6 novembre 1915. (8e carnet, page 9).

Certainement un grand progrès. Surtout avant. J’étais vraiment dans une

grande transe religieuse, que sont venus augmenter et entretenir

l’extraordinaire tristesse des chants funèbres et l’à-propos prodigieux

des deux chapitres de l’_Imitation_ que j’ai lus pendant la messe.

Quel mouvement en moi quand je suis arrivé à cette phrase:

«Je vous offre encore ces pieux désirs des âmes fidèles, les besoins de

mes parents, de mes amis, de _mes frères_, de _mes sœurs_...»

Quelle permission enfin tout à coup secrètement glissée! Réconciliés.

Tous les droits pour lesquels j’ai tant prié et protesté, vous me les

rendez, mon Dieu. Vous reconnaissez que j’ai mérité d’y rentrer enfin,

comme dans un héritage dont une première fois j’aurais voulu m’emparer

trop vite et qu’il m’a fallu reconquérir par le détour de longues

aventures.

Et encore la fin de la phrase:

«... soit qu’ils vivent encore dans la chair, soit que le temps ait fini

pour eux.»

D’ailleurs tout le chapitre, qui reprend avec une concision et une force

merveilleuse tout ce que j’essayais de dire à Dieu dans le long

bavardage de mes prières. Il faudra le relire souvent comme prière.

* * * * *

Les premiers moments très arides.

Mais vers midi cette sensation de plénitude, de tranquillité

surnaturelle, cet amour infini et paisible pour les miens, un peu

l’impression de leur être à ce moment-là bon à quelque chose.

Et le soir, entre les baraques, exaltation de la pénitence. Grand dégoût

de mes péchés. Larmes.

* * * * *

Relu la fin de _De la Foi_.

Que j’ai changé! Que je suis loin de cette satisfaction de moi! Que Dieu

a bien su faire l’opération qu’il fallait et m’apprendre par la force le

repentir et la détestation de moi! Ah! oui, un fameux plaisir que me

donnent maintenant mes péchés!

A la trace de Dieu · 第 111 / 151 题