8 novembre 1915. (8e carnet, page 12).

De la conversation d’hier soir avec D.:

Bien voir toujours jusqu’où va ce qu’on trouve, et ne pas l’étendre au

delà. Ne rien forcer. «Revenez, revenez!» Voilà le grand conseil pour la

recherche de la vérité. Il faut penser que rien ne se laisse saisir que

par petits morceaux, et qu’ainsi le grand risque est toujours de

dépasser.

C’est le même conseil qu’il faut donner pour le jugement esthétique. On

voit toujours trop loin. Il faut faire comme quand quelqu’un cherche

partout des yeux sans voir ce qu’on lui montre: lui mettre la main sur

l’épaule: «Mais voyez donc! ici tout près! là, tenez!»

* * * * *

Émotion lorsque D. est venu me retrouver ce matin, me disant qu’il

n’avait pas pu dormir et qu’il n’avait cessé de m’injurier toute la

nuit. Émotion de voir tomber quelqu’un dans vos filets, mon Dieu! comme

j’y suis tombé moi-même. Que vous êtes puissant et terrible! Émotion de

sentir que vous aviez besoin de moi, que déjà vous vous serviez de mon

intermédiaire pour rappeler une âme! Mon Dieu, si je pouvais réussir

dans cette première expérience! Mon Dieu, inspirez-moi, soufflez-moi ma

leçon.

Mon Dieu, faites que je puisse être ainsi efficace pour mes bien-aimés,

quand je rentrerai.

A la trace de Dieu · 第 112 / 151 题