Ne jamais oublier la véritable conspiration ourdie par Dieu pour me
forcer à communier demain. Après que j’avais cru avoir laissé échapper
l’occasion de le faire, cette annonce du prêtre à la messe dimanche
dernier. Puis les lectures que le hasard m’a fait faire pendant toute la
semaine: cette insistance de plus en plus pressante, ces promesses de
plus en plus séduisantes de l’_Imitation_. Enfin hier cette pensée: Si
je reçois une lettre d’I. et qu’elle me parle de quelque chose de ce
genre, j’irai me confesser. Et justement cette carte qui m’attendait, au
retour de la bibliothèque, avec ces mots: «Je vais communier.»
Les dernières hésitations en entendant que «c’était l’abbé X.»--Puis
mouvement de bonne volonté. Petite promenade dehors: «Allons-y, comme un
brave homme...»
Et le plus mystérieux peut-être: la récompense de ma bonne volonté.
Jetant un coup d’œil sur le groupe près duquel je m’étais arrêté, j’ai
vu que c’était l’abbé Y. qui confessait.
* * * * *
«Priez pour moi comme je prierai pour vous».
C’était bon. Il y avait longtemps, ou plutôt je n’avais jamais encore
senti tant de paix à être à genoux et pénitent.
Que vous êtes bon, mon Dieu! Peut-il y avoir une conduite plus claire
que la vôtre avec moi? Je sens bien qu’un autre ne peut pas voir du
dehors ce soin que vous prenez de moi. Mais moi, si mes yeux y restaient
fermés, quelle ingratitude, quel crime!
J’ai bien reconnu aussi l’intercession de ceux de mes aimés qui sont
avec vous, de ceux aussi qui ont besoin peut-être de cette communion
pour être rapprochés de vous, et qui l’ont arrachée de moi par votre
intermédiaire.
Pour la première fois dans ce que m’a dit le prêtre, des choses qui
m’ont touché. «La sainte pureté...» Je comprenais combien elle était en
effet quelque chose de _naturel_, de _juste à observer_.
«Les âmes du Purgatoire.»