Mais, quoique sa mère fut ainsi devenue, de son vivant, presque

étrangère à son cœur, la mort lui rendit la place qu'elle devait

naturellement y occuper. Soit par un retour de sa première tendresse;

soit par la puissance du tombeau, qui fait oublier tant de choses! soit

par la perspective du vide qu'elle allait laisser dans sa vie, il est

certain qu'il sentit amèrement sa mort, si ce n'est profondément. La

nuit qui suivit son arrivée à Newstead, la garde de Mrs. Byron, passant

devant la porte de la chambre où reposait le cadavre de cette dame,

entendit un bruit comme de quelqu'un qui soupirait péniblement, et, en

entrant, fut fort étonnée de trouver Lord Byron près du lit, assis dans

une obscurité profonde. Comme elle lui représentait la faiblesse qu'il y

avait à s'abandonner ainsi à la douleur, il fondit en larmes, et

s'écria: «Ho! Mrs. By, je n'avais qu'une amie dans le monde, et elle est

morte!»

Tandis qu'il renfermait ainsi dans le silence et dans l'obscurité ses

pensées réelles, il y avait dans d'autres parties de sa conduite plus

exposées aux regards un degré de singularité et d'indécorum qui, aux

yeux d'observateurs superficiels, devait faire révoquer en doute la

sensibilité de son naturel. Le matin des funérailles, après avoir refusé

d'accompagner lui-même le corps, il se tint debout à la porte de

l'Abbaye jusqu'à ce que tout le cortége fut passé; alors, se tournant

vers le jeune Rushton, il lui ordonna d'aller chercher des gants à

boxer, et se mit à s'exercer avec cet enfant, comme à son ordinaire. Il

fut silencieux et distrait pendant tout le tems; et comme par un effort

pour se soustraire aux pensées qui l'agitaient, Rushton crut

s'apercevoir qu'il mettait une violence inaccoutumée dans les coups

qu'il lui portait. Mais à la fin, l'effort devenant trop grand pour lui,

il jeta précipitamment les gants, et se retira dans sa chambre.

Nous avons assez parlé de Mrs. Byron dans cet ouvrage pour mettre

pleinement le lecteur en état de se former une opinion tant sur le

caractère de cette dame que sur le degré d'influence qu'il dut avoir sur

celui de son fils. L'homme le plus extraordinaire de notre tems[155],

qui se croyait principalement redevable à l'éducation qu'il reçut de sa

mère, de l'élévation sans exemple à laquelle il arriva dans la suite, a

dit plusieurs fois que «la bonne ou mauvaise conduite d'un enfant dépend

entièrement de sa mère.» Quant à l'influence que peuvent avoir eue les

caprices et la violence de sa mère sur les défauts qui se mêlèrent aux

belles qualités de Lord Byron, sur ses impulsions incertaines et

opiniâtres, sur son aversion pour toute espèce de frein, sur l'amertume

qu'il mit quelquefois dans sa haine, et sur la précipitation de ses

ressentimens, c'est une question pour la solution de laquelle les

matériaux ne manquent pas dans ces pages, et que chacun décidera suivant

qu'il accordera plus ou moins de force et de pouvoir à ces causes dans

la formation d'un caractère.

[Note 155: Napoléon.]

Malgré le traitement peu judicieux et presque grossier qu'elle lui fit

subir, il n'est pas douteux qu'elle n'aimât son fils, mais par boutades,

et comme il convenait seulement à un naturel tel que le sien; il est

moins douteux encore qu'elle n'en fût fière, et ne plaçât en lui de

grandes espérances pour l'avenir. On peut juger de son anxiété pour le

succès de ses premiers essais littéraires, par les peines que prit Byron

pour la tranquilliser lors de l'apparition de l'article de la _Revue

d'Édimbourg_, où il était si mal traité. À mesure que sa renommée

s'augmenta et devint plus brillante, elle se confirma de plus en plus

dans les idées que, par une sorte de superstition, elle avait formées

dès son enfance, de sa grandeur et de sa gloire à venir. Elle épiait

avec inquiétude toutes les publications où son nom était même simplement

mentionné; elle avait réuni en un volume qu'a vu l'un de mes amis tout

ce qui avait paru sur sa satire et ses premiers poèmes. Le volume était

couvert à la marge d'observations qui lui étaient propres, pleines de

plus de sens et d'habileté que nous ne lui en aurions supposé, d'après

ce que nous connaissions en général de son caractère et de sa manière

d'être.

