15 juillet 1916. (10e carnet, page 10).

J’ai bien senti l’autre jour ce que ça devait être que de se sentir en

dehors des hommes, tout seul avec Dieu, réduit à la seule satisfaction,

à la seule récompense de lui plaire. C’était la première fois que

j’entrevoyais ce gouffre. Il ne faut pas dissimuler: j’ai eu un peu le

vertige. Je ne suis pas assez fort encore pour cette solitude avec celui

qui pourtant doit suffire par essence à combler tout manque et tout

besoin. Je suis encore profondément intéressé à la société, embourbé

jusqu’au cou dans la grande aventure humaine, et sans désir d’en être

retiré.

Je ne crois pas d’ailleurs, mon Dieu, que ma mission soit d’en sortir,

ni que vous m’y ayez plongé sans dessein. De même qu’il y en a que vous

placez d’emblée à part pour brûler devant vous dans une solitude

exquise, de même vous m’avez précipité entre mes frères afin, peut-être,

que, dans mes efforts pour remonter vers vous, je ne revienne pas seul,

mais que je vous ramène tous ceux parmi lesquels j’étais pris.

A la trace de Dieu · 第 126 / 151 题