[1418.]
177. Item, ou moys de janvier oudit an, fut le prevost de Paris devant
Montlehery[387], et lui rendirent ceulx [de] dedens de par traictié
d'argent.
[387] Ms. de Paris: Montierry.
178. Item, de là s'en alla à Chevreuse[388], et gaigna la ville et fist
tout piller, quant que homme povoit apporter à charroy ou autrement,
comme ilz firent à Soissons, et moult y ot des bonnes gens du païs tuez
sans pitié.
[388] Lors de la prise de Chevreuse que Tanneguy du Châtel enleva
d'assaut (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 168), Guillaume
Maradon, curé de Chevreuse, âgé de 72 ans, fut emmené à Paris et
mis à la Bastille; le pauvre prêtre protesta contre son
incarcération, disant qu'il était clerc, écolier de l'Université
de Paris, que depuis vingt-deux ans il remplissait les fonctions
curiales à Chevreuse et qu'il avait toujours fait son devoir «de
preschier ses paroissiens et les amonester pour demourer en
l'obeissance du roy» (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 48 vº).
179. Item, la darraine sepmaine de janvier oudit an, alla le roy devant
Senliz pour le prendre par force ou autrement, et fut la cité habandonnée
avant qu'elle fust assaillie.
180. Item, en icellui temps[389] toutes les bonnes villes de Normendie,
comme Rouen, Montivillier, Dyeppe, et plusieurs autres, quant ilz virent
comment Caen, Harefleu, Falaise et plusieurs bonnes villes du païs
avoient esté prinses des Angloys, sans avoir secours du roy de France
pour messaige qu'ilz envoiassent, se rendirent au duc de Bourgongne[390].
[389] Le ms. de Paris ajoute ici: estoient.
[390] Les Bourguignons entrèrent à Rouen par la porte
Saint-Hilaire le mercredi 12 janvier 1418; Caen était tombée au
pouvoir des Anglais le samedi 4 septembre 1417 (P. Cochon,
_Chron. normande_, p. 432) et Falaise capitula le 20 novembre
1417.
181. Item, que le jour Sainct-Martin d'yver IIIIc XVII fut fait pappe
ung cardinal nommé Martin[391] par l'acort[392] et consentement de tous
les roys chrestiens, et en fist on feste par toute chrestienté, senon à
Paris, ne on n'en osoit parler; car le IIIIe sabmedi de karesme oudit an,
pour ce que le recteur toucha au conseil, que ce lui sembloit bon que on
feist solempnité du Sainct-Pere, qui tant avoit cousté à faire, et si y
avoit on mis plus de II ans et demy, pour tant fut mis en prinson, et X
ou XII maistres avecques lui[393].
[391] Martin V, de la famille Colonna, cardinal diacre, élu pape
au concile de Constance le 11 novembre 1417, consacré et couronné
le 21 novembre, mourut à Rome dans la nuit du 20 au 21 février
1431.
[392] Ms. de Paris: par la Cour.
[393] Notre chroniqueur dénature complètement les faits qui
occasionnèrent l'arrestation du recteur de l'Université et de
certains des maîtres venus à sa suite. Voici ce qui se passa à la
séance du Parlement tenue sous la présidence du Dauphin, le
samedi 26 février 1418: Raoul de la Porte, docteur régent en la
faculté de théologie, grand maître du collège de Navarre, au nom
de l'Université et en présence du recteur, prit la parole et
demanda que la collation des bénéfices nouvellement attribuée aux
évêques demeurât entre les mains du pape; c'est alors que le
dauphin fit arrêter Pierre Forget, recteur de l'Université, et
plusieurs autres membres de l'Université qui avaient donné leur
adhésion aux doctrines soutenues par Raoul de la Porte. Forget
tint prison en l'hôtel de Me Pierre d'Yerres, chanoine du Palais
et curé de Saint-André-des-Arts, mais fut élargi le lendemain;
quant aux maîtres incarcérés en même temps que lui, ils ne furent
mis en liberté que le 7 mars, après s'être rendus chez le dauphin
et l'avoir supplié de les laisser partir (Arch. nat., X{la} 1480,
fol. 120-122).
182. Item, estoit touzjours le siege devant Senliz de par le roy, et
saichez que pou de gens dedens Senliz avoit[394], mais touzjours yssoient
[ou] par nuyt ou par jour, et souvent firent si grant dommaige à l'ost du
roy que le connestable jura la destruction de ladicte cité à feu et à
sang, et fist crier à trompes, le XIIe jour d'avril, que tous les gens
d'armes qui à Paris estoient, de quelque estat qu'ilz fussent, allassent
devant Senliz, sur peine de perdre harnoys et chevaulx. Et tant en y alla
et tant en y avoit sur les champs de toutes pars, que la sepmaine peneuse
Paris fut si desgarny de buche, que, qui eust donné en Greve XX solz
parisis d'un costeret, on n'en eust peu finer. Et à Pasques ensuivant,
coustoit le quarteron d'œufs VIII blans, et ung tres petit fromaige
blanc [VI ou VII blans, la livre de viel beurre sallé] VII ou VIII blans,
une petite piece de beuf ou mouton V ou VI blans, et tout par le mauvais
gouvernement du prevost de Paris et des marchans.
[394] Jean Sans-Peur avait confié la défense de Senlis à un
capitaine d'une bravoure éprouvée, Jean bâtard de Thian, qui
après le siège fut nommé bailli et reçut en récompense de ses
services le domaine de Mouchy-le-Vieux, plus quatre cents livres
de rente provenant de la confiscation de feu Guillaume le
Bouteiller (Arch. nat., JJ 172, fol. 62).
183. Item, celle année, le jour des grans Pasques, nega toute jour, aussi
fort qu'on veist oncques faire à Nouel, et si n'eust-on finé en Greve [de
buche], qui eust donné ung franc d'ung quarteron.
184. Item, le XIIIIe jour d'avril IIIIc XVIII, fut faicte la solempnité
du pappe Martin par les eglises à Paris et environ, tres simplement[395].
[395] La célébration du pontificat de Martin V, qui avait été
ajournée par ordre du roi signifié au chapitre de Notre-Dame le
29 novembre 1417, eut lieu le 14 avril 1418 avec un pompeux
appareil. L'archevêque de Tours officia à Notre-Dame, et, dans
toutes les églises, un _Te Deum_ fut chanté, avec les cloches
sonnant à toute volée, au milieu d'une foule considérable qui se
pressait à cette solennité (Arch. nat., LL 215, fol. 177, 193).
185. Item, le XXIIIIe jour d'avril oudit an, revint le roy et son ost de
devant Senliz, où il avoit esté depuis le moys de janvier[396], et ne la
pot oncques prendre, et si lui cousta que en cannons que [en] autre
artillerie, avec autre despence plus de IIc mil frans; et si furent
souvent ses gens tuez, rançonnez de ceulx de la cité, et ses tentes arses
et prinse son artillerie. Et au derrenier s'en parti le roy et le
connestable [à tres petit honneur, dont les gens d'armes qui avec le
connestable] estoient furent si enragez de ce qu'ilz orent failly à leur
intencion de piller Senliz, qu'ilz se tindrent si près de Paris de toutes
pars, que homme n'osoit aller plus loing de Paris que Sainct-Laurens tout
au plus qu'il ne fust desrobé ou tué.
[396] «Dimenche XXIIIIe jour d'avril, le roy retourna de Creilg,»
où il s'était tenu pendant le siège de Senlis, «et entra ce jour
à Paris par la porte Saint-Anthoine» (Arch. nat., X{la} 1480,
fol. 174 vº).
186. Et vray fut que l'année de may[397], les gens de l'ostel du roy
allerent, comme acoustumé est, au boys de Boulongne, pour apporter du may
pour l'ostel du roy, les gens d'armes de Montmartre, [à] la
Ville-l'Evesque, à l'entrée de Paris vindrent sur eulx à force, et les
navrerent de plusieurs plaies, et puis les desroberent de tout ce qu'ilz
porent, et fut bien eureux desdiz serviteurs du roy qui se pot sauver en
gippon ou en chemise tout à pié. En celluy temps alloient femmes
d'onneur bien acompaignées veoir leurs[398] heritaiges pres de Paris, à
demie lieue, qui furent efforcées, et leur compaignie bastue, navrée et
desrobbée.
[397] Ms. de Paris: lendemain; le mot _comme_ a été laissé en
blanc.
[398] _Leurs_ manque dans le ms. de Rome.
187. Item, vray fut que les aucuns desdiz gens d'armes furent plains de
si grant cruaulté et tyrannye qu'ilz rostirent hommes et enfans au feu
quant ilz ne povoient paier leur rançon, et quant on s'en plaignoit au
connestable [ou au prevost], leur responce estoit: «S'ilz n'y fussent pas
allées, ce se feussent les Bourguignons, vous n'en parlissiez pas[399].»
[399] Cette phrase est conçue en ces termes dans le ms. de Paris:
«la responce estoit: S'ils n'y fussent point allez, si c'estoient
les Bourguignons, vous n'en parleriez pas.»
188. Ainsi commença tout à encherir à Paris, car deux œufs coustoient
IIII deniers parisis, ung petit fromaige blanc VII ou VIII blans, la
livre de beurre XI ou XII blans, ung petit haren sor de Flandres III
deniers ou IIII deniers parisis, et ne venoit quelque chose de dehors à
Paris, pour les gens d'armes dessusdiz.
189. Ainsi estoit[400] Paris gouverné faulcement, et tant hayoient ceulx
qui gouvernoient ceulx qui n'estoient de leur bande, qu'ilz proposerent
que par toutes les rues ilz les prendroient[401] et tueroient sans mercy,
et les femmes ilz noieroient; et avoient prinses par leurs forces les
toilles de Paris aux marchans et à autres sans paier, disant que c'estoit
pour [faire des tantes et des pavillons pour le roy, et c'estoit pour
faire] les sacs pour noyer lesdictes femmes. Et encore plus, ilz
proposerent que, avant les Bourguignons venissent à Paris, ne que la paix
se feist, ilz rendroient Paris au roy d'Engleterre, et [touz] ceulx qui
pas ne devoient mourir devoient avoir ung escu noir [à] une croix rouge,
et en firent faire plus de XVI mil, qui depuis furent trouvées en leurs
maisons. Mais Dieu qui scet les choses abscondées[402], regarda en pitié
son peuple et esveilla Fortune, qui en soursault[403] se leva comme chose
estourdie, et mist les pans à la saincture, et donna hardement à aucuns
de Paris[404] de faire assavoir aux Bourguignons que ilz, tout
hardiement, venissent le dimenche ensuivant, qui estoit XXIXe jour de
may, à heure de mynuyt, et ilz les mettroient dedens Paris par la porte
Sainct-Germain, et que point n'y eust de faulte, et que pas ne leur
fauldroient pour mourir, et que point ne doubtassent fortune, car bien
sceussent que [toute] la plus grant partie du peuple estoit des leurs.
[400] Ms. de Paris: estre.
[401] Ms. de Paris: entreroient.
[402] Ms. de Paris: absouldées.
[403] Ms. de Paris: son sault.
[404] Au sujet des conjurés qui ouvrirent les portes de Paris aux
Bourguignons, voy. Longnon, _Paris sous la domination anglaise_,
p. 35, note 1.
