49. Le dimenche ensuivant, procession aux parroisses.

50. Le lundi ensuivant, Sainct-Nicolas, Sainct-Saulveur, Sainct-Laurens

allerent à Nostre-Dame de Boulongne-la-Petite, en la maniere que dit est

devant, le jeudi IXe jour de moys.

51. Tretout le temps que le roy fut hors de Paris, firent ceulx de Paris

et ceulx des villaiges d'entour procession[154], comme devant est dit, et

alloient chascun jour par ordre en procession aux pellerinaiges de

Nostre-Dame entour Paris, comme au Blanc-Mesnil[155], comme au

Mesche[156] et aux lieux plus renommez de devocion.

[154] Pendant tout ce mois et le mois suivant, le clergé de

Paris, avec un zèle infatigable, fit procession sur procession:

ainsi, il y eut le 22 juin procession à Saint-Marcel; le 4

juillet, procession de la Sainte-Chapelle à Saint-Denis; le 13

juillet, ce fut à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, où l'on

porta la vraie croix et le chef de saint Louis (Arch. nat., X{1a}

1479, fol. 205, X{1a} 4789, fol. 298, 300).

[155] La chapelle du Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise, canton de

Gonesse) est mentionnée dans le compte des menus plaisirs

d'Isabeau de Bavière pour les années 1416-1417 (Arch. nat., KK

49, fol. 29). Cette reine, «pour faire faire une quinzaine de

Nostre-Dame,» y envoya un pèlerin avec un cierge de cire pesant

quinze livres.

[156] Sur la requête du curé et des paroissiens de Creteil, une

confrérie fut instituée en la chapelle de Notre-Dame du Mesche,

par lettres patentes de Charles VI, rendues au mois d'août 1394,

accompagnées d'une bulle pontificale et d'une lettre pastorale de

l'évêque de Paris (Arch. nat., Y2, fol. 203 vº). Pendant tout le

XVe siècle, la chapelle en question resta en faveur auprès des

fidèles. On voit même le Parlement, par un arrêt du 23 décembre

1486, infliger comme pénitence un pèlerinage, nu-pieds, jusqu'en

l'église et chapelle de N.-D. du Mesche (Arch. nat., X{2a} 51).

52. Et fut vray que le sabmedi, XIe jour dudit moys de juing[157], ariva

le roy de France, avec son oust devant la cité de Bourges en Berry, et

quant ilz furent devant, ilz assaillirent la ville moult asprement, et

les Arminaz se deffendirent moult fort, mais moult furent agrevez; si

demanderent triefves[158], si furent données deux heures non plus. Ung

pou avant que les treves furent faillies, yssirent hors les faulx

traistres à grant compaignie, cuidant trayr et sourprendre noz gens qui

point ne s'en gardoient; mais l'avangarde les reculla moult asprement, et

si ferirent en eulx si cruelment que tous les firent flatir jusques aux

portes, et là furent de si pres hastez les traistres que le sire de

Gaucourt conduisoit, que en la place en demoura plus de VII{XX} hommes de

nom, tous mors, et foison prins[159], lesquelx recognurent qu'ilz

cuidoient emmener le roy par force et tuer le duc de Bourgongne, mais

Dieu les en garda celle foys; puis passèrent plusieurs jours sans aucun

assault.

[157] Les manuscrits portent «IIIe jour», ce qui ne concorde ni

avec la chronique ni avec les événements.

[158] Les trêves auxquelles le chroniqueur fait allusion furent

conclues le mercredi 14 juin; dans la sortie que tentèrent les

assiégés ce jour-là, ils perdirent environ 120 des leurs, entre

autres Guillaume Bouteiller, qui avait été fait prisonnier à

l'assaut de Saint-Cloud avec Mansart du Bois et relâché peu après

(Monstrelet, t. II, p. 275).

[159] Ms. de Paris: Tous mors et frissons.

53. Ce pendent eulx rendirent ceulx du chastel de Sansserre, lesquelx

avoient fait moult de grief en l'ost, car au commencement du siege, par

ceulx là et par autres, pain y estoit si cher que ung homme n'eust pas

esté saoul de pain à ung repas pour III solz p., mais tantost après,

[par] la grace de Dieu, il vint assez de vivres; et si estoient bien en

l'ost plus de L mil hommes à cheval, sans ceulx de pié qui estoient grant

foison.

54. Item, vers la fin de juillet, quant tout le pauvre commun, et de

bonnes villes et de plat païs furent tous mengez, les ungs par tailles,

les autres par pillaige, ilz firent tant que ilz firent traicter au jeune

duc de Guienne, qui aisné filx du roy estoit et qui avoit espousée la

fille au duc de Bourgongne, tant qu'il leur accorda par faulx traistres

privez[160] qui estoient entour le roy, qu'ilz les feroit [tous] estre en

la bonne paix du roy, et ainsi le fist il, qui [que] le voulsist veoir;

car chascun estoit moult agrevé de la guerre pour le grant chault qu'il

faisoit; [car on disoit que de aage de homme qui fust, n'avoit on veu

faire si grant chault[161] comme il faisoit], et si ne plut point [depuis

la sainct Jehan Baptiste], qu'il ne fust deux jours en septembre. Si

furent les Arminaz si grevez qu'ilz estoient comme tous desconfiz par

tout le royaulme de France[162], quant ce faulx conseil traicté fut ainsi

machiné, et fut ordonné qu'ilz vendroient tous en la cité d'Aussoirre.

[160] Ms. de Paris: princes.

[161] Le lundi 15 août 1412, la chaleur fut si forte qu'au dire

d'un contemporain «en issant des églises ou maisons et à venir en

rue sembloit que l'on venist à la bouche d'un four chaut, tant

estoit l'air eschauffé» (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 321 rº).

[162] Les mots «de France» manquent dans le ms. de Rome.

55. En ce temps furent plusieurs communes, comme de Paris, de Rouen et de

plusieurs autres bonnes villes[163] ........................ devant eulx

et gaingnerent tantost la ville, et moult tuerent de gens du plain païs,

que tous se rebellerent en tout le païs de Beausse, car ilz avoient tant

de paine et de charge de gens d'armes, qu'ilz ne savoient ausquelz obeir.

Si se tindrent [aux] Arminaz qui là estoient les plus fors, pour le temps

que la malle guerre commença. Et quant lesdictes communes vindrent à

Dreux, ilz les trouverent si rebelles qu'ilz les tuerent tous, et les

faulx traistres Arminaz gens d'armes[164], qui les devoient secourir,

s'enfouirent au chastel de ladicte ville et laisserent tuer les pauvres

gens. Et puis furent assegez de noz gens de commun si asprement qu'ilz ne

se poaient plus tenir, quant ung chevalier, qui estoit [maistre]

gouverneur desdictes communes, comme faulx traistre, fist laisser

l'assault, et print grant argent des Arminaz, et fut du tout de la bande.

Et si disoit on que c'estoit ung des bons de France, et ne se savoit on

en qui fier, car il mist noz gens en tel estat qu'i leur convint partir à

mynuyt pour eulx en venir à Paris, ou autrement eussent esté touz tuez

par les faulx traistres et autres gentilzhommes, qui tant les hayoient

qui ne les povoient souffrir, pour ce qu'ilz besongnoient si bien; car

qui les eust creuz, ilz eussent nettoié le royaulme de France des faulx

traistres en mains d'ung an, mais aultrement ne pot estre, car nul

proudomme ne fust escouté en ce temps. Et pour ce fust faicte paix du

tout à leur gré, qui que le voulsist voir, car le roy estoit touzjours

malade, et son aisné filz ouvroit à sa voulenté plus que de raison, et

creoit les jeunes et les folz; si en faisoient lesdiz bandez tout à leur

guise. Et fist on par[165] la joie d'icelle paix les feuz avau Paris. Le

premier sabmedi d'aoust mil iiiic et xii et le premier mardi de

septembre, fut criée parmi Paris à trompettes[166].....

[163] Cette phrase tronquée termine le folio 21 vº du ms. de

Rome. Bien que la main d'un annotateur du XVIe siècle ait signalé

l'absence d'un nombre indéterminé de feuillets, nous ne pensons

pas que cette lacune puisse être considérable. Il y est

évidemment question de la participation au siège de Dreux des

bourgeois de Paris, sous la conduite du capitaine des

arbalétriers André Roussel et de l'échevin Jean de l'Olive (Voy.

Juvénal des Ursins, p. 477). La même lacune existe dans le ms. de

Paris.

[164] Les mots: «gens d'armes» manquent dans le ms. de Rome.

[165] Le ms. de Rome donne une leçon fautive «et fist on que la

joie.»

[166] D'après le Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 723), le

traité d'Auxerre fut publié, dans les carrefours de Paris, le 12

septembre; mais, dès le 27 août, le Parlement en avait été

officiellement avisé par le premier président Henri de Marle à

son retour d'Auxerre, et des processions générales furent faites

à l'occasion de la paix le lundi 29, de Notre-Dame à

Sainte-Geneviève (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 202, 212).

56. Mais il fut autrement, car il fut mis es carrieres de

Nostre-Dame-des-Champs[167]..... Et le penultieme jour dudit moys, oudit

an, vint le roy au Boys de Vincennes[168], et le duc de Bourgongne à

Paris[169], et allerent les bourgoys au devant par commandement.

[167] Ce passage incomplet, dont le sens est fort obscur, se

trouve dans le ms. de Rome, en tête du fol. 22 vº.

[168] Les mots «de Vincennes» manquent dans le ms. de Rome.

[169] Jean Sans-Peur accompagnait le duc de Guyenne, qui fit son

entrée à Paris ayant le comte de Vertus à ses côtés et derrière

lui les ducs de Bourgogne et de Bourbon (Cf. le Religieux de

Saint-Denis et Juvénal des Ursins).

57. Item, le mardi XXVIIe jour de septembre, jour sainct Cosme et sainct

Damien, fut despendu par nuyt du gibet [de Paris Jehan] de Montaigu,

jadis grant maistre d'ostel du roy, lequel avoit eu la teste couppée pour

ses demerites, et fut porté à Marcoussis[170], aux Celestins, lesquelz il

avoit fondez en sa vie.

