 par le Parlement, qui ordonna «de hastivement coper

et abatre les bois du roy environ Saint-Cloud et certaine

quantité du boys de Vincennes pour faire merrian et bois [de]

chauffage» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 170 vo). Malgré toutes les

mesures prises pour assurer l'approvisionnement de Paris, la

rareté toujours croissante du combustible se fit sentir à un tel

point que l'on fut obligé d'en régler la consommation; ainsi le

chapitre, ayant acheté pour 25 francs de bois spécialement

destiné à chauffer ceux qui veillaient toutes les nuits au

cloître de Notre-Dame, fixa à deux grosses bûches et à deux

cotrets la quantité de bois qui serait délivrée à chaque chanoine

de garde au _terrain_ (_Ibid._, LL 215, fol. 248). Le Parlement

n'éprouva pas moins de difficultés pour obtenir du receveur de

Paris un peu de bois nécessaire à son chauffage (_Ibid._, X{la}

1480, fol. 203).

261. Item, les petis enfens ne mengeoient point de lait, car pinte

coustoit X deniers ou XII. Certes, en ycellui temps pouvres gens ne

mengeoient ne char ne gresse, car ung petit enffant eust bien mengé pour

III blans de char à son repas. La pinte de bon sain doulx, IIII ou V solz

parisis; ung pié de mouton, IIII deniers; ung pié de beuf, VII blans, et

les trippes à la vallue; beurre sallé, IIII solz; ung œuf, VIII deniers;

ung petit frommaige, VII solz parisis; une paire de soulliers à homme,

VIII solz parisis; ungs patins, VIII blans; brief et toutes autres choses

quelxconques estoient [encheries] pour la mort du bon duc, et se ne

gaignoit on denier. Et si ne valloit rien la monnoye blanche[573], car

ung blanc de XVI deniers ne valloit pas plus de III deniers parisis en

argent, et ung escu d'or du temps passé valloit XXXVIII solz

parisis[574]; [pour] ung marc d'argent, XIIII frans[575]. Et pour ce

point, pour la feible monnoye, ne venoit point de marchandise à Paris, et

si estoient les Angloys tous les jours jusques aux portes de Paris, s'ilz

vouloient, et les Arminaz d'autre costé, qui estoient aussi mauvays; et

alloit chascun II ou III foys la sepmaine au guet, une foys parmy la

ville, l'autre foys sur les eschifflez[576]; et si estoit le fin cueur de

l'yver, et touzjours plevoyt et faisoit tres froit[577]. Et furent les

vendenges celle année, l'an mil IIIIc XIX, les plus ordes [et

pluvieuses], les raisins pouris, les plus feibles vins que on eust

oncques veu d'aage de homme, et si cousta celle année IIII foys plus

qu'ilz n'avoient fait d'aage de homme qui fust en vie, et tout par les

maulx qu'ilz faisoient partout; car, pour certain qui avoit à V ou VI

lieues près de Paris, la queue lui coustoit V ou VI frans tant seullement

à admener, et en convoy de gens d'armes à une lieue pres de Paris, XVI ou

XX solz parisis, sans vendenger, labourer, reloyer, autre despence. Et

quant tout ot esté vendengé et recuilli, ilz n'orent ne force ne vertu,

ne couleur, et n'en estoit gueres ou pou qui sentissent se non le pourry;

car le plus n'avoient point esté ordonnez en vendenges à leur droit, pour

la paour que on avoit des dessusdiz, et pour la doubte que on avoit tout

temps de leur traïson. La nuyt de la saincte feste de Toussaint, oncques

[on] ne sonna à Paris pour les trespassez, comme coustume est, se non

guare-feu; et neantmoins toutes ces pouvretez, miseres et doleurs,

oncques à pape ne à emperiere, n'à roy, n'à duc, si comme je croy, on ne

fist autant de service après leur trespassement, n'aussi solempnel en une

cité, comme on a fait pour le bon duc de Bourgongne, à qui Dieu pardoint.

[573] Par ordonnance du 17 janvier 1420, Charles VI prescrivit la

fabrication de petits deniers blancs qui devaient avoir cours

pour 5 deniers tournois la pièce, et de doubles deniers parisis

valant 2 deniers parisis pièce, que M. A. de Barthélemy (_Essai

sur la monnaie parisis_) signale comme fort rares (Arch. nat.,

X{lb} 58, fol. 154).

[574] Nous voyons dans un procès plaidé au Parlement (Arch. nat.,

X{la} 4792, fol. 190 vº) un individu réclamer le payement d'une

créance «en escus en or ou au pris et à la valeur qu'ilz valent

de present, c'est assavoir XLII solz pour chascun escu.»

[575] Le prix du marc d'argent s'éleva de plus en plus: on le

voit fixé le 17 janvier 1420 à 16 livres 10 sols. Une ordonnance

du 9 avril suivant accorda aux marchands qui apporteraient de

l'argent à la monnaie de Paris une prime de 30 sols tournois, en

sus du prix de 16 livres 10 sols tournois alloué pour chaque

marc. Le 11 février 1421, alors que le marc d'argent valait 26

livres tournois, la prime fut portée à 40 sols tournois (Arch.

nat., Z{1b} 58, fol. 154, 155, 162).

[576] Les échiffles étaient des guérites placées de distance en

distance sur les remparts, comme on le voit par l'exemple suivant

tiré des comptes de la ville de Paris: «cy après s'ensuivent les

eschiffles et les bastides estans sur les murs de Paris» (Arch.

nat., KK 403, fol. 24).