190. En icelle sepmaine s'esmeurent les Bourguignons de Pontoise, et
vindrent au jour dit [et] à l'eure en Garnelles, et là compterent leurs
gens, et ne se trouverent que environ VI ou VIIc chevaulx[405], quant
Fortune leur dist que avec eulx seroit [la] journée. Adonc prindrent cuer
et hardement, et vindrent à la porte Sainct-Germain entre une heure et
deux devant le jour, et en estoit chef le signeur de l'Isle-Adam[406] et
le beau sire de Bar[407], et entrerent dedens Paris, le XXIXe jour de
may, criant: «Nostre Dame! la paix! Vive le roy et le dalphin et la
paix!» Et tantost Fortune, qui tant avoit nourry lesdiz bandez, vit que
nul gré ne lui savoient de son bien, vint avecques lesdiz
Bourguignons[408] à toutes manieres d'armes et des communes[409] de
Paris, et leur fist rompre leurs portes, et effundrer leurs tresors et
piller, et tourna sa roe si despitement en soy vengent de leurs
ingratitudes, pour ce que de paix n'avoient cure; [quar tout joyeulx
estoit qui se povoit mucer en cave, ou] en celier, ou en quelque destour.
[405] Ms. de Paris: VII ou VIIIc chevaulx.
[406] Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, capitaine de
Pontoise au moment de l'entrée des Bourguignons, fut reçu
maréchal de France le 17 juin 1418, au lieu de Boucicaut, et
rivalisa de «pilleries et de roberies» avec Guy de Bar et Claude
de Chastellux. Juvénal des Ursins évalue à 100,000 écus les
profits réalisés par chacun de ces capitaines lors de la surprise
de Paris; on sait, du reste, que Jean de Villiers vendit à Robin
Clément, changeur sur le Pont, un rubis balay provenant des
joyaux de la couronne, estimé dix mille francs (Arch. nat., X{la}
4795, fol. 193). Le 8 juin 1421, sur la dénonciation de Jean de
Beaussault, demeurant en la rue des Vieux-Augustins, près de la
chapelle de Sainte-Marie-l'Égyptienne, L'Isle-Adam, accusé
d'avoir voulu livrer Paris au dauphin, fut arrêté par ordre du
duc d'Exeter, capitaine de Paris, et conduit à la Bastille; mais,
comme il était très populaire, son arrestation produisit une
certaine émotion dans Paris et le bruit s'y répandit que les
Anglais l'avaient tué et voulaient emmener le roi hors de la
capitale (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 234). Une commission
instruisit son procès, mais les charges n'étant point
suffisantes, il obtint son élargissement, le 10 septembre 1422,
sous caution fournie par Regnier Pot, Jean de la Trémoille et
autres chambellans du roi, et des lettres royaux du 20 novembre
1423 l'innocentèrent de toute accusation (_Ibid._ X{2a} 16, fol.
424, 466). Du reste les Anglais n'épargnèrent rien pour
l'attacher à leur cause, témoin les nombreuses libéralités dont
il fut l'objet (cf. Longnon, _Paris pendant la domination
anglaise_, p. 313, 340). Réintégré au rang de maréchal de France,
il prêta serment le 3 mai 1432 (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 55
vº). Ce fut en pure perte; le seigneur de l'Isle-Adam, rallié à
Charles VII, chassa les Anglais de Paris en 1436, comme il avait
chassé les Armagnacs en 1418, et périt peu de temps après dans
une émeute à Bruges.
[407] Guy de Bar, seigneur de Presles, chambellan du duc de
Bourgogne, bailli d'Auxois, nommé le 29 mai 1418 prévôt de Paris
en remplacement de Tanneguy du Châtel et installé le 31 mai
(Arch. nat., X{la} 1480, fol. 137), occupa ce poste jusqu'au 3
février 1419. Il fut reçu le 11 mai 1424 en l'office de bailli de
Sens et d'Auxerre (_Ibid._, fol. 297). Guy de Bar, quoiqu'ayant
déjà prélevé de fortes rançons, eut sa part des confiscations
(cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 192).
[408] Ms. de Paris: bourgeois.
[409] Ms. de Rome: de commune.
191. Et quant le prevost de Paris, nommé Tenneguy du Chastel, vit Fortune
ainsi contre luy, et que les Bourguignons taschoient à emprinsonner les
autres en plusieurs prinsons diverses, et le commun à piller, vint à
Sainct-Paul, et print le daulphin ainsné filx du roy et s'en fouy atout
droit à Meleun, qui moult troubla la ville de Paris. Et plusieurs autres
des plus gros de la bande, comme maistre Robert le Maçon[410], chancelier
du dalphin, l'evesque de Clermont, le grant presidant de Provence[411],
l'un des maulvais chrestiens du monde, et plusieurs autres de leur
bande, se bouterent[412] dedens le chasteau de la porte Sainct-Anthoine,
et par ce furent sauvez et par le dalphin qu'ilz avoient, et firent moult
d'assaulx à ceulx qui par là passoient, de traict dont foison avoient.
[410] Robert le Maçon, légiste de naissance obscure, originaire
de Château-du-Loir, et anobli en mars 1401 (Arch. nat., JJ 155,
fol. 279), s'éleva par son mérite aux plus hautes dignités;
maître des requêtes de l'hôtel en 1414 (Arch. nat., X{la} 1479,
fol. 290 vº), il gagna la confiance de la reine Isabeau, qui le
nomma son chancelier et le chargea de plusieurs missions, en
récompense desquelles il reçut, le 5 novembre 1415, 500 francs,
et, le 7 août 1416, 1,000 francs (_Ibid._, KK 47, fol. 12, 13).
Il entra bientôt, en qualité de chancelier, au service du
dauphin, alors duc de Touraine, et prit part à l'importante
délibération relative aux finances qui eut lieu en mai 1417
(_Ibid._ X{la} 1480, fol. 92 vº). C'est grâce à son dévouement
que le dauphin parvint à s'échapper lors de la surprise de Paris
par les Bourguignons, Robert le Maçon lui ayant cédé son propre
cheval au péril de sa vie; cet acte méritoire est rappelé dans
les lettres du 7 novembre 1420, par lesquelles le dauphin lui
accorda un droit de péage sur le vin et le sel passant par la
Loire au château de Trèves en Anjou, dont il était seigneur
(_Ibid._, X{la} 8604, fol. 53). Le 31 mai 1418, au moment même où
son maître voulut tenter de recouvrer Paris, Robert le Maçon
adressa de Melun aux autorités du Dauphiné une missive dont le
texte est joint à la chronique de Fénin (édit. Dupont, p.
267-268).
[411] Jean Louvet, président des aides et des comptes en
Provence, venu à Paris en 1415 à la suite du roi de Sicile,
s'attacha à la personne du dauphin, sur lequel il exerça la plus
funeste influence; ce fut lui qui, le 8 octobre 1417, vint à
Notre-Dame avec Jean Coignet et se fit montrer, au nom du
dauphin, le trésor et les reliques, afin de voir par lui-même ce
qui pourrait en être détaché sans inconvénient dans ce moment
critique. La reine Isabeau utilisa ses services et dans sa
reconnaissance lui alloua mille francs par lettres du 30
septembre 1416 (Arch. nat., KK 47, fol. 13). Lors des événements
de 1418, le président de Provence s'estima heureux d'échapper aux
mains des Bourguignons, en ne perdant que sa chaîne d'or
(_Ibid._, X{la} 4793, fol. 296). L'un des ennemis acharnés du duc
de Bourgogne, il accompagnait le dauphin le jour de l'attentat de
Montereau.
[412] Ms. de Paris: «se vouloient,» avec un mot laissé en blanc.
192. Le dimenche au soir, le lundi, le mardi ensuivant, convint faire
grant guet et feus parmy Paris pour paour de eulx. Et en icelluy temps se
fournirent de gens d'armes des fuyans de leur bande, et le mercredi
ensuivant, environ VIII heures du matin, yssirent du chastel et allerent
ouvrir la porte par dedens la ville, qui que le voulsist veoir, et
avecques eulx entra grant foison de gens d'armes, et entrerent en la
grant rue Sainct-Anthoine, criant: «A mort! à mort! Ville gaingnée! Vive
le roy et le dalphin et le roy d'Engleterre! Tuez tout! tuez tout[413]!»
[413] Ms. de Paris: tuez, tuez, tuez tout!
193. Item, vray est que dimenche XXIXe jour de may, à l'entrée des
Bourguignons[414], avant qu'il fust nonne de jour, on [eust] trouvé à
Paris gens de tous estatz, comme moynes, ordres mendiens, femmes, hommes,
portans la croix de Sainct-Andry ou de Troye ou d'autre matiere, plus de
deux cens mille, sans les enffans. Lors fut Paris moult esmeu, et se arma
le peuple moult plustost que les gens d'armes, et avant que les gens
d'armes fussent venus, estoient [tant aprouchez lesdiz bandez par force
qu'ilz estoient] à l'endroit de Tyron[415]. Adonq vint le nouveau prevost
de Paris à force de gent, et tantost à l'aide de la commune respoussa
fort, abatant et occiant à grans tas jusque dehors la porte
Sainct-Anthoine, et tantost le peuple, moult eschauffé contre lesdiz
bandez, vindrent par toutes les hostelleries de Paris querant les gens de
ladicte bande, et quant[416] qu'ilz en porent trouver, de quelque estat
qu'il feust, [fust] prinsonnier ou non, aux gens d'armes estoit [amené]
en my la rue, et tantost tué sans pitié de grosses haches et d'autres
armes; et n'estoit homme [nul], à celui jour, qui ne portast quelque
armeure dont ilz feroient lesdiz bandez en passant par emprès, depuis
qu'ilz estoient tous mors estanduz; [et] femmes et enfens, et gens sans
puissance, qui ne leur povoient pis faire, les maudisoient en passant par
emprès, disans: «Chiens traistres, vous estes mieulx que à vous
n'appartient, encore en y a il, que pleust à Dieu que tous feussent en
tel estat.» Et si n'eussiez trouvé à Paris rue de nom, où n'eust aucune
occision, et en mains que on yroit cent pas de terre depuis que mors
estoient, ne leur demouroit que leurs brayes; et estoient en tas comme
porcs ou millieu de la boe, qui moult grant pitié estoit, car pou fu
celle sepmaine jour[417] qu'il ne pleust moult fort. Et furent celle
journée[418] à Paris mors à l'espée ou d'aultres armes, en my les rues,
sans aucuns qui furent tuez es maisons, cinq cens vingt deux hommes, et
plut tant fort celle nuyt que oncques ne sentirent nulle malle odeur,
mais furent lavez par force de la pluie leurs plaies, que au matin n'y
avoit que sang bete, ne ordure sur leurs plaies.
[414] A côté de cette relation de l'entrée des Bourguignons dans
Paris, due à la plume passionnée de l'un de leurs dévoués
partisans, on ne lira pas sans intérêt le récit calme et
impartial inséré dans les registres capitulaires de Notre-Dame
par un homme d'église, Nicolas le Sellier, qui remplissait à
cette époque les fonctions de notaire du chapitre: «Veneris XXVII
maii, dominica sequenti, post primam horam noctis medie,
intraverunt Burgundi Parisius per portam Sancti Germani que per
nonnullos custodes clavium fuit eis aperta; erant capitanei
dominus de l'Isle Adam et le Veau de Bar, cum quatuor milibus
hominibus, ut dicebatur, defferentibus crucem Sancti Andree, et
ante horam octavam ipsius diei dominice opportuit quod omnes
tenentes partem regis, qui tunc dicebantur Armeniaci, defferrent
ipsam crucem; plures fuerunt ipsa die depredati, comes Armeniaci,
cancellarius Francie et plures valentes viri capti.» (Arch. nat.,
LL 215, fol. 197.)
[415] L'hôtel appartenant à l'abbaye de Tiron était situé dans la
rue de ce nom que l'ouverture de la rue de Rivoli a divisée en
deux tronçons, l'un aboutissant à la rue François-Miron, l'autre
à la rue du roi de Sicile.
[416] Ms. de Paris: et ce qu'ilz.
[417] «Jour» manque dans le ms. de Rome.