[170] Les château et seigneurie de Marcoussis, échus par

confiscation à Louis, duc de Guyenne, puis au duc de Bavière,

constituèrent le douaire de Catherine d'Alençon lors de son

mariage avec le frère de la reine Isabeau (Arch. nat., JJ 167,

fol. 164). Quant aux fondations faites par le grand maître en

faveur du monastère qu'il avait construit, elles furent

confirmées par lettres royaux d'août 1410 et de mai 1414

(_Ibid._, JJ 165, fol. 223 rº, JJ 168, fol. 49).

58. Item, le dimenche XXIIIe jour d'octobre ensuivant, entra le roy à

Paris, et fut faicte à sa venue la plus grant feste et joye du commun,

qu'on avoit veue passé avoit XII ans, [car petiz et grans] bassinoient;

et vint avecques le roy le duc de Bourbon, et le conte de Vertus, nepveu,

et plusieurs autres, et furent avec le roy à Paris, moult amez du roy et

du commun qui avoit grant joie de la paix que on cuidoit qu'ilz tenissent

bonnement, et ilz ne tendoient que à la destrucion du roy et especialment

de la bonne ville de Paris et des bons habitans.

[1413.]

59. Et firent tant par leur maulvais malice, pour mieulx venir à leur

maleureuse intencion, que plusieurs qui bonnement amoient et avoient amé

le roy et le prouffit commun, furent du tout de leur malvaise et faulce

intencion, comme le frere de la royne de France, Pierre des Essars

prevost de Paris, et plusieurs autres, et par especial ledit prevost qui

ce povoit venter que prevost de Paris, puis cent ans devant, n'avoit eu

aussi grant grace que ledit prevost avoit et du roy et du commun. Mais

si mal se porta qu'il convint qu'il s'en fouist[171], lui et plusieurs

des autres des plus grans, comme le frere de la royne, duc de Baviere, le

duc de Bar Edouart, Jaques de la Riviere, et plusieurs autres chevaliers

et escuiers; et fut en la fin de fevrier mil IIIIc et XII, et demoura la

chose plusieurs jours, aussi comme se on les eust oubliez.

[171] Pierre des Essarts quitta précipitamment Paris au mois de

mars 1413, après la découverte du complot tramé par un de ses

serviteurs qui devait s'emparer du pont et de la tour de

Charenton, mais il fut assez mal avisé pour y revenir vers le

milieu du mois suivant.

60. Et ce pendant l'Université, qui moult amoit le roy et le commun, fist

tant par grant diligence et grant sens qu'ilz orent tous ceulx, par

escript, de la maldicte et faulce traïson, et la greigneur partie de tous

les grans en estoient, tant gentilz comme villains. Et quant

l'Université, par grant cure, orent mis en escript especialment tous

ceulx qui povoient nuire, ce pendent revindrent les dessusdiz qui fuiz

s'en estoient, et firent les bons varletz, et brasserent ung mariaige de

la femme au conte de Mortaing[172], qui mort estoit, au frere de la

royne, duc de Baviere, et estoit leur maleureuse intencion de faire leurs

nopces loing et de emmener le roy, pour estre maistres de Paris et en

faire toute leur voulenté qui moult estoit malvaise. Et l'Université qui

tout savoit ce, le fist savoir au duc de Bourgongne et au prevost des

marchans[173] qui avoit nom Andriet d'Espernon[174], né de Quinquenpoit,

et aux eschevins[175]. Si firent tantost armer la bonne ville et clercs

devantdiz, comme parurent[176], et ceux s'enfuirent ou chastel de

Sainct-Anthoine et là se bouterent par force. Et le frere de la royne

fist le bon varlet, et servoit le roy aussi comme s'il n'en sceust rien,

et ne se mut oncques d'avec le roy.

[172] Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre, mort dans

l'expédition de Bourges, se maria en secondes noces avec le duc

Louis de Bavière qui, le 4 mars 1413, en considération de ce

mariage, reçut le comté de Mortain (Arch. nat., JJ 167, fol.

163). Le 29 septembre 1413, la reine Isabeau donna en outre à son

frère la valeur de 2000 écus en vaisselle d'or qui devait lui

être offerte le jour de ses noces (_Ibid._, KK 48). Le roi de

Navarre s'était engagé, de son côté, à remettre aux futurs époux

une somme de 50,000 francs, mais il ne tint pas sa promesse, car

le duc de Bavière et sa femme lui intentèrent, à ce sujet, une

action au Parlement (avril 1414, Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 62

vº).

[173] «Prevost des marechaulx,» d'après les mss. de Rome et de

Paris.

[174] André d'Épernon, et non d'Éperneuil, comme l'appelle le

Religieux de Saint-Denis, changeur à Paris, était fils de Jacques

d'Épernon, bourgeois de Paris, établi dans le quartier

Saint-Germain-des-Prés, où il occupait la maison des Trois

Corbillons, dans la censive de l'abbaye (Arch. nat., LL 1037,

fol. 57, 74). Après le décès de Jacques d'Épernon, sa veuve,

Jeanne, vint demeurer chez son fils. André d'Épernon succéda, le

mercredi 16 mars 1413, à Pierre Gencien «qui lors estoit absent»

et prêta serment le même jour entre les mains du duc de Guyenne

(Arch. nat., KK 1009, fº 1); il prit une part active à l'émeute

cabochienne qui força la Bastille pour s'emparer de la personne

de Pierre des Essarts. En sa qualité de changeur, André avait été

chargé, en 1411, de la levée d'un subside consenti en faveur de

la ville de Paris, pour laquelle il donna quittance d'une somme

de 1,000 liv. t. reçue du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1479, fol.

182 vº). Après l'échec du parti populaire à Paris, il fut

dépossédé, le 9 septembre 1413, de la prévôté des marchands au

profit de Pierre Gencien, et disparut un moment de la scène

politique. On le retrouve le 11 avril 1418, à la séance

solennelle du Parlement où le président de Vailly exposa, à son

retour de Montereau, le résultat des négociations ouvertes avec

le duc de Bourgogne (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 133). Le 10

août suivant, il fit partie de la députation parisienne envoyée

auprès du Dauphin pour le prier d'adhérer au traité de paix

(Religieux de Saint-Denis) et figure, le 26 août, parmi ceux qui

prêtèrent serment au duc de Bourgogne. Il reparaît comme changeur

du trésor en 1421 et 1422 (Arch. nat., KK 33), et comme trésorier

des guerres en 1428 (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 400 vº); mais il

n'existait plus au mois de juin 1431 (_Ibid._, Y 5231, fol. 40).

[175] Les échevins alors en fonctions étaient Jean de Troyes,

Jean de l'Olive, Robert de Belloy et Garnier de Saint-Yon, les

trois premiers élus le 20 février 1412, le dernier nommé le 23

octobre suivant au lieu de Denis de Saint-Yon, décédé en

septembre (Arch. nat., KK 1009, fol. 1).

[176] Passage inintelligible dans le ms. de Paris; le scribe,

n'ayant pu lire le texte qu'il avait sous les yeux, s'est borné à

reproduire les mots avec leurs abréviations.

61. Tantost après fut la ville armée, et assegerent [ledit chastel] et

jurerent que jamais ne s'en partiroient tant que les eussent prins par

force; et quant ceulx qui dedens le chastel estoient virent tant de gens

et si esmeus, si se rendirent vers le soir au duc de Guienne et de

Bourgongne, qui en respondirent, ou les gens de Paris les eussent tous

despeciez, car ilz estoient bien xxiiii mil. Lors furent prins bien et

estroictement et menez au Louvre, et fut le Ve jour de may mil IIIIc et

XIII, jour de vendredi. Et ledit prevost demoura dedens Sainct-Anthoine

encore IIII ou VI jours après, et fut allé querre et admené au Louvre

environ l'eure de mynuit, et là fut emprinsonné.

62. Et la sepmaine de devant l'Ascencion fut la ville de rechief armée,

et allerent en l'ostel de Sainct-Paul, où le frere de la royne estoit, et

là le prindrent, voulsist ou non, et rompirent l'uys de la chambre où il

estoit, et prindrent avecques lui XIII ou XIIII, que dames, que

damoiselles, qui bien savoient la malvaistié[177], et furent tous menez

au Louvre[178] pelle melle. Et si cuidoit ledit frere de la royne le

lendemain espouser sa femme, mais sa chance tourna contre sa voulenté.

[177] Ce fut non le 12 mai, comme le dit Juvénal des Ursins, mais

le mardi 22 mai qu'Hélion de Jacqueville, à la tête des

cabochiens armés, envahit l'hôtel Saint-Pol et s'assura de la

personne du duc de Bavière. Pendant que ce prince se voyait

emprisonné en la «tour delez le Louvre» (Arch. nat. X{1a} 1479,

fol. 256), Catherine de Villiers, Bonne Visconti, Isabeau

Maréchal, Marguerite Aubin, Isabeau des Barres, dames d'honneur

de la reine, étaient emmenées à la conciergerie du palais. Le

même jour on arrêta pour les conduire à la conciergerie: Renaud

d'Angennes, chambellan du dauphin et autrefois son gouverneur,

Jean de Nielle, chancelier du dauphin et de la reine depuis le 14

mars, Charles de Villiers, Raoul Cassinel et Conrad Bayer,

maîtres de l'hôtel de la reine, Jean Picard, son secrétaire, Jean

de Nantouillet, Enguerran de Marcognet et plusieurs autres

seigneurs attachés à la maison du roi et à celle du duc de

Guyenne.

[178] Le château du Louvre avait alors pour capitaine Renaud

d'Angennes, qui touchait 1200 livres de gages; mais le prévôt des

marchands et les échevins, auxquels le roi avait «baillié la

garde de toute la forteresse de Paris,» détenaient non-seulement

les clefs des portes Saint-Honoré et de Montmartre, mais encore

celle de la «grosse tour qui est devant le Louvre,» où fut

enfermé le duc de Bavière. Un certain Guillaume de Cologne,

investi du soin de garder cette tour, fut l'objet de soupçons et

dépossédé de son office (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 272, 430

rº, 435 vº).

63. Le mercredi, vigille de l'Ascencion, derrain jour de may, oudit an

IIIIc et XIII, fut amené ledit prevost, du Louvre au Palais, en prinson.

