26 novembre 1914. (2e carnet, page 58).

Dieu fait toujours donner après coup par les événements naturels des

explications _à la rigueur_ des démarches qu’il entreprend pour nous.

Ainsi l’autre jour, après avoir si directement et d’une manière si

éclatante répondu à ma demande de secours par le hasard d’une nuit de

meilleur sommeil, il m’a glissé l’idée qu’après tout ce n’était

peut-être qu’un mieux physique qui faisait mon nouveau courage. Toujours

la même façon de se cacher aussitôt après s’être montré, de se retirer

jalousement comme un trésor trop précieux qu’on ne laisse voir qu’un

instant, et tant pis pour ceux qui regardaient ailleurs à ce moment-là.

Après qu’on a vu, il vous ramène à croire simplement qu’on a vu, puis à

se demander si l’on a vu.

C’est pourquoi, pour le connaître, la confiance dans l’esprit est si

nécessaire, l’espèce de générosité et d’assurance intellectuelle qui

vous donnent foi à son premier témoignage. Il faut savoir s’en tenir à

sa première impression, en croire sa mémoire, même lorsqu’elle ne semble

pas confirmée. Tout doute de Dieu est ainsi une espèce de lésinerie

envers soi-même. On revient sur soi, on efface la fraîcheur de son

impression par un faux souci de vérité, qui n’est que la manie de la

vérification. D’ailleurs, rien de plus difficile que de s’en tenir à ces

premiers moments de la pensée, à cette fleur instable de l’expérience.

Car tout semble ne devoir s’arranger et prendre de la cohérence qu’au

delà. Fausse force de la logique dont le mirage sérieux nous séduit.

Pour en rester aux témoignages immédiats de l’esprit, il faut une

certaine allégresse, une espèce de jeunesse et d’entrain de la pensée,

et aussi l’habitude joyeuse de prendre sur soi, d’endosser des

responsabilités, le pendant de ce qu’est dans la pratique le goût de la

vie.

A la trace de Dieu · 第 63 / 151 题