[418] Les mots «dimanche vingt neuf may», introduits dans le
texte par les éditeurs du journal, ne se trouvent point dans les
mss. et doivent être supprimés, avec d'autant plus de raison
qu'ils dénaturent le récit en rapportant ces 522 victimes au jour
même de l'entrée des Bourguignons, où il n'y eut, de l'aveu d'un
témoin digne de foi (le greffier Clément de Fauquembergue), que
deux à trois personnes tuées pour avoir crié: «Vive Armagnac!»
194. Item, en ces jours devant diz prenoit on les Arminalx par tout Paris
et hors Paris. Entre lesquelx furent prins plusieurs grans de renom et
tres mauvais couraige, comme Bernard d'Armignac[419], connestable de
France, aussi cruel homme que fut oncques Noyron[420]; Henry de
Marle[421], chancelier de France; Jehan Gaude[422], maistre de
l'artillerie, le pire de tous;--quant les pouvres ouvriers lui
demandoient leur salaire de leur besongne, il leur disoit: «Avez-vous
point chascun ung[423] petit blanc, pour à chascun ung chevestre avoir
pour vous aller pandre? Senglante chenaille, c'est pour vostre preu!»; et
n'en avoient autre chose, et par ainsi espargna si tres grant trésor plus
que le roy n'avoit;--maistre Robert de Tuillieres[424]; maistre Oudart
Baillet[425]; l'abbé de Sainct-Denys en France[426], tres faulx papelart;
Remonnet de la Guerre, cappitaine des plus fors larrons que on peust
trouver en place, car ilz faisoient pis que Sarazins; maistre Pierre de
l'Esclat[427]; maistre Pierre le Gaiant[428], personne sismatique, herite
contre la foy, et avoit esté presché en Greve, digne d'ardoir.
[419] Bernard d'Armagnac réussit à se cacher, lors de l'entrée
des Bourguignons, dans l'habitation d'un maçon voisine de son
hôtel, mais sa retraite ayant été découverte, il fut emmené
prisonnier le 31 mai au Petit-Châtelet et transféré le 6 juin
suivant dans la grosse tour du Palais (Arch. nat., X{la} 1480,
fol. 138, 139). C'est là, ou plutôt dans la cour du Palais, qu'il
subit le 12 juin une mort ignominieuse; son corps, exposé aux
outrages de la populace pendant trois jours, traîné dans les rues
avec ceux du chancelier et de Remonnet de la Guerre, reçut un
semblant de sépulture dans la cour du prieuré de
Saint-Martin-des-Champs, au milieu d'un fumier, s'il faut en
croire la chronique de J. Raoulet (J. Chartier, éd. Vallet, t.
III, p. 163). L'hôtel qu'occupait Bernard d'Armagnac, près du
collège des Bons-Enfants, fut donné au comte de Charolais par
lettres du 21 juillet 1418 (Arch. nat., JJ 170, fol. 168).
[420] Ms. de Rome: aussi cruel homme qui fut oncques noyer.
[421] Le chancelier Henri de Marle, emprisonné le 6 juin dans la
grosse tour du Palais, avec son fils l'évêque de Coutances,
partagea le sort du connétable. Après sa mort, Augustin Ysbarre,
bourgeois de Paris, prit, le 16 octobre 1422, possession de son
hôtel, situé près de la rue aux Oues (cf. Longnon, _Paris pendant
la domination anglaise_, p. 58). Pierre le Clerc, valet de
chambre du duc de Bourgogne, obtint au mois d'août 1418 200
livres de rente sur l'ensemble des biens du chancelier (Arch.
nat., JJ 171, fol. 109). Nous ne savons en quelles mains passa
son hôtel du Blanc-Mesnil (Arch. nat., JJ 170, fol. 242).
[422] Jean Gaudé, simple écuyer de cuisine en 1408 (Arch. nat.,
X{la} 55, fol. 28 vº), devint maître et garde de l'artillerie
royale; il se signala par ses rapines et profita du désarroi
général pour mettre en gage quelques-uns des joyaux de la
couronne; il emprunta notamment à un riche marchand lucquois
établi à Paris, Gauvain Trente, huit cents francs sur un balay
qui valait bien huit mille écus. Quoique son nom figure sur la
liste des prisonniers qui accompagne la dépêche adressée le 4
juin 1418 au duc de Bourgogne par ses officiers, on ne saurait
cependant affirmer qu'il ait été enveloppé dans le massacre; en
tout cas, ses biens furent confisqués et donnés, au mois d'août
1418, à Simon de Neuville, valet de chambre du roi (Arch. nat.,
JJ 171, no 189). Jean Gaudé avait deux maisons dans Paris, l'une
à l'enseigne du Cygne, rue Saint-Germain-l'Auxerrois, l'autre rue
Arnoul-de-Charonne, sans compter divers héritages à Chatou
(Sauval, III, 310, 312, 319, 326).
[423] Les mots «chacun ung» sont ajoutés dans le ms. de Paris qui
remplace «pour achater ung chevestre» par «pour à chacun ung
chevestre avoir». Le reste de la phrase est défiguré: «Sanglante
chenallie, c'est pour vostre pren.»
[424] Robert de Tuillières, d'abord simple sergent au Châtelet
avec son frère Guillaume (Arch. nat., Y2, fol. 172 vº), devint
lieutenant criminel du prévôt de Paris (avant 1404); reçu
trésorier de France avec Michel de Lallier, en vertu de lettres
du 25 septembre 1409 (Arch. nat., Z 5187, fol. 218), il quitta
Paris lors de la réaction cabochienne et resta quelque temps
absent (_Ibid._, X{la} 8602, fol. 285 vº). Dans un sauf-conduit
que lui délivra le roi d'Angleterre le 27 novembre 1415, il est
qualifié de conseiller du duc d'Orléans (_Rôles français_, t. II,
p. 225). En sa qualité de lieutenant criminel il ne pouvait
échapper aux haines féroces d'une vile multitude et dut succomber
sous les coups des meurtriers dans la sinistre journée du 12
juin. Guillaume de Foletemps, l'un de ceux qui firent entrer les
Bourguignons, et Étienne Morel, valet de chambre du roi et
contrôleur de la dépense du duc de Bourgogne, se partagèrent ses
dépouilles; le second reçut pour sa part l'hôtel de Robert de
Tuillières, sis à Paris rue de l'Arbre-Sec, garni de ses meubles,
jusqu'à concurrence de 400 livres de rente (Arch. nat., JJ 170,
no 256; JJ 171, no 195). Robert de Tuillières laissa une veuve et
des enfants; sa sœur, Marguerite de Tuillières, épousa Miles du
Breuil, notaire du roi au Châtelet, dont la maison, rue de la
Parcheminerie, fut également confisquée (Sauval, III, 314).
[425] Oudart Baillet, conseiller en la grand' chambre du
Parlement depuis le 22 septembre 1413, fut aussi l'une des
victimes de la fureur populaire; il siégea encore le samedi 28
mai, veille de l'entrée des Bourguignons; sa maison, rue
Aubry-le-Boucher, fut donnée à bail pour trois ans à Jean Seguin
(Sauval, III, 291).
[426] Philippe de Villette, abbé de Saint-Denis, éprouva bien des
vicissitudes, témoin ce curieux épisode: Après la prise du pont
de Saint-Cloud, en 1411, il fut emmené de Saint-Denis à Paris et
enfermé pendant dix à douze jours dans un galetas près de
Saint-Eustache; les écuyers qui s'étaient chargés de sa personne
voulurent le mettre à composition et lui réclamèrent huit cents
écus; le malheureux abbé ne sachant que répondre et requérant
justice, ces écuyers lui demandèrent ironiquement de quelle
justice il entendait parler, «s'il voloit que l'en menast copper
sa teste es halles, ou que l'en le feroit pas, mais seroit mis en
un sac en la riviere.» (Arch. nat., X{la} 4789, fol. 452 vº.)
Lors des massacres qui ensanglantèrent la prison de Saint-Éloi,
voisine du Palais, où Philippe de Villette avait été enfermé,
l'abbé, revêtu de ses ornements pontificaux, officiait au pied de
l'autel, et il dut passer par de terribles angoisses en voyant
suspendues au-dessus de sa tête les lames dégouttantes de sang
que brandissaient les assassins. Grâce à l'intervention de Jean
de Villiers, l'abbé de Saint-Denis fut épargné, mais il succomba
le 27 juin au château de l'Isle-Adam, où il avait trouvé un
refuge, aux atteintes de l'épidémie régnante (Religieux de
Saint-Denis, t. VI, p. 273). L'hôtel qu'il occupait à Paris, rue
de Bièvre, fut confisqué (Sauval, III, 296).
[427] Pierre de l'Esclat, maître des requêtes de l'hôtel depuis
1397, «que le bon temps couroit», chargé de belles «embexades»,
où il sut faire de beaux profits, passait pour avoir une fortune
d'au moins vingt mille écus (Arch. nat., X{2a} 18, avril 1426);
comme conseiller de la reine Isabeau, il recevait cinq cents
livres par an (_Ibid._, KK 48, fol. 22). Constamment fidèle au
parti armagnac, il fut emprisonné en 1409 avec Jean de Montaigu
et se racheta à prix d'argent. Il participa ensuite à la
rébellion des princes et perdit pour cette cause ses fonctions de
maître des requêtes de l'hôtel (_Ibid._, X{la} 4789, fol. 238
vº). Après l'échec des Cabochiens, il prit part de nouveau aux
délibérations du Parlement. Lors de la révolution bourguignonne,
il fut arrêté et mis à mort le 12 juin 1418. Sa veuve, Jeanne
Porchière, et sa sœur, Jeanne de l'Esclat, se réfugièrent à
Orléans (_Ibid._, X{2a} 18, avril 1426, X{2a} 21, juillet 1431).
Cf. au sujet de ses biens confisqués, Longnon, _Paris pendant la
domination anglaise_, p. 62.
[428] Ms. de Paris: Pierre le Grand.
195. Item, il alla après ce à court de Romme, et quant il revint, il fut
plus maistre en Chastellet que devant, et les lettres dont il se mesloit,
c'on avoit avant pour VIII solz parisis, il en failloit bailler XXIIII
solz parisis, et si failloit il paier par sa main.
196. Item, l'evesque de Clermont[429], qui estoit tout le pire contre la
paix, et plusieurs autres[430]. Et tant en avoit au Palays, au
Chastellet, Petit et Grant, à Sainct-Martin, à Sainct-Anthoine, à Tyron,
au Temple, que on ne les savoit où mettre.
[429] Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont, chancelier
du duc de Guyenne, incarcéré en 1409 avec Jean de Montaigu,
parvint à s'échapper de Paris à la faveur d'un déguisement, mais
fut arrêté par Georges de la Trémoille, seigneur de Sully, son
ennemi personnel, qui le retint dans les prisons de son château
de Sully jusqu'à sa délivrance par le dauphin (Cousinot, _Geste
des nobles_, p. 172). Le bel hôtel de l'évêque de Clermont fut
successivement donné: en décembre 1418 à Jacques de Montberon,
maréchal de France (Arch. nat., JJ. 170, no 286), le 29 avril
1423 à Guy le Bouteiller, seigneur de la Roche-Guyon (Longnon,
_Paris pendant la domination anglaise_, p. 88).
[430] Une liste détaillée des principaux prisonniers faits par
les Bourguignons à leur entrée dans Paris est annexée à la
dépêche du 4 juin 1418, publiée par M. J. Garnier. Nous
essayerons de compléter sur certains points les indications
qu'elle nous fournit et de rectifier quelques noms.--MABRIGOIR
est le même que Maurigon, écuyer gascon, emprisonné et massacré
avec le connétable d'Armagnac (Gousinot, _Geste des nobles_, p.
