Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons vu Napoléon, en 1792,
capitaine d’artillerie, étant aux prises avec les plus grandes
difficultés pour lui-même, s’occuper de sa sœur Elisa, alors
pensionnaire du Roi à Saint-Cyr, la retirer de cet établissement qui
était menacé par les excès révolutionnaires, la loger avec lui à l’hôtel
de Metz, rue du Mail, puis la reconduire à Ajaccio, dès qu’il eut
terminé les démarches que l’obligeait à faire sa situation compromise.
Nous retrouvons Elisa, en 1798, avec sa mère et Pauline, sa sœur puînée,
à la suite du quartier général du commandant en chef de l’armée
d’Italie. Le 5 mai 1797, elle épousa Félix Bacciochi, issu d’une
honorable famille de Corse. Ce mariage ne plaisait pas beaucoup à
Napoléon, qui aurait sans doute préféré à ce _bon et rebon_ Bacciochi,
comme l’appelle Lucien Bonaparte, un homme moins dépourvu de facultés
intellectuelles. Mais à cette époque, les demoiselles Bonaparte étaient
peu recherchées, et l’on n’avait pas le droit de se montrer difficile
pour elles.
Aussitôt l’empire proclamé, commencèrent près de Napoléon les obsessions
de ses sœurs, désireuses de gouverner des royaumes. «Ce fut de leur
part, dit Mlle Avrillon, une véritable persécution.» L’Empereur, qui ne
savait pas résister longtemps aux prières des siens, donna, en 1804, à
Elisa la principauté souveraine de Piombino, bientôt renforcée de celle
de Lucques. Enfin, comme l’ambition de sa sœur n’était pas encore
satisfaite, il lui accorda, en 1808, le grand-duché de Toscane.
Si l’on en juge par la correspondance de Napoléon, celui-ci semble avoir
pris à tâche d’éviter toute discussion avec Elisa, dont l’humeur
«désagréablement pointue» était peu accommodante. La gestion de ces
duchés, allant plus ou moins mal, ne pouvait avoir grande conséquence
sur le sort de l’empire. Napoléon la laissa donc libre de se livrer aux
extravagances de son caractère altier, «recherchant le faste, l’appareil
militaire, se modelant par imitation sur les habitudes de son frère». Il
ferma les yeux sur ses intrigues galantes, dont quelques-unes ont fait
grand bruit. Sous l’ascendant de M. Fontanes, à qui elle n’avait rien à
refuser, elle travaillait à se faire une renommée dont elle payait les
trompettes qui s’appelaient: le chevalier de Boufflers, La Harpe et
Chateaubriand.
Ce n’est pas non plus du côté d’Elisa que Napoléon trouva les éléments
propres à rehausser l’éclat de son trône. Aux jours de splendeur, il eut
les contrariétés journalières que lui causait la parodie ridicule du
gouvernement impérial jouée à Florence, et il se trouvait atteint par la
déplorable réputation de sa sœur. Aux jours de revers, en 1813, il eut
le chagrin de voir Elisa négocier un arrangement avec Murat, dont la
fortune lui paraissait offrir plus de chances que celle de Napoléon.