[577] La saison s'annonçait effectivement comme très rigoureuse,

si nous en jugeons par une lettre de rémission accordée à un

laboureur des environs de Corbeil, qui avait volé des pourceaux à

des marchands de passage, attendu que les gens de la campagne «ne

gagnoient rien pour les neges et gelées qui lors estoient moult

grandes et pour les Armignacs qui souvent les assailloient»

(Arch. nat., JJ 171, fol. 50).

262. Item, à Nostre-Dame de Paris fut fait le jour Sainct Michel le plus

piteusement que faire se pot, et y avoit ou moustier iii mil libvres de

cire, toutes en cierges et en torches; et là ot ung moult piteux sermon

que fist le recteur de l'Université, nommé maistre Jehan l'Archer[578].

Et après ce le firent toutes les parroisses de Paris [et toutes les

confraries de Paris] l'une après l'autre, et partout faisoit-on la

presentacion de grans cierges et de grans torches, et estoient les

moustiers encourtinez de noyres sarges. Et chantoit on le _Subvenite_ des

Mors et vigilles à neuf pseaulmes, et par tous les moustiers estoient

après mis [les armes[579]] du bon duc trespassé et du sire de

Novaille[580] qui fut mort avec luy, dont Dieu vueille avoir les ames et

de tous les autres trespassez, et vueille donner grace à nous et à toute

ceste gent de le congnoistre, comme nous devons, et nous doint ce que

disoit à ses apostres: «Paix soit avec vous!» car par ceste maldicte

guerre tant de maulx ont esté fais que je cuide que en telx LX ans passez

par devant, il n'avoit pas eu ou royaulme de France, comme il a esté [de

mal] puis XII ans en ça. Helas! tout premier Normendie en est toute

exillée, et la plus grant partie, qui soulloit faire labourer et estre en

son [lieu], lui, sa femme, sa mesnie, et estre sans danger, marchans,

marchandises, gens d'eglise, moynes, nonnains, gens de tous estaz, ont

esté boutez hors de leurs lieux, estrangers comme ce eussent esté bestes

sauvaiges, dont il convient que les uns truandent qui soulloient donner,

les autres servent qui soulloient estre serviz, les autres larrons et

meurdriers par desespoir, bonnes pucelles, bonnes proudes femmes venir à

honte par effors ou autrement, qui par neccessité sont devenues

mauvaises; tant de moynes, tant de prebstres, tant de dames de religion

et d'autres gentes femmes avoir tout laissé par force et mis corps et ame

au desespoir, Dieu scet bien comment. Helas! tant d'enfans mors [nez] par

faulte d'ayde, tant de mors sans confession, par tyrannie et en autre

maniere, tant de mors sans sepulture en forestz et en autre destour,

tant de mariaiges qui ont esté delaissez à faire, tant d'eglises arses et

bruies, et chappelles, maisons Dieu, malladeries où on soulloit faire le

sainct service Nostre Seigneur et les œuvres de misericorde, où il n'a

mais que les places, tant d'avoir mussé, qui jamais bien ne fera, et de

joyaulx d'eglise et de reliques, et d'autres qui jamais bien ne feront,

ce n'est d'adventure. Brief, je cuide que homme ne pourroit[581], pour

sens qu'il ait, bien dire les grans, miserables, enormes et dampnables

pechez qui se sont ensuyviz et faiz puis la tres maleureuse et dampnable

venue de Bernart, le conte d'Arminac, connestable de France; car,

oncques, puis que le nom vint en France de Bourguignon et d'Arminac, tous

les maulx que on pourroit pencer ne dire ont esté tous commis ou royaulme

de France, tant que la clamour du sang innocent [espandu] crie devant

Dieu vengence. Et cuide en ma conscience que ledit conte d'Arminac estoit

ung ennemy en fourme de homme, car je ne voy nul qui ait esté à lui, ou

qui de lui se renomme, ou qui porte sa bende, qui tienne point la loy ne

foy chrestienne, ains se maintiennent envers tous ceulx dont ilz ont la

maistrise, comme gens qui auroient renyé leur creatour, comme il appert

par tout le royaulme de France. Car j'ose bien dire que le roy

d'Angleterre n'eust esté tant hardy de mettre le pié en France [par

guerre], ce n'eust esté la discencion qui a esté de ce maleureux nom, et

fust encore toute Normendie françoyse, ne le noble sanc de France ainsi

espandu, ne les signeurs dudit royaume ainsi menez en exil, ne la

bataille perdue, ne tant de bonnes gens mors n'eussent oncques esté en la

piteuse journée d'Egincourt, où tant perdit le roy de ses bons et loyaulx

amys, ce ne fust l'orgueil de ce maleureux nom Arminac[582]. Hélas! à

faire cestes maleureuses œuvres ilz n'en auront de remenant que le

pechié, et s'ilz n'en font amendement durant la povre vie du corps ilz en

seront en tres cruelle, miserable [et pardurable] dampnacion; car certes

on ne peut riens mesconter à Dieu, car il scet tout, plain de

misericorde, ne s'y fie homme nulz, ne en longue vie n'en autre chose de

folle esperance ou de vaine gloire, car en verité il fera à chascun droit

selon sa deserte. Helas! je ne cuide mie, que depuis le temps du[583] roy

Clovis qui fut le premier roy chrestien, que France fust aussi desollée

et divisée comme elle est aujourduy, car le Dalphin ne tand à autre chose

jour et nuyt, lui et les siens, que de gaster tout le païs de son pere à

feu et à sang; et les Angloys d'autre costé font autant de mal que les

Sarrazins. Mais encore vaut-il trop mielx estre prins des Angloys que du

Dalphin ou de ses gens[584], qui se dient Arminaz; et le povre roy et la

royne depuis la prinse de Pontoise ne se meuvent[585] de Troyes à povre

mesnie, comme futifs[586] et deschassez hors de leur lieu par leur propre

enfant, qui est grant pitié à pancer à toute bonne personne.