169).--GUILLAUME BATAILLE, chevalier de la suite du dauphin, l'un des
acteurs du drame de Montereau.--JEAN COIGNET, ALEXANDRE LE BOURSIER,
commissaires généraux sur le fait des finances.--MORELET DE
MARANCOURT n'est peut-être pas différent de Morelet de Montmaur,
qui, enfermé à la Bastille, échappa au massacre du 21
août.--ANDRÉ GIFFET ou GIFFART, trésorier de France, tué dans les
prisons du Châtelet.--HENRI L'ALEMANT, chambellan du roi.
197. Item, [ce pendent] estoient touzjours les Arminaz à la porte
Sainct-Anthoine, pour quoy on faisoit toutes les nuys tres grans feuz, et
n'estoit nuyt que on ne criast alarme, et faisoit-on cris à trompe à
mynuit, après mynuit, davant mynuit, et neantmoins tout ce plaisoit au
peuple, pour ce que de bon cuer le faisoient.
198. Item, le peuple s'advisa de faire en la parroisse Sainct-Huitasse la
confrarie Sainct-Andry[431], et la firent à ung jeudy, IXe jour de juing,
et chascun qui s'y mettoit avoit ung chappeau de roses vermeilles. Et
tant s'i mist de gens de Paris, que les maistres de la confrarie disoient
et affermoient qu'ilz avoient fait faire plus de LX douzaines de
chappeaulx, mais avant qu'il fust doze heures, les chappeaulx furent
failliz; mais le moustyer de Sainct-Huistace estoit tout plain de
gens[432], mais pou y avoit homme, prebstre ne autre, qui n'eust en sa
teste chappeau de roses vermeilles, et sentoit tant bon au moustier,
comme s'il fust lavé d'eau rose.
[431] Au mois de septembre 1418, s'établit une autre confrérie en
l'église Saint-Eustache, sous l'invocation de saint Sébastien,
saints Jean Baptiste et l'Évangeliste (Arch. nat., JJ 170, no
198); mais les registres du Trésor des chartes ne mentionnent
point celle de saint Andry, instituée en juin.
[432] Ms. de Paris: monde.
199. Item, en celle sepmaine, ceulx de Rouen demanderent à ceulx de Paris
aide[433], et [on] leur envoya IIIc lances et IIIc hommes de traict pour
ovier[434] aux Engloys.
[433] Deux chevaucheurs, G. Poulain et G. le Fournier, furent
dépêchés de Rouen à Paris, «par l'ordonnance du bailli, devers
les seigneurs de Chastellus, l'un des marechaulx de France, et le
prevost de Paris» (Arch. nat., JJ 170, no 142, 143). Des lettres
du 26 juin instituèrent Claude de Chastellux lieutenant général
et capitaine au duché de Normandie (_Ibid._, no 147), mais elles
n'eurent aucun effet; le seul secours qui parvint à Rouen, à part
le contingent parisien, se composa de quatre mille hommes envoyés
par Jean Sans-Peur (Cf. Monstrelet, t. III, p. 281).
[434] Ms. de Paris: nuire.
200. Item, le dimenche ensuivant, XIIe jour de juing, environ XI heures
de nuyt, on cria alarme, [comme on faisoit souvent alarme] à la porte
Sainct-Germain; les autres crioient à la porte [de] Bordelles. Lors
s'esmut le peuple vers la place Maubert et environ, puis après ceulx de
deçà les pons, [comme] des Halles et de Greve et de tout Paris, et
coururent vers les portes dessusdictes, mais nulle part ne trouverent
[nulle] cause de crier alarme. Lors se leva[435] la deesse de Discorde,
qui estoit en la tour de Mau-Conseil, [et esveilla] Ire la forcenée[436]
et Convoitise et Enragerie et Vengence, et prindrent armes de toutes
manieres et bouterent hors d'avec eulx Raison, Justice, Memoyre de Dieu
et Atrempance[437], moult honteusement. Et quant Ire et Convoitise virent
le commun de leur accort, si les eschauffa plus et plus, et vindrent au
Palays du roy. Lors Ire la desvée leur gecta sa semence tout ardant sur
leurs testes; lors furent eschauffez oultre mesure, et rompirent portes
et barres, et entrerent es prinsons dudit Pallays à mynuit, heure moult
esbahissant à homme sourprins; et Convoitise qui estoit leur cappitaine,
et portoit la baniere devant, qui avec lui menoit Traïson et Vengence qui
commencerent à crier haultement: «Tuez, tuez ces faulx[438] traistres
Arminaz! Je reny bieu, se ja pié en eschappe en ceste nuyt.» Lors
Forcenerie la desvée, et Murtre[439] et Occision occirent, abatirent,
tuerent, murtrirent tout ce qu'ilz trouverent es prinsons, sans mercy,
fut de tort ou de droit, sans cause ou à cause; et Convoitise avoit les
pans à la saincture, avec Rapine sa fille et son filx Larrecin, qui, tost
après qu'ilz estoient mors ou avant, leur ostoient tout ce qu'ilz
avoient, et ne volut pas Convoitise que on leur laissast neis leurs
brayes, pour tant qu'ilz vaulsissent iiii deniers[440], qui estoit un des
plus grans cruaultés et inhumanité chrestienne [à aultre de quoy on peust
parler. Quant Murtre et] Occision avoit fait ce, revenoit tout le jour
Convoitise, Ire, Vengence, qui, dedens les corps humains qui mors
estoient, boutoient toutes manieres d'armes, et en tous lieux et tant
que, avant que prime fust de jour, orent de coupz de taille et d'estoc ou
visaige, tant que en n'y povoit homme congnoistre quel qu'il fust, ce ne
fut le connestable et le chancelier qui furent cogneuz ou lict où tuez
estoient. Après, allerent cedit peuple par l'ennortement de leurs deesses
qui les menoient, c'est assavoir, Ire, Convoitise et Vengence, par toutes
les prinsons publicques de Paris, c'est assavoir, à Sainct-Eloy, au Petit
Chastellet, au Grant Chastellet, au Four l'Evesque, à Sainct-Magloire, à
Sainct-Martin-des-Champs, au Temple, et partout firent comme devant est
dit du Pallays. Et n'estoit homme [nul] qui en celle nuyt ou jour, eust
osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit enfermée,
car Ire les avoit mises en si profonde fosse, que on ne les pot oncques
trouver [toute] celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla le
prevost de Paris au peuple, et le seigneur de l'Isle-Adam, en leur
admonestant [Pitié], Justice et Raison; mais Ire et Forcenerie respondit
par la bouche du peuple: «Maulgré bieu, sire, de vostre Justice, de
vostre Pitié [et] de vostre Raison! mauldit soit de Dieu qui aura ja
pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys ne que [de] chiens! car par
eulx est le royaulme de France tout destruit et gasté, et si l'avoient
vendu aux Engloys.»
[435] Ms. de Paris: s'esleva.
[436] Ms. de Paris: Ire la sornée.
[437] Ms. de Paris: atremance.
[438] Ms. de Rome: chiens.
[439] Ms. de Paris: murmure.
[440] Ms. de Paris: pour tant qu'ilz ne vaulsissent que iii
deniers.
201. Item, est [vray] que devant chascune desdictes prinsons, avant qu'il
fust dix heures de jour, estoient tous entassez comme se feussent chiens
ou moutons, et n'en avoit nulle pitié disant: «Aussi ont ilz fait sacs
pour nous noyer et noz femmes et noz enfens, et ont fait faire estandars
pour le roy d'Engleterre et pour ses chevaliers, pour mettre sur les
portes de Paris, quant ilz l'auront livré aux Englois. Item, ilz ont fait
escussons à une rouge croix, plus de XXX milliers, dont ilz avoient
proposé de seigner les huys de ceulx qui devoient estre tuez ou non. Si
ne nous en parlez plus de par le diable, que pour vous n'en laisserons
riens à faire par le sang Dieu!» Quant le prevost vit qu'ilz estoient
ainsi eschauffez de la faulce Ire qui les menoit, si n'osa plus parler
[de Raison], de Pitié, ne de Justice, et leur dist: «Mes amys, faictes ce
qu'il vous plaira.» Ainsi s'en allerent es prinsons dessusdictes, et
quant ilz trouvoient trop fortes prinsons où ilz ne povoient entrer, si
boutoient dedens force [de] feu, et ceulx qui dedens estoient n'avoient
riens de quoy leur aider, si estraingnoient[441] et ardoient là dedens à
grant martire. Et ne laisserent en prinson de Paris, sinon au Louvre,
pour ce que le roy y estoit[442], quelque prinsonnier qu'ilz ne tuassent
ou par feu ou par glayve[443]. Et tant tuerent de gens à Paris, que
hommes que femmes, depuis celle heure de mynuit jusques au lendemain XII
heures, qui furent nombrez à mille cinq cens dix huit; et furent le
connestable, le chancelier, ung cappitaine nommé Remonnet de la Guerre,
maistre Pierre de l'Esclat, maistre Pierre Gaiant, maistre Guillaume
Paris[444], l'evesque de Coustances, filx du chancelier de France[445],
en la court de darriere devers la Cousture, et furent deux jours entiers
au pié du degré du Palays sur la pierre de marbre, et puis furent
enterrez ces VII[446] à Sainct-Martin en ladicte court de derriere la
Cousture, et tous les autres à la Trinité[447]; entre lesquelx mors
furent trouvez tuez IIII evesques du faulx et dampnable conseil[448], et
deux des presidens de Parlement[449].
[441] Ms. de Rome: estaingnoient.
[442] Charles VI avait été conduit au Louvre le 1er juin «après
disner»; son Conseil y tint séance le jeudi 2 juin (Arch. nat.,
X{la} 1480, fol. 108).
[443] Ms. de Paris: ou par sang.
[444] Pierre le Gayant et Guillaume Paris, tous deux clercs
criminels de la prévôté de Paris, le premier antérieurement à
l'année 1402 (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 6 vº; Y 2, fol. 204),
tombèrent probablement au Grand Châtelet sous les coups de la
populace qui se précipita à l'assaut de cette prison; leurs biens
confisqués furent attribués à Colette, veuve de Jean de Dammart,
valet de chambre du roi (_Ibid._, JJ 171, no 193). Pierre le
Gayant était possesseur d'une maison sise rue des Arsis et
attenante à celle de Marivaux (Sauval, III, 308); au mois de
décembre 1408, il avait été poursuivi pour hérésie; entre autres
énormités, on l'accusait d'avoir craché sur la croix. Dans sa
défense, Le Gayant déclare «estre né près de Paris, avoir vecu
bien et loyaument, estre bon notaire et avoir exercé l'office de
clerc criminel du Châtelet XVII ans» (Arch. nat., X{la} 4788,
fol. 183).
[445] Jean de Marle, reçu le 11 décembre 1409 maître des requêtes
de l'hôtel à la place de Pierre Trousseau, évêque de Poitiers,
fut nommé évêque de Coutances au début de l'année 1414 et céda
ses fonctions à son frère Arnaud de Marle, que le Parlement admit
le 25 avril par considération pour le chancelier (Arch. nat.,
X{la} 1479, fol. 96 vº, 292 vº).
[446] Ms. de Paris: un.
[447] La Trinité, hôpital situé rue Saint-Denis, en face la rue
Saint-Sauveur. C'est probablement dans son enclos, compris entre
les rues Grenetat et Guérin-Boisseau, que furent enterrées les
victimes.
