18 juillet 1916. (10e carnet, page 15).

Je pensais hier soir:

Ce n’est pas: _Credo quia absurdum_, mais _credo quia absurdum et tamen

verum._

Le caractère irrationnel du dogme n’est pas ce qui en fait la vérité.

Mais qu’il soit irrationnel et que pourtant l’expérience en révèle la

vérité, cela redouble l’évidence de cette vérité.

Une proposition claire a ceci à la fois pour elle et contre elle qu’elle

est claire. Car sa clarté fait son évidence, mais on peut se demander si

toute son évidence ne se réduit pas à sa clarté. Tandis que d’une

doctrine toute mystérieuse, toute incompréhensible, si par ailleurs elle

rend compte de l’expérience et y trouve sa confirmation, on a comme

garantie pour ainsi dire supplémentaire, qu’elle ne peut avoir été

inventée pour satisfaire, pour complaire à l’esprit.

L’essentiel pour moi sera de bien marquer le caractère avant tout

expérimental du dogme catholique. Urgent, pressant, répondant à chaque

besoin de la nature, à chaque appel qu’elle adresse à l’esprit,

exactement comme la charité chrétienne répond à chaque douleur, à chaque

cri de l’humanité.

Mais surtout, car justement cette correspondance trop exacte à toutes

les énigmes du monde pourrait faire croire qu’il n’a été inventé que

pour y satisfaire, il faudra montrer que l’expérience confirme

l’hypothèse, que Dieu répond dès qu’on a commencé de le supposer. C’est

là la nouveauté, je crois, de mon entreprise, celle où il faudra le plus

d’abondance et le plus de tact.

* * * * *

Tout mon premier chapitre devra être un effort innombrable, commencé de

mille côtés à la fois, une sorte d’incantation pour inviter le lecteur à

passer de l’enchaînement immédiat des phénomènes à leur enchaînement

surnaturel, et pour lui faire sentir combien ce dernier est plus étroit,

plus sévère, plus satisfaisant.

A la trace de Dieu · 第 129 / 151 题