64. Et cedit jour, fut nommé le pont de la Planche de Mibray le pont de

Nostre-Dame[179], et le nomma le roy de France Charles, et frappa de la

hie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son aisné filz après, et

le duc de Berry et de Bourgongne, et le sire de la Trimoullie[180], et

estoit heure de dix heures de jour au matin.

[179] La construction du pont Notre-Dame, commencée au mois de

mai de l'année 1413, était décidée dès la fin de l'année

précédente. La propriété de la rivière de Seine, depuis le vieux

pont jusqu'à l'île Notre-Dame, appartenant à l'abbaye de

Saint-Magloire (Arch. nat., X{1a} 4793, fol. 172), la ville de

Paris dut préalablement transiger avec cette maison; aux termes

d'un acte du 23 décembre 1412, un accensement des travers et

largeur de la Seine fut fait au prévôt des marchands et aux

échevins pour la construction d'un pont de douze toises de large

avec l'espace de cinq toises au-dessus du pont et de trois toises

au-dessous (_Ibid._, K 950, no 11). En juillet 1414, c'est-à-dire

un peu plus d'une année après la pose du premier pieu, Charles VI

permit au prévôt des marchands de parfaire le pont commencé

au-dessus du grand pont «en venant du lieu de la Planche *de

Mibray à la place Saint-Denis-la-Chartre» et concéda les revenus

à provenir des maisons, moulins et habitations qui seraient

édifiées sur ce pont (Arch. nat., K 950, no 12). Vers la fin de

1414, l'œuvre était en bonne voie, comme en témoigne une

délibération capitulaire, qui autorisa le prévôt des marchands et

les échevins, représentés par Robert Louvet, clerc de la ville, à

disposer de l'île Notre-Dame pour y descendre et y faire

travailler plusieurs grosses pièces de bois destinées au nouveau

pont (_Ibid._, LL 215, fol. 13). A la même époque, on s'occupait

aussi de dégager les abords du pont; le 10 octobre fut achetée,

de Pierre Auberée, tanneur, une maison sise en la rue de la

Tannerie, au coin de la ruelle des Planches de Mibray, et qu'on

devait démolir pour «faire l'entrée et le chemin» du pont

Notre-Dame (_Ibid._, K 495{8}, fol. 35). L'œuvre nouvelle

touchait alors à son achèvement, car, le 16 janvier 1415, le

prévôt des marchands demanda au chapitre la concession, pour une

année, de la pointe de l'île Notre-Dame, afin d'y construire les

maisons que la ville se proposait d'édifier sur le nouveau pont

(_Ibid._, LL 215, fol. 29, 30). Le pont Notre-Dame n'était pas

établi dans des conditions de solidité et de durée désirables,

car dès l'année 1440, des réparations étaient devenues

nécessaires «pour obvier à la démolicion et destruccion dudit

pont» et par arrêt du 13 février 1440, à l'occasion d'un procès

entre le chapitre et la Ville, le Parlement affecta à ces

réparations une somme de 600 l. prise sur les deniers «yssans des

moulins.» (_Ibid._, X{1a} 1482, fº 134.)

[180] Probablement Georges de la Trémoille, grand chambellan de

France, que le duc de Bourgogne sauva de la fureur populaire en

1413.

65. Et en cedit moys de may print la ville chapperons blancs, et en

firent bien faire de III à IIII mil, et en print le roy ung, et Guyenne

et Berry et Bourgongne, et avant que la fin du moys fust, tant en avoit à

Paris, que tout partout vous ne veissez gueres autres chapperons, et en

prindrent hommes d'eglise et femmes d'onneur marchandes qui atout

vendoient les denrées.

66. Item, le Xe jour du moys de juing mil IIIIc et XIII, jour sainct

Landry, vigille de la Penthecoste, fut mené messire Jaques de la

Riviere[181], chevalier, et Symonnet Petit-Meny[182], escuier; eulx deux

furent prins au Palais du roy, et de là trainez [jusques] es halles de

Parys, c'est assavoir Jaques de la Riviere, car il estoit mort et ce

estoit tué d'une pinte plaine de vin, dont il s'estoit feru sur la teste

si grant cop qu'il ce cassa le test et la cervelle. Et ledit Symonnet fut

trainé jusques à la Heaumerie[183] et là mis en la charrette sur ung ais

assis, une croix en sa main, le mort trainé jusques es halles, et là

orent les testes couppées. Et dirent à la mort que de eulx deux ce avoit

esté la plus belle prinse qui eust esté faicte pour le royaulme, passé

avoit xx ans, et iceulx avoient esté prins au chastel de Sainct-Anthoine,

comme devant est dit.

[181] Seigneur d'Auneau, fils de Bureau de la Rivière et de

Marguerite, dame d'Auneau et de Rochefort. Ses biens furent

saisis, mais sa mère en obtint mainlevée le 6 septembre 1413. Il

courut plusieurs versions sur sa mort, les uns admettant

l'hypothèse d'un suicide, les autres penchant pour un assassinat

dans la prison (Cf. Monstrelet, édit. Douët d'Arcq, t. II, p.

370).

[182] Simon du Mesnil, dit le Jeune, écuyer tranchant du duc de

Guyenne; sa veuve obtint, le 17 août 1413, restitution de ses

biens qui avaient été confisqués (Arch. nat., JJ 167, fol. 249).

[183] La rue de la Heaumerie conduisait de la rue de la

Vieille-Monnaie à la rue Saint-Denis.

67. Item, le jeudi ensuivant, ung autre nommé Colin de Brie[184],

escuier, fut prins oudit lieu comme devant est dit, et prins au Palays,

trayné comme Symonnet devant dit, et couppé sa teste es halles, de

ladicte bande, tres plain de tyrannie, tres laide et cruelle personne, et

recognut plusieurs traïsons, car il avoit eu pencée de faire [de par] le

prevost de Paris[185]; car il cuida trahir ceulx du pont de Charenton, et

là fut prins, à tout finance qu'il cuidoit faire passer pour ledit

prevost, qui cuidoit passer par ledit pont celle nuyt.

[184] Colin de Brie, ancien page du roi, que Monstrelet et

Saint-Remy appellent plus exactement Thomelin de Brie.

[185] Un blanc après ce mot dans le ms. de Paris.

68. Item, le premier jour de juillet mil IIIIc et XIII, fut ledit prevost

prins dedens le Palays, trayné sur une claye jusques à la Heaumerie ou

environ[186], et puis assis sur ung ais en la charrette, tenant[187] une

croix de boys en sa main, vestu d'une houppelande noire dechicquetée[188]

fourrée de martres, unes chausses blanches, ungs escafinons noirs en ses

piez, en ce point mené es halles de Paris, et là on lui couppa la teste,

et fut mise plus hault que les autres [plus] de trois piez. Et si est

vray que, depuis qu'il fut mis sur la claie jusques à sa mort, il ne

faisoit touzjours que rire, comme il faisoit en sa grant majesté, dont le

plus des gens le tenoient pour vray foul; car tous ceulx qui le veoient

plouroient si piteusement que vous ne ouyssiez oncques parler de plus

grans pleurs pour mort de homme, et lui tout seul rioit, et estoit sa

pencée que le commun le gardast de mourir. Mais il avoit en sa voulenté,

s'il eust plus vesqu, de trahir la ville et de la livrer es mains de ses

ennemis, et de faire lui mesmes tres grans et cruelles occisions, et

piller et rober les bons habitans de la bonne ville de Paris, qui tant

l'aymoient loyaulment; car il ne commandoit rien qu'ilz ne feissent à

leur povoir, comme il apparoit qu'il avoit prins si grant orgueil en soy,

car il avoit assez offices pour six ou pour huit[189] filx de contes ou

de bannerez. Premierement, il estoit prevost de Paris, il estoit grant

bouteillier[190], maistre des eaues et des forestz; grant general

cappitaine de Paris, de Cherebourgs, de Montargis; grant fauconnier, et

plusieurs autres offices, dont il cuillyt si grant orgueil et laissa

raison, et tantost fortune le fist mener à celle honteuse fin. Et saichez

que, quant il vit qu'il convenoit qu'il mourust, il s'agenoulla devant le

bourel, et baisa ung petit ymaige d'argent que le bourel avoit en sa

poictrine, et lui pardonna sa mort moult doulcement, et pria à tous les

signeurs que son fait ne fust point crié tant qu'il fust décollé, [et on

lui octroya.]

[186] Le prévôt fut traîné sur une claie attachée à la queue

d'une charrette depuis le palais «jusques devant l'ostel de la

Coquille en la grant rue Saint-Denis,» et de là mis sur cette

charrette, conduit aux halles sous bonne escorte et décapité en

vertu d'un jugement rendu par commissaires (Arch. nat., X{1a}

1479, fol. 247 vº).

[187] Ms. de Rome: «ies tout jus» au lieu de «tenant.»

[188] Ms. de Paris: d'échiquier.

[189] Ms. de Paris: cinc.

[190] Pierre des Essarts, pourvu le 21 juillet 1410 de la charge

de grand bouteiller de France, en remplacement du comte de

Tancarville, fut institué souverain maître et réformateur des

eaux et forêts le 5 mars 1411. En ce qui concerne l'office de

grand fauconnier du roi, s'il faut s'en rapporter au P. Anselme

(_Hist. généal. de la maison de France_, t. VIII, p. 750), Des

Essarts ne semble pas en avoir été titulaire, même

temporairement, Eustache de Gaucourt ayant rempli les fonctions

de grand fauconnier depuis l'année 1406 jusqu'à sa mort, survenue

en 1415. On voit dans les remontrances présentées par

l'Université, en février 1412, que Pierre des Essarts recevait

6000 francs par an pour la capitainerie de Cherbourg, 2000 francs

pour celle de la ville et du château de Montargis et pareille

somme pour celle d'Évreux (Religieux de Saint-Denis, t. IV, p.