[578] Jean l'Archer, docteur en théologie, élu recteur le 23 juin

1419, devint procureur de la nation de France le 13 janvier 1422

(Du Boulay, _Hist. Univ._, t. V, p. 341). Dans maintes occasions,

l'Université le chargea de porter la parole; il fut l'un des

orateurs qui requirent, en l'hôtel de Saint-Pol, la punition des

meurtriers de Jean Sans-Peur (Monstrelet, t. IV, p. 19). En 1424,

il vint au Parlement, toujours au nom de l'Université, demander

l'enregistrement des lettres conservatoires de ses privilèges,

octroyées par Charles VI, lettres dont on avait différé la

publication pour éviter «rumeurs et tumultes de peuple»; Jean

l'Archer s'acquitta de cette mission délicate dans les séances

des 7 et 15 décembre 1424 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 312 vº;

X{la} 4794, fol. 11 vº).

[579] Ces mots, qui ne se trouvent point dans les mss. de Rome et

de Paris, ont été suppléés par les éditeurs.

[580] Archambaud de Foix, seigneur de Navailles, grièvement

blessé en essayant de défendre le duc de Bourgogne, succomba au

bout de quelques jours à l'hôpital de Montereau.

[581] Ms. de Paris: pourra.

[582] Le mot _Armagnac_ était plus que jamais une appellation

injurieuse, et les commissaires parisiens «sur le fait des

crimineulx infracteurs de paix, tenans le dampnable parti

d'Armagnac et de cellui qui se dit daulphin,» ne plaisantaient

pas sur ce point; ils infligèrent à un individu ayant faussement

accusé un autre d'appartenir au parti armagnac, la peine du

pilori avec une mitre sur laquelle serait écrit: _faulx

accuseur_, et amende honorable (Arch. nat., JJ 171, no 90).

[583] Les mots «temps du» manquent dans le ms. de Rome.

[584] Ms. de Rome: des gens du dalphin.

[585] Ms. de Paris: mouvoient.

[586] Ms. de Paris: comme fut ilz dechassez.

263. Item, fist le roy à Troyes la feste de Toussaint en l'an mil IIIIc

XIX, et ceulx de Paris ne povoient avoir nulle vraie nouvelle de son

retour, dont moult estoient courcez les bons.

264. Item, fist le roy à Troyes son Nouel, parce que on ne l'osoit oster

de Troyes, pour faute de puissance et de compaignie et pour paour des

Angloys et des Arminalz; car chascun d'eulx le taschoit à prendre, et par

especial les Arminaz pour avoir leur paix. La IIIe cause, tout estoit si

cher à Paris que le plus saige ne s'i savoit vivre[587]; especialment

pain et buche y estoit si chere que oncques puis IIc ans avoit esté, et

la char, car à Nouel, ung quartier de mouton, quant il estoit bon,

coustoit XXIIII solz parisis; pour la char d'un mouton, VI frans; une

oue[588] XVI solz parisis, et l'autre à la vallue. En ce temps, il

n'estoit nouvelles sur mesnaigeres d'œufs ne de fromaiges de Brie, ne de

poix ne de febves, car les Arminalz destruisoient tout et prenoient

femmes et enfens à rançon, et les Angloys d'autre costé. Et convint

prendre treves aux Engloys par force, qui estoient anxiens ennemis du

roy, et furent données depuis la moittié de decembre jusques ou moys de

mars.

[587] La cherté excessive des denrées et le manque de travail

chassèrent de Paris le pauvre peuple, témoin ce barbier qui,

voyant «que vivres estoient lors moult chiers à Paris où il

n'avoit pas bien de quoy vivre,» abandonna son ouvroir sis au

coin de la rue de la Vieille-Pelleterie, devant

Saint-Denis-de-la-Châtre, et s'en alla à Mehun-sur-Yèvre. Pris

comme bourguignon par la garnison d'Étampes et relâché, il mena

pendant près de deux ans une existence vagabonde, voyageant

d'Avignon à Aix et Marseille, de Marseille à Chambéry et Nice; de

retour enfin à Paris et emprisonné au Châtelet, ce malheureux

obtint lettres de rémission (Arch. nat., JJ 172, no 190).

[588] Ms. de Paris: queue.

[1420.]

