VIII

Une autre journée se leva, et s’avança en inondant la terre de rayons de

soleil. Tante Anna apporta à la mère défaillante des nouvelles pleines

de consolation et un joyeux billet qui disait encore: «Nous n’avons plus

que très peu de temps à attendre, maman chérie, puis nous serons

ensemble.»

La note grave et profonde de la cloche s’entendit au loin, comme une

plainte apportée par le vent.

--Tante Anna, on sonne. Quelque pauvre âme est au repos. J’y serai

bientôt aussi. Vous ne la laisserez pas m’oublier?

--Oh, Dieu sait qu’elle ne vous oubliera jamais!

--N’entendez-vous pas ce bruit étrange, tante Anna? on dirait le son de

beaucoup de pas qui rentrent.

--Nous espérions que vous ne l’entendriez pas, chérie. C’est un petit

rassemblement d’amis venus pour... pour Hélène, pauvre petite

prisonnière. Il y aura de la musique et elle l’aime tellement. Nous

pensions que cela ne vous inquiéterait pas.

--M’inquiéter? oh non, non... oh, donnez-lui tout ce que son cher petit

cœur peut désirer. Vous êtes toujours si bonnes pour elle, et si bonnes

pour moi. Dieu vous bénisse, toutes les deux, toujours.

Après une pause, elle ajouta:

--Comme c’est beau! J’entends son orgue. Est-ce elle qui joue,

croyez-vous?...

En vagues limpides et sonores la musique inspiratrice flotta dans l’air

tranquille jusqu’à ses oreilles.

--Oui, c’est son jeu, ma petite chérie. Je le reconnais. On chante.

Oh... c’est un cantique! et le plus beau, le plus sacré de tous, le plus

touchant, le plus consolant...

Il me semble que cette musique va m’ouvrir les portes du paradis... Si

je pouvais mourir maintenant...

Vagues et lointains, ces mots s’élevèrent dans le silence profond:

_Nearer, my God, to Thee,_

_Nearer to Thee;_

_E’en though it be a cross_

_That raiseth me!_

Plus près de toi, mon Dieu,

Plus près de toi;

Qu’importe que ce soit une croix

Qui m’élève plus près de toi!

Avec la fin du cantique, une autre âme s’en fut vers le lieu du repos

éternel, et celles qui avaient été tellement unies dans la vie ne furent

pas séparées par la mort. Les vieilles sœurs pleuraient amèrement, mais

elles se disaient avec joie:

--Quelle bénédiction, qu’elle ne l’ait jamais su!

Le Legs de 30.000 dollars et autres contes · 第 37 / 80 题