755). Suivant Monstrelet (t. II, p. 318), il aurait été capitaine

de Nevers et non pas d'Évreux. Après la fin tragique du prévôt de

Paris, ses biens furent naturellement confisqués, mais Marie de

Ruilly, sa veuve, en obtint la restitution le 5 août 1413 (Arch.

nat., JJ 167, fol. 269); toutefois, le château et la seigneurie

de la Motte-Tilly, dont il prenait le titre, restèrent entre les

mains du roi qui les donna, en décembre 1420, à Jean de Puligny,

garde de ses joyaux (_Ibid._, JJ 172, fol. 22 vº). Lorsque les

circonstances le permirent, la veuve de Pierre et ses héritiers

demandèrent la révision de son procès (_Ibid._, X{1a} 1480, fol.

50).

69. [Ainsi fut décollé] Pierre des Essars, et son corps mené au gibet et

pendu au plus hault. Et devant environ deux ans, le duc de Breban, frere

du duc de Bourgongne, qui veoit bien son oultraigeux gouvernement, lui

dist en l'ostel du roy: «Prevost de Paris, Jehan de Montagu a mis XXII

ans à soy faire coupper la teste, mais vrayement vous n'y en mettrez pas

trois»; et non fist il, car il n'y mist que deux et demy despuis le mot,

et disoit on par esbatement parmy Paris que ledit duc estoit prophete

vray disant.

70. Item, vers la fin dudit moys, recommencerent ceulx de la maldicte

bande à venir pres de Paris, comme autresfois avoient esté, et vuyderent

ceulx des villaiges d'entour Paris tout ce qu'ilz avoient et l'amenerent

à Paris. Et lors fut fait ung traité pour faire la paix[191] et devoit

estre fait à Pontoise, et y alla le duc de Berry le XXe jour dudit moys,

jour saincte Marguerite, et le duc de Bourgongne le lendemain vigille de

la Magdeleine. Et là furent environ dix jours pour cuider faire la paix,

et firent tant qu'elle fut oncques faicte, ne eust esté aucunes demandes

que lesdiz bandez demanderent, qui estoient inraisonnables, car ilz

demandoient aucuns de ceulx de Paris pour en faire leur plaine voulenté,

et autres choses touchans vengence tres cruelle, laquelle chose ne leur

fut point accordée. Mais à celle fin que la paix ne teinst, ceulx qui de

par le roy y estoient allez firent tant que lesdiz bandez envoyerent à

sauf-conduit leurs embassadeurs avecques la compaignie de Berry et

Bourgongne, et ceulx de Paris, pour parler au roy à bouche, et entrerent

le jour sainct Pierre, premier jour [du moys] d'aoust ensuivant, qui

[fut] au mardi, et parlerent au roy à bouche tout à leur volenté, qui

leur fist faire tres bonne chere[192]. Quant est des demandes et des

responces, je me tays, car trop longue chose seroit, mais bien scay que

ilz demandoient touzjours à leur povoir la destrucion de la bonne ville

de Paris et des habitans.

[191] Voici, d'après des sources authentiques, la marche suivie

pour les négociations: Les ambassadeurs du roi se rencontrèrent

d'abord à Ivry-la-Chaussée avec ceux des princes du sang et

s'entretinrent à Verneuil avec les princes en personne. Le

rapport qu'ils adressèrent à la suite de ces entrevues fut

l'objet d'une communication faite au Parlement par le chancelier,

le jeudi 13 juillet. L'un des points stipulés dans les premiers

pourparlers portait que les seigneurs «estans à Verneuil se

trairoient à Vernon qui seroit mis sous la main du roi de

Sicile», que les ducs de Berry et de Bourgogne se rendraient à

Mantes et qu'il serait fait choix d'une place intermédiaire pour

entrer en conférences. Les princes du sang envoyèrent leurs

députés à Pontoise où se trouvaient les ducs de Berry et de

Bourgogne, et le vendredi 28 juillet, ces députés, que nomme le

Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 96), présentèrent leurs

propositions dont le texte, sous forme de cédule développée par

Guillaume Seignet et accompagnée d'un projet de traité

(_tractatus Pontisare_), fut communiqué au Parlement le 2 août.

La cour, appelée à donner son avis, déclara que la cédule était

«bonne, juste et nécessaire» et qu'il fallait conseiller au roi

de la recevoir (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 249 et seq.). Le

même jour, le chapitre de Paris tint une séance solennelle où

siégèrent l'évêque de Paris, les abbés de Saint-Victor et de

Saint-Magloire ainsi qu'un grand nombre de personnages

ecclésiastiques, et donna son adhésion pleine et entière au

traité, ratifiant en quelque sorte la décision prise dans sa

séance du 12 juillet, où il s'était déjà prononcé en faveur de la

conclusion de la paix (_Ibid._, LL 215, fol. 179, 187).

[192] L'exactitude de cette assertion ne nous semble pas

démontrée, au moins en ce qui touche la date indiquée par

l'auteur du journal; car, s'il faut en croire le Religieux de

Saint-Denis (t. V, p. 120), le duc de Berry ayant manifesté

l'intention de conduire auprès du roi les ambassadeurs des

princes, sur le refus opposé par le duc de Bourgogne, il fut

décidé qu'ils resteraient à Beaumont-sur-Oise. Ce témoignage est

corroboré par celui du greffier du Parlement qui, rendant compte

de la séance du 3 août, rapporte que les ambassadeurs attendaient

à Beaumont la réponse à leurs propositions (Arch. nat., X{1a}

1479, fº 251 et s.).

71. Item, le jeudi IIIe jour dudit moys d'aoust, fut l'Université de

Paris à Sainct-Paul demander congié au roy de proposer le lendemain

certaines choses qui moult estoient proufitables pour la paix du

royaulme; laquelle chose leur fut octroiée[193]. Et le lendemain, jour de

vendredi, quatriesme jour d'aoust, comme se le dyable les eust

conseillez, proposerent tout au contraire de ce qu'ilz avoient devant

conseillé par plusieurs foys, car leur premiere demande fut que on meist

hors tous les prisonniers qui de la traïson, dont Pierre des Essars et

messire Jaques de la Riviere et Petit-Menil avoient eu les testes

coppées[194], estoient droit maistres et menistres,--et estoient le duc

de Baviere, frere de la royne de France, messire Edouart, duc[195] de

Bar, le sire de Boyssay et deux de ses filz[196], Anthoine des

Essars[197] frere dudit Pierre des Essars, et plusieurs autres, lesquelx

estoient emprinsonnez au Louvre, au Palays et au Petit-Chastellet,--en

après, que [tous ceulx] qui contrediroient leurs demandes touchant la

paix, fussent tous habandonnez, leurs corps et leurs biens. Après, assés

autres demandes firent ilz, et ne proposerent point [pour] la paix de

ceulx qui avoient gardé à leur povoir la ville de Paris et qui avoient

esté consentans d'emprinsonner les devantdiz prinsonniers pour leurs

demerites. Et si savoient ilz bien que tous les bandez les hayoient

jusques à la mort. Iceulx hayz estoient maistre Jehan de Troyes[198],

mire juré de la ville de Paris, concierge du Palays, deux de ses filx,

ung nommé Jehan le Gouayz et ses deux filx[199], bouchers, Denisot

Caboche[200], Denisot de Saint-Yon[201], tous deux bouchers, ledit

Caboche cappitaine du pont de Charenton, ledit de Saint-Yon cappitaine de

Sainct-Cloud. Iceulx estoient en la presence, quant le propos fut

octroié, qui leur sembla moult dure chose, et s'en vindrent tantost en

l'ostel de la ville, et là assemblerent gens, et leur monstrerent comment

la paix qui estoit traictée n'estoit point à l'onneur du roy, ne du duc

de Bourgongne, ne au prouffit de la bonne ville ne des habitans, mais à

l'onneur desdiz bandez, qui tant de foys avoient menty leur foy. Mais, jà

pour ce, le menu commun qui ja estoit assemblé en la place de Greve,

armez touz à leur povoir, qui moult desiroient la paix, ne vouldrent

oncques recevoir leurs parolles, mais ilz commencerent touz à une voix à

crier: «La paix! la paix! et qui ne la vieult, si se traie au lieu

senestre, et qui la vieult se traie au costé dextre.» Lors se trairent

tous au costé dextre, car nul n'osa contredire à tel peuple.

[193] Pareille démarche fut faite le même jour par le premier

président du Parlement. Le lendemain le Parlement, la Chambre des

comptes et le chapitre de Notre-Dame se joignirent à l'Université

et furent reçus à dix heures du matin, dans la grande cour de

l'hôtel Saint-Paul, où un maître en théologie, Ursin de

Tarevande, porta la parole au nom de l'Université et conclut en

faveur de la paix.

[194] Ms. de Paris: tranchées.

[195] Le mot «duc» manque dans le ms. de Rome.

[196] Robert de Boissay, chambellan du roi; l'un de ses fils,

Jean de Boissay, maître des requêtes de l'hôtel (Religieux de

Saint-Denis, t. V, 21, 45), était aussi, depuis 1408, chanoine de

Notre-Dame (Arch. nat., LL 213, fol. 88). Un fils de Robert de

Boissay est indiqué comme chambellan du dauphin, le 22 fév. 1413

(_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 49).

[197] Antoine des Essarts, écuyer, valet tranchant, garde de

l'épargne et de la librairie du roi, est du nombre des officiers

visés dans les remontrances que l'Université adressa au roi, en

1412, au sujet de la dilapidation des deniers royaux, et sa

gestion fut qualifiée de «povre gouvernement» (Monstrelet, t. II,

p. 315). Il fut véhémentement soupçonné par le duc d'Orléans

d'avoir trempé dans la mort de son père (Arch. nat., X{1a} 1479,

fol. 161 vº). Le 20 novembre 1411, Antoine des Essarts remplaça

Thibaud du Méseray en qualité de concierge du Palais et conserva

ce poste un peu plus d'une année. Arrêté en même temps que son

frère le prévôt, il échappa à la mort grâce à ses amis; c'est

alors qu'il fit ériger dans l'église Notre-Dame de Paris la

statue de saint Christophe (Chronique des Cordeliers, p. 216). Il

avait épousé la fille de Jean Noble, «espicier et varlet de

chambre du roi» (Arch. nat., KK 31-32, fol. 59).

