27 février 1917. (13e carnet, page 67).

Abbé de Broglie: _Les Conditions modernes de l’accord entre la foi et la

raison_. (Bloud et Cie, S. et R., 243-244).

Joie de trouver ce livre si simple, si uni, si juste, si impartial et si

vrai. Joie d’y reconnaître une fois de plus des expériences toutes

voisines des miennes, et d’y trouver des réponses si fermes, si

tranquilles, à la plupart de mes hésitations, de mes inquiétudes.

C’est bien Dieu qui continue à me fournir de lectures.

* * * * *

Le goût délicieux, suave de la vérité! Comment pourrait-il être

trompeur?

* * * * *

Quelque chose de plus encore que ce que j’ai dit, dans la joie que me

donne ce livre: une sorte de fraternité avec celui qui l’a écrit, de

l’amour; je sens bien que nous sommes unis tous les deux en

Jésus-Christ, que nous vivons tous deux en Christ. C’est tout différent

de l’admiration, de l’enthousiasme littéraires, que j’ai connus pourtant

sous des formes si violentes. Je n’admire pas ici; je peux bien le dire:

en tant qu’écrivain, je sens mon talent infiniment supérieur au sien.

Mais cela ne compte pas; je sens cet avantage comme insignifiant. Ce qui

me remue ici, c’est la communion parfaite de pensée, l’impression que

nos deux esprits plongent en même temps dans la même vérité.--Je ne puis

dire la disposition délicieusement aérienne où je me trouve ce matin.

Que tout est simple, certain, limpide! Évidemment qui n’a pas connu cet

état peut le croire inspirateur d’illusions; mais il suffit de s’y être

trouvé un moment pour en comprendre l’essence surnaturelle, et pour

s’expliquer qu’on ne veuille plus ensuite écouter les doutes quand ils

reviennent (comme ils le font fatalement toujours!), qu’on se mette en

garde contre eux de _parti-pris_, qu’on ne _veuille_ pas un instant leur

permettre d’entrer en balance, même hypothétique, avec la certitude une

fois goûtée. Il suffit d’avoir cru une minute avec l’aide de la grâce,

porté sur ses ailes, pour devenir l’ennemi délibéré, partial et

définitif de tout ce qui vient attaquer la certitude des choses qu’elle

nous a montrées.

Oui, il y a peut-être quelque chose d’injustifiable, de forcé, dans

cette volonté que le chrétien met au service de sa foi, dans cet effort

par lequel il prétend tout à coup se convaincre. Mais ce n’est forcé que

vu de l’extérieur, que pour ceux qui ne voient pas ce qui s’est passé

une fois dans l’âme. Ils aperçoivent une sorte de coup de force accompli

délibérément sur notre âme, mais ils ne distinguent pas que c’est pour y

fixer quelque chose qui l’a traversée et risque de s’évanouir; ils ne

voient pas cet oiseau qui s’est posé un instant, et ainsi le geste que

nous faisons, dans le vide semble-t-il, pour le saisir aux ailes, leur

paraît absurde, incompréhensible, antinaturel. Mais celui qui seulement

a senti l’oiseau l’effleurer, tous ces scrupules logiques n’ont plus de

sens pour lui. L’intervention de la volonté lui apparaît comme une

mesure d’humble nécessité pratique, comme allant de soi...

A la trace de Dieu · 第 144 / 151 题