J’ai bien senti l’autre jour ce que ça devait être que de se sentir en
dehors des hommes, tout seul avec Dieu, réduit à la seule satisfaction,
à la seule récompense de lui plaire. C’était la première fois que
j’entrevoyais ce gouffre. Il ne faut pas dissimuler: j’ai eu un peu le
vertige. Je ne suis pas assez fort encore pour cette solitude avec celui
qui pourtant doit suffire par essence à combler tout manque et tout
besoin. Je suis encore profondément intéressé à la société, embourbé
jusqu’au cou dans la grande aventure humaine, et sans désir d’en être
retiré.
Je ne crois pas d’ailleurs, mon Dieu, que ma mission soit d’en sortir,
ni que vous m’y ayez plongé sans dessein. De même qu’il y en a que vous
placez d’emblée à part pour brûler devant vous dans une solitude
exquise, de même vous m’avez précipité entre mes frères afin, peut-être,
que, dans mes efforts pour remonter vers vous, je ne revienne pas seul,
mais que je vous ramène tous ceux parmi lesquels j’étais pris.