[448] Guillaume de Cantiers, évêque d'Évreux, Pierre Fresnel,
évêque de Lisieux, Jean d'Achery, docteur en théologie, évêque de
Senlis, tels sont, avec Jean de Marle, les quatre évêques qui
périrent dans les massacres du 12 juin 1418; par raffinement de
cruauté, le cadavre de Jean d'Achery fut traîné hors des portes
par une corde attachée à ses pieds. Quant aux évêques de Bayeux
et de Saintes, que Monstrelet (t. III, p. 270) compte au nombre
des victimes, ils réussirent à s'échapper.
[449] Parmi les membres du Parlement tués dans l'émeute du 12
juin, on peut citer les conseillers Jean de Vitry, dont les biens
confisqués furent donnés, jusqu'à concurrence de 200 livres de
rente, à Jean Caucousin (Arch. nat., JJ 170, no 251), et Oudart
Gentien, qui faisait partie du Parlement depuis 1403 et qui subit
le même sort que son frère, Benoît Gentien, religieux de
Saint-Denis (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_,
p. 323). Deux procureurs au Parlement, Oudart Correl et Jean de
Combes, furent également mis à mort (Sauval, III, 317. Arch.
nat., X{1c} 124).
202. Item, celle sepmaine fut depposé de la prevosté des marchans
Guillaume Cyrasse, et y fut mis sire Noel Marchant[450].
[450] Guillaume Cirasse ayant été déchargé de la prévôté des
marchands le lundi 6 juin 1418, les maréchaux de France de
Chastellux et de l'Isle-Adam, assistés de Guy de Bar, le
remplacèrent par Noël Marchand, bourgeois de Paris. Le vendredi
suivant, 10 juin, l'échevinage fut complètement renouvelé:
Étienne de Bonpuits, Jean Dupré, Henri Mauloué et Simon Taranne,
qui avaient pris la fuite, firent place à Michel Thibert,
boucher, place aux Veaux, Marcellet Testard, qui devint trésorier
de la reine Isabeau, Jean de Louviers le jeune, ancien échevin,
et Pierre le Voyer (Arch. nat., KK 1009, fol. 2 vº, 3 rº).
203. Item, en celui temps, on attendoit monseigneur de Bourgongne de jour
en jour, et si n'estoit homme qui peust savoir au vray où il estoit, dont
le peuple fut plus felon, et n'osoit le prevost de Paris faire justice.
204. Item, celle sepmaine fut fait procureur du roy ung nommé Vincent
Lormoy[451].
[451] L'office de procureur du roi au Châtelet était exercé en
1413 par Guillaume Lormoy, que Guillaume Marescot déposséda le 2
octobre, en vertu de lettres de substitution qu'il produisit au
Parlement (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 267 vº). Nous ignorons
quels liens de parenté existaient entre ce Guillaume Lormoy et
Vincent Lormoy qui, appelé en 1418 aux mêmes fonctions, ne
conserva ce poste que fort peu de temps, car, le 22 septembre
1421, ses exécuteurs testamentaires demandèrent au Parlement à
être déchargés «de certain tapis vermeil semé d'arbres orbatus et
d'un livre en françois contenant plusieurs livres de devocion»
dont l'évêque de Paris et le procureur général du roi se
disputaient la propriété et que Vincent Lormoy avait reçus en
dépôt (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 241; P 1189).
205. Item, le XXe[452] jour de juing, fut faicte justice d'ung nommé
Boutart[453], qui estoit sergent à cheval, demourant en la grant rue
Sainct-Denis, l'ung des plus mauvais de tous ceulx de la bande, et pour
ce que si mauvais estoit contre le duc de Bourgongne, et [que] moult bel
parleur estoit et grande faconde de homme, il recongnut à sa fin que
quant il vouloit il estoit à l'estroit conseil des bandez, et avoit eu
commission de par le prevost et les autres, environ devant VIII ou IX
jours que les Bourguignons aryvassent à Paris, de faire tuer tout le
quartier des Halles, c'est assavoir, hommes, femmes et enffens, lesquelx
qu'il eust voulu, et leurs biens confisquez à luy et à ceulx qui luy
eussent aidé à fayre ladicte occision. La sepmaine que lesdiz
Bourguignons entrerent à Paris, devoit ce estre fait, et recognut que ung
nommé Simonnet Taranne[454] avoit ung autre quartier pour faire
semblablement[455], et autres de leur maldit conseil devoient ainsi faire
par tout Paris. Mais Dieu qui scet les choses abscondites, qui mua le
conseil d'Olofernes par main de femme, les fist cheoir en la fosse qu'ilz
avoient faicte, comme devant est dit.
[452] Ms. de Paris: XXIe.
[453] Pierre Boudaut, sergent à cheval au Châtelet, est mentionné
dans un compte de la prévôté de Paris comme porteur de mandements
notifiant la mise aux enchères, le vendredi 2 octobre 1416, en
l'auditoire du Châtelet, des étaux créés dans les nouvelles
boucheries de Paris (Sauval, III, 274).
[454] Simon Taranne, fils du changeur Jean Taranne, était échevin
de Paris au moment de l'entrée des Bourguignons. Plus heureux que
son père mis à mort dans l'émeute du 21 août 1418, il réussit à
s'échapper. (Au sujet de ses biens confisqués, cf. Longnon,
_Paris pendant la domination anglaise_, p. 173, 216).
[455] Ms. de Paris: semblable.
206. Item, le sabmedi ensuivant, fut decapité Guillaume d'Ausserre[456],
drappier, esleu de Sainct-Eloi, aagé de plus de LXVI ans, qui avoit de
moult belles filles à Paris, toutes femmes d'honneur et[457] d'estat,
lesquelles il vilena moult, car il congnut tant de traïsons contre le
roy et son royaulme, que lui et ceulx de ladicte bande avoient machinées
et fait aliance aux Englois, que fort seroit à croire; et encusa autres,
desquelx furent decapitez ung sergent d'armes, nommé Monmelian, lequel
avoit fait par son pourchaz decapiter le sieur de l'Ours de la porte
Baudet, [et lequel seigneur de l'Ours, environ six sepmaines] après que
les Bourguignons furent entrez à Paris, fut despendu, lui et plusieurs
autres, du gibet, et furent mis en terre saincte, et fait leur service
honnestement.
[456] Guillaume d'Auxerre, riche drapier de la Cité, originaire
de Bourges, occupa l'échevinage du 10 octobre 1415 au 30 août
1416; il possédait deux maisons à Paris, l'une rue de la Harpe,
au coin de la rue Percée, l'autre rue Vieille-Plâtrière (Sauval,
III, 295, 316); une partie de ses biens fut la récompense des
services rendus par Jean de l'Isle, l'un des complices de
Perrinet le Clerc (Arch. nat., JJ 171, no 192). Sa veuve Jeanne,
retirée à Bourges, obtint des lettres de rémission le 12 juin
1427 (Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 266).
Sa fille Marguerite avait épousé Thomas du Han. En même temps que
G. d'Auxerre, furent exécutés maître Pierre la Gode, avocat au
Parlement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 133 vº), et Philippe de
Corbie, maître des requêtes de l'hôtel depuis 1408, suspect au
duc de Bourgogne (Cf. Monstrelet, t. III, p. 201). La maison que
Pierre la Gode possédait rue des Barres passa en novembre 1418 à
Philippot de Juilly, valet tranchant du roi (Arch. nat., JJ 170,
no 139). Philippe de Corbie avait la seigneurie de Sèvres et
Meudon, comme on le voit par le procès qu'engagèrent les tuteurs
et curateurs de ses enfants pour en obtenir la restitution
(_Ibid._, X{la} 4797, fol. 90 vº).
[457] «D'honneur et» manque dans le ms. de Rome.
207. Item, ou moys de juing, fut la porte Sainct-Anthoine murée, et
n'avoit à Paris que deux portes ouvertes, c'est assavoir, la porte
Sainct-Denis et celle de Sainct-Germain.
208. Item, en celle année ne fut nouvelle du Landit, ce ne fu à la fin
que on vendy ung pou de souliers de Breban en trois estaulx en la grant
rue Sainct-Denis, emprès les Filles-Dieu.
209. Item, la vigille Sainct Jehan furent remises les chesnes de fer[458]
au boutz des rues de Paris, et cuida on tout trouver; mais il s'en
faillit iiic que les bandez en leur vivant avoient degasté en leur
prouffit, on ne scet en quel lieu, et les refist-on moult hastivement.
[458] Peu de temps avant l'entrée des Bourguignons, Pierre Emery,
bon marchand de Paris, qui avait la confiance du connétable
d'Armagnac, fut chargé d'enlever les chaînes des rues de Paris.
Après sa fin tragique à la Conciergerie, on retrouva chez lui
29,356 livres de fer en verges et en petites pièces, que l'on
déposa partie à la halle au blé, partie dans l'hôtel de la
Trémoille. Robert le Doyen, quartenier du quartier des Halles,
jugea à propos d'employer ce fer à la réfection des chaînes de
son quartier. Une action judiciaire lui fut intentée par Jeanne
Emery, fille de Pierre Emery, mariée à Thomas de Herlay, à la
suite de laquelle Robert le Doyen se vit condamné, par arrêt du
10 juin 1430, à payer 342 livres 16 s. par., représentant la
valeur de ces 29,000 livres de fer, dont la provenance fut jugée
douteuse. Robert le Doyen actionna à son tour la prévôté des
marchands en garantie de tous frais et dommages; un arrêt
intervenu le 28 mars 1431 fit droit à sa requête et rendit la
prévôté des marchands responsable de 19,885 livres et demie de
fer en verges et de 862 livres en petites pièces, évaluées 243
livres parisis; en outre, un supplément d'enquête au sujet des
chaînes du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois fut ordonné
(Arch. nat., X{la} 1481, fol. 43; X{la} 67, fol. 104, 151).
Indépendamment de cette masse considérable que nous voyons
utilisée, il y eut certainement nombre de chaînes «degastées» au
profit de diverses personnes, témoin celles qui furent achetées à
un canonnier peu de temps après la surprise de Paris (_Ibid._, JJ
171, no 214).
210. Item, le dimenche IIIe jour de juillet, fut faicte une des plus
belles processions que on eust veu oncques[459]. Toutes les eglises de
Paris s'assemblerent à Nostre-Dame de Paris et de là vindrent à grant
luminaire [et sainctuaires] à Sainct-Marry[460], à Sainct-Jehan en Greve,
et là moult bien devottement prindrent le corps Nostre Seigneur que les
faulx juifz boullirent[461] et l'apporterent moult reverentement, faisans
grans louanges à Dieu, à Sainct-Martin-des-Champs; et alloient les gens
de l'Université deux et deux, c'est assavoir, emprès chascun maistre
alloit ung bourgois au dessoubz de lui, et tous les autres semblablement.
[459] En présence de l'effervescence populaire qui était loin
d'être calmée, le 24 juin 1418, l'Université de Paris,
représentée par son recteur et un certain nombre de députés, se
joignit au Chapitre de Notre-Dame pour tenter la pacification des
esprits au moyen d'une procession solennelle où serait intercalée
une prédication. Le 27 juin, après mûre délibération, bien qu'il
semblât aux chanoines fort hasardeux de convoquer le peuple «et
de lui prêcher la paix et justice», à moins de le faire avec une
extrême prudence, on décida la procession solennelle, après
s'être assuré le concours du conseil royal, des échevins et de
l'Université. Les dernières dispositions furent prises le 30
juin: deux chanoines furent chargés de régler avec les députés de
l'Université l'ordre de la procession, pour éviter tout conflit
qui pourrait s'élever pendant la cérémonie entre le Chapitre et
l'Université au sujet de la préséance de l'un ou l'autre de ces
corps (Arch. nat., LL 215, fol. 201).
[460] «Sainct-Marry» manque dans le ms. de Rome.
[461] Ms. de Paris: voulurent.
