Certainement un grand progrès. Surtout avant. J’étais vraiment dans une
grande transe religieuse, que sont venus augmenter et entretenir
l’extraordinaire tristesse des chants funèbres et l’à-propos prodigieux
des deux chapitres de l’_Imitation_ que j’ai lus pendant la messe.
Quel mouvement en moi quand je suis arrivé à cette phrase:
«Je vous offre encore ces pieux désirs des âmes fidèles, les besoins de
mes parents, de mes amis, de _mes frères_, de _mes sœurs_...»
Quelle permission enfin tout à coup secrètement glissée! Réconciliés.
Tous les droits pour lesquels j’ai tant prié et protesté, vous me les
rendez, mon Dieu. Vous reconnaissez que j’ai mérité d’y rentrer enfin,
comme dans un héritage dont une première fois j’aurais voulu m’emparer
trop vite et qu’il m’a fallu reconquérir par le détour de longues
aventures.
Et encore la fin de la phrase:
«... soit qu’ils vivent encore dans la chair, soit que le temps ait fini
pour eux.»
D’ailleurs tout le chapitre, qui reprend avec une concision et une force
merveilleuse tout ce que j’essayais de dire à Dieu dans le long
bavardage de mes prières. Il faudra le relire souvent comme prière.
* * * * *
Les premiers moments très arides.
Mais vers midi cette sensation de plénitude, de tranquillité
surnaturelle, cet amour infini et paisible pour les miens, un peu
l’impression de leur être à ce moment-là bon à quelque chose.
Et le soir, entre les baraques, exaltation de la pénitence. Grand dégoût
de mes péchés. Larmes.
* * * * *
Relu la fin de _De la Foi_.
Que j’ai changé! Que je suis loin de cette satisfaction de moi! Que Dieu
a bien su faire l’opération qu’il fallait et m’apprendre par la force le
repentir et la détestation de moi! Ah! oui, un fameux plaisir que me
donnent maintenant mes péchés!