J’ai tout de même, par l’esprit, assez éprouvé du sentiment que je me
conteste, pour avoir compris, ce soir, tout à coup, le sens de
l’Eucharistie. Je veux dire que, bien entendu sans aucune proportion,
j’ai trouvé en moi pendant un éclair le sentiment qui a inspiré à Jésus
ce partage de lui-même sous des espèces sensibles, ce don physique qui
est si obscur au premier abord. Et l’insistance pour qu’on comprenne
bien qu’il s’agissait de quelque chose de matériel. Oui, je peux
imaginer maintenant le besoin affolant de devenir quelque chose qu’on
puisse manger, qui puisse redonner des forces à ceux qui souffrent, les
refaire, les réparer. Dès que l’on suppose un être divin en proie à
l’_humanité_, cela devient son mouvement le plus naturel. Il faut le
supposer souffrant d’un amour infini, ne pouvant pas échapper tout de
suite à nos limites, et pourtant ayant gardé son pouvoir absolu sur tous
les modes d’existence. On le voit ainsi _recourant_, presque
obligatoirement, à l’institution de l’Eucharistie. Il faut dire
«recourant», pour bien marquer que c’était autant pour lui un moyen de
se débarrasser lui-même, d’échapper au poids de l’amour, que de soulager
les autres.