Je pensais hier soir:
Ce n’est pas: _Credo quia absurdum_, mais _credo quia absurdum et tamen
verum._
Le caractère irrationnel du dogme n’est pas ce qui en fait la vérité.
Mais qu’il soit irrationnel et que pourtant l’expérience en révèle la
vérité, cela redouble l’évidence de cette vérité.
Une proposition claire a ceci à la fois pour elle et contre elle qu’elle
est claire. Car sa clarté fait son évidence, mais on peut se demander si
toute son évidence ne se réduit pas à sa clarté. Tandis que d’une
doctrine toute mystérieuse, toute incompréhensible, si par ailleurs elle
rend compte de l’expérience et y trouve sa confirmation, on a comme
garantie pour ainsi dire supplémentaire, qu’elle ne peut avoir été
inventée pour satisfaire, pour complaire à l’esprit.
L’essentiel pour moi sera de bien marquer le caractère avant tout
expérimental du dogme catholique. Urgent, pressant, répondant à chaque
besoin de la nature, à chaque appel qu’elle adresse à l’esprit,
exactement comme la charité chrétienne répond à chaque douleur, à chaque
cri de l’humanité.
Mais surtout, car justement cette correspondance trop exacte à toutes
les énigmes du monde pourrait faire croire qu’il n’a été inventé que
pour y satisfaire, il faudra montrer que l’expérience confirme
l’hypothèse, que Dieu répond dès qu’on a commencé de le supposer. C’est
là la nouveauté, je crois, de mon entreprise, celle où il faudra le plus
d’abondance et le plus de tact.
* * * * *
Tout mon premier chapitre devra être un effort innombrable, commencé de
mille côtés à la fois, une sorte d’incantation pour inviter le lecteur à
passer de l’enchaînement immédiat des phénomènes à leur enchaînement
surnaturel, et pour lui faire sentir combien ce dernier est plus étroit,
plus sévère, plus satisfaisant.