Parmi les autres traits de sa conduite, où l'on pourrait remarquer le

désir d'environner sa mère de respect, on peut remarquer qu'étant enfant

il insistait pour être appelé «Georges Byron Gordon,» donnant ainsi la

préférence au nom maternel, et qu'il continua toujours à lui écrire: «À

l'honorable Mrs. Byron,» quoiqu'il sût bien qu'elle n'avait aucune

espèce de droit à ce titre honorifique. Il ne paraît pas non plus que

dans sa conduite générale envers elle il ait jamais manqué d'affection

et de déférence, on y remarquait seulement quelquefois plus de

familiarité que n'en comportent nos idées de respect filial. Ainsi quand

ils étaient bien ensemble, il ne l'appelait jamais autrement que «Kitty

Gordon;» et je me rappelle avoir vu un témoin de la scène me décrire

l'air dramatique et malin dont un jour, à Southwell, quand ils étaient

dans le fort de leur rage théâtrale, il ouvrit brusquement les portes du

salon pour la faire entrer, en disant: «Entrez, honorable Kitty Gordon.»

L'orgueil de la naissance était un sentiment commun à la mère et au

fils, souvent même c'était un sujet de rivalité entre eux; il leur était

difficile d'accorder leurs prétentions anglaises et écossaises au plus

haut lignage respectif. Dans une lettre écrite d'Italie; il dit à propos

de quelque anecdote qu'il tenait de sa mère: «Ma mère, qui était fière

comme un diable de descendre des Stuart, en ligne droite des _vieux

Gordon_, et non des _Sexton Gordon_, comme elle appelait dédaigneusement

la branche ducale, ne manquait pas de me faire remarquer, chaque fois

qu'elle me racontait cette histoire, combien _ses_ Gordon l'emportaient

sur les Byron anglais, malgré notre origine normande, et notre nom

toujours porté par un héritier mâle, tandis que celui des Gordon était

tombé à une femme, dans la personne de ma mère.»

Si, pour peindre fortement les émotions pénibles, il faut les avoir

éprouvées, ou, en d'autres termes, si, pour que le poète soit grand,

l'homme doit avoir souffert, Lord Byron, il faut l'avouer, paya son beau

talent de bonne heure et bien cher. Quelque peu nombreuses que fussent

les affections de Byron, soit en dedans, soit en dehors du cercle de sa

parenté, il les vit dans un court espace de tems presque toutes brisées

par la mort[156]. Outre la perte de sa mère, il eut à déplorer, dans

l'espace de quelques semaines, la mort prématurée de deux ou trois de

ses meilleurs amis. «Dans le court espace d'un mois,» dit-il dans une

note de _Childe Harold_, «j'ai perdu celle qui m'avait donné

l'existence, et la plupart de ceux qui me rendaient cette existence

tolérable.» Parmi eux nous devons compter le jeune Wingfield, que nous

avons vu en tête de la liste de ses favoris, à Harrow, et qui mourut de

la fièvre à Coimbre; et Matthews, l'objet de son admiration et de son

idolâtrie à l'université, qui se noya en se baignant dans la Cam.

[Note 156: Dans une lettre écrite deux ou trois mois après la

mort de sa mère, il ne compte pas moins de six personnes de

ses parens ou de ses amis que la mort lui avait enlevées

depuis le mois de mai jusqu'à la fin d'août.

(_Note de Moore_.)]

La lettre suivante, écrite immédiatement après ce dernier événement, est

tellement pleine d'une douloureuse sensibilité, que la lecture en est

presque pénible.

LETTRE LVI.

À M. SCROPE DAVIES.

Newstead-Abbey, 7 août 1811.

MON CHER DAVIES,

«Il y a quelque malédiction sur moi et les miens. Le cadavre de ma mère

est encore dans la maison, et voilà qu'un de mes meilleurs amis se noie

dans un fossé! Je ne sais que dire, que penser ou que faire. J'avais

reçu une lettre de lui avant-hier. Mon cher Scrope, si vous avez un

moment de libre, je vous en conjure, venez me voir, j'ai besoin d'un

ami. La dernière lettre de Matthews était datée de vendredi, et samedi

il n'était plus! Qui pouvait-on comparer à Matthews pour les talens?