265. Passa decembre, janvier, fevrier que oncques le roy ne la royne ne

vindrent à Paris, ains estoient touzjours à Troyes, et touzjours

couroient autour de Paris les Arminalz, pillant, robant, boutant feuz,

tuant, efforçant femmes et filles, femmes de religion. Et à dix lieues

autour de Paris ne demouroit au villaige nulle personne que aux bonnes

villes, [et quant ilz s'en fuioient aux bonnes villes] et s'ilz

apportoient quelque chose, fust vitaille ou autre chose, tout leur estoit

osté des gens d'armes, des ungs ou des autres, fust Bourguignon ou

Arminac, chascun faisoit bien son personnaige; et ainsi le plus, fust

femmes ou hommes, quant ilz venoient aux bonnes villes, y venoient nudz

de tous biens, et convenoit que les bonnes villes fournissent tous les

villaiges, par quoy le pain enchery tant. Car en ce temps on n'avoit pas

trop bon blé pour X frans le sextier, dont chascun franc valloit XVI solz

parisis, et si coustoit le sextier à mouldre VIII ou X solz parisis, sans

ce que le munier en prenoit à mau prouffit.

266. Item, pour ce fut ordonné que le blé, quant on le bailleroit au

moulnier, seroit pesé, et randroit la farine par poix, et avoit on du

sextier [pesant] VIII deniers, et le moulnier du mouldre IIII solz

parisis.

267. Item, en ce temps, on ne faisoit point de pain blanc et si n'en

faisoit-on point de mains de VIII deniers parisis la piece, par quoy

pouvres gens n'en povoient finer, et le plus de pouvres gens ne

mangeoient que pain de noix.

268. Item, en ce temps en karesme, estoit celle charté, car il n'y avoit

ny espices, ne figgues, ne raisins, ne admendes, de chascun ce coustoit

la livre V solz parisis; l'uylle d'olive, IIII solz parisis.

269. Item, la tainture estoit si chere que une aulne de drap à taindre

en vert ancre coustoit XIIII solz parisis, et autre couleurs[589] à la

value.

[589] Ms. de Paris: autres coustoient.

270. Item, en ce temps de mars, l'an mil IIIIc XIX, faillirent les treves

des Angloys, et on leur demanda autres treves en attendant le duc de

Bourgongne[590], mais le roy angloys ne volt oncques[591] nulles

donner, s'il n'avoit le chasteau de Beaumont, et Corbeil et

Pont-Saincte-Messance, et pluseurs autres choses, mais on ne lui en

accorda nulle. Si commença la guerre comme devant, et tous, ungs et

autres n'avoient envie que sur la ville de Paris seullement, [et

seullement] pour la richesse qu'ilz cuidoient à eulx usurper, ne à nulle

autre chose ne tendoient que à piller tout.

[590] Vers la fin de février, une députation, composée de

Guillaume le Clerc, conseiller au Parlement, de Jean de

Saint-Yon, de Guillaume Rose et de Jean de Betisy, se rendit

auprès du roi d'Angleterre pour obtenir une prolongation de la

trêve. Dès le retour de ces ambassadeurs, il y eut une séance

extraordinaire au Parlement, tenue le 29 février, et en présence

du comte de Saint-Pol, des prévôts de Paris et des marchands, des

quarteniers et bourgeois, Guillaume le Clerc exposa le résultat

des négociations. Henri V consentait à proroger les trêves

jusqu'au 12 mars, «pourveu que on lui feroit bailler et delivrer

le chastel et forteresse de Beaumont» (sur Oise), déclarant qu'au

cas contraire il porterait le siège devant cette place et ferait

arrêter les marchandises et vivres chargés en Normandie par des

marchands de Paris et destinés à l'approvisionnement de la

capitale. Cette considération décida l'assemblée à acquiescer aux

conditions posées par le roi d'Angleterre; aussi fut-il conclu

«_a majori parte_ qu'il estoit plus expedient..... de faire

bailler et delivrer ladicte forteresse qui estoit mal emparée,

mal garnie et mal avitaillée,» que d'attendre sa prise par force

d'armes. Le comte de Saint-Pol reçut mission de remettre Beaumont

entre les mains du roi d'Angleterre (Arch. nat., X{la} 1480, fol.

208).

[591] «Oncques» manque dans le ms. de Rome.

271. Item, en cellui karesme, le jour du grant vendredy qui fut le Ve

jour d'avril, vindrent les Arminalz comme deables dechaisnez, et

coururent autour de Paris, tuant, robant et pillant. Et icellui jour

bouterent le feu au fort de Champigny-sur-Marne et ardirent femmes et

enfens, hommes, beufs, vaches, brebiz et autre bestail, advoine, blé et

autre grain, et quant aucuns des hommes sailloient pour la destresse du

feu, ilz mettoient leurs lances à l'androit, et ains qu'ilz fussent à

terre, ilz estoient percez de III ou IIII lances ou de leurs haches;

celle tres cruelle felonnie firent là et ailleurs cedit jour, et

l'endemain, vigille de Pasques, firent autant ou pis à ung chastel nommé

Croissy[592].

[592] Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de

Lagny).

272. Item, la sepmaine de devant, estoient allez les marchans de Paris et

d'ailleurs vers Chartres et ou proche, pour faire venir de la vitaille

pour la ville de Paris, qui grant mestier en avoit[593], mais aussi tost

qu'ilz furent partiz, les Arminalz le sceurent par faulx traistres, de

quoy Paris estoit bien garny. Si leur allerent au devant jusques à

Gallardon[594] et là les assegerent; pour quoy à Pasques ot si grant

charté de char que le plus de gens de Paris ne mengerent ce jour que du

lart, qui en povoit avoir; car le quartier d'ung bon mouton coustoit bien

XXXII solz parisis, une petite queue de mouton X solz parisis, une teste

de veel et la froissure XII solz chascune, VI solz parisis la vache, le

porc au prix, car de beuf n'y avoit point à Paris pour le jour. Et pour

vray les bouchers de la grant boucherie de Beauvays juroient et

affermoient par la foy de leurs corps, qu'ilz avoient veu par maintes

années devant passées que en l'ostel d'un tout seul boucher de Paris, à

ung tel jour, on avoit tué plus de char que on ne fist en toutes les

boucheries de Paris, ne autour.