211. Item, le vendredy ensuivant vindrent les Arminalz de Meaux jusques
devant Paris, et bouterent le feu à la Villette, à la Chappelle et
ailleurs es granches plaines de blez nouveaulx. Si cria on alerme à
Paris, si s'enfouirent, et en eulx en allant [allerent coupper les cordes
des Arminalz qui penduz estoient au petit gibet de Paris[462]; et en eulx
en allant] prindrent grant proie de bestail, [et] prinsonniers pouvres
laboureurs en leurs lis, et le commun de Paris s'arma, mais on ne leur
volt ouvrir la porte sitost, pour ce que sans chief estoient. Tosts[463]
après vint le prevost de Paris, qui yssit à grant compaignie, et eulx le
suyvirent moult asprement. Et fut vray que les Arminas povoient bien
estre à plus de trois lieues loing ains que le prevost yssist, ne le
commun qui moult s'en tint mal comptent, toutes voies suivirent ilz tant
leurs annemys à pié qu'ilz rescouirent[464] presque tous les
prinsonniers, et furent jusques à Langny-sur-Marne, et là leur fut dit
que la grosse bataille povoit [ja] bien estre à trois grosses lieues
loing; lors s'en revindrent le mieulx qu'ilz porent, moult las, car moult
faisoit grant chault, et on ne trouvoit rien nulle part que es bonnes
villes, car pour la guerre on y mettoit tout. Quant ilz furent venus à
Paris, si furent moult courroucez et vouldrent aller tuer les
prinsonniers arminalx du Chastellet, se n'eust esté le cappitaine de
Paris[465] qui par doulces parolles les appaisa. Et tantost après on fist
faire les barrieres devant Chastellet, mais neantmoins convint il mener
les gros prinsonniers à tres grant compaignie de gens d'armes à la porte
Sainct-Anthoine, ou autrement eussent esté tuez du peuple.
[462] Le petit gibet doit s'entendre des fourches patibulaires
qui furent érigées vers 1416 «outre Saint-Laurent, hors Paris,
sur une petite montagne», à proximité de l'ancienne et grande
justice, dont l'état de délabrement exigeait des réparations
(Sauval, t. III, p. 273).
[463] Ms. de Paris: item.
[464] Ms. de Paris: recouvrirent.
[465] Charles de Lens, amiral de France, remplissait les
fonctions de capitaine de Paris au nom du duc de Bourgogne (Cf.
Monstrelet, t. III, p. 273).
212. Item, vray est que en icellui temps Soissons se rendit aux
Bourguignons, et prindrent des gros bourgoys de la ville qui estoient
Arminalx, desquelx ilz firent justice, car ilz congneurent à la mort que
dedens iiii jours [ilz avoient en pencée] de tuer par nuyt ou par jour
tous ceulx qui estoient de la partie au duc de Bourgongne, et femmes et
enfens faire noyer en sacs qu'ilz avoient tous propres fais faire à
femmes moult voulentaires à la faulce traistre bande.
213. Item, vray est qu'ilz avoient fait faire monnoye de plon tres grant
foison, et en devoient bailler aux diseniers de la ville de Paris, selon
ce qu'ilz avoient de gens en leurs dizaines qui estoient de la bande, et
n'en devoit avoir [nul] autre que ceulx; et devoient aller parmy les
maisons lesdiz bandez par tout Paris à force de gens armez portant
ladicte bande, disant partout: «Avez vous point de telle monnoye?» S'ilz
disoient: «Veez en ci!» ilz passoient oultre [sans plus dire]; s'ilz
disoient: «Nous n'en avons point!» ilz devoient tout estre mis à l'espée,
et les femmes et enfans noyez. Et estoit la monnoye telle: ung pou plus
grant que ung blanc de IIII deniers parisis, en la pille ung escu à deux
lieppars l'un sur l'autre, et une estoille sur l'escu, en la croix; à ung
des quingnez une estoille, à chascun bout de la croix une couronne[466].
[466] Notre chroniqueur avait annexé à son récit un dessin
représentant cette monnaie; ainsi s'explique le début de sa
description: «Et estoit la monnoie telle», c'est-à-dire «telle»
qu'elle se trouvait figurée dans le texte; malheureusement ce
dessin n'est que grossièrement indiqué dans le ms. de Rome et ne
peut donner aucune idée d'une pièce dont il n'existe probablement
aucun spécimen.
214. Item, le jeudi XIIIIe jour de juillet vint la royne à Paris, et la
admena le duc de Bourgongne et la presenta au roy au Louvre, laquelle
avoit esté longtemps comme bannie et hors de France par les bandez, se le
duc de Bourgongne ne l'eust secourue, qui tousjours en son exil l'onnoura
comme sa dame, et la rendy à son signeur le roy de France, moult
honnorablement le jour dessusdit. Et fut à leur venue la porte
Sainct-Anthoine desmurée, et furent les bourgois de Paris vestuz tous de
pers; et furent receus avecque telle honneur et joye que oncques dame ou
signeur avoit esté en France, car par tout où ilz passoient, on crioit à
haulte voix «Nouel!» et pou y avoit gent qui ne plourassent de joie et de
pitié[467].
[467] Voy., au sujet de la réception enthousiaste qui fut faite
au duc de Bourgogne et à la reine, Monstrelet (t. III, p. 273),
ainsi que la chronique des Cordeliers (t. VI, p. 260), où l'on
constate que, pendant le séjour du roi au Louvre, Jean Sans-Peur
habita son hôtel d'Artois, et qu'aussitôt le retour de Charles VI
à Saint-Pol il alla lui-même se loger à proximité dans un grand
hôtel situé devant l'hôtel des Tournelles, dit l'Hôtel-Neuf.
215. Item, la sepmaine ensuivant, avoit à Sainct-Denis en France ung
[cappitaine] nommé Jehan Bertran[468], aussi bon homme d'armes et aussi
proud'homme pour son signeur comme nul c'om sçeust en tout le royaulme de
France, mais pas n'estoit de grant lignaige. Si acroissoit sa renommée
de jour en jour[469] pour le bon sens et proesse qu'il avoit; si en orent
les Picquars si grant envie qu'ilz l'espierent le lundi ensuivant que la
royne vint à Paris, entre Paris et Sainct-Denis endroit la Chappelle de
la ville[470], et là l'assaillirent en traïson et le navrerent de lances
et d'espées; moult se deffendi longuement, mais riens ne lui vallu, car
il n'estoit que lui cinquiesme; enfin le despecerent tout et murtrirent,
dont le duc de Bourgongne fut si dolent quant il le sceut, que il
commença à lermer moult fort des yeulx, mais autre chose n'en osa faire
pour paour d'esmouvoir le commun, qui fut si esmeu quant ilz le sceurent
que à tres grant peine furent apaisiez[471].
[468] Jean Bertrand, capitaine de Saint-Denis, exerçait d'abord
dans cette ville la profession de boucher. Compromis en 1413 dans
la sédition cabochienne, il fut banni le 28 juillet 1414 et se
retira auprès des Bourguignons. Il figure, comme «bouchier de
Saint-Denis», parmi les fauteurs de troubles qu'énumère le
mandement royal du 30 août 1416 (Cf. Monstrelet, t. III, p. 154).
Le récit de sa mort, donné par l'auteur de notre journal, est
conforme, sauf quelques détails, à celui que nous lisons dans les
lettres de rémission accordées en mai 1420 à deux écuyers qui
avaient participé à cet événement. D'après ces lettres,
quelques-uns des gens de guerre servant sous l'étendard de Jean
de Luxembourg, ayant été dépouillés par Jean Bertrand et ayant
obtenu de lui, pour toute réponse à la réclamation de leurs
biens, qu'il se garderait bien d'eux, «se mirent en aguet en la
Chappelle Saint-Denis lez Paris» et l'attendirent au passage.
Bertrand, retournant à Saint-Denis et se méfiant de quelque
piège, poussa sur les compagnons embusqués et en blessa un, nommé
le bastard Remi, d'un coup de lance; c'est alors que les autres
fondirent sur lui et le laissèrent mort sur place (Arch. nat., JJ
171, nos 115 et 117).
[469] Ms. de Paris: si augmentoit sa renommée tous les jours.
[470] Ms. de Paris: entre la Chappelle et la ville.
[471] Ms. de Paris: rassasiez.
216. Item, en ce temps, les Arminalz faisoient moult souvent grans griefz
autour de Paris, et prindrent celle sepmaine mesmes Moret[472] en
Gastinoys, et tuerent grant partie du peuple sans mercy.
[472] Ms. de Paris: Milly.
217. Item, le XXe jour dudit moys de juillet, les Angloys prindrent le
Pont-de-l'Arche[473] par deux cappitaines failliz et recreans, l'un nommé
Guillaume, et l'autre Robinet de Bracquemont, et le rendirent par leur
mauvaistie, avant que les tryeves fussent faillies, car ilz sçavoient
bien que le secours venoit de Paris tres grant, pour y estre à la
journée.
[473] Pont-de-l'Arche se rendit aux Anglais après quelques jours
de siège; la capitulation conclue par Jean de Graville, Pierre de
Rouville, Jacques de Chiffrevast, Jean d'Iffreville et Robert de
Braquemont, est un peu antérieure au 19 juillet 1418 (Rymer, t.
IV, 3e partie, 58). Les deux capitaines auxquels notre
chroniqueur impute la reddition de Pont-de-l'Arche étaient Robert
de Braquemont, dit Robinet (amiral de France depuis le 22 avril
1417, nommé le 2 janvier 1418 lieutenant général pour le roi dans
les bailliages de Rouen, Gisors, Caux), et son frère Guillaume de
Braquemont; ce qui justifierait jusqu'à un certain point cette
opinion, c'est la faveur qui s'attacha à la personne de Pierre de
Rouville, gendre de Robert de Braquemont, complètement rallié à
la cause anglaise (Voir la notice de M. Ch. de Beaurepaire,
_Bibl. de l'École des chartes_, 1875).
218. Item, en icellui temps avoit à Paris ung chevalier du guet[474],
nommé messire Gaultier Rallart, qui nulles foys n'alloit au guet qui
n'eust devant lui III ou IIII menestriers jouans de haulx instrumens, qui
moult estoit estrange chose au peuple, car ilz disoient qu'il sembloit
qu'il deist aux malfaicteurs: «Fuiez vous en, car je vien.»
[474] Voici les noms des chevaliers du guet qui se succédèrent à
Paris de 1408 à 1436.--1º FLORENT D'ENCRE, chambellan de Jean
Sans-Peur, est cité comme chevalier du guet le 20 avril 1409
(Arch. nat., Z 5187, fol. 144); au mois de septembre 1413 il
était capitaine de Melun (_Ibid._, JJ 167, fol. 267). 2º BERTRAND
D'ENFERNET occupait le poste de chevalier du guet le 13 octobre
1414; à cette date, le Parlement lui défend de s'attaquer à Colin
de la Chapelle, sergent à verge et collecteur du guet des métiers
(_Ibid._, X{la} 4790, fol. 146). 3º GAUCHER RAILLART, capitaine
bourguignon, qui conduisit les Parisiens au siège de Montlhéry
(Monstrelet, t. III, p. 291; Cousinot, p. 173) et qui prit part à
l'expédition dirigée contre la tour du Tramblay (Arch. nat.,
X{la} 1480, fol. 208), représente cet étrange chevalier du guet
mis en scène dans le Journal parisien. 4º MORELET DE BÉTHENCOURT
remplit la charge de chevalier du guet pendant l'occupation
anglaise, au moins durant toute la période comprise entre les
années 1428 et 1436.