Comme nous étions tous petits auprès de lui! Vous ne me rendez que

justice en disant que j'aurais volontiers risqué ma chétive existence

pour sauver la sienne. J'avais intention de lui écrire ce soir même,

pour l'inviter, comme je vous invite, mon bien, bon ami, à me venir

voir. Que Dieu pardonne à... son apathie! Quelle sera la douleur de

notre pauvre Hobhouse! Ses lettres ne parlent que de Matthews. Venez,

Scrope, je suis presque dans le désespoir; me voilà presque seul dans le

monde! Je n'avais que vous, Hobhouse et Matthews; laissez-moi jouir de

la société des survivans aussi long-tems que je le puis. Pauvre

Matthews! Dans sa lettre de vendredi, il me parlait de son intention de

se présenter pour l'élection de Cambridge et d'un voyage qu'il devait

faire bientôt à Londres. Écrivez-moi ou venez, mais venez plutôt si vous

le pouvez; l'un ou l'autre, ou tous les deux.

»Pour toujours, votre, etc.»

J'ai déjà eu occasion de parler de ce jeune homme remarquable[157]; mais

le rang qu'il occupa dans les affections de Byron, justifiera sans doute

un hommage à sa mémoire un peu plus détaillé.

[Note 157: Charles Skinner Matthews était le troisième fils

de feu John Matthews, esq. de Belmont, dans le Herefordshire,

représentant de ce comté au parlement de 1802 à 1806. Il

avait pour frères l'auteur du _Journal d'un Invalide_ (_Diary

of an Invalid_), qui mourut aussi fort jeune, et le

prébendier actuel d'Hereford, le révérend Arthur Matthews,

qui, par ses talens naturels et ses connaissances acquises,

soutient dignement la réputation de son nom.

Le père de cette famille accomplie était lui-même un homme de

fort grands talens, et auteur de plusieurs poèmes anonymes;

l'un d'eux, la _Parodie de l'Héloïse de Pope_, a été

faussement attribué à feu M. le professeur Porson; qui le

récitait souvent, et qui en a même donné une édition.]

Rarement, peut-être on a vu réunis à la fois autant de jeunes gens de

mérite et d'espérance qu'il s'en trouva à Cambridge dans la société dont

Byron faisait partie. Le nom de quelques-uns d'entre eux, MM. Hobhouse

et William Bankes, par exemple, est devenu célèbre dans le monde

littéraire et savant. Il en est un autre, M. Scrope Davies, dont les

talens n'ont encore, au grand regret de ses amis, brillé que dans sa

conversation, d'ailleurs fort remarquable. Parmi tous ces jeunes gens

pleins de talens et de connaissances, en y comprenant Byron lui-même,

dont le génie était à cette époque _un monde non encore découvert_, la

supériorité dans presque tous les genres paraît, du consentement de

tous, avoir incontestablement appartenu à Matthews. Cet hommage unanime,

si nous considérons le mérite des personnes qui le lui rendaient, doit

donner une très-haute idée des dispositions et même des talens qu'il

montrait à cette époque. On ne peut songer sans intérêt et sans douleur

à ce qu'il serait probablement devenu un jour si la mort ne l'eût pas

frappé sitôt. La supériorité intellectuelle, non accompagnée des

qualités aimables du cœur, n'eût pas suffi pour obtenir cet éloge

unanime; mais le jeune Matthews, en dépit de quelques légères aspérités

de caractère, de quelques originalités qu'il commençait à faire

disparaître, paraît avoir été l'un de ces individus rares, qui

commandent notre affection en même tems que nos respects, et qui nous

soulagent de l'admiration que nous ne saurions leur refuser, par l'amour

qu'ils savent nous inspirer.

J'ai déjà parlé de ses opinions religieuses, et, de leur malheureuse

conformité avec celles de Lord Byron; ardent, comme son noble ami, à la

recherche de la vérité, comme lui il s'égara dans sa poursuite, et tous

deux prirent pour elle cette fausse lumière qui lui ressemble. Qu'il

soit jamais allé plus loin que Lord Byron dans son scepticisme, que son

esprit ingénieux ait jamais admis _la croyance incroyable de

l'athéisme_, c'est, malgré le témoignage écrit de notre poète, c'est ce

que je vois nier par tous ceux de ses amis qui avouent ses autres

erreurs en les déplorant. Je ne me serais même pas permis d'examiner

quelles ont été les opinions d'un homme qui, ne les ayant jamais

affichées, ne les a pas rendues du domaine public, si l'idée fausse

qu'on avait adoptée à ce sujet, d'après l'autorité de Lord Byron, ne

m'eût pas fait considérer comme un acte de justice, envers tous deux, de

repousser cette imputation.