[593] Au nord de Paris, les arrivages de vivres se faisaient, non

sans difficulté, par Creil, où des marchands avaient été envoyés

en vertu des ordres du comte de Saint-Pol; comme l'on entravait

leurs opérations, deux frères, Gillet et Jacquotin de Coquerel,

se chargèrent, «à la requeste et instance du prevost des

marchans,» de porter à Creil des lettres du même comte et furent

surpris à leur retour par un parti d'Armagnacs qui les emmena à

Meaux (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 13).

[594] Le siège de Gallardon, dirigé par le dauphin en personne,

eut lieu à la suite de la bataille de Baugé et se termina le 25

juin 1421 par la prise d'assaut de cette ville, qui fut

complètement démantelée de 1442 à 1443. Les opérations militaires

dans le pays chartrain gênèrent considérablement les Parisiens,

«qui en estoient souvent mis en l'estroicte disette de vivres.»

(Chronique de Chastellain, t. I, p. 235.)

273. Item, encore fist le roy sa Pasque à Troyes celle année, l'an mil

IIIIc XX.

274. Item, celle année estoient les viollettes ou moys de janvier, bleues

[et jaunes], plus que l'année d'avant n'avoient esté en mars.

275. Item, à Pasques mil IIIIc et XX, qui furent le VIIe jour d'avril,

estoient ja les roses, et furent toutes passées quinze jours en may, et

en l'entrée de may vendoit [on des] serises bonnes, et estoient les blez

plus meurs en la fin de may qu'en l'année devant à la Sainct Jehan, et

autres biens par cas semblable, qui fut grant bien pour le pouvre peuple,

car touzjours estoit le tres cher temps [de toutes choses[595]], comme

devant est dit, et de vesture encore plus. Drap de XVI solz valloit XL

solz parisis, l'aune de bonne toille XII solz, fustayne XVI solz parisis,

sarge XVI solz, et chausses et soulliers encore plus que devant.

[595] Une lettre de rémission, octroyée pour vol de blé dans un

grenier de l'hôtel de ville, vol commis par «un povre varlet

dechargeur du vin et du pain de Corbeil en Greve», atteste «le

cher temps qui couroit» à Paris durant l'année 1420, de

lamentable memoire (Arch. nat., JJ 171, no 131).

276. Item, en ce temps estoient les Arminalz plus achenez à cruaulté que

oncques mais, et tuoient, pilloient[596], efforçoient, ardoient eglises

et les gens dedens, femmes grosses et enffans, brief ilz faisoient tous

les maulx en tyrannie et en cruaulté qui pussent estre faiz par deable ne

par homme; par quoy il convint que on traictast au roy d'Engleterre, qui

estoit l'ancien ennemy de France, maugré que on en eust, pour la cruaulté

des Arminalz, et lui fut donnée une des filles de France, nommée

Katherine. Et vint gesir dedens l'abbaye de Sainct-Denis le VIIIe jour de

may mil IIIIc et XX, et l'endemain passa par [devant] la porte

Sainct-Martin par dehors la ville, et avoit bien en sa compaignie, comme

on disoit, VIIm hommes de traict et tres grant compaignie de gens

d'estoffe[597]; et portoit on devant luy ung heaume couronné d'une

couronne d'or pour cognoissance, et portoit en sa devise une queue de

regnart de broderie. Et alla gesir au pont de Charenton, pour aller à

Troyes pour veoir le roy, et là lui fut presenté quatre charretées de

moult bon vin de par ceulx de Parys, dont il ne tint pas grant compte par

semblant.

[596] Ms. de Paris: roboient.

[597] Ms. de Paris: gens d'Escosse.

277. Item, celle journée, ne laissa-on yssir personne de ceulx du commun

de Paris[598].

[598] Toute cette phrase et la fin de la précédente sont omises

dans les éditions.

278. Item, de là alla à Troyes[599] sans contredit des Arminalz qui

s'estoient vantez qu'ilz le combatroient, mais oncques ne s'oserent

monstrer.

[599] Henri V fit son entrée à Troyes, le lundi 20 mai, avec une

escorte de 12,000 combattants, accompagné de son frère le duc de

Clarence et d'autres grands seigneurs de l'Angleterre; ses

fiançailles avec Catherine de France furent célébrées en l'église

Saint-Pierre de Troyes par l'archevêque de Sens, Henri de Savoisy

(Voyez la lettre adressée le 22 mai 1420 par le roi d'Angleterre

au duc de Glocester, son frère; Rymer, t. IV, 3e partie, p. 175;

Fenin-Dupont, p. 135; Arch. nat., X{la} 1480, fol. 215).