[198] Jean de Troyes, chirurgien juré du roi dès l'année 1397,

fut alors mêlé à une affaire criminelle où il était partie

plaignante pour «bateures et navreures» que lui avait faites sur

le grand pont un individu armé (Arch. nat., X{2a} 12, fol. 20);

il figure en 1412 parmi les juges établis contre les Armagnacs

(_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 212 vº) et devint ensuite échevin. On

sait le rôle actif qu'il joua dans les événements de l'année

1413, principalement comme orateur des factieux. Frappé, après

l'échec de son parti, par une sentence de bannissement (Douët

d'Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p. 367), il se réfugia

en Flandre, auprès du duc de Bourgogne, et ne revint à Paris

qu'en 1418, à la suite des Bourguignons; réintégré dans

l'échevinage, il prêta serment à Jean Sans-Peur, le 25 août 1418,

et fut nommé, avec Jacques de Rouen, «commissaire sur le fait de

la réformacion.» (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 156.) Il mourut

avant la fin de 1424, comme le montre un procès relatif à la

succession de sa femme Jeanne, morte en 1421 (_Ibid._, X{1a}

1480, fº 302 vº; X{1a} 4793, fº 393; X{1a} 4794, fº 15 vº). Le

fougueux chirurgien laissa sept fils et sept filles. L'un de ses

fils, Digne, devint notaire au Châtelet; le plus connu est Henri

de Troyes, qui exerça la même profession que son père. Il paraît

en 1425 comme chirurgien juré du Châtelet dans un procès intenté

par les chirurgiens de Paris à la corporation des barbiers (Arch.

nat., X{1a} 64, fol. 164). Quant aux filles de Jean de Troyes,

Jeanne épousa successivement Guillaume Lommoy, procureur du roi

au Châtelet, et Nicolas Chaon; Jacquette fut mariée à Nicolas

l'Estoffé, qui prêta serment au duc de Bourgogne, le 26 août

1418; Jeannette fut femme de Colinet de Neuville, qui, bien que

banni en 1413, devint plus tard receveur des aides et échevin;

enfin, Philippote convola avec un chevalier de renom, Morelet de

Bethencourt (Arch. nat., X{1a} 64, fol. 65 vº).

[199] Thomas le Gouays, ou plutôt le Gois, boucher de la

boucherie Sainte-Geneviève, avait trois fils: Guillemin ou Guiot,

Guillaume et Jean. GUILLEMIN ou GUIOT le Gois participa à

l'incendie du château de Bicêtre et fut tué à la fin de l'année

1411 en combattant avec le comte de la Marche les garnisons

orléanaises du Puiset et de Janville; son corps fut enterré à

Sainte-Geneviève de Paris (Juvénal des Ursins, p. 473). GUILLAUME

le Gois, dit le Jeune, eut l'entreprise de la «boucherie et

poullailerie de madame de Brabant,» comme on le voit par le

procès qu'il intenta à son associé, en 1411 (Arch. nat., X{1a}

4789, fº 88 rº); la même année le roi lui fit don de tous les

biens de Guillaume de Calleville, son chambellan rebelle (Arch.

nat., JJ 168, fol. 71 vº). Banni le 12 décembre 1413, il se

retira en Artois, auprès du duc de Bourgogne (Chronique des

Cordeliers, p. 219). A partir de ce moment, Guillaume mena une

existence assez accidentée: en 1419, il fut fait prisonnier au

château de Chilly et conduit à Montlhery par les Armagnacs

(_Ibid._, JJ 171, fol. 61 vº; X{1a} 4792, fol. 168). Sa détention

ne fut pas de longue durée; en août 1420, il plaidait avec la

dame de Chevreuse au sujet de l'administration de la terre de

Montrouge (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. 239 vº). Il mourut de 1421 à

1423 et sa veuve se remaria avec Pierre l'Escuier. La maison à

trois pignons qu'il possédait dans la rue de la Boucherie, au

mont Sainte-Geneviève, resta entre les mains de sa femme (Arch.

nat., X{1a} 1480, fº 377 vº; X{1a} 4796, fº 86, 102 vº, 294;

X{1a} 4797, fº 120). JEAN le Gois, qui attacha son nom au néfaste

traité de Troyes (Cousinot, p. 178), passa par les mêmes

vicissitudes que son frère; un instant concierge du château du

bois de Vincennes, il sut réparer les disgrâces du sort par son

dévouement à la cause anglaise qui récompensa largement ses

services et lui confia, dès l'année 1419, les importantes

fonctions de gouverneur général des finances. (Cf. Longnon,

_Paris pendant la domination anglaise_, p. 39 et 70.)

[200] Simonnet le Coutellier, dit Caboche, écorcheur de la grande

boucherie, le même, selon toute apparence, que Simon Caboche,

dont l'oncle Jean Caboche, religieux de Cîteaux, avait ouvert en

1412, sans l'autorisation du chapitre de N.-D., une école dans la

paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois (Arch. nat., LL 214, fol.

41, 43). Il se réfugia en Flandre et son expulsion fut promise

par le duc de Bourgogne au roi de France (Religieux de

Saint-Denis, t. V, p. 385). On le revit à Paris lors des

sanglantes journées d'août 1418 (Juvénal des Ursins, p. 543).

[201] Il faut lire ici «Chaumont,» car il s'agit non de Denis de

Saint-Yon, mort en 1412, mais de Denisot de Chaumont, écorcheur

en la grande boucherie, et non pelletier, comme le veut

Saint-Remy (t. I, p. 75). Investi de la garde du pont de

Saint-Cloud, Denisot eut aussi mission de lever, avec plusieurs

de ses pareils, un emprunt forcé sur la bourgeoisie de Paris

(Religieux de Saint-Denis, t. V, 63); il fut banni le 12 décembre

1413 (Douët d'Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p. 367),

quitta la capitale en même temps que Caboche, les Gois et les

Saint-Yon (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257) et revint en 1418,

témoin le serment qu'il prêta le 25 août à Jean Sans-Peur.

72. Cependent le duc de Guienne et le duc de Berry ce misdrent au chemin

pour venir en Greve; mais, quant ilz furent devant l'ostel d'Anjou[202],

on ne les osa oncques laisser entrer en Greve pour paour que aucune

mocion de peuple ne se feist, et s'en allerent au Louvre, et en osterent

le duc de Bar et le duc de Baviere à trompettes, et à aussi grant honneur

furent admenez, comme s'ilz venissent de faire le plus bel fait c'om

puist faire en ce monde de sarazinesmie ou d'autre part. Et en venant

querre les prinsonniers dessusdiz, c'est assavoir, le duc de Baviere, le

duc de Bar et autres qui estoient au Louvre, ilz encontrerent le duc de

Bourgongne qui s'en alloit à Sainct-Paoul et de ce ne savoit riens. Si

fut moult esbahy quant on lui dist la chose; toutesvoyes il dissimula

celle foys, et alla avecques eulx au Louvre, regardant faire l'exploit

devantdit. Après ce fait ilz revindrent au Palays et crioit-on: «Nouel!»

partout où ilz passoient. Audit Palays estoit le sire de Boyssay, deux de

ses enfans (et) Anthoine des Essars, qui furent tous delivrez plainement,

qui que le voulsist veoir, fust tort ou droit. Et tantost le duc de

Guienne, qui ouvroit à voulenté, habandonna le corps et les biens de tous

ceulx qui savoit bien qui avoient causé de les emprinsonner. Pour lors

estoit concierge du Palays[203] maistre Jehan de Troyes devant nommé, et

là demouroit; mais après l'abandonnement, en mains de heure que on ne

seroit allé de Sainct-Nicolas à Sainct-Laurens, l'ostel dudit de Troyes

fut tout pillié et desnué de tous biens, ses serviteurs prins, menez en

diverses prinsons. Le bonhomme soy sauva le mieulx qu'il pot, et tous les

autres par tel party, c'est assavoir, les Gouais, les enffens dudit de

Troyes, les enfans Sainct-Yon[204] et Caboche, et plusieurs autres, qui

la bonne ville s'estoient avancez de garder à leur povoir; mais fortune

leur fut si perverse à celle heure que, se ilz eussent esté trouvez, fut

des gentilz ou du commun[205], ilz eussent esté tous despeciez, et si ne

savoit on pourquoy, fors que on disoit qu'ilz estoient trop couvoiteux.

Or voy on com peu de fiance partout, car le jour de devant ilz eussent

peu, s'ilz eussent voulu, faire assembler la ville de Paris en une place.

Ainsi leur advint par fureur de prince, par murmure de peuple, et furent

tous leurs biens mis en la main du roy; ainsi fust.

[202] L'hôtel d'Anjou, situé dans la rue de la Tixeranderie,

occupait tout l'espace compris entre cette rue, la rue du Coq, la

rue de la Verrerie et celle des Coquilles; en 1421, il fut

délivré à Laurent des Bordes par les commissaires des

confiscations (Sauval, t. III, p. 289).

[203] L'office de concierge du Palais était fort ambitionné à

cause des avantages considérables qui y étaient attachés:

indépendamment du logement, des profits des étaux, des jardins et

de 400 livres de gages, le concierge du Palais prélevait chaque

année sur les merciers, sous forme d'étrennes, la somme de 25

écus d'or et une bourse brodée (Sauval, t. III, p. 275). Les

prédécesseurs de Jean de Troyes furent Thibaud du Méseray, qui

occupa le poste en question de 1402 à 1411 (Arch. nat., X{1a}

1478, fol. 55 rº); Antoine des Essarts, reçu le 20 novembre 1411

à l'emploi vacant par suite de la résignation de Thibaud du

Méseray (_Ibid._ X{1a} 1479, fol. 150). Ce fut vers le mois de

mars de l'année 1413 que Jean de Troyes remplaça A. des Essarts

(_Ibid._, X{1a} 4789, fº 410 rº), qui rentra en fonctions cinq

mois plus tard; en 1416, deux prétendants à ce poste, Jean

Jouvenel et David de Brimeu, plaidaient devant le Parlement,

Jouvenel affirmant que ledit office lui avait été donné le 4 août

1413, tandis que la reine Isabeau réclamait de son côté la

conciergerie que le roi lui avait cédée le 25 février 1413

(_Ibid._, X{1a} 4791, fº 22, 25). Un arrêt du 22 janvier 1417 fit

rentrer la conciergerie du Palais dans le domaine royal et décida

qu'à l'avenir elle serait confiée à «aucune bonne personne» aux

gages anciens de 3 sous par jour et d'un muid de blé par an

(_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 79).

