Descartes. Cet argument de l’imparfait impliquant le parfait, qui me
semblait si abstrait, il est vrai à la lettre, c’est le plus fort qu’on
puisse donner de l’existence de Dieu. Pour le comprendre, il faut
revivre Descartes, le retrouver par-dessous.
C’est cette imperfection que je sens dans toutes mes pensées, dans tous
mes sentiments, qui me fait croire en Dieu. Le fait que je ne puis
évoquer mes bien-aimés que les uns après les autres, que je ne puis pas
les embrasser ensemble, dans la même pensée, ou que je ne le peux faire
qu’en laissant leurs visages s’échapper, s’effacer, se confondre, ce
retard de ma capacité sur mon désir, voilà ce qui me donne Dieu, ce qui
l’appelle, ce qui l’exige. Il faut qu’il y ait quelqu’un pour pouvoir
faire ce que je ne peux pas faire, ce dont je ne conçois que l’idée et
l’envie. C’est là le sens de l’argument de Descartes. Il faut quelqu’un
qui soit capable de simultanéité et de totalité, puisque je n’en suis
pas capable. Il faut quelqu’un qui ait la perfection que je n’ai pas.