279. Item, le jour de la Trinité mil IIIIc XX, qui fut le IIe jour de

juing, espousa à Troyes ledit roy angloys la fille de France[600]; et le

lundy ensuivant, quant les chevaliers de France et d'Engleterre voldrent

faire une jouxtes pour la solempnité du mariaige de tel prince, comme

acoustumé est, le roy d'Angleterre, pour qui on voulloit faire les

jouxtes pour lui faire plaisir, dist, oians[601] tous, de son movement:

«Je prie à monseigneur le roy, de qui j'ay [espousée la] fille, et à tous

ses serviteurs, et à mes serviteurs je commande, que demain au matin nous

soyons tous prestz pour aller mettre le siege devant la cité de Sens, où

les annemys de monseigneur le roy sont, et là pourra chascun de nous

jouxter [et] tournoier, et monstrer sa proesse et son hardement, car [la]

plus belle prœsse n'est ou monde que de faire justice des mauvays, affin

que le pouvre peuple [se] puisse vivre.» Adonc le roy lui octroya, et

chascun s'i accorda, et ainsi fut fait; et tant firent que le jour Sainct

Barnabé, XIe jour dudit moys de juing, fut la cité prinse[602], et de là

vindrent assegier Montereau-où-fault-Yonne[603].

[600] C'est bien le dimanche 2 juin, et non le 3, comme le

prétendent Monstrelet et Lefèvre de Saint-Remy, que s'accomplit

le mariage du roi Henri V d'Angleterre et de Catherine de France;

le témoignage d'un contemporain, Jean Ofort, qui précise le jour

et l'heure de la cérémonie, ne laisse aucun doute à cet égard

(Lettre du 6 juin 1420, datée du siège de Sens, Rymer, t. IV, 3e

partie, p. 177; Fenin-Dupont, p. 136).

[601] Ms. de Paris: avant tous.

[602] Sens se rendit aux Anglais après quelques jours de siège,

six ou sept au plus, et non pas douze, comme l'affirme Monstrelet

(t. III, p. 402); le roi d'Angleterre était dès le mercredi 6

juin sous les murs de cette ville qui capitula le mardi suivant.

Après la reddition de Sens, connue à Paris le 12 juin (Arch.

nat., X{la} 1480, fol. 217), Jean le Hongre en fut institué

capitaine (_Ibid._, X{la} 64, fol. 50).

[603] Tous les éditeurs du Journal parisien ont inséré en cet

endroit le texte du traité de Troyes, qui figure dans les

manuscrits de Rome et de Paris sous la rubrique suivante: «Cy

ensuit le traicté faict entre les roys de France et d'Angleterre

et tout leur conseil.» Comme ce document important a été

fidèlement reproduit dans le volume XI des _Ordonnances des rois

de France_ (p. 86), d'après le registre 171 du Trésor des

chartes, et que nous ne pourrions relever que des variantes

insignifiantes, nous croyons pouvoir nous dispenser d'en donner

ici une nouvelle édition, laquelle aurait d'ailleurs pour

inconvénient de couper le récit du chroniqueur.

280. Item, tant furent devant Monteriau en l'an mil IIIIc XX que ceulx de

dedens se rendirent, sauf leur vie, en paiant une somme d'argent[604].

Entre les autres estoit le sire de Guitry[605], l'un des plus plain de

cruaulté et de tirannye qui fut ou monde, lequel fut delivré avec les

autres, qui depuis fist tant de tirannye ou païs de Gastinoys et ailleurs

que fist oncques sarazin.

[604] La reddition du château de Montereau eut lieu le 1er

juillet 1420; ce même jour, Charles VI ou plutôt son gendre le

roi d'Angleterre accorda aux habitants de la ville qui s'étaient

réfugiés dans le château des lettres de rémission portant

délivrance pleine et entière de leurs biens (Arch. nat., JJ 171,

no 175). Par d'autres lettres de pareille date, données «en

l'ost» devant Montereau, l'un des principaux défenseurs de la

place, Charles de Montmor, dit Morelet, chevalier, obtint

rémission et abolition pour sa participation à la résistance de

la ville et du château (_Ibid._, no 196).

[605] Guillaume de Chaumont, seigneur de Guitry, nommé bailli

d'Évreux le 27 décembre 1415 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 40),

concourut à la défense d'Harfleur et fut autorisé le 8 avril 1416

à se rendre auprès des Anglais pour traiter de sa rançon, à la

condition de laisser un bon lieutenant à la tête de son bailliage

(_Ibid._, X{la} 4790, fol. 71 vº). Lors des événements de 1418,

il se rangea dans le parti du dauphin, qui le nomma maître

enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France et

lui donna le comté de Chaumont. Il paraît avoir assisté, sinon

pris part, à l'assassinat de Jean Sans-Peur sur le pont de

Montereau (Chron. des Cordeliers, p. 281). A la suite de ce

tragique événement, un capitaine bourguignon, Guillaume de

Bierre, l'ayant accusé de complicité, fut par lui provoqué en

champ clos, et, le 15 juillet 1420, le roi d'Angleterre délivra

un sauf-conduit au seigneur de Guitry pour lui et pour cinquante

hommes d'armes de son escorte (Champollion, _Lettres de rois et

reines_, t. II, p. 383). Guillaume de Chaumont fut tué à la

bataille de Verneuil.

281. Item, de là vindrent le roy d'Angleterre et les Bourguignons devant

Meleun et misdrent le siege.

282. Item, en ce temps estoient plaines vendenges à la my-aoust, et

touzjours couroient les Arminalz plus que devant; et par eulx enchery

tant la chose, especialment à Paris, que une paire de souliers valloit X

solz parisis, une paire de chausses pou bonnes II frans ou XL solz;

toutes choses de quoy homme se povoit aider, au prix.