[204] Jean, Garnier et Robert de Saint-Yon, bouchers de la grande

boucherie de Paris. On trouvera plus loin, sous l'année 1436, une

note spéciale à Jean de Saint-Yon. Quant à Garnier (ou Garnot) de

Saint-Yon, l'un des meneurs les plus actifs de la conspiration de

1413, on le voit déjà, en décembre 1408, emprisonné à la

Conciergerie, se faire réclamer comme clerc non marié par

l'évêque de Paris (Arch. nat., X{1a} 4788, fol. 283, 288). Ce fut

lui, et non Jean, comme tendrait à le faire croire Juvénal des

Ursins, qui devint échevin après la mort de Denis de Saint-Yon.

Adjoint aux commissaires chargés d'instruire le procès des

prisonniers armagnacs, il fut banni le 12 décembre 1413 et se

retira avec son frère Jean auprès du duc de Bourgogne (Chronique

des Cordeliers, p. 219). Il rentra après le triomphe des

Bourguignons et prêta serment à Jean Sans-Peur, le 24 août 1418;

en 1419 il devint garde de la librairie royale du Louvre. Pendant

les dernières années de l'occupation anglaise, Garnier, alors

l'un des élus sur le fait des aides (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 8

vº), assista, avec son frère Jean, aux assemblées où furent

concertées les mesures que réclamait la sécurité de la capitale

(_Ibid._, X{1a} 1481, fol. 112 vº). Après la reddition de Paris à

Charles VII, il fut expulsé par le connétable de Richemont; mais,

bientôt rappelé, il fut admis, avec Jacques de Saint-Yon, à

prêter serment de fidélité au roi, sans être tenu à fournir

caution ni à se renfermer en son hôtel (_Ibid._, X{1a} 1482, fol.

4 vº).--Robert ou Robin de Saint-Yon, marchand boucher et

monnoyer du serment de France, paraît s'être adonné exclusivement

aux affaires de son commerce, fort étendu d'ailleurs, et c'est à

ce seul point de vue qu'il se trouve mentionné à diverses

reprises: en 1414, dans le registre de la prévôté de Paris, pour

contestation relative à l'achat de bœufs; en 1420, plaidant avec

les fermiers du poisson, aux Halles (_Ibid._, X{1a} 4792, fol.

252 rº); il s'occupait aussi du commerce des vins (_Ibid._, X{1a}

64, fol. 70) et reçut sa part des biens confisqués (Longnon,

_Paris pendant la domination anglaise_, p. 68).

[205] Ms. de Paris: «trouvez par des gens du commun.»

73. Advint après, que le duc de Guienne et les autres vindrent à

Sainct-Paoul, et changerent, ce propre jour de vendredi, le prevost de

Paris, qui estoit allé en Picardie pour le roy, [et] estoit nommé le

Borgne de la Heuse, et la baillerent à ung des serviteurs au duc

d'Orleans mort, qui estoit breton, et estoit nommé Tanneguy du

Chastel[206]. Ilz changerent deux des eschevins[207] et misdrent deux

autres, c'est assavoir, Perrin Oger[208], changeur, Guillaume

Cirasse[209], charpentier, qui avoient renommée d'estre de la bande; ilz

laisserent Andry d'Espernon prevost des marchans, pour sa tres bonne

renommée.

[206] D'après Juvénal des Ursins (p. 489), le gouvernement de la

prévôté de Paris fut alors confié à messire Tanneguy du Chatel et

à messire Bertrand de Montauban, «deux vaillans chevaliers.»

[207] Trois des échevins appartenant à la faction cabochienne,

Jean de Troyes, Garnier de Saint-Yon et Robert du Belloy furent

remplacés le 17 août 1413 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1 vº) par

Pierre Auger, Guillaume Cirasse et Jean Marcel; un seul membre de

l'ancien échevinage conserva ses fonctions jusqu'au mois

d'octobre 1415 (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. 233; KK 495{3} fol.

48).

[208] Pierre Oger ou Auger, notable bourgeois de Paris, chargé,

en 1411, par le prévôt de Paris, de garder l'abbaye de

Saint-Denis, que Robinet Fretel, chevalier picard, n'avait pu

préserver du pillage, s'acquitta de cette mission avec succès et

garantit le monastère de tout dommage pendant trois semaines

(Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 567). Le poste d'échevin,

auquel il fut appelé lors de la réaction de 1413, fut la juste

récompense des services signalés qu'il rendit à la tête des

habitants du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois (Cf. Juvénal

des Ursins, p. 488, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 149). Le 28

janvier 1415, il fut mis en possession, par la prévôté de Paris,

d'une rente de 40 s. avec les arrérages sur une maison de la rue

des Arcis (Arch. nat., Y 5228, fol. 32 rº). Il mourut avant

l'année 1430, laissant une veuve, Catherine la Remonde (_Ibid._,

X{1a} 4796, fol. 293; X{1a} 68, fol. 51 vº).

[209] Guillaume Cirasse était un charpentier huchier de Paris,

fort habile en son métier, si l'on en juge par les travaux dont

l'exécution lui fut confiée. En 1404, il fit les armoires du

greffe en la Tournelle du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1478, fol.

299 rº). En 1413, il travailla pour le duc de Berry et lui

fournit entre autres «parties de son mestier» une couchette

garnie de marches destinée à la chambre qu'occupait ce prince à

l'hôtel de Giac (_Ibid._, KK 250, fol. 75 vº). On connaît par

Juvénal des Ursins (p. 487, 488) le rôle considérable joué par

Cirasse, alors quartenier de la porte Baudoyer et du cimetière

Saint-Jean, lors des troubles de l'année 1413, et la réponse

énergique qu'il fit aux bouchers dans l'assemblée tumultueuse du

2 août. Appelé au poste d'échevin, il se rendit, le lundi 7 août,

au Parlement en compagnie de Jean Jouvenel, avocat du roi, et de

J. le Bugle, procureur de la ville de Paris, et invita la Cour à

suspendre ses plaidoiries «afin d'obvier à plusieurs entreprises

et empeschemens que plusieurs pertourbleurs de la paix se

pourroient efforcer de faire» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257).

Dans l'exercice de ses fonctions d'échevin, Guillaume Cirasse fut

à même de rendre service à plus d'un haut personnage, témoin la

gratification de cent écus d'or que lui alloua le duc de Berry,

le 4 janvier 1414, en considération «des bons et agreables

services et plaisirs qu'il en avoit reçu» (Arch. nat, KK 250,

fol. 34). Nommé prévôt des marchands le 12 septembre 1417, il

assista en cette qualité à la séance tenue par le Parlement le 8

avril 1418, séance où le président Jean de Vailly exposa le

résultat des négociations ouvertes avec le duc de Bourgogne

(_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 133 vº). Destitué par les

Bourguignons, il demeura étranger aux agitations de la politique.

Il possédait une «masure» rue Neuve-Saint-Merry, citée dans des

lettres de mai 1427 (_Ibid._, JJ 174, fol. 90), c'est le seul

immeuble que nous lui connaissions.

74. Item, ilz firent les deux ducz devantdiz, de Baviere et de Bar,

cappitaines, l'un de Sainct-Anthoine et l'autre du Louvre; et autres, de

Sainct-Cloud, du pont de Charenton firent cappitaines, tous haynneux[210]

du commun.

[210] Ms. de Paris: anciens.

75. Item, le sabmedi ensuivant, fist cerchier autour de Paris pour

trouver aucuns [des gouverneurs] devantdiz, mais nul n'en trouva; et ce

jour fut [crié] que on meist[211] des lanternes par nuyt.

[211] Ms. de Paris: fut ce qu'on n'eust.

76. Item, le dimenche ensuivant, vie jour d'aoust mil IIIIc XIII, fut

criée la paix par tous les carrefours de Paris[212], et que nul ne se

meslast de chose que les signeurs feissent, et que nul ne feist armée, si

non par le commandement des quaterniers, et cinquanteniers ou diseniers.

[212] Suivant le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 136), la

publication de la paix conclue entre les princes eut lieu le 8

août; vers la même époque, Tanneguy du Châtel, assisté de

Remonnet de la Guerre, fit enlever et porter au Louvre, ainsi

qu'à la Bastille, toutes les chaînes des rues de Paris, ordonna

aux bourgeois de remettre leurs armes et défendit même le port de

«bastons invasibles et deffensables» (Saint-Remy, t. I, p. 154,

Monstrelet, t. II, p. 458, Chronique des Cordeliers, p. 220).

77. Item, le mercredi ensuivant, fut fait sire Henry de Marle[213]

chancelier de France, et fut [depposé] maistre Huystace de l'Estre[214]

qui l'avoit esté environ deux moys, et l'avoit esté fait par les

bouchers devant diz, et avoient depposé messire Ernault de Corbye[215],

qui bien avoit maintenu l'office plus de trente ans.

[213] Henri le Corgne, dit de Marle, quatrième président du

Parlement le 29 janvier 1393, premier président le 22 mai 1403

(Arch. nat., X{1a} 1478, fº 112 vº), fut élu chancelier de France

au scrutin, le 8 août 1413, par 44 voix contre 26 données à Simon

de Nanterre, 6 à J. de Saulx, chancelier de Bourgogne, et 18 à

Arnaud de Corbie (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 257).

