Il faut renoncer à décrire l’immense joie de Napoléon quand, trois mois
après le mariage, l’Impératrice éprouva les premiers symptômes d’une
grossesse; ce bonheur fut à son comble lorsqu’elle accoucha d’un fils.
Quel songe merveilleux! Le boursier des écoles militaires, l’officier
d’artillerie famélique fondait une dynastie appelée à gouverner le plus
vaste empire de l’Europe, et son héritier se trouvait être le petit-fils
d’un monarque de droit divin!
Ne pouvait-il se croire l’élu de Dieu, celui qui, après une carrière
déjà miraculeuse, se voyait l’objet de cette suprême bénédiction?
Au moment de l’accouchement qui fut extraordinairement laborieux, la
fortune sembla disputer à Napoléon cette félicité sans égale. Quand
Dubois, le médecin accoucheur, vint annoncer qu’on ne pouvait sauver
l’enfant qu’au prix de la vie de la mère, il y avait place, à cette
heure pathétique, pour une alternative cruelle. Si l’Empereur eût été
l’homme qu’on a dit, égoïste, sacrifiant tout à ses intérêts personnels,
il aurait surtout demandé que l’on sauvât l’enfant. L’enfant n’était-il
pas le but unique de son mariage avec Marie-Louise?