219. Item, touzjours faisoient les pouvres gens le guet[475] et feux, et
veillier toute nuyt. Et si estoit la buche si chiere que touzjours la
buche de Bondiz coustoit XIII ou XIIII solz parisis, [celle de Griesve la
plus petite estoit à XXVI solz parisis, le molle à X solz parisis], le
sac de charbon XIII ou XIIII solz parisis[476], et nul temps on n'avoit
que ii ou iii œufs pour ung blanc, la livre de beurre au meilleur marché
VI blans, tres petit vin pour VI deniers parisis à la pinte.
[475] Ce n'est pas seulement sur les remparts et aux portes de
l'enceinte que se faisait le guet. En effet le Chapitre de
Notre-Dame décida, le 27 juillet, que toutes les nuits on
veillerait à la porte du cloître, près de Saint-Jean-le-Rond, et
que tous les habitants du cloître attachés à Notre-Dame seraient
astreints à ce service, sous peine, pour chaque absent, de 2 sous
d'amende (Arch. nat., LL 215, fol. 204).
[476] Ms. de Paris: XIIII ou XV.
220. Item, le dimenche XXIe jour d'aoust, fut fait en Paris une grant
[esmeute][477] terrible et orrible et merveilleuse; car pour la cause que
tout estoit si cher à Paris [et] que on ne gaingnoit rien pour les
Arminaz qui estoient autour de Paris, s'esmut le peuple celui jour, et
tuerent et abatirent ceulx qu'i porent sçavoir qui estoient de ladicte
bande, et comme dervez s'en furent en[478] Chastellet et l'assaillirent
de droit assault; et cilz qui dedens estoient, qui bien savoient la malle
voulenté du commun, especial aux Arminalx, eulx deffendirent moult
efforceement[479], et gectoient tuilles et pierres et ce qu'ilz
povoient[480] pour cuider eslonguer leurs vies. Mais ce ne leur vallut
rien, car le Chastellet fut eschellé de toutes pars, et descouvert[481]
et prins par force, et tous ceulx de dedens mis à l'espée, et la plus
grant partie fist on saillir sur les carreaulx, où la grant compaignie
estoit du peuple qui les occioient sans mercy de plus de cent plaies
mortelles; car trop souffroit le peuple de griefz par eulx, car riens ne
povoit venir à Paris qui ne fust rançonné deux foys plus qu'il ne
valloit, et toutes nuys guet de feu, de lanternes en my les rues, aux
portes[482], faire gens d'armes et riens gaigner, et tout cher plus que
de raison[483] par les faulx bandez qui tenoient maintes bonnes villes
d'entour Paris, comme Sens, Moret, Meleun, Meaulx en Brye, Crecy[484],
Compigne, Mont-le-Hery, et plusieurs autres forteresses et
chasteaulx[485], où ilz faisoient tous les maulx que on peust faire ne
pencer. Car par eulx fut plus martiré de gens que ne firent les anxiens
annemys de chrestienté, comme Dyoclecien et Maximien, et autres qui
firent à Romme martirer plusieurs sains et saintes, mais leur tyrannie
n'estoit point acomparegée[486] ausdiz bandez, comme Dieu scet; par quoy
ledit peuple estoit ainsi esmeu contre eulx, comme davant est dit.
[477] L'émeute commença le samedi 20 août, vers dix heures du
soir, et dura toute la nuit ainsi que le jour suivant (Arch.
nat., X{la} 1480, fol. 142, 143; Conclusions de la nation
d'Allemagne, reg. 7 des Arch. de l'Université). Une foule de gens
armés, appartenant aux classes les plus infimes de la société, se
porta d'abord au Grand Châtelet et renouvela les scènes du 12
juin; on peut citer parmi ceux qui furent «précipités es prisons»
Aimeri de Vauboulon, Pierre de Campignolles, Jean Tesson, J. de
Courbes (Sauval, III, 294).
[478] Ms. de Paris: s'enfuirent au.
[479] Ms. de Paris: moult efforçoient.
[480] Ms. de Paris: ce qu'ilz trouvoient.
[481] Ms. de Paris: destruict.
[482] Au commencement de septembre 1418, Paris se trouvant
dégarni par suite de l'envoi de ses défenseurs au siège de
Montlhéry et au secours de Rouen, les mesures les plus
rigoureuses furent prises pour assurer la garde de la ville; des
lettres de Charles VI, en date du 4 septembre 1418, autorisèrent
les prévôt des marchands et échevins à contraindre toutes
personnes privilégiées ou non, officiers royaux, gens d'église, à
faire le guet, avec faculté d'infliger aux contrevenans des
amendes graduées jusqu'à 20 sols parisis (Arch. nat., K 950, no
25).
[483] Tout ce membre de phrase manque dans le ms. de Rome.
[484] Après la reddition de Crécy en Brie, qui eut lieu vers le
mois de janvier 1421, «les gens d'eglise, nobles, bourgois,
manans et habitans de cette ville» obtinrent une rémission
générale (Arch. nat., JJ 171, no 283).
[485] Entre autres Brie-Comte-Robert, alors occupé par les
«desobeissans» (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 17).
[486] Ms. de Paris: accompagnée.
221. Item, dudit Chastellet, quant ilz orent mis à l'espée tous ceulx
qu'ilz porent trouver, s'en allerent au Petit Chastellet, où ilz orent
moult fort assault; mais ce ne leur vallu riens, car tous furent tuez
comme ceulx du Grant Chastellet, de là s'esmurent[487] pour venir au
chasteau de Sainct-Anthoine. Lors vint le duc de Bourgongne à eulx, qui
les cuida apaisier par doulces parolles, mais riens n'y valu; car ilz
s'en fuirent, comme gens dervez, droit au chasteau et l'assaillirent à
force, et percerent portes [et tout] à pierres qu'ilz gectoient encontre;
et nul si hardy de en hault qui s'osast monstrer, car ilz leur envoyoient
sajettes et cannons si tres dru que merveilles. Grant pitié en avoit le
duc de Bourgongne, qui là affouy [à grant haste], acompaignié de
plusieurs grans signeurs et gens d'armes, pour leur cuider faire
cesser[488] l'assault pour la compaignie qu'il admenoit, mais oncques,
pour puissance qu'il eust, ne lui, ne sa compaignie ne les porent
apaisier, si ne leur monstroit tous les prinsonniers qui là estoient, et
s'ilz n'estoient admenez ou Chastellet de Paris, que ilz disoient que
ceulx que on mettoit oudit chasteau estoient touzjours delivrez par
argent, et les boutoit on [hors] par les champs, et faisoient après plus
de maulx que devant, et pour ce les vouloient avoir. Et quant le duc de
Bourgongne vit la chace ainsi, que bien veoit qu'ilz disoient verité, si
leur delivra, par ainsi que nul mal ne leur feroient, et ainsi fut
accordé d'une part et d'autre, et furent admenez par les gens du duc de
Bourgongne, et estoient, que ung que autre, environ vingt[489]. Quant ilz
vindrent pres du Chastellet, si furent moult esbahiz, car ilz trouverent
si grant nombre de peuple, que oncques, pour puissance qu'ilz eussent, ne
les porent[490] sauver qu'ilz ne fussent tous martirez de plus de cent
plaies; et là furent tuez cinq chevaliers, tous grans signeurs, comme
Enguerran de Malcongnat[491] et son filx, premier chambellan du roy
nostre sire, monseigneur Ecthor de Chartres[492] et plusieurs autres,
Charlot Poupart[493], argentier du roy, le vielz Taranne[494] et ung de
ses filx, dont le duc de Bourgongne fut moult troublé, mais autre chose
n'en osa faire.
[487] Ms. de Paris: survindrent.
[488] Ms. de Paris: pour leur faire cuider laisser l'assaut.
[489] Sept prisonniers, suivant la chronique des Cordeliers (p.
263), huit ou neuf d'après le récit du greffier Clément de
Fauquembergue, furent extraits de la Bastille et confiés aux
massacreurs; parmi les victimes, indépendamment de celles
mentionnées ci-après, il faut compter Étienne de Mauregard,
secrétaire du roi (Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 265). Deux
chevaliers, Jacquelin Trousseau et Jacques de Montmor, grâce «à
l'ayde et intercession d'aucuns de leur cognoissance», réussirent
à préserver leur existence (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 142,
143).
[490] Ms. de Paris: sceurent sauver.
[491 Enguerran de Marcognet, premier écuyer d'écurie du duc
d'Orléans en 1393, puis chambellan de Charles VI, s'unit en
premières noces avec Jeanne Sance, veuve de Jean le Breton, et lui
constitua, par acte passé le 4 octobre 1393 sous le sceau de la
prévôté de Paris, un douaire de trois mille francs d'or, dont les
deux tiers furent donnés par le duc d'Orléans, la somme totale
devant être remise entre les mains d'un ami de l'épousée, Simon de
Dammartin, bourgeois de Paris (Arch. nat., Y 2, fol. 238).
Enguerran de Marcognet contracta un second mariage qui,
semble-t-il, ne fut pas heureux, puisque sa femme, Michelle, se
vit réduite à assigner son mari devant le Châtelet, pour lui
réclamer une pension alimentaire. Elle survécut nombre d'années à
son mari, et son testament fut enregistré le 15 juillet 1433 par
le Parlement. Enguerran de Marcognet remplit jusqu'au 31 octobre
1411 les fonctions de bailli de Melun (Arch. nat., X{1a} 1479,
fol. 173 vº); il laissa deux enfants, Isabeau et Louis de
Marcognet, probablement issus de son premier mariage. (Longnon,
_Paris pendant la domination anglaise_, p. 65.)
[492] Hector de Chartres, que Juvénal des Ursins qualifie de
maître de l'hôtel du roi, était, en 1408, maître des eaux et
forêts pour les pays de Picardie et de Normandie (Arch. nat., KK
16, fol. 159 vº).
[493] Le 5 juin 1390, Charles Poupart, valet de chambre du roi,
fut nommé argentier au lieu d'Arnoul Boucher (Arch. nat., KK 21,
fol. 2); en 1412, l'Université le signala dans ses remontrances
au roi comme coupable de dilapidations; on lui reprochait d'avoir
acquis «grans rentes et possessions», ce qu'il n'avait pu faire,
disait-on, avec les seuls gages de son office (Monstrelet, t. II,
p. 312).
[494] Jean Taranne, riche changeur sur le Pont, était dès 1416
l'un des notables de sa corporation (Arch. nat., Z{1b} 2).
Concessionnaire, avec Michel de Lailler, des trente-deux loges
édifiées sur le pont Saint-Michel (Sauval, III, 271), il exerçait
en même temps la profession d'orfèvre, et fournit à la cour de
grandes nefs d'argent doré entre autres pièces importantes
d'orfèvrerie (Arch. nat., KK 29, fol. 115 et suiv.). Il fut l'un
des prisonniers de la Bastille que Capeluche décapita au
Châtelet; celui de ses fils qui périt avec lui n'est point
Simonnet Taranne, lequel parvint à s'échapper. Après la mort de
Jean Taranne, sa veuve se retira à Orléans, chez Étienne
l'Amirant (_Ibid._, X{2a} 18, avril 1426). Au sujet de ses biens,
cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 173.
222. Item, après ce l'occision, droit en l'ostel de Bourbon[495] s'en
allerent, et misdrent à mort aucuns prinsonniers; (qu)'ilz y trouverent
en une chambre une queue plaine de chausses-trapes, et une grant baniere
comme estandart, où il avoit ung dragon figuré, qui par la gueule[496]
gectoit feu et sang. Si furent plus meuz en ire que davant, et la
portèrent tout parmy Paris, les espées [toutes] nues, criant sans raison:
«Veez cy la baniere que le roy d'Angleterre avoit envoiée aux faulx
Arminalz, en signifiance de la mort dont ilz nous devoient faire mourir.»
