On descend, et personne n’est assis devant le pupitre. Le navire est

fouillé en tout sens; il ne s’y rencontre aucun étranger.

[Illustration]

«Cependant celui que j’ai vu écrivait sur votre ardoise: son écriture

doit y être restée», dit Bruce.

On regarde l’ardoise; elle porte ces mots: «Steer to the north-west»,

c’est-à-dire: «Gouvernez au nord-ouest».

«Mais cette écriture est de vous ou de quelqu’un du bord?

--Non.»

Chacun est prié d’écrire la même phrase, et nulle écriture ne ressemble

à celle de l’ardoise.

«Eh bien, obéissons au sens de ces mots; gouvernez le navire au

nord-ouest, le vent est bon et permet de tenter l’expérience.»

Trois heures après, la vigie signalait une montagne de glace et voyait,

y attenant, un vaisseau de Québec, démantelé, couvert de monde,

cinglant vers Liverpool, et dont les passagers furent amenés par les

chaloupes du bâtiment de Bruce.

Au moment où l’un de ses hommes gravissait le flanc du vaisseau

libérateur, Bruce tressaillit et recula, fortement ému. Il venait de

reconnaître l’étranger qu’il avait vu traçant les mots de l’ardoise. Il

raconte à son capitaine le nouvel incident.

«Veuillez écrire «Steer to the north-west» sur cette ardoise», dit au

nouveau venu le capitaine, lui présentant le côté qui ne porte aucune

écriture.

L’étranger trace les mots demandés.

«Bien, vous reconnaissez là votre main courante? dit le capitaine,

frappé de l’identité des écritures.

--Mais vous m’avez vu vous-même écrire! Vous serait-il possible d’en

douter?»

Pour toute réponse le capitaine retourne l’ardoise, et l’étranger

reste confondu voyant des deux côtés sa propre écriture.

«Aviez-vous rêvé que vous écriviez sur cette ardoise? dit, à celui qui

vient d’écrire, le capitaine du vaisseau naufragé.

--Non, du moins je n’en ai nul souvenir.

--Mais que faisait à midi ce passager? demande à son confrère le

capitaine sauveur.

--Étant très fatigué, ce passager s’endormit profondément, et autant

qu’il m’en souvient, ce fut quelque temps avant midi. Une heure au

plus après, il s’éveilla, et me dit: «Capitaine, nous serons sauvés,

aujourd’hui même!» Ajoutant: «J’ai rêvé que j’étais à bord d’un

vaisseau et qu’il venait à notre secours.» Il dépeignit le bâtiment et

son gréement; et ce fut à notre grande surprise, lorsque vous cinglâtes

vers nous, que nous reconnûmes l’exactitude de la description. Enfin ce

passager dit à son tour: «Ce qui me semble étrange, c’est que ce que je

vois ici me paraît familier, et cependant je n’y suis jamais venu.»

Le baron Dupotet, dans son cours de «Magnétisme animal», rapporte,

d’autre part encore, le fait suivant, publié en 1814 par le célèbre

Iung Stilling, qui le tenait de l’observateur même, le baron de Sulza,

chambellan du roi de Suède.

Rentrant chez lui en été vers minuit, heure à laquelle il fait encore

assez clair en Suède pour qu’on puisse lire l’impression la plus

fine. «Comme j’arrivai, dit-il, dans mon domaine, mon père vint à ma

rencontre devant l’entrée du parc; il était vêtu comme d’habitude,

et il tenait à la main une canne que mon frère avait sculptée. Je le

saluai et nous conversâmes longtemps ensemble. Nous arrivâmes ainsi

jusqu’à la maison et à l’entrée de sa chambre. En y entrant, je vis mon

père déshabillé; au même instant l’apparition s’était évanouie; peu de

temps après, mon père s’éveilla et me regarda d’un air d’interrogation:

«Mon cher Édouard, me dit-il, Dieu soit béni de ce que je te vois

sain et sauf, car j’ai été bien tourmenté, à cause de toi, dans mon

rêve; il me semblait que tu étais tombé dans l’eau, et que tu étais

en danger de te noyer.» Or ce jour-là, ajouta le baron, j’étais allé

avec un de mes amis à la rivière pour pêcher des crabes, et je faillis

être entraîné par le courant. Je racontai à mon père que j’avais vu son

apparition à l’entrée du domaine, et que nous avions eu ensemble une

longue conversation. Il me répondit qu’il arrivait souvent des faits

semblables.»

