le _Convolvulus supinus_ et l’_Euphorbia Guyoniana_. La première est une
Asclépiadacée voluble, mais comme elle ne trouve pas dans le désert de
supports verticaux autour desquels elle puisse s’enrouler, elle y croît
toujours solitaire. Néanmoins ses tiges présentent encore la
circumnutation ancestrale, devenue inutile, et elles s’obstinent à se
contourner en hélice. Le _Convolvulus_ dérive également d’une plante
voluble. Dans le Sahara, ses rameaux rampent sur le sable avec ceux de
la Coloquinte, dont les vrilles héréditaires sont presque entièrement
atrophiées. Ces deux dernières plantes, — quoique ayant conservé
quelques-uns des caractères accessoires des lianes : ténuité de la tige,
longueur des entrenœuds, forme et disposition des feuilles, — se sont
débarrassées des structures spécialement destinées à assurer le
grimpement.
Que ces considérations phylogéniques ne nous fassent pas oublier l’objet
de nos observations actuelles ; revenons aux adaptations défensives des
végétaux. Nous sommes bien placés ici pour juger l’efficacité des divers
moyens de protection : nous allons comparer aux chameaux de notre
caravane, ceux d’une tribu nomade qui sont mis au vert dans l’oued Mzab
depuis un mois. Alors que les nôtres ne font aucun choix et se bourrent
indistinctement de tout ce qui est mangeable, ceux qui paissent ici
depuis longtemps et qui ont déjà pu se refaire, dans leur bosse, une
provision de graisse, ne mangent que du bout des lèvres ; ils ne
consentent à brouter que l’_Aristida floccosa_, le _Helianthemum
sessiliflorum_ et le _Lithospermum callosum_. Il est pourtant une herbe,
qu’ils aiment plus que toutes les autres, qui est très commune, et que
malgré cela ils ne réussissent jamais à atteindre. C’est le
_Zollikofferia resedifolia_, une Compositacée Liguloïdée à capitules
jaunes, qui ne se rencontre jamais que dans les touffes d’_Euphorbia
Guyoniana_. Pour cueillir le _Zollikofferia_, les herbivores devraient
enfoncer le museau parmi les branches de la plante vénéneuse, et risquer
peut-être d’en arracher quelques fragments ; ils ne parviennent pas à
surmonter l’effroi que leur cause le latex irritant de l’Euphorbe.
Dans El Erg, nos chameliers allaient eux-mêmes arracher la Compositacée
pour l’offrir comme friandise à leurs bêtes. L’Euphorbe remplit vis-à-
vis de la Compositacée le même office que les épouvantails qu’on plante
dans les champs de blé pour chasser les oiseaux. Le _Zollikofferia_
appartient à la catégorie que M. Errera (=1886=, p. 88) appelle les
« plantes vassales », c’est-à-dire celles qui se mettent sous la
protection d’autres organismes. Je ne veux pas dire qu’il recherche les
touffes d’Euphorbe, mais uniquement que parmi les innombrables graines
de _Zollikofferia_ qui germent au hasard dans le désert, les seules qui
aient quelque chance de produire une plante adulte sont celles qui ont
été arrêtées par leur aigrette dans les branches serrées de
l’_Euphorbia_.
Pendant que j’étudie sur le vif les effets de la sélection naturelle, la
caravane m’a depuis longtemps dépassé. Mais je n’aurai pas de peine à la
retrouver : quoique aucun chemin ne soit tracé sur le sable, rien n’est
plus aisé que de reconnaître la route que suivent d’habitude les
caravanes. Toutes les plantes quelques peu comestibles y ont été tondues
de près. Au milieu des _Aristida pungens_, des _Genista_, des _Ephedra_
entièrement dépouillés, réduits à l’état de moignons informes, les
_Retama_, les _Euphorbia_, les _Daemia_, les _Haplophyllum_, les _Zilla_
forment des touffes vigoureuses. En beaucoup de points les plantes
fourragères sont même broutées jusqu’à ce que mort s’ensuive, et les
espèces réfractaires subsistent seules.
Nous n’allons pas suivre tous les méandres de l’oued Mzab. Notre guide
nous fait couper au plus court. Avant d’arriver au caravansérail de
Zelfana où nous passerons la nuit, nous grimpons plusieurs fois sur le
hamâda, pour redescendre aussitôt après dans le lit de la rivière. Nous
remarquons, à notre étonnement, que la flore du plateau rocheux est ici
plus riche qu’ailleurs. Pourtant la structure du terrain est la même, et
l’eau est tout aussi rare. Outre les plantes déjà connues, nous
récoltons : _Aristida ciliata_, _Zollikofferia mucronata_, _Gymnocarpon
fruticosum_, _Henophyton deserti_, _Salsola vermiculata_, _Helianthemum
eremophilum_, _Farsetia aegyptiaca_, _F. linearis_, _Marrubium deserti_,
_Teucrium Polium_, _Thymelaea microphylla_, _Artemisia Herba-alba_. A
l’exception de l’_Aristida_ et du _Zollikofferia_, toutes les autres
sont ligneuses. Le _Gymnocarpon_ (Caryophyllacée), le _Henophyton_
(Cruciféracée) et le _Salsola_ ont des feuilles charnues. Le _Salsola_,
le _Helianthemum_ et toutes les espèces qui suivent ont une épaisse
garniture de poils tomenteux ; l’_Artemisia Herba-alba_, le Chih des
Arabes, en est chargé d’une façon toute particulière. Le _Thymelaea_ a
des feuilles très petites et l’assimilation s’effectue surtout par les
rameaux. Chez les _Farsetia_ (Cruciféracées) les feuilles manquent
totalement ; ces arbustes sont étranges, avec leurs rameaux grêles et
raides, désséchés en apparence, et revêtus d’une pubescence un peu
rosée ; on dirait un faisceau de minces fils métalliques recouverts de
soie, comme ceux qu’emploient les électriciens.
