2 et 4 octobre 1915. (7e carnet, page 46).

_En lisant sainte Thérèse._--Peur de l’abîme. Peur de cet enchaînement

terrible d’exigences où l’on tombe dès que l’on consent à Dieu.

Je tremble que la patience dont j’ai pu faire preuve dans les maux que

Dieu m’a proposés jusqu’ici, ne l’engage à m’en proposer de nouveaux et

de plus terribles. Je tremble de tomber dans cette misère continuelle et

extrême où il plonge et maintient ceux qui se donnent à lui.

Je ne suis pas fait pour ça; je suis trop bien portant; je suis trop au

pas avec la vie. Mon Dieu, éloignez de moi la tentation de la sainteté.

Ce n’est pas mon œuvre. Contentez-vous d’une vie pure et patiente, que

je ferai tous mes efforts pour vous donner. Ne me privez pas de ces

joies délicieuses que j’ai connues, que j’ai tant aimées, que j’aspire

tant à retrouver. Ne confondez pas. Je ne suis pas de l’espèce qu’il

faut. Je suis marié et père; je suis écrivain. Ne me tentez pas avec des

choses impossibles. Ne m’induisez pas dans de trop grandes souffrances.

J’y perdrais du temps,--du temps que je peux employer autrement pour

votre service.

A la trace de Dieu · 第 105 / 151 题