On voit dans ces divers récits des apparitions spontanées et des

apparitions pour ainsi dire provoquées par le désir ou par la volonté.

La suggestion mentale peut-elle donc aller jusque-là? Les auteurs

du livre _Phantasms of the Living_, dont nous parlions plus haut,

répondent affirmativement par sept exemples suffisamment attestés,

parmi lesquels j’en offrirai encore un à l’attention de mes lecteurs.

Le voici.

[Illustration]

«Le rév. C. Godfrey, demeurant à Eastbourne, dans le canton de

Sussex, ayant lu un récit d’apparition préméditée, en fut si frappé

qu’il résolut d’en faire l’essai à son tour. Le 15 novembre 1886, vers

onze heures du soir, il dirigea toute la force d’imagination et toute

la tension de volonté dont il était capable sur l’idée d’apparaître

à une dame de ses amies, en se tenant debout au pied de son lit.

L’effort dura environ huit minutes, après quoi M. Godfrey se sentit

fatigué et s’endormit. Le lendemain, la dame qui avait été le sujet

de l’expérience vint de son propre mouvement raconter à M. Godfrey ce

qu’elle avait vu. Invitée à en fixer le souvenir par écrit, elle le

fit en ces termes: «La nuit dernière, je me réveillai en sursaut, avec

la sensation que quelqu’un était entré dans ma chambre. J’entendis

également un bruit, mais je supposai que c’étaient les oiseaux

dans le lierre, hors de la fenêtre. J’éprouvai ensuite comme une

inquiétude et un vague désir de sortir de la chambre et de descendre

au rez-de-chaussée. Ce sentiment devint si vif que je me levai enfin;

j’allumai une bougie et je descendis dans l’intention de prendre

quelque chose pour me calmer. En remontant à ma chambre, je vis M.

Godfrey, debout sous la grande fenêtre qui éclaire l’escalier. Il était

habillé comme à l’ordinaire et avait l’expression que j’ai remarquée

chez lui lorsqu’il regarde très attentivement quelque chose. Il était

là immobile, tandis que, tenant la lumière levée, je le regardais avec

une extrême surprise. Cela dura trois ou quatre secondes, après quoi,

comme je continuais à monter, il disparut. Je n’étais point effrayée,

mais très agitée, et je ne pus me rendormir.»

[Illustration]

M. Godfrey pensa judicieusement que l’expérience à laquelle il s’était

livré prendrait beaucoup plus d’importance si elle se répétait. Une

seconde tentative manqua, mais la troisième réussit. Bien entendu

que la dame sur laquelle il opérait n’était pas plus prévenue de

son intention que la première fois. «La nuit dernière, écrit-elle,

mardi 7 décembre, je montai me coucher à dix heures et demie. Je

fus bientôt endormie. Soudainement, j’entendis une voix qui disait:

«Réveillez-vous!» et je sentis une main qui se posait sur le côté

gauche de ma tête. (L’intention de M. Godfrey, cette fois-ci, avait été

de faire sentir sa présence par la voix et le toucher.) Je fus aussitôt

complètement éveillée. Il y avait dans la chambre un son curieux, comme

celui d’une guimbarde. Je sentais en même temps comme une haleine

froide qui m’enveloppait; mon cœur se mit à battre violemment, et je

vis distinctement une figure penchée sur moi. La seule lumière qui

éclairât la chambre était celle d’une lampe à l’extérieur, formant

une longue raie lumineuse sur la muraille au-dessus de la table de

toilette; cette raie était particulièrement obscurcie par la figure.

Je me retournai vivement, et la main eut l’air de retomber de ma tête

sur l’oreiller, à côté de moi. La figure était inclinée au-dessus de

moi, et je la sentais appuyée contre le côté du lit. Je vis le bras

reposant tout le temps sur l’oreiller. J’apercevais le contour du

visage, mais comme obscurci par un brouillard. Il devait être environ

minuit et demi. La figure avait légèrement écarté le rideau, mais j’ai

reconnu ce matin qu’il pendait comme d’habitude. Nul doute que la

figure ne fût celle de M. Godfrey; je le reconnus à la tournure des

épaules et à la forme du visage. Pendant tout le temps qu’il resta là,

il régnait un courant d’air froid à travers la chambre, comme si les

deux fenêtres eussent été ouvertes.»

Ce sont là des _faits_.

Dans l’état actuel de nos connaissances, il serait absolument téméraire

d’en chercher l’explication. Notre psychologie n’est pas assez avancée.

Il y a bien des choses que nous sommes forcés d’admettre sans pouvoir

en aucune façon les expliquer. Nier ce qu’on ne peut expliquer serait

de la pure démence. Expliquait-on le système du monde il y a mille ans?

Aujourd’hui même, expliquons-nous l’attraction? Mais la science marche,

et son progrès sera sans fin.

Connaissons-nous toute l’étendue des facultés humaines? Qu’il y ait

dans la nature des forces encore inconnues de nous, comme l’était,

par exemple, l’électricité il y a moins d’un siècle, qu’il y ait dans

l’univers d’autres êtres, doués d’autres sens et d’autres facultés,

c’est ce dont le penseur ne peut douter un seul instant. Mais l’homme

terrestre lui-même nous est-il complètement connu? Il ne le semble pas.

[Illustration]

Il y a des faits dont nous sommes forcés de reconnaître la réalité sans

pouvoir en aucune façon les expliquer.

La vie de Swedenborg en offre trois de cet ordre. Laissons de côté,

pour le moment, ses visions planétaires et sidérales, qui paraissent

plus subjectives qu’objectives; remarquons en passant que Swedenborg

était un savant de premier ordre en géologie, en minéralogie, en

cristallographie, membre des académies des sciences d’Upsal, Stockholm

et Saint-Pétersbourg, et contentons-nous de rappeler les trois faits

suivants:

Le 19 juillet 1759, revenant d’un voyage en Angleterre, ce philosophe

prit terre à Gottenbourg et alla dîner chez un certain William Costel,

où la société était nombreuse. «Le soir à six heures, M. de Swedenborg,

qui était sorti, rentra au salon, pâle et consterné, et dit qu’à

l’instant même un incendie venait d’éclater à Stockholm, au Südermoln,

dans la rue qu’il habitait, et que le feu s’étendait avec violence vers

sa maison. Il sortit de nouveau, et revint, se lamentant que la maison

d’un de ses amis venait d’être réduite en cendres et que la sienne

courait le plus grand danger. A huit heures, après une nouvelle sortie,

il dit avec joie: «Grâce à Dieu, l’incendie s’est éteint à la troisième

porte qui précède la mienne.»

«La nouvelle s’en répandit dans toute la ville, qui s’en émut d’autant

plus que le gouverneur y avait porté attention et que beaucoup de

personnes étaient en souci de leurs biens ou de leurs amis.... Deux

jours après, le courrier royal apporta de Stockholm le rapport sur

l’incendie: il n’y avait aucune différence entre ses indications et

celles que Swedenborg avait données; l’incendie avait été éteint à huit

heures.

Cette relation a été écrite par l’illustre Emmanuel Kant, qui avait

voulu faire une enquête sur le fait, et qui ajoute: «Que peut-on

alléguer contre l’authenticité de cet événement?»

Or Gottenbourg est à deux cents kilomètres de Stockholm.

Swedenborg était alors dans sa soixante-douzième année.

Voici le second fait.

En 1761, Mme de Marteville, veuve d’un ministre de Hollande à

Stockholm, reçoit d’un créancier de son mari la réclamation d’une somme

de vingt-cinq mille florins de Hollande (cinquante mille francs),

qu’elle savait avoir été payée par son mari, et dont le nouveau

payement la mettait dans le plus grand embarras, la ruinait presque. Il

lui était impossible de retrouver la quittance.

[Illustration]

Elle va rendre visite à Swedenborg, et, huit jours après, elle voit

en songe son mari qui lui indique le meuble où se trouve la quittance

avec une épingle à cheveux garnie de vingt diamants, qu’elle croyait

perdue aussi. «C’était à deux heures du matin. Pleine de joie, elle se

lève et trouve le tout à la place indiquée. S’étant recouchée, elle

dort jusqu’à neuf heures. Vers onze heures, M. de Swedenborg se fait

annoncer. Avant d’avoir rien appris de ce qui était arrivé, il raconta

que dans la nuit précédente il avait vu l’esprit de M. de Marteville

qui lui avait déclaré qu’il se rendait auprès de sa veuve.»

Voici le troisième fait.

Au mois de février 1772, étant à Londres, il envoya un billet au

révérend John Wesley (fondateur de la communion des Wesleyens) pour lui

dire qu’il serait charmé de faire sa connaissance. L’ardent prédicateur

reçut ce billet au moment où il allait partir pour une mission, et

répondit qu’il profiterait de cette gracieuse permission pour lui

rendre visite au retour de cette absence qui devait être d’environ six

mois. Swedenborg répondit: «qu’en ce cas, ils ne se verraient pas dans

ce monde, le 29 mars prochain devant être le jour de sa mort».

Swedenborg mourut, en effet, à la date indiquée par lui plus d’un mois

d’avance.

Ce sont là trois faits dont il n’est pas possible de nier

l’authenticité, mais que dans l’état actuel de nos connaissances

personne ne voudrait assurément se charger d’expliquer.

Nous pourrions multiplier indéfiniment ces relations _authentiques_.

Les faits analogues à ceux qui ont été rapportés plus haut de

communications à distance soit au moment de la mort, soit dans l’état

normal de la vie, ne sont pas tellement rares--sans être pourtant

bien fréquents--que chacun de nos lecteurs n’en ait entendu citer, et

peut-être observé lui-même, en plus d’une circonstance. D’ailleurs, les

expériences faites dans les domaines du magnétisme témoignent également

qu’en certains cas psychologiques déterminés un expérimentateur peut

agir sur son sujet à distance, non pas seulement à quelques mètres,

mais à plusieurs kilomètres et même à plus de cent kilomètres de

distance, selon la sensibilité et la lucidité du sujet et sans doute

aussi selon l’intensité de la volonté du magnétiseur. D’autre part

encore, l’espace n’est pas ce que nous croyons. La distance de Paris à

Londres est grande pour un marcheur, et elle était même infranchissable

avant l’invention des bateaux: elle est nulle pour l’électricité. La

distance de la Terre à la Lune est grande pour nos modes actuels de

locomotion: elle est nulle pour l’attraction. En fait, au point de vue

de l’absolu, l’espace qui nous sépare de Sirius n’est pas une plus

grande partie de l’infini que la distance de Paris à Versailles ou de

votre œil droit à votre œil gauche.

Il y a plus encore: la séparation qui nous semble exister entre la

Terre et la Lune, ou entre la Terre et Mars, ou même entre la Terre et

Sirius, n’est qu’une illusion due à l’insuffisance de nos perceptions.

La Lune agit constamment sur la Terre et la remue perpétuellement.

L’attraction de Mars est également sensible pour notre planète, et à

notre tour nous dérangeons Mars dans son cours en subissant l’influence

de la Lune. Nous agissons sur le Soleil lui-même et le faisons mouvoir,

comme si nous le touchions. En vertu de l’attraction, la Lune fait

tourner mensuellement la Terre autour de leur centre commun de gravité,

point qui voyage à 1700 kilomètres au-dessous de la surface du globe,

la Terre fait tourner le Soleil annuellement autour de leur centre

commun de gravité, situé à 456 kilomètres du centre solaire; tous les

mondes agissent perpétuellement les uns sur les autres, de sorte

qu’il n’y a pas d’isolement, de séparation réelle entre eux. Au lieu

d’être un vide séparant les mondes les uns des autres, l’espace est

plutôt un lien de communication. Or si l’attraction établit ainsi une

communication réelle, perpétuelle, active et indiscutable, constatée

par la précision des observations astronomiques, entre la Terre et ses

sœurs de l’immensité, on ne voit pas trop de quel droit de prétendus

positivistes pourraient déclarer que nulle communication ne soit

possible entre deux êtres plus ou moins éloignés l’un de l’autre, soit

sur la Terre, soit même sur deux mondes différents.

Deux cerveaux qui vibrent à l’unisson, à plusieurs kilomètres de

distance, ne peuvent-ils être émus par une même force psychique?

L’émotion partie d’un cerveau ne peut-elle, à travers l’éther, de même

que l’attraction, aller frapper le cerveau qui vibre à une distance

quelconque, de même qu’un son, à travers une pièce, va faire vibrer les

cordes d’un piano ou d’un violon? N’oublions pas que nos cerveaux sont

composés de molécules qui ne se touchent pas et qui sont en vibration

perpétuelle.

Et pourquoi parler de cerveaux? La pensée, la volonté, la force

psychique, quelle que soit sa nature, ne peut-elle agir à distance

sur un être qui lui est attaché par les liens sympathiques et

indissolubles de la parenté intellectuelle? Les palpitations d’un cœur

ne se transmettent-elles pas subitement au cœur qui bat à l’unisson du

nôtre?

Devons-nous admettre, dans les cas d’apparition signalés plus haut,

que l’esprit du mort ait réellement pris une forme corporelle dans le

voisinage de l’observateur? Dans la plupart des cas, cette hypothèse

ne paraît pas nécessaire. Pendant nos rêves, nous croyons voir des

personnes qui ne sont pas du tout devant nos yeux, d’ailleurs fermés.

Nous les voyons parfaitement, aussi bien qu’au grand jour; nous leur

parlons, nous les entendons, nous conversons avec elles. Assurément,

ce n’est ni notre rétine ni notre nerf optique qui les voit, pas plus

que ce n’est notre oreille qui les entend. Nos cellules cérébrales sont

seules en jeu.

Certaines apparitions peuvent être objectives, extérieures,

substantielles; d’autres peuvent être subjectives: dans ce cas, l’être

qui se manifeste agirait à distance sur l’être qui voit, et cette

influence sur son cerveau déterminerait la vision intérieure, laquelle

paraît extérieure, comme dans les rêves, mais peut être purement

subjective et intérieure.

De même qu’une pensée, un souvenir, éveille dans notre esprit

une image qui peut être très évidente et très vive, de même un

être agissant sur un autre peut faire apparaître en lui une image

qui lui donnera un instant l’illusion de la réalité. On obtient

maintenant expérimentalement ces faits dans les études d’hypnotisme

et de suggestion, études qui en sont encore à leurs débuts et

pourtant donnent des résultats assurément dignes de la plus haute

attention, aussi bien au point de vue psychologique qu’au point de

vue physiologique. Ce n’est pas la rétine qui est frappée par une

réalité effective, ce sont les couches optiques du cerveau qui sont

excitées par une force psychique. C’est l’être mental lui-même qui est

impressionné. De quelle façon? nous l’ignorons.

Telles sont les inductions les plus rationnelles qui paraissent pouvoir

être conclues des phénomènes de l’ordre de ceux dont nous venons de

nous occuper, phénomènes inexpliqués, mais fort anciens, car l’histoire

de tous les peuples, depuis la plus haute antiquité, en a conservé des

exemples qu’il serait difficile de nier ou d’effacer.

Mais quoi, dira-t-on, devons-nous, pouvons-nous, dans notre siècle de

méthode expérimentale et de science positive, admettre qu’un mourant,

ou même un mort, puisse se communiquer?

Qu’est-ce qu’un mort?

Il meurt un être humain par chaque seconde, sur l’ensemble du globe

terrestre, soit environ 86 400 par jour, soit environ 31 millions

par an ou plus de 3 milliards par siècle. En dix siècles, plus de

30 milliards de cadavres ont été livrés à la terre et rendus à la

circulation générale sous forme de produits divers, eau, gaz, vapeurs,

etc. Si nous tenons compte de la diminution de la population humaine

à mesure que nous remontons les âges historiques, nous trouvons que

depuis dix mille ans _deux cents milliards de corps humains au moins

ont été formés de la terre et de l’atmosphère, par la respiration

et l’alimentation, et y sont retournés_. Les molécules d’oxygène,

d’hydrogène, d’acide carbonique, d’azote qui ont constitué ces

corps ont engraissé la terre et ont été rendues à la circulation

atmosphérique.

Oui, la Terre que nous habitons est aujourd’hui formée en partie de

ces milliards de cerveaux qui ont pensé, de ces milliards d’organismes

qui ont vécu. Nous marchons sur nos aïeux comme ils marcheront sur

nous. Les fronts des penseurs, les yeux qui ont contemplé, souri,

pleuré, les bouches qui ont chanté l’amour, les lèvres roses et les

seins de marbre, les entrailles des mères, les bras des travailleurs,

les muscles des guerriers, le sang des vaincus, les enfants et les

vieillards, les bons et les méchants, les riches et les pauvres, tout

ce qui a vécu, tout ce qui a pensé, gît dans la même terre. Il serait

difficile aujourd’hui de faire un seul pas sur la planète sans marcher

sur la dépouille des morts; il serait difficile de manger et boire sans

réabsorber ce qui a déjà été mangé et bu des milliers de fois, il

serait difficile de respirer sans s’incorporer le souffle des morts.

Les éléments constitutifs des corps, puisés à la nature, sont revenus à

la nature, et chacun de nous porte en soi des atomes ayant précédemment

appartenu à d’autres corps.

Eh bien! pensez-vous que ce soit cela toute l’humanité? Pensez-vous

qu’elle n’ait rien laissé de plus noble, de plus grand, de plus

spirituel? Chacun de nous ne donne-t-il à l’univers, en rendant le

dernier soupir, que soixante ou quatre-vingts kilos de chair et d’os

qui vont se désagréger et retourner aux éléments? L’âme qui nous anime

ne demeure-t-elle pas, au même titre que chaque molécule d’oxygène,

d’azote ou de fer? Et toutes les âmes qui ont vécu n’existent-elles pas

toujours?

Nous n’avons aucun droit d’affirmer que l’homme soit uniquement composé

d’éléments matériels, et que la faculté de penser ne soit qu’une

propriété de l’organisation. Nous avons, au contraire, les raisons les

plus intimes d’admettre que l’âme est une entité individuelle, et que

c’est elle qui régit les molécules pour organiser la forme vivante du

corps humain.

Que deviennent les molécules invisibles et intangibles qui ont composé

notre corps pendant la vie? Elles vont appartenir à de nouveaux corps.

Que deviennent les âmes également invisibles et intangibles? On peut

penser qu’elles se réincarnent, elles aussi, en de nouveaux organismes,

chacune suivant sa nature, ses facultés, sa destinée.

L’âme appartient au monde psychique. Sans doute, il y a sur la

Terre une quantité innombrable d’âmes encore lourdes, grossières, à

peine dégagées de la matière, incapables de concevoir les réalités

intellectuelles. Mais il en est d’autres qui vivent dans l’étude, dans

la contemplation, dans la culture du monde psychique ou spirituel.

Celles-là peuvent ne point rester emprisonnées sur la Terre, et leur

destinée est de vivre de la vie uranique.

L’âme uranique vit, même pendant ses incarnations terrestres, dans le

monde de l’absolu et du divin. Elle sait que tout en habitant la Terre

elle est, en réalité, dans le ciel, et que notre planète est un astre

du ciel.

Quelle est la nature intime de l’âme, quels sont ses modes de

manifestation, quand sa mémoire devient-elle permanente et

maintient-elle avec certitude l’identité consciente, sous quelle

diversité de formes et de substances peut-elle vivre, quelle étendue

d’espace peut-elle franchir, quel est l’ordre de parenté intellectuelle

qui existe entre les diverses planètes d’un même système, quelle est

la force germinatrice qui ensemence les mondes, quand pourrons-nous

nous mettre en communication avec les patries voisines, quand

pénétrerons-nous le secret profond des destinées? Mystère et ignorance

aujourd’hui. Mais l’_inconnu d’hier est la vérité de demain_.

Fait d’ordre historique et scientifique absolument incontestable:

dans tous les siècles, chez tous les peuples, et sous les apparences

religieuses les plus diverses, l’idée de l’immortalité repose

invulnérable au fond de la conscience humaine. L’éducation lui a donné

mille formes, mais elle ne l’a pas inventée. Cette idée indéracinable

existe par elle-même. Tout être humain, en venant au monde, apporte

avec lui, sous une forme plus ou moins vague, ce sentiment intime, ce

désir, cette espérance.

[Illustration]

[Illustration]

II

ITER EXTATICUM CŒLESTE

Uranie · 第 7 / 12 段