On se rappellera que, dans ses lettres écrites à sa mère, avant son

départ pour ses voyages, Lord Byron parle quelquefois d'un testament

qu'il avait intention de laisser entre les mains de ses exécuteurs. Quel

qu'ait été le contenu de cette pièce, il paraît que, quinze jours après

la mort de sa mère, il crut devoir faire de nouvelles dispositions, et

adressa la lettre suivante, avec ses instructions à cet effet, à feu M.

Bolton, procureur à Nottingham. J'ai refusé long-tems de croire qu'il

eût jamais donné sérieusement et en forme les ordres que l'on va voir,

pour son propre enterrement; mais les documens ci-joints mettent hors de

doute cette preuve remarquable de la singularité de son caractère.

À M. BOLTON.

Newstead-Abbey, 12 août 1811.

MONSIEUR,

«Je vous envoie ci-joint une copie des clauses principales du testament

que j'ai dessein de faire, que je vous prie de vouloir bien faire

grossoyer le plus tôt possible, de la manière la plus claire et la plus

formelle. Les changemens que vous y remarquerez sont principalement par

suite de la mort de Mrs. Byron. Je vous serais obligé de le tenir prêt

dans peu de tems, et j'ai l'honneur d'être, monsieur,

»Votre très-humble et très-obéissant serviteur,»

BYRON.

NOTES POUR UN TESTAMENT À GROSSOYER IMMÉDIATEMENT.

Newstead-Abbey, 12 août 1811.

«Le domaine de Newstead à substituer, après certaines déductions, à

George Anson Byron, héritier légitime du titre, ou à la personne

quelconque qui s'en trouvera héritière légitime au décès de Lord Byron.

La propriété de Rochdale à vendre en tout ou en partie, suivant le

chiffre des dettes et legs du présent Lord Byron.

»À Nicolo Giraud, d'Athènes, sujet français, mais né en Grèce, la somme

de 7,000 livres sterl. pour être payée, à l'époque de sa majorité, audit

Nicolo Giraud, habitant Athènes et Malte en 1810, et ce sur la vente de

telles parties de Rochdale, Newstead et autres propriétés, suivant que

besoin sera.

»À William Fletcher, Joseph Murray et Démétrius Zograffo[158], natif de

Grèce, domestiques, la somme de 50 livres sterl. pendant leur vie. De

plus, audit William Fletcher, le moulin de Newstead, à condition qu'il

en paiera la rente, mais sans être soumis au caprice du propriétaire. À

Robert Rushton, la somme de 50 livres sterling de rente viagère; plus,

une autre somme de 1,000 liv. sterl. le jour qu'il atteindra l'âge de

vingt-cinq ans.

[Note 158: Si les gazettes ne mentent pas, ce qu'elles font

généralement, Démétrius Zograffo, d'Athènes, est à la tête de

l'insurrection de ce pays. Il a été mon domestique pendant

les années 1809, 1810, 1811 et 1812, avec quelques

interruptions, car je le laissai en Grèce quand je passai à

Constantinople; il m'accompagna en Angleterre, en 1811, et

retourna dans son pays au printems de l'année suivante. C'est

un homme habile, quoiqu'il n'eût pas l'air entreprenant; mais

ce sont les circonstances qui nous font ce que nous sommes.

Ses deux fils, alors au berceau, s'appelaient Miltiade et

Alcibiade; puisse le présage être favorable!

(_Journal autographe de Byron_.)]

»À John Hanson, esq., la somme de 2,000 liv. sterling.

»Ce qui pourra être dû à S.B. Davies, esq., devra lui être payé dès

qu'il en aura fourni la note.

»Le corps de Lord Byron sera enseveli dans le caveau du château de

Newstead, sans aucune cérémonie ou service funèbre, et sans aucune

inscription, si ce n'est celle de son nom et de son âge. Les restes de

son chien ne seront pas pour cela enlevés du dit caveau.

»Ma bibliothèque et mes meubles de toute espèce sont légués à mes amis

et exécuteurs John Carn Hobbouse et S.B. Davies. En cas de décès des

susdits, je nomme pour mes exécuteurs le révérend J. Becher, de

Southwell, Nottinghamshire, et R. C. Dallas, Esq. de Montake Surrey.