283. Item, ung escu d'or de XVIII solz valloit en ce temps IIII frans ou

plus; ung [bon] noble d'Engleterre valloit VIII frans[606].

[606] A la date du 26 février 1420, il y eut une nouvelle

émission d'écus à la couronne, conformes au type précédemment

adopté, dont le cours fut fixé à 40 sols parisis; les moutons

d'or valaient à cette époque, officiellement du moins, 26 sols 8

deniers parisis (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 154 vº).

284. Item, en ce temps avoit si grant faulte de change à Paris que les

pouvres gens n'avoient nulles aumosnes ou bien pou; car en ce temps IIII

vielz deniers parisis valloient mieulx que ung gros de XVI deniers qui

pour lors couroit[607], et faisoit-on de tres mauvays lubres de VIII

deniers, qui par devant furent tant refusez, et par justice defenduz les

gros dessusdiz. Et pour plus grever le povre commun, fut mis le pain de

VIII deniers à X[608], et celui de seze à vingt.

[607] Ces gros ou blancs deniers, de fabrication récente, avaient

été frappés en vertu de lettres du 6 mai 1420 à l'adresse des

généraux des monnaies (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 156 rº). Ils

tombèrent dans le discrédit le plus complet, à un tel point qu'à

la fin du mois de janvier 1421, lors de la distribution d'un gros

de seize deniers faite aux chanoines de Notre-Dame, le notaire du

Chapitre ne put s'empêcher de remarquer que ces gros étaient de

la faible monnaie et que les six deniers autrefois distribués

valaient beaucoup plus (_Ibid._, LL 215, fol. 309).

[608] Un règlement, délibéré en séance du Conseil royal et publié

le 3 juillet 1420, détermina le prix et le poids du pain; des

peines rigoureuses furent édictées contre ceux qui se rendirent

coupables d'infractions. Ainsi le prévôt de Paris condamna un

boulanger au pilori avec deux pains pendus à son cou, pour avoir

façonné et mis en vente pain blanc du poids de douze onces et

pain bis de quinze onces, lesquels devaient peser seize onces; le

prix de vente du pain blanc, qui avant le 3 juillet 1420 était de

10 deniers parisis, avait été réduit à 8 deniers; celui du pain

bis, de 8 deniers à 6 deniers. Toutefois, bien qu'il y eût

récidive, la peine infamante infligée par le prévôt de Paris fut

commuée par le Parlement et convertie en une amende de 10 livres,

avec obligation imposée au boulanger de faire moudre 2 setiers de

froment pour être distribués aux pauvres en pains de quatre

deniers chaque (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 392).

285. Item, une livre de bonne chandelle valloit dix blans[609]; ung œuf

IIII deniers; la livre de fromaige de presse VIII blans.

[609] Ms. de Paris: XV blans.

286. Item, à la Sainct Remy, le propre jour, fut crié le pain de V blans

à II solz parisis, celui de X deniers à XII deniers; ung œuf, VI

deniers; ung harenc caqué, XII deniers; ung haren pouldré, V blans[610].

[610] Le hareng constituait au XVe siècle la principale

alimentation du pauvre, surtout en temps de carême, témoin la

distribution de 78 milliers de harengs saurs et caqués faite par

ordre du roi, en 1408 et 1409, à plusieurs «hospitaulx,

maisons-Dieu et autres povres gens (Arch. nat., KK 32, fol. 52,

92).» Aussi ne faut-il point s'étonner du soin tout particulier

avec lequel l'administration s'occupait de «mettre à pris

raisonnable» cet important article de consommation; le 17 février

1420, dans une séance du Parlement tenue en présence du

chancelier, du prévôt de Paris et des officiers du Châtelet, il

fut décidé que le prévôt tiendrait la main à ce que le hareng ne

dépassât point le prix de vente déjà fort élevé du vendredi 16

février (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 200 vº).

287. Item, en celle saison estoit le vin si cher que une queue de vin du

creu d'entour Paris, on la vendoit XXI ou XXII frans ou plus; et en celle

année plusieurs qui furent cuilliz ou moys d'aoust devindrent gras ou

aigres.

288. Item, en ce temps couroient touzjours devant Paris et venoient

jusques aux portes de Paris les Arminalz, et boutoient feuz, prenoient

marchans à l'entrée de Paris, et n'estoit homme que on laissast yssir. Et

sembloit que aucuns de ceulx qui gouvernoient en ce temps eussent aucune

aliance avec eulx, car nul marchant n'alloit de Paris ou ne venoit à

Paris tant segretement qu'ilz ne sceussent aucunement l'allée ou la

venue; par quoy Paris demoura si nu de tous biens, especialment de pain

et de buche, que ung sextier de bonne farine valloit XVI ou XVII frans,

la meschante buche de Marne IIII frans, et toutes choses au pris, car

l'ost du roy qui touzjours estoit devant Meleun sans riens faire

degastoient tant de biens que on s'en sentoit bien XX lieues tout autour.

289. Item, fut là tout octobre, et le XVIIe jour de novembre, jour

Sainct-Germain, à ung dimenche, entrerent noz signeurs dedens Meleun, et

se rendirent tous ceulx [de] dedens à la voulenté [du roy][611]; car tous

mouroient de fain, et mengeoient leurs chevaulx ceulx qui en avoient.

