_En lisant sainte Thérèse._--Peur de l’abîme. Peur de cet enchaînement
terrible d’exigences où l’on tombe dès que l’on consent à Dieu.
Je tremble que la patience dont j’ai pu faire preuve dans les maux que
Dieu m’a proposés jusqu’ici, ne l’engage à m’en proposer de nouveaux et
de plus terribles. Je tremble de tomber dans cette misère continuelle et
extrême où il plonge et maintient ceux qui se donnent à lui.
Je ne suis pas fait pour ça; je suis trop bien portant; je suis trop au
pas avec la vie. Mon Dieu, éloignez de moi la tentation de la sainteté.
Ce n’est pas mon œuvre. Contentez-vous d’une vie pure et patiente, que
je ferai tous mes efforts pour vous donner. Ne me privez pas de ces
joies délicieuses que j’ai connues, que j’ai tant aimées, que j’aspire
tant à retrouver. Ne confondez pas. Je ne suis pas de l’espèce qu’il
faut. Je suis marié et père; je suis écrivain. Ne me tentez pas avec des
choses impossibles. Ne m’induisez pas dans de trop grandes souffrances.
J’y perdrais du temps,--du temps que je peux employer autrement pour
votre service.