»Le produit de la vente de Wymondham dans le Norfolkshire, et des

propriétés de la feue Mrs. Byron en Écosse, sera employé au paiement de

mes dettes et de mes legs.»

En envoyant une copie du testament rédigé d'après les instructions de

Lord Byron, le procureur avait accompagné quelques-unes des clauses de

questions marginales, appelant l'attention de son noble client sur

certaines choses qui lui semblaient impropres ou douteuses. Comme les

courtes, mais énergiques réponses de Byron, sont parfaitement empreintes

de l'originalité de son caractère, nous allons donner ici quelques-unes

de ces clauses avec les questions et les réponses qui s'y rapportent.

«Ceci est la dernière volonté et le testament de moi, le très-honorable

Georges-Gordon Lord Byron, Baron Byron de Rochdale, dans le comté de

Lancaster. Je veux que mon corps soit enterré dans le caveau du jardin

de Newstead, sans aucune cérémonie, ni aucun service funèbre quelconque.

Qu'on ne place aucune inscription sur mon tombeau, sauf une tablette

portant mon nom et mon âge. Je veux de plus qu'on ne retire pas du dit

caveau les restes de mon chien fidèle. Je me confie à l'affection de mes

exécuteurs pour l'accomplissement de cette volonté, à laquelle je tiens

d'une manière toute particulière.»

»--On demande à Lord Byron s'il ne vaudrait pas mieux supprimer

entièrement cette clause relative aux funérailles. La substance pourrait

en être renfermée dans une lettre de Sa Seigneurie à ses exécuteurs, et

jointe au testament, lequel porterait alors que les funérailles auraient

lieu en la manière que Sa Seigneurie l'aurait ordonné par une lettre _ad

hoc_, ou, à défaut d'une telle lettre, à la discrétion de ses

exécuteurs.»

»--Il faut que cela reste.»

BYRON.

»Je veux, et j'ordonne formellement que toutes les sommes que ledit S.

B. Davies pourrait avoir à répéter sur moi, soient payées intégralement,

aussitôt que possible, après mon décès, dès qu'il aura prouvé la nature

et le montant de la dette (par témoins ou autrement, à la satisfaction

de mes exécuteurs ci-dessus nommés)[159].»

[Note 159: Les mots placés ici entre deux traits avaient été

biffés à la plume par Lord Byron.]

»--Si M. Davies a quelques comptes non réglés avec Lord Byron, cette

circonstance est une raison de ne le point nommer exécuteur; chaque

exécuteur étant en état de se payer par ses propres mains sans consulter

ses co-exécuteurs.»

»--Tant mieux... Si la chose est possible, qu'il soit l'un des

exécuteurs.»

BYRON.

Les deux lettres suivantes contiennent de nouvelles instructions sur le

même sujet.

LETTRE LVIII. [Même numéro que lettre suivante]

À M. BOLTON.

Newstead-Abbey, 16 août 1811.

MONSIEUR,

«J'ai répondu en marge à vos questions[160]. Mon intention est que l'on

accorde à M. Davies tout ce qu'il croira devoir répéter, et de plus

qu'il soit l'un de mes exécuteurs. Je désire que le testament soit, s'il

est possible, écrit de manière à prévenir toute espèce de discussion

après ma mort, et c'est ce sur quoi je m'en repose sur vous comme homme

de loi et homme d'honneur.

[Note 160: En énumérant dans cette clause le nom et la

demeure des exécuteurs, le procureur avait laissé des blancs

pour les noms de baptême des exécuteurs; Lord Byron les ayant

tous remplis, excepté celui ou ceux de M. Dallas, écrivit en

marge: «J'ai oublié le nom de baptême de Dallas... il n'y a

qu'à le retrancher.»]

»Quant à la manière simple dont je veux qu'on dispose de ma _carcasse_,

je veux que l'on s'y conforme absolument; cela aura, du moins,

l'avantage de sauver bien du trouble et de la dépense. En outre, ce qui

est de peu de conséquence pour moi, mais qui pourra calmer la conscience

des survivans, le jardin est _terre consacrée_. Cet article est copié

mot à mot de mon premier testament, et les changemens opérés dans

d'autres sont la suite de la mort de Mrs. Byron.

»J'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur,»

BYRON.

LETTRE LVIII.[Même numéro que la lettre précédente.]

À M. BOLTON.

