20 février 1915. (5e carnet, page 43).

Dans ma justification des destinées, bien faire comprendre que je

distingue le point de vue mystique du point de vue esthétique. L. me

parodie plus encore qu’il ne le croit, lorsqu’il excuse tout acte en

disant: «C’est harmonieux». Non, il serait horrible de prétendre qu’il

est «harmonieux» que Péguy soit mort à la bataille de la Marne. Horreur

de cette notion platonicienne. Mais il faut dire que c’est _juste_, que

c’était naturel, mérité par son âme, de même espèce que l’ange qui le

conduisait. (Il faudra, dans ce que j’écrirai pour montrer le caractère

concret, expérimental, de tous les dogmes catholiques, bien insister sur

cette admirable notion de l’ange, sur tout ce qu’elle explique).

Vous croyez à la science, parce qu’elle rassemble beaucoup de faits. A

plus forte raison, vous faut-il croire à la religion, puisqu’elle les

rassemble tous. Rôle de Pascal. C’est tout un livre d’apologétique que

je veux faire. Faire des chapitres avec tout ce que je projetais

d’écrire à part:

La Confession.

Pascal.

L’expérience mystique (Providence, etc.).

Laisser cela mélangé avec tout ce que je voulais y mettre de littéraire,

et de psychologique, de façon à ce que ce soit aussi en communication

que possible avec la vie, à ce que les notions religieuses se dégagent

peu à peu, et sans les déborder, des notions les plus familières à ceux

à qui j’ai l’habitude de parler.

Faire aussi un chapitre de l’Amour et de la Charité, où je marquerai le

passage de l’un à l’autre.

Peut-être aussi faire un Descartes, où je ferais passer mes dernières

idées sur le rationalisme français, sur la place qu’il faut à tout prix

lui faire, sur l’impossibilité où nous sommes de passer ailleurs que par

lui. Montrer comment la foi y satisfait à sa façon. Montrer qu’elle

répond à une exigence de notre raison. C’est au fond ce que voulait

Pascal. Distinction des deux esprits, mais à l’intérieur même de la

raison. Faire ainsi le trust des points de vue.

Parler de Descartes dans ce sens, ce serait reprendre l’œuvre de Péguy,

là même où il la laisse.

Cher Péguy!

A la trace de Dieu · 第 89 / 151 题