VII

Un voile de crêpe noir, et un voile de crêpe blanc, furent pendus à la

porte de la maison et le vent les fit balancer et frissonner ensemble. A

midi, les préparatifs d’enterrement étaient finis et dans le cercueil

reposait le jeune corps, dont le visage exprimait une grande paix. Deux

affligées étaient assises tout près, pleurant et priant. Anna, et la

vieille négresse Tilly. Esther vint, et elle tremblait, car un grand

trouble était dans son âme. Elle dit:

--Elle demande un billet.

Le visage d’Anna devint blême. Elle n’avait pas pensé à cela. Elle avait

cru que ces pathétiques services étaient terminés. Pendant un instant,

les deux femmes se regardèrent fixement, les yeux vides; puis Anna dit:

--Il n’y a rien à faire... Il faut qu’elle l’ait. Autrement, elle

soupçonnerait quelque chose...

--Elle découvrirait tout.

--Oui. Et son cœur se briserait.

Elle regarda le pâle visage de la morte, et ses yeux se remplirent de

larmes.

--Je l’écrirai, dit-elle.

Esther le porta. La dernière ligne disait: «Minette chérie, ma douce et

gentille maman, bientôt nous nous reverrons. N’est-ce pas là une bonne

nouvelle? Et c’est bien vrai. Tout le monde dit que c’est vrai.»

La mère gémit et dit:

--Pauvre enfant, comment pourra-t-elle supporter de savoir? Je ne la

verrai plus jamais en ce monde. C’est dur, bien, bien dur. Elle ne

soupçonne rien? Vous la préservez de cela?

--Elle croit que vous serez bientôt guérie.

--Comme vous êtes bonne et attentive, chère tante Esther! Personne ne

l’approche qui pourrait lui porter la contagion?

--Ce serait un crime.

--Mais vous, vous la voyez?

--A distance... oui.

--C’est très bien. En d’autres personnes on ne pourrait avoir confiance.

Mais vous deux, anges gardiennes!... L’or n’est pas si pur que vous.

D’autres seraient infidèles; et beaucoup me tromperaient et mentiraient.

Esther baissa les yeux et ses pauvres vieilles lèvres tremblèrent.

--Laissez-moi vous embrasser pour elle, tante Esther. Et quand je serai

partie, et que tout danger sera passé, mettez ce baiser, un jour, sur

ses chères lèvres, et dites-lui que c’est sa mère qui l’envoie, et que

le cœur brisé de sa mère y est tout entier.

L’instant d’après, Esther, versant des larmes sur le visage pâle et

froid, accomplit sa tragique mission.

Le Legs de 30.000 dollars et autres contes · 第 36 / 80 题