Il est évident que ces plantes sont bien adaptées à vivre sur le hamâda.
Et la question se pose derechef : pourquoi donc manquent-elles dans les
régions que nous avons parcourues les jours précédents ? Observons
comment les animaux se comportent envers elles : presque toutes sont
mangeables. Dès lors on comprend pourquoi elles se localisent au
voisinage de la rivière : la végétation abondante de l’oued Mzab
détourne d’elles les herbivores ; quand ces derniers arrivent sur le
plateau, ils se sont déjà rassasiés de l’herbe relativement succulente
des sables, et n’ont que du mépris pour la maigre chère que leur
fournirait la flore des pierrailles. Mais que serait-ce si les plantes
étaient exposées à la pleine voracité d’animaux à jeun ! Sur la portion
du hamâda qui est comprise entre les boucles de l’oued Mzab, la
végétation est donc immunisée contre les herbivores par les « gras
pâturages » de l’oued. Ce moyen préventif rappelle un procédé
qu’utilisent les jardiniers pour garantir les carrés de légumes contre
les limaces : ils y plantent quelques laitues, confiants que les
Mollusques renonceront à toutes les autres plantes pour se porter vers
la laitue.
Malgré la proximité de l’oued, les conditions ne sont plus les mêmes
autour du caravansérail de Zelfana, où de nombreuses bêtes de somme
viennent boire et se reposer. Ici, toutes les plantes comestibles ont
été éliminées pour ne laisser que celles qui sont réfractaires :
_Thymelaea microphylla_ et _Artemisia Herba-alba_. Jamais un animal,
quelque famélique qu’il soit, ne touche au _Thymelaea_. Quant au Chih,
les chameaux en broutent les brindilles desséchées, dans les cas
d’extrême détresse.
On voit que la lutte est vive entre les animaux et les végétaux : l’eau
manque dans le Sahara, et les animaux ne peuvent se la procurer qu’en
dévorant les plantes. La sélection naturelle intervenant, ces dernières
s’arment pour résister aux attaques de leurs ennemis. Toutefois le
résultat final du conflit dépend de causes multiples : les plantes,
organismes essentiellement passifs, ne peuvent opposer aux assaillants
que des moyens dont l’efficacité varie avec l’état de jeûne ou de
satiété des herbivores. Dans El Erg où la profusion du fourrage permet
aux chameaux de faire bombance, toutes les plantes sabulicoles vivent
côte à côte. Mais quand l’herbe est rare et que la lutte atteint par
conséquent sa plus grande acuité, les espèces mal défendues finissent
par être complètement exterminées. Il ne subsiste alors que les végétaux
qui réussissent à se faire refuser : ceux qui sont trop durs ou trop
épineux ; — ceux qui sont toxiques ; — enfin ceux qui se mettent sous la
tutelle d’espèces bien armées. Rappelons aussi qu’un pâturage de bonne
qualité immunise à distance les plantes médiocrement comestibles.
En résumé, ces observations nous indiquent que le conflit des plantes et
des herbivores joue un rôle important, et trop souvent négligé, dans la
géographie botanique des pays peu fertiles.
Pendant toute une journée nous remontons encore le cours de l’oued Mzab.
Pour éviter ses nombreux lacets, nous marchons alternativement sur le
hamâda avec ses malingres arbustes cendrés, et dans l’herbe presque
verte qui garnit le lit de la rivière. Vers le soir nous voyons enfin
apparaître, au fond de l’oued, les Palmiers d’El Ateuf, la première des
villes du Mzab.
Les Mzabites, ou Beni Mzab, descendent des Berbères, peuple qui habitait
d’Algérie au moment de l’arrivée des Arabes. Refoulés par les
envahisseurs musulmans, ils se réfugièrent dans le Sahara et fondèrent,
au dixième siècle, une ville au S.-W. de Ouargla. Actifs et
intelligents, leur ville fut bientôt prospère. Mais ils s’étaient
convertis à une secte dissidente, celle des Kharedjites, partisans des
assassins d’Ali, le gendre du Prophète ; les Arabes orthodoxes prirent
prétexte de leur hérésie pour les déposséder et les chasser une seconde
fois. La ville fut détruite, et au treizième siècle ils vinrent
s’établir dans la Chebka. Ici, à l’abri de la formidable ceinture de
stérilité que leur fait le désert pierreux, ils ont bâti sept villes
florissantes, dont cinq se trouvent sur les rives de l’oued Mzab.
Les vexations qu’ils ont si longtemps subies, et le mépris avec lequel
les Arabes les traitent encore à l’heure actuelle, les ont rendus
méfiants à l’égard des étrangers, quels qu’ils soient. Des cinq villes
de l’oued Mzab, il n’y en a qu’une, Ghