Abbé de Broglie: _Les Conditions modernes de l’accord entre la foi et la
raison_. (Bloud et Cie, S. et R., 243-244).
Joie de trouver ce livre si simple, si uni, si juste, si impartial et si
vrai. Joie d’y reconnaître une fois de plus des expériences toutes
voisines des miennes, et d’y trouver des réponses si fermes, si
tranquilles, à la plupart de mes hésitations, de mes inquiétudes.
C’est bien Dieu qui continue à me fournir de lectures.
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Le goût délicieux, suave de la vérité! Comment pourrait-il être
trompeur?
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Quelque chose de plus encore que ce que j’ai dit, dans la joie que me
donne ce livre: une sorte de fraternité avec celui qui l’a écrit, de
l’amour; je sens bien que nous sommes unis tous les deux en
Jésus-Christ, que nous vivons tous deux en Christ. C’est tout différent
de l’admiration, de l’enthousiasme littéraires, que j’ai connus pourtant
sous des formes si violentes. Je n’admire pas ici; je peux bien le dire:
en tant qu’écrivain, je sens mon talent infiniment supérieur au sien.
Mais cela ne compte pas; je sens cet avantage comme insignifiant. Ce qui
me remue ici, c’est la communion parfaite de pensée, l’impression que
nos deux esprits plongent en même temps dans la même vérité.--Je ne puis
dire la disposition délicieusement aérienne où je me trouve ce matin.
Que tout est simple, certain, limpide! Évidemment qui n’a pas connu cet
état peut le croire inspirateur d’illusions; mais il suffit de s’y être
trouvé un moment pour en comprendre l’essence surnaturelle, et pour
s’expliquer qu’on ne veuille plus ensuite écouter les doutes quand ils
reviennent (comme ils le font fatalement toujours!), qu’on se mette en
garde contre eux de _parti-pris_, qu’on ne _veuille_ pas un instant leur
permettre d’entrer en balance, même hypothétique, avec la certitude une
fois goûtée. Il suffit d’avoir cru une minute avec l’aide de la grâce,
porté sur ses ailes, pour devenir l’ennemi délibéré, partial et
définitif de tout ce qui vient attaquer la certitude des choses qu’elle
nous a montrées.
Oui, il y a peut-être quelque chose d’injustifiable, de forcé, dans
cette volonté que le chrétien met au service de sa foi, dans cet effort
par lequel il prétend tout à coup se convaincre. Mais ce n’est forcé que
vu de l’extérieur, que pour ceux qui ne voient pas ce qui s’est passé
une fois dans l’âme. Ils aperçoivent une sorte de coup de force accompli
délibérément sur notre âme, mais ils ne distinguent pas que c’est pour y
fixer quelque chose qui l’a traversée et risque de s’évanouir; ils ne
voient pas cet oiseau qui s’est posé un instant, et ainsi le geste que
nous faisons, dans le vide semble-t-il, pour le saisir aux ailes, leur
paraît absurde, incompréhensible, antinaturel. Mais celui qui seulement
a senti l’oiseau l’effleurer, tous ces scrupules logiques n’ont plus de
sens pour lui. L’intervention de la volonté lui apparaît comme une
mesure d’humble nécessité pratique, comme allant de soi...