Newstead-Abbey, 20 août 1811.

MONSIEUR,

«Les témoins seront pris parmi mes fermiers, et je serai charmé de vous

recevoir le premier jour qui vous sera convenable. J'ai oublié de

mentionner qu'il faut spécifier par codicille, ou autrement, que mon

corps ne devra, sous aucun prétexte, être enlevé de la place où je yeux

qu'il soit déposé. Que si quelqu'un de mes successeurs au titre, soit

par bigoterie, soit autrement, voulait déranger ma carcasse, un tel

procédé devra être suivi de la perte du domaine, qui, dans ce cas,

serait dévolu à ma sœur l'honorable Augusta Leigh ou à ses ayant-cause,

aux mêmes conditions.

«»J'ai l'honneur d'être, Monsieur, etc.»

BYRON.

En conséquence de cette dernière lettre, une condition provisionnelle

fut insérée dans le testament. Il y fut aussi, le 28 du même mois,

ajouté un codicille par lequel il révoque la donation précédemment faite

de «ses meubles meublans, bibliothèque, tableaux, sabres, montres,

argenterie, linge, bijoux, etc., et autres effets mobiliers, excepté

l'argent et les valeurs en portefeuille, qui se trouveraient dans la

maison et propriété de Newstead au jour de son décès, et lègue le tout

(excepté le vin et les autres spiritueux) à ses amis lesdits J. C.

Hobhouse, J. B. Davies et Francis Hodgson, ses exécuteurs, etc. Il lègue

le vin et les liqueurs spiritueuses qui se trouveront dans les caves et

autres parties de Newstead, à son ami ledit J. Becher, pour son usage

particulier. Priant collectivement et individuellement les susnommés de

vouloir bien accepter leur dit legs respectif, comme un gage de son

amitié.»

On ne saurait se défendre d'un intérêt douloureux à la lecture des

lettres suivantes, écrites lorsque ses dernières pertes étaient encore

toutes récentes.

LETTRE LIX.

À M. DALLAS.

Newstead-Abbey, 12 août 1811.

«Que la paix soit avec les morts! Le regret ne saurait les réveiller.

Après avoir donné un soupir à ceux qui ont quitté cette vie,

reprenons-en les ennuyeuses occupations, dans la certitude où nous

sommes que nous aussi nous aurons un jour notre repos. Outre celle qui

m'avait donné l'existence, j'ai perdu la plus grande partie de ceux qui

me la rendaient supportable. Le meilleur ami de mon ami Hobhouse,

Matthews, homme d'un rare mérite, l'ornement de notre petit cercle, a

péri misérablement dans les eaux fangeuses de la Cam, toujours fatales

au génie. Mon pauvre camarade d'école, Wingfield, est mort à Coimbre. En

voilà trois dans l'espace d'un mois; j'avais reçu des nouvelles de tous

trois, mais je n'en ai pas vu un seul. Matthews m'avait écrit le jour

même de sa mort: quoique je regrette vivement sa perte, je suis bien

plus tourmenté pour Hobhouse, je crains bien qu'il n'en perde la raison;

depuis cet événement, les lettres qu'il m'a écrites sont pleines

d'incohérences. Mais allons..., nous passerons un jour ou un autre comme

tout le reste... Le monde est trop plein de ces sortes de choses, et

notre chagrin même est égoïste.

»J'ai reçu une lettre de vous, à laquelle mes dernières occupations

m'ont empêché de répondre, ainsi qu'il aurait convenu. J'espère que vos

parens et vos amis ne seront pas de sitôt séparés. Je serai charmé de

recevoir une lettre de vous: parlez-moi d'affaires, de sujets communs,

de quelque chose ou de rien, de tout ce que vous voudrez, excepté de la

mort; j'en ai plus que je n'en puis supporter. C'est une chose

étonnante: je regarde sans émotion les quatre crânes que j'ai toujours

sous les yeux dans mon cabinet d'étude, et je ne puis, même par la

pensée, dépouiller de leur enveloppe charnue les traits de ceux que j'ai

connus, sans éprouver une horrible sensation; mais les vers n'y font pas

tant de cérémonie! Sûrement les Romains avaient raison de brûler leurs

morts.

»Je serai charmé de recevoir de vos nouvelles, et suis votre, etc.»

BYRON.

LETTRE LX.

À M. HODGSON.

Newstead-Abbey, 22 août 1811.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 09 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 27 / 29 段