11 mai 1915. (6e carnet, page 61).

J’ai tout de même, par l’esprit, assez éprouvé du sentiment que je me

conteste, pour avoir compris, ce soir, tout à coup, le sens de

l’Eucharistie. Je veux dire que, bien entendu sans aucune proportion,

j’ai trouvé en moi pendant un éclair le sentiment qui a inspiré à Jésus

ce partage de lui-même sous des espèces sensibles, ce don physique qui

est si obscur au premier abord. Et l’insistance pour qu’on comprenne

bien qu’il s’agissait de quelque chose de matériel. Oui, je peux

imaginer maintenant le besoin affolant de devenir quelque chose qu’on

puisse manger, qui puisse redonner des forces à ceux qui souffrent, les

refaire, les réparer. Dès que l’on suppose un être divin en proie à

l’_humanité_, cela devient son mouvement le plus naturel. Il faut le

supposer souffrant d’un amour infini, ne pouvant pas échapper tout de

suite à nos limites, et pourtant ayant gardé son pouvoir absolu sur tous

les modes d’existence. On le voit ainsi _recourant_, presque

obligatoirement, à l’institution de l’Eucharistie. Il faut dire

«recourant», pour bien marquer que c’était autant pour lui un moyen de

se débarrasser lui-même, d’échapper au poids de l’amour, que de soulager

les autres.

A la trace de Dieu · 第 98 / 151 题