27 novembre 1915. (8e carnet, page 39).

Après seize mois, après tant d’épreuves, tant d’ennuis, tant de moments

où il me semblait que je ne pourrais pas tenir un instant de plus, me

voici encore une fois aussi jeune, aussi heureux, aussi transporté que

jamais avant. Et cela ne peut plus tout à fait s’expliquer par le seul

enthousiasme de vivre. Car enfin est-ce que je vis ici? Même plus par la

pensée, qui est terne et fatiguée.

Mais si j’osais croire une chose aussi monstrueuse, il me semblerait que

cette fraîcheur intérieure que je me sens, vient de la complaisance de

Dieu en moi. Je ne veux pas dire que le «jardin» soit bien fait pour lui

plaire. Mais tout se passe comme si, par un de ses coups tout gratuits

et inexplicables, il m’avait choisi pour sa joie. Quelle effroyable

chose j’ose dire! Mais sinon, comment expliquer ce maintien

extraordinaire de la jeunesse en moi! Ce ne peut être que sa présence et

sa prédilection qui font en moi cette légèreté, cette insouciance

délicieuse au milieu de tant de périls, d’ennuis et d’horreurs. Avec

tout ce que j’ai à me reprocher, d’où vient que je puisse être si

distrait, si donné aux heures qui passent, si plein de confiance,

d’espérance et d’amour? Je ne vois plus que vous, mon Dieu, d’où ce

courant d’air délicieux puisse me venir.

A la trace de Dieu · 第 113 / 151 题