Et ainsi criant, quant ilz orent partout monstré, la porterent au duc de
Bourgongne, et quant il l'ot veue, sans plus dire, fut mise à terre, et
marcherent dessus, et en print chascun qui en pot avoir sa piece, et en
misdrent les pieces au boutz de leurs espées et de leurs haches.
[495] L'hôtel de Bourbon, situé près du Louvre, entre les rues
des Poulies et d'Autriche, affectait la forme d'une croix
irrégulière, dont trois branches aboutissaient aux voies
publiques et la quatrième à l'hôtel de Marigny; reconstruit vers
1390, cet hôtel passait pour l'une des plus somptueuses demeures
du vieux Paris; après l'adjudication qui en fut faite, en
novembre 1425, au profit du chapitre de
Saint-Germain-l'Auxerrois, il devint la propriété du duc de
Bedford le 2 décembre 1426. Marie d'Anjou, la jeune épouse ou
fiancée du dauphin, y trouva un refuge au moment de l'invasion
des Bourguignons à Saint-Paul et fut témoin de toutes ces scènes
de désordre (Voy. A. Berty, _Topographie historique du Vieux
Paris_, t. I, p. 33).
[496] Ms. de Paris: gorge.
223. Item, toute celle nuyt ne dormirent[497], ne ne cesserent de querir
et de demander partout se on savoit nulz Arminalx; aucuns en trouverent
qui furent tuez et mis à mort sur les carreaulx tous nuds.
[497] Ms. de Paris: ne demourerent.
224. Item, le lundi ensuivant, XXIIe jour d'aoust, [furent] encusées
aucunes femmes, lesquelles furent tuées et mises sur les carreaulx sans
robbe que de leur chemise, et ad ce faire estoit plus enclin le bourreau
que nulz des autres; entre lesquelles femmes il tua une femme grosse, qui
en ce cas n'avoit aucune coulpe, dont il advint ung pou de jours après
qu'il en fut prins et mis en Chastellet, lui IIIe de ses complices, et au
bout de trois jours après eurent les testes coppées[498]. Et ordonna le
bourreau la maniere au nouveau bourreau comment il devoit copper teste,
et fut deslié et ordonna le tronchet pour son coul et pour sa face, et
osta du boys au bout de la doloaire et à son coustel, tout ainsi comme
s'il voulsist faire ladicte office à ung autre, dont tout le monde estoit
esbahy; après ce, cria mercy à Dieu et fut décollé par son varlet.
[498] Capeluche couronna ses méfaits par l'outrageante
familiarité avec laquelle il traita le duc de Bourgogne, se
permettant de toucher la main de ce prince et de l'appeler son
«beau-frère»; arrêté le 23 août dans un cabaret des Halles et
condamné à mort par un jugement du prévôt de Paris, il fut
décapité le vendredi 26 août avec deux de ses complices, et
«eurent chascun d'eulx ung poing copé es halles de Paris, et leur
corps mis au gibet» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 144). Afin
d'éviter tout mouvement populaire le jour de cette triple
exécution, les bourgeois de Paris en armes occupèrent les
carrefours.
225. Item, en celui temps, vers la fin du moys d'aoust, faisoit si grant
chalour de jour et de nuyt, que homme ne femme ne povoit dormir par nuyt,
et avec ce estoit tres grant mortalité de boce et d'espidymie, et tout
sur jeune gent et sur enfens.
226. Item, celuy an, demouroient les blez et les advoynes [aux champs] à
sayer tout autour de Paris, que nul n'y osoit aller pour les Arminaz qui
tuoient tous ceulx qu'ilz povoient prendre qui estoient de Paris. Pour
quoy la commune de Paris s'esmut, et allerent devant Montlehery[499], et
y furent [environ] X ou XII jours, et firent le mieulx qu'ilz porent, et
eussent gaigné le chastel et les traistres de dedens, se n'eussent esté
aucuns gentilzhommes[500] qui avec eulx estoient, qui les devoient garder
et mener; mais, quant ilz virent que la commune besongnoit si bien, si
parlementerent aux Arminalx qui bien veoient qu'ilz ne povoient
longuement durer contre la commune, qui si asprement les assailloit de
jour et de nuyt, et prindrent grant argent des Arminaz, par ainsi qu'ilz
feroient lever le siege, et ainsi firent ilz quant ilz orent l'argent. Si
firent entendant aux bonnes gens, que vrayement il venoit ung tres grant
secours à ceulx du chastel, et qui se pouroit sauver, si se sauvast, que
plus ne seroient là, et se partirent. Quant ce virent la commune, si se
departirent [de là] moult courcez, et quant ilz vindrent pres de Paris,
on leur ferma les portes, et demourerent à Sainct-Germain, à
Sainct-Marcel, à Nostre-Dame-des-Champs, ii ou iii jours et nuys; et les
Arminalz, tantost après le departement du siege[501], couroient jusques
au bout desdiz villaiges où estoient noz gens pour les cuider
sourprendre, mais oncques pour leur puissance ne les porent grever. Et si
n'avoient nul cappitaine que de ceulx de Paris, car les gentilzhommes qui
les avoient laissez cuidoient que les Arminalz les deussent tous tuer,
mais oncques Arminaz ne les oserent assaillir; et vray estoit que qui
eust laissé faire les communes, il n'y eust demouré Arminac en France en
mains de deux moys qu'ilz n'eussent mis à fin; et pour ce les hayoient
les gentilzhommes qui ne vouloient que la guerre, et ilz la vouloient
mettre à fin. Quant on vit qu'ilz avoient si grant voulenté d'affiner la
guerre, on les laissa entrer dedens Paris, et allerent faire leur labour;
et les Arminalz faisoient du pis qu'ilz povoient, car ilz tuoient femmes
et enfens, et boutoient feux autour de Paris[502], et si n'estoit homme
nul qui y meist remede aucun.
[499] Ce n'est point de leur plein gré que les Parisiens
entreprirent cette expédition. Voici ce que porte l'un des
registres du Parlement à la date du 30 août: «Par l'ordonnance
des gens du conseil du roy, on fist vuidier de Paris les gens de
menu peuple pour aler en la compaignie de certain nombre de gens
d'armes au siege de Montlehery»; l'éloignement de cette populace
remuante étant le seul moyen d'éviter le retour des désordres qui
avaient ensanglanté les rues de Paris. (Arch. nat., X{la} 1480,
fol. 144 vº.)
[500] Louis de Berghes, seigneur de Cohen, et Gautier de Ruppes,
capitaines bourguignons, étaient avec Gaucher Raillart, chevalier
du guet de Paris, à la tête des gens de guerre qui accompagnèrent
la milice parisienne au siège de Montlhéry (Cousinot, _Geste des
nobles_, p. 173; Monstrelet, t. III, p. 291; Chron. des
Cordeliers, p. 264).
[501] A l'approche de Tanneguy du Châtel, lieutenant du dauphin,
qui entra le 10 septembre à Étampes, les Bourguignons levèrent
précipitamment le siège de Montlhéry, abandonnant ou brûlant leur
matériel (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 174). Dans la nuit du
mardi 13, la garnison de Montlhéry s'enhardit jusqu'à faire une
incursion aux portes mêmes de Paris. «Ce jour, après mynuit,
raconte le greffier Clément de Fauquembergue, vindrent courir
devant Paris les gens d'armes de la garnison de Montlehery et
autres favorisans du conte d'Armaignac, et bouterent le feu en
pluseurs maisons du fourbourg de Saint-Germain-des-Prez, et se y
tindrent jusques au plain jour, et y tuerent IIII ou V personnes»
(Arch. nat., X{la} 1480, fol. 146).
[502] Après les courses faites par les partisans du dauphin dans
le bourg Saint-Germain-des-Prés, où ils avaient «bouté feuz, tué
et meudry gens, emmené aucuns d'eulx prinsonniers» et mis les
maisons au pillage, les habitants, désireux de se mettre à l'abri
de pareilles tentatives, demandèrent à l'abbé de
Saint-Germain-des-Prés la permission d'établir des barrières en
bois; l'abbé Guillaume fit droit à leur requête et le 23 novembre
1418 accorda l'autorisation demandée (Arch. nat., K 59, no 22).
227. Et d'autre part estoient les Angloys devant Rouen de toutes pars
assiegez, qui moult faisoient de grief de toutes pars à ceulx de Rouen,
et[503] si n'estoit homme nul qui aucun secours leur envoiast; si leur
convint perdre l'abbaye de Saincte-Katherine-du-Mont de Rouen[504], dont
furent moult affoiblyz, mais à souffrir leur convint; et tout ce estoit
par les faulx traistres de France qui ne vouloient que la guerre; car
bien savoient tous combien de rançon ilz devoient paier, se prins
estoient.
[503] Ce membre de phrase est omis dans toutes les éditions.
[504] Les Anglais s'emparèrent le 30 août du fort
Sainte-Catherine, qui dominait la ville et le fleuve (Vallet,
_Hist. de Charles VII_, t. I, p. 117).
228. Alloit ainsi le [royaulme de] France de pis [en pis], et povoit on
mieulx dire la Terre Deserte que la terre de France. Et tout ce estoit,
ou la plus grant partie, par le duc de Bourgongne qui estoit le plus long
homme en toutes ses besongnes c'om peust trouver[505] car il ne se
mouvoyt d'une cité [quant il y estoit, ne que] se paix fust partout, se
le peuple par force de plaintes ne l'esmouvoit, dont tout enchery en
Paris [de plus en plus][506]. Car il estoit en septembre le commencement
d'yver que on se devoit garnir, et ung cent de bonne buche valloit
touzjours II frans, ung sac de charbon, XVI solz parisis; le moulle X ou
XII solz parisis; la livre de beurre sallé, VII ou VIII blans en
gros[507]; œufs, II deniers parisis la piece; ung petit fromaige, III
solz parisis; bien petites poires ou pommes, ung denier la piece; deux
petiz oingnons, II deniers parisis; bien petit vin pour II ou III blans,
et ainsi de toutes choses.
[505] L'un des annotateurs du manuscrit de Rome, frappé de cette
attaque dirigée contre le duc de Bourgogne par un Bourguignon, a
inscrit à la marge la remarque suivante: «Contre le duc de
Bourgongne, combien que l'autheur soit pour lui» (fol. 54 vº).
Dans le ms. de Paris, le mot _long_, qui donne un sens
défavorable à la phrase, est remplacé par _grant_, mais cette
leçon nous paraît mauvaise.
[506] Le renchérissement prodigieux des denrées fit cruellement
souffrir la population parisienne. Les documents contemporains
témoignent de la dureté des temps et de l'extrême difficulté de
la vie matérielle. Le 17 août 1418, le chapitre de Notre-Dame,
ayant égard à la pauvreté de l'Hôtel-Dieu, à la perte de ses
revenus, à la cherté et au manque de vivres nécessaires à
l'entretien des pauvres et des serviteurs de cet établissement,
autorisa son maître à recevoir des exécuteurs testamentaires du
doyen J. Chanteprime les 400 francs légués à l'Hôtel-Dieu.
Quelques jours plus tard, le duc de Bourgogne étant venu à
Notre-Dame et ayant laissé un noble d'or pour le clergé
inférieur, les malheureux prêtres se disputèrent ce présent avec
acharnement, telle était leur pénurie (Arch. nat., LL 215, fol.
206, 207). Voici maintenant les réflexions que suggère au
greffier du Parlement l'état misérable de la capitale à la
mi-octobre: «Combien que le peuple de Paris fut grandement
diminué tant par le fait des guerres comme de l'epidimie,
neantmoins estoient les vivres en grant chierté à Paris, et
vendoit-on busche, blefs et avoines à plus hault pris que on
n'avoit fait longtemps avant.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol.
151.)
[507] Ms. de Paris: et gros œufs.