[214] Eustache de l'Aître, maître des requêtes de l'hôtel du roi

dès 1399, président en la Chambre des comptes en novembre 1410

(Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 137), est cité parmi les juges

institués contre les Armagnacs (_Ibid._, fol. 212 vº); il occupa

le poste de chancelier, auquel l'avait appelé la faction

cabochienne, «par environ ung mois, et fut depoincté» le 3 ou 4

août 1413 (_Ibid._, fol. 257). Banni en vertu de sentence

prononcée au Châtelet le 14 mai 1414, il trouva un refuge auprès

du duc de Bourgogne (Chronique des Cordeliers, p. 219). En

décembre 1415, Jean Sans-Peur l'envoya en ambassade à Paris avec

Jean de Toulongeon; ces députés, logés à la Sirène, rue de la

Harpe, furent gardés à vue jusqu'au retour des ambassadeurs du

roi (Juvénal des Ursins, p. 527). Après la surprise de Paris et

le massacre des Armagnacs, Eustache de l'Aître recueillit la

succession de Henri de Marle, et, comme chancelier de France,

présida la réouverture du Parlement, le 25 juillet 1418 (Arch.

nat., X{1a} 1480, fol. 139); mais la mort surprit le nouveau

chancelier, le 14 juin 1420, au moment même où il venait

d'obtenir l'évêché de Beauvais. Voici en quels termes le greffier

Fauquembergue relate cet événement: «Mardi, XVIIIe jour de juin

(1420). Ce jour, vindrent nouvelles ou Palais de la mort et

trespas de maistre Eustache de l'Aître, chancelier de France,

esleu evesque de Beauvès, qui le venredi precedent estoit

trespassé epidimié ou dyocese de Sens, ou service et en la

compaignie du roy; et le jour precedent avoit esté dit et relaté

communement en Paris que l'election dudit de l'Aître avoit esté

confermée par le pape, qui lui a plus cousté que proufité.

_Utinam proficiat ad salutem anime, cui misericorditer parcat

Deus, justus judex misericors in sempiternum._» (Arch. nat, X{1a}

1480, fol. 217 vº.)

[215] Arnaud de Corbie, reçu premier président du Parlement le 2

janvier 1373, succéda, en 1388, à Pierre de Giac en qualité de

chancelier; il exerça donc ces fonctions pendant environ

vingt-cinq ans, comme en témoigne le greffier du Parlement,

d'après lequel le grand âge d'Arnaud de Corbie,--il avait alors

près de 88 ans,--empêcha seul sa réélection.

78. Et fut cappitaine de Paris[216] le duc de Berry le vendredy

ensuivant. Et ce jour revint le prevost, c'est assavoir le Borgne de la

Heuse, et fut remis en sa prevosté, et l'autre, voulsist ou non, depposé.

Et ainsi ouvroit fortune à la vollée en ce royaulme, [et] qu'il n'y avoit

ne gentil, ne autre qui sceust quel [estat] estoit le meilleur: les grans

s'entrehayoient[217], les moyens estoient grevés par sussides, les tres

pouvres ne trouvoient où gaigner.

[216] Le duc de Berry remplaça, dans la charge de capitaine de

Paris, Hélion de Jacqueville, l'un des principaux meneurs de la

sédition cabochienne, lequel se trouvait à Montereau dans

l'attente des événements et se hâta de gagner les états du duc de

Bourgogne (Monstrelet, t. II, p. 399).

[217] Ms. de Paris: les grans seigneurs hayoient.

79. Item, le XVIe jour d'aoust oudit an, furent murées la porte

Sainct-Martin [et celle du Temple], et fist si chault que les raisins

d'entour Paris estoient presque bons à vendenger[218] en icellui temps.

[218] Ms. de Paris: presque tous à vendenge.

80. Item, le XXIIIe jour dudit moys d'aoust, fut despendu le devantdit

prevost et Jaques de la Riviere, et furent mis en terre benoiste par

nuyt, et n'y avoit que deux torches, car on le fist tres celéement pour

le commun, et furent mis aux Maturins.

81. Item, la IIIe[219] sepmaine d'aoust ou environ, furent commencez

hucquez[220] par ceulx qui gouvernoient, où il avoit foison feulles

d'argent, et en escript d'argent: «le droit chemin», et estoient de drap

vyollet, et avant que la fin d'aoust fust, tant en avoit à Paris que sans

nombre, et especialment ceulx de la bande, qui estoient revenus, à cens

et à milliers la portoient. Et lors commencerent à gouverner, et misdrent

en tel estat tous ceulx qui s'estoient meslez du gouvernement du roy et

de la bonne ville de Paris, et qui y avoient mis tout le leur, que les

ungs s'enfuyoient en Flandres, autres en l'Empire ou oultre mer, ne leur

challoit où, mais se tenoient moult eureux quant ilz povoient eschapper

comme truans, [ou comme] paiges, ou comme porteurs d'afeutreure[221], ou

en autre maniere, quelle que ce fust, et nul si hardy d'oser parler

contre eulx[222].

[219] Ms. de Paris: quatriesme.

[220] Ces casaques violettes, en étoffe de deux tons, avec une

grande croix blanche et la devise en question, richement garnie

de perles, furent inaugurées, le 31 août, à l'entrée des princes,

par les prévôt des marchands, échevins et bourgeois de Paris

(Cousinot, _Geste des nobles_, p. 150, Juvénal des Ursins, p.

490).

[221] «Porteurs d'asentienne,» leçon du ms. de Paris, ne présente

aucun sens, tandis que «porteurs d'afeutrure» s'explique

aisément; il s'agit de vendeurs d'objets de harnachement.

[222] Ms. de Paris: «Comme eulx.»

82. Item, celle dicte sepmaine, s'en alla le duc de Bourgongne hors de

Paris[223] et fist le mariaige de une de ses filles, comme on disoit,

mais de ce n'en estoit.

[223] Jean Sans-Peur prolongea son séjour à Paris jusqu'au 22

août; suivant l'itinéraire publié par M. Gachard (_Archives de

Dijon_), il se trouvait le 23 à Pont-Sainte-Maxence, le 27 à

Douai et le 29 à Lille.

83. Item, le vendredi XVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, fut osté

le corps du faulx traistre Colinet de Pisieux du gibet, et ses iiii

menbres des portes, qui devant avoit vendu le pont de Sainct-Cloud; et

neantmoins [il] estoit mieulx digne d'estre [ars ou] baillé aux chiens

que d'estre mis en terre benoiste, sauf la chrestienté[224], mais ainsi

faisoient à leur voulenté les faulx bandez.

[224] Ms. de Paris: parenté.

84. Item, le jour sainct Mathieu ensuivant, [fut] deffermée la porte

Sainct-Martin qui avoit esté murée par commandement des bandez, et par

eulx fut faicte desmurer, qui ainsi gouvernoient tout, ne nul n'en osoit

parler. Et environ X ou XII jours [devant] fut desposé le prevost des

marchans, c'est assavoir Andriet d'Espernon, et y fut remis Pierre

Gencien[225], qui moult avoit esté contraire au menu commun, et s'en

estoit fouy par ses faiz avecques les bandez, qui le remirent en son

office, fut tort ou droit.

[225] Pierre Gentien, l'un des fils de Jean Gentien, receveur

général des aides sous Charles V, et de Jeanne la Gentienne dite

la Baillete, fut deux fois prévôt des marchands, la première du

20 janvier 1412 au 16 mars 1413, la seconde du 9 septembre 1413

au 10 octobre 1415 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1), et remplit

pendant près de vingt années (1399-1418) les fonctions de général

maître des monnaies. Le bruit public l'accusa d'avoir altéré le

poids et le titre des espèces d'or et d'argent, de concert avec

Pierre des Essarts et Michel de Lailler; c'est ce qui ressort des

remontrances adressées au roi par l'Université en février 1412.

Mais cette imputation, dont la faction cabochienne se fit une

arme pour lui enlever une première fois la prévôté des marchands,

ne paraît point justifiée: en tout cas, le retrait de la prévôté

en 1415 n'eut point le caractère d'une disgrâce, car Pierre

Gentien conserva non seulement le poste de général des monnaies

jusqu'au 28 mai 1418 (Arch. nat., Z{1b} 2), mais encore fut nommé

trésorier de France (_Ibid._, X{1a} 4793, fol. 99).

85. Item, le XXVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, demistrent le

Borgne de la Heuse de la prevosté de Paris, et firent[226] prevost de

Paris ung de leur bande nommé Andri Marchant[227]. En conclusion, il ne

demoura [oncques] nul officier du roy que le duc de Bourgongne eust

ordonné, qui ne fust osté ne depposé, sans leur faire aucun bien; et

faisoient crier la paix aux sabmediz es halles, et tout le plat païs

estoit plain de gens d'armes de par eulx. Et firent tant par _placebo_

qu'ilz orent tous les greigneurs[228] bourgoiz de la ville de Paris de

leur bande, qui par semblant avant avoient moult amé le duc de Bourgongne

pour le temps qu'il estoit à Paris, mais ilz se tournerent[229] tellement

contre lui qu'ilz eussent mis corps et chevance pour le destruire lui et

les siens; ne personne, tant fust grant, n'osoit de lui parler que on le

sceust, qu'il ne fust tantost prins et mis en diverses prinsons, ou mis à

grant finance ou banny. Et mesmes les petiz enfans qui chantoient aucunes

foiz une chançon[230] qu'on avoit faicte de lui; où on disoit:

Duc de Bourgongne,

Dieu te ramaint à joye.

estoient foullez en la boue et navrez villaynement desdiz bandez; ne nulz

n'osoit les regarder ne parler ensemble en my les rues, tant les

doubtoit-on pour leur cruaulté, et à chascun mot: «Faulx traistre, chien

bourgoignon, je regny Deu, ce vous ne serez pilliez.»

[226] Ms. de Paris: fust.

[227] André Marchand faisait partie du Parlement, non à titre

d'avocat, ainsi qu'il est qualifié par Lefèvre de Saint-Remy,

mais comme conseiller lay (depuis 1392 au moins). Suivant le

Journal de Nicolas de Baye, il fut reçu prévôt de Paris le

vendredi 22 septembre, par vertu «de l'eleccion faicte de lui au

grant conseil.» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 267.) Supplanté,

malgré son opposition, par Tanneguy du Châtel le 23 octobre 1414,

il se fit réintégrer le lendemain dans sa charge par lettres

royaux (_Ibid._, X{1a} 4790, fol. 146), mais bientôt son

compétiteur parvint à l'écarter définitivement. Après son départ

de la prévôté, André Marchand fut successivement nommé bailli de

Chartres le 14 décembre 1415, bailli de Sens le 27 décembre

suivant, et enfin bailli d'Évreux; il resta en possession de ce

dernier office jusqu'au 20 septembre 1418, date de son

remplacement par Guillaume de Crannes (_Ibid._, X{1a} 1480, fol.

