12 février 1915. (5e carnet, page 28).

Ces coups d’adresse de Dieu, ces tours qu’il nous joue, cette façon

qu’il a de se servir si légèrement, si magistralement de nos actes pour

composer notre destinée, c’est cela même l’objet de cette espèce de

science que je rêve d’édifier, c’est le point de départ de

l’apologétique, telle que je la rêve.

Je suis sûr que si chacun regardait les événements de sa vie comme moi,

du point de vue de ce qui lui était nécessaire, il y verrait une

conduite, une préméditation de chaque instant, qui lui révèlerait la

main de Dieu, avec une clarté éclatante. Mais on ne voit rien parce

qu’on regarde toujours du point de vue du bonheur.

Saisissant de voir combien la vie de chacun est étroitement concertée,

comme elle est jouée, et dans un mouvement de plus en plus rapide, de

plus en plus serré, à mesure qu’elle s’approche de la fin. Dans

l’enfance il y a du lâche, du gratuit, de l’aventure. Mais à mesure que

l’on vieillit, tous les coups portent; plus rien n’arrive qui ne

précipite l’âme dans sa destinée, qui ne l’emballe, qui ne l’expédie

dans son sens.

A la trace de Dieu · 第 88 / 151 题