Dieu fait toujours donner après coup par les événements naturels des
explications _à la rigueur_ des démarches qu’il entreprend pour nous.
Ainsi l’autre jour, après avoir si directement et d’une manière si
éclatante répondu à ma demande de secours par le hasard d’une nuit de
meilleur sommeil, il m’a glissé l’idée qu’après tout ce n’était
peut-être qu’un mieux physique qui faisait mon nouveau courage. Toujours
la même façon de se cacher aussitôt après s’être montré, de se retirer
jalousement comme un trésor trop précieux qu’on ne laisse voir qu’un
instant, et tant pis pour ceux qui regardaient ailleurs à ce moment-là.
Après qu’on a vu, il vous ramène à croire simplement qu’on a vu, puis à
se demander si l’on a vu.
C’est pourquoi, pour le connaître, la confiance dans l’esprit est si
nécessaire, l’espèce de générosité et d’assurance intellectuelle qui
vous donnent foi à son premier témoignage. Il faut savoir s’en tenir à
sa première impression, en croire sa mémoire, même lorsqu’elle ne semble
pas confirmée. Tout doute de Dieu est ainsi une espèce de lésinerie
envers soi-même. On revient sur soi, on efface la fraîcheur de son
impression par un faux souci de vérité, qui n’est que la manie de la
vérification. D’ailleurs, rien de plus difficile que de s’en tenir à ces
premiers moments de la pensée, à cette fleur instable de l’expérience.
Car tout semble ne devoir s’arranger et prendre de la cohérence qu’au
delà. Fausse force de la logique dont le mirage sérieux nous séduit.
Pour en rester aux témoignages immédiats de l’esprit, il faut une
certaine allégresse, une espèce de jeunesse et d’entrain de la pensée,
et aussi l’habitude joyeuse de prendre sur soi, d’endosser des
responsabilités, le pendant de ce qu’est dans la pratique le goût de la
vie.