39, 40, 148). Les Bourguignons maîtres de Paris mirent la main

sur ses biens; sa maison, sise rue de l'Arbre-Sec, échut en

partage au duc de Bourgogne, en vertu de lettres de don du 8

octobre 1422, et dès 1421 cette maison était occupée au nom de

Philippe le Bon par Mathieu Regnaud, maître de sa Chambre aux

deniers (Sauval, t. III, p. 293, 312). André Marchand obtint

comme compensation le poste important de gouverneur et capitaine

d'Orléans et se signala par le zèle avec lequel il servit la

cause de Charles VII: en 1424, il faisait arrêter et incarcérer

un individu venant de Paris, trouvé porteur d'une croix de

Saint-André et d'un lion couronné en argent, insignes des partis

bourguignon et anglais (Arch. nat., X{2a} 18, 20 janvier, 15 mars

1424).

[228] Ms. de Paris: les greniers des bourgoiz.

[229] Ms. de Paris: s'estonnerent.

[230] Vers la même époque se colportait de ville en ville une

ballade contre les Parisiens, dont mention est faite dans les

lettres de rémission accordées le 2 septembre 1413 à Florent

d'Encre, capitaine de Melun, qui avait mis «à la gehenne» un

individu venu dans cette ville avec une harpe et la ballade en

question; ce malheureux, soupçonné d'espionnage, confessa avoir

été envoyé par l'archevêque de Sens et fut expédié à Paris au

Petit-Châtelet et à la Conciergerie (Arch. nat., JJ 167, fol.

267).

86. Et en ce temps estoit touzjours le roy mallade et enferme, et ilz

tenoient son ainsné filx, qui estoit duc de Guienne et avoit espousé la

fille du duc de Bourgongne, dedens le Louvre de si pres, que homme ne

pooit parler à lui, ne nuyt ne jour, que eulx; dont le povre commun de

Paris avoit moult de destrece au cuer, qu'ilz n'avoient aucun chef qui

pour eulx parlast, mais autre chose[231] n'en povoient faire. Ainsi

gouvernerent lesdiz bandez tout octembre, novembre, [decembre], janvier

mil IIIIc et XIII.

[231] Ce mot manque dans le ms. de Rome.

[1414.]

87. Item, à l'entrée de fevrier oudit an, vint le duc de Bourgongne à

Sainct-Denis, et fut le IXe jour dudit moys[232], et le sabmedi ensuivant

il cuidoit entrer à Paris pour parler au roy, mais on lui ferma les

portes, et furent murées comme autres foiz avoient esté; avecques ce tres

grant foison de gens d'armes les gardoient jour et nuyt, et nulle de deçà

les pons n'estoit ouverte que celle de Sainct-Anthoine, et (de) delà

celle de Sainct-Jaques[233]. Et estoit garde [de la porte] de

Sainct-Denis le sire de Gaule[234], et [de] celle de Sainct-Martin Louys

Bourdon qui donna tant de peine à Estampes, et le duc de Berry gardoit le

Temple, Orleans Sainct-Martin des Champs, Arminac [l'ostel] d'Arthoys qui

estoit le droit chief d'eulx, Alençon Behaingne[235]; brief tous

estoient deça les pons, et si n'avoient hardement d'ouvrir nulles des

portes, tant fut pou.

[232] L'itinéraire dressé par M. Gachard fait arriver le duc de

Bourgogne à Saint-Denis dès le 7 février; c'est de Saint-Denis

que Jean Sans-Peur data le 11 février les lettres qui furent

secrètement placardées dans Paris au portail de Notre-Dame et au

Palais (Monstrelet, t. II, p. 434). Après sa tentative

infructueuse, le duc de Bourgogne partit le 16 février «environ

minuit ou le point du jour», suivant le témoignage de Nicolas de

Baye (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 285 vº).

[233] C'est ce que disent aussi les autres chroniqueurs,

notamment Monstrelet (t. II, p. 431). Des notions précises sur la

durée de la clôture des portes de Paris, en ce qui concerne la

rive gauche, sont fournies par un procès plaidé au Parlement en

mai 1418; au rapport de Martin Fouassier, fermier du droit des

chaussées des portes Saint-Jacques et Saint-Michel, la porte

Saint-Michel resta fermée à partir de l'année 1413 jusqu'en 1418;

il en fut de même des portes Saint-Germain et de Nesle, et toute

la circulation se faisait par la porte Saint-Jacques (Arch. nat.,

X{1a} 4792, fol. 46 rº).

[234] Lors du déploiement de forces militaires devant Notre-Dame

et devant l'hôtel de ville fait à l'approche du duc de Bourgogne,

l'arrière-garde était commandée par Bernard d'Armagnac, Louis de

Bosredon et Jean de Gaule, le même qui occupait Montmartre

pendant les événements de l'année 1411 (Monstrelet, t. II, p.

430).

[235] L'hôtel de Bohême ou de Soissons, situé à l'entrée de la

rue de Nesle et tenant par derrière aux rues de Flandre et de

Grenelle, appartenait au duc d'Orléans; lors de l'occupation

anglaise, ce vaste hôtel et ses dépendances furent donnés le 26

mai 1425 par le roi d'Angleterre à Robert de Willougby. (Cf.

Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 156.)

88. Et couvint ce sabmedi devant, que ceulx qui admenoient les biens à

Paris, comme le pain de Sainct-Brice, comme autres biens et vivres,

plusieurs furent jusques à une heure sonnée pour attendre que on ouvrist

la porte, mais oncques ne fut en leur hardement de l'ouvrir, tant ilz

avoient grant paour du duc de Bourgongne; [et couvint que lesdictes

bonnes gens si remenassent leurs denrées, et les menerent en l'ost du duc

de Bourgongne] qui fist crier sur la hart, que on ne prinst riens sans

poier, et là vendirent leurs denrées bien.

89. Et fut ainsi Paris fermé bien XIIII jours, que homme n'osoit ne ne

povoit besongner aux champs, et si n'y avoit nulz gens d'armes sur les

champs plus pres que Sainct-Denis[236] où estoit le duc de Bourgongne et

ses gens, qui nul mal ne faisoient à creature nulle. Et disoit-on qu'il

ne vouloit rien à homme nul que au roy Loys, duc d'Anjou, pour ce que

ledit Loys avoit ung filx, lequel avoit espousé une des filles audit duc

de Bourgongne; et sans savoir [cause] pour quoy, ledit Loys fist

despartir son filx de ladicte fille dudit duc de Bourgongne, et la

renvoya comme une bien povre ou simple dame à son pere ledit duc[237]. Et

plus fort, avoit tant fait au duc de Bretaingne, qu'il donna en mariaige

une sienne fille qui n'avoit mie encores III ans à cedit filx du roy

Loys, qui estoit mary à la fille devant dicte, fille du duc de

Bourgongne.

[236] Le fait n'est pas entièrement exact, car, suivant

l'assertion d'un témoin oculaire, le duc de Bourgogne, arrivé

devant Paris, fit ranger ses troupes en bataille entre Chaillot

et Montmartre, et, ajoute le narrateur, «disoit l'en que les

coureux de son ost avoient couru jusques ou marchié des

Pourceaulx», c'est-à-dire près de la porte Saint-Honoré (Arch.

nat., X{1a} 1479, fol. 284, 285).

[237] Louis II, roi de Sicile, après avoir agréé, en 1410, la

main de Catherine de Bourgogne, fille de Jean Sans-Peur, pour son

fils aîné Louis d'Anjou, comte de Guise, jugea à propos de

renvoyer cette jeune princesse et la fit reconduire le 20

novembre 1413 par Louis de Loigny, maréchal de France, avec un

brillant cortège. Reçue à Beauvais par les seigneurs

bourguignons, elle fut ramenée à Amiens et de là à Lille

(Monstrelet, t. II, p. 414).

90. Et en celle dicte sepmaine, firent crier sur la hart que nul du

commun ne se armast, et que on obeist au duc de Baviere et au conte

d'Arminac, qui estoient deux des hommes du monde qui plus hayoient les

bonnes gens de Paris. Ainsi estoit tout gouverné, comme vous avez ouy.

91. Item, le sabmedi ensuivant, XVIIe jour de fevrier oudit an, fut crié

ledit de Bourgongne [à trompettes] parmy les carrefours de Paris, banny

comme faulx traistre, murdrier, lui et tous les siens, [et habandonnez

corps et biens], sans pitié ne sans mercy[238].

[238] Dès l'arrivée de Jean Sans-Peur sous les murs de Paris, en

vertu d'une décision prise en conseil royal, le duc de Bourgogne

fut réputé ennemi du roi et traité comme tel; le chapitre de

Notre-Dame de Paris, réuni le vendredi 9 février, décida que les

chapelains, clercs des matines, seraient convoqués le lendemain

matin et que défenses leur seraient faites de prêter aucun

concours au duc de Bourgogne, lequel devait être considéré

désormais comme ennemi du roi (Arch. nat., LL 214, fol. 273).

92. Item, en icelluy temps, chantoient les petiz enfans au soir, en

allant au vin ou à la moustarde, tous communement:

Vostre c.n[239] a la toux, commere,

Vostre c.n a la toux, la toux.

[239] Le mot est en toutes lettres dans le ms. de Rome.

93. Si advint par le plaisir Dieu que ung mauvais eir corrumpu chut sur

le monde, qui plus de cent mil personnes à Paris mit en tel (estat)[240]

qu'ilz perdirent le boire et le menger, le repouser, et avoient tres

forte fievre deux ou trois foys [le jour], et especialment toutes foys

qu'ilz mengeoient, et leur sembloient toutes choses quelxconques ameres

et tres maulvaises et puantes; touzjours trembloient où qu'ilz fussent.

Et avecques ce, qui pis estoit, on perdoit tout le povoir de son corps,

que on n'osoit toucher à soy de nulle part que ce fust, tant estoient

grevez ceulx qui de ce mal estoient attains; et dura bien sans cesser

trois sepmaines ou plus, et commença à bon escient à l'entrée du moys de

mars oudit an, et le nommoit-on le tac ou le horion[241]. Et ceulx qui

[point n']en avoient ou qui [en] estoient gueriz, disoient par

esbatement: «En as tu? Par ma foy! tu as chanté:

Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449 · 第 11 / 53 题