[611] Juvénal des Ursins se trompe lorsqu'il nous dit que les

défenseurs de Melun purent quitter la ville, «sauves leurs vies

et sans estre mis à aucune rançon ou finance.» Cette assertion

ferait croire à une générosité qui n'était point dans le

caractère du roi anglais; les habitants de la ville payèrent à

beaux deniers sonnants la rémission qui leur fut accordée le 21

novembre 1420 (Arch. nat., JJ 171, no 134); vingt mille francs

payables moitié «dedans» Noël, moitié «dedans» Pâques, tel fut le

chiffre de la rançon stipulée, charge d'autant plus lourde

qu'elle pesa sur les seuls bourgeois; non seulement le clergé

mais encore les nobles furent exceptés de cette contribution; les

habitants durent en outre «remparer» et mettre en état dans le

délai d'une année les portes, murs et fossés ruinés par un siège

de plusieurs mois.

290. Item, le jeudy ensuivant, furent admenez à Paris environ de V ou à

VIc prinsonniers de ladicte ville de Meleun, et furent mis en diverses

prinsons[612].

[612] Les prisonniers de Melun furent amenés par bateaux à Paris

et enfermés les uns en la bastille Saint-Antoine, les autres au

Châtelet, d'autres encore au Palais et au Temple; ceux du

Châtelet périrent pour la plupart de faim et de misère dans les

basses fosses où on les avait jetés (Cf. Juvénal des Ursins, p.

561). On n'épargna que ceux qui pouvaient financer, comme Pierre

de Vaudetar, ancien valet de chambre du roi, mis en liberté

moyennant 2,000 livres, ou Étienne de Commargon, qui avait été

incarcéré au Châtelet (Arch. nat,, JJ 171, no 350; JJ 172, no

246). Le Parlement de Paris vaqua du 22 janvier au 17 mai au

procès de ces malheureux: de toutes ces séances, la plus

importante fut celle du 12 mars, à laquelle assistèrent le

chancelier, Lourdin de Saligny, Renier Pot et nombre de

personnages; les samedis 15 et 29 mars furent écartelés deux des

prisonniers condamnés par le Parlement, Tanneguy de Coesmerel et

Jean Gault (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 227-233).

291. Item, depuis que la ville de Meleun fut prinse, furent noz signeurs

de France[613], c'est assavoir, [le roy de France], le roy d'Engleterre,

les deux roynes, le duc de Bourgongne, le duc Rouge[614] et plusieurs

autres signeurs, tant de France que d'ailleurs, demourans à Meleun et à

Corbeil jusques au premier jour de decembre, jour Sainct Eloy, qui fut à

ung dimenche. Et cedit jour entrerent à Paris à grant noblesse, car toute

la grant rue Sainct-Denis par où ilz entrerent, depuis la seconde porte

jusques à Nostre-Dame de Paris, estoient encourtinées les rues et parées

moult noblement, et la plus grant partie des gens de Paris qui avoient

puissance furent vestuz de rouge couleur. Et fut fait en la rue de la

Kalende[615] devant le Palais, ung [moult] piteux mistere de la passion

Nostre Seigneur au vif, selon que elle est figurée autour du cueur de

Nostre-Dame de Paris; et duroient les eschauffaux environ cent pas de

long, venant de la rue de la Kalande jusques aux murs du Palais, et

n'estoit homme qui veist le mistere à qui le cueur n'apiteast. Ne oncques

princes ne furent receuz à plus grant joye qu'ilz furent, car ilz

encontroient par toutes les rues processions de prebstres revestuz de

chappes et de seurpeliz, [portans saintuaires], chantans _Te Deum

laudamus_ ou _Benedictus qui venit_; et fut entre V et VI heures après

medi, et toute nuyt quant ilz revenoient en leurs eglises; et ce

faisoient si liement et de si joyeux cueur[616], et le commun par cas

pareil, car rien qu'ilz feissent pour complaire ausdiz signeurs ne leur

ennuyoit, et si avoit tres grant pouvreté de fain la plus grant partie,

especialment le menu peuple; car ung pain, que on avoit ou temps devant

pour IIII deniers parisis, coustoit XL deniers parisis, le sextier de

farine XXIIII frans, [le sextier] de pois ou de feves bonnes XX frans.

[613] «De France» manque dans le ms. de Rome.

[614] Louis III de Bavière, dit le Barbu, frère de la reine

Isabeau.

[615] La rue de la Calandre en la Cité, conduisant en droite

ligne du Palais à Notre-Dame, donnait d'un bout rue de la

Barillerie et de l'autre rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de

Saint-Christophe.

[616] La présence du clergé parisien ne fut pas si spontanée que

veut bien le dire l'auteur du Journal: il y eut en quelque sorte

dans cette circonstance ce que l'on pourrait appeler un service

commandé, car le 29 novembre, sur l'invitation adressée par

Charles VI au Parlement et appuyée par ses conseillers, qui

insistaient pour que les églises se rendissent

processionnellement avec leurs reliques jusqu'à la porte

Saint-Denis à la rencontre des rois de France et d'Angleterre, le

chapitre de Notre-Dame décida que la procession de l'église

cathédrale ne dépasserait pas l'Hôtel-Dieu, mais que les autres

églises s'avanceraient aussi loin qu'elles pourraient (Arch.

nat., LL 215, fol. 299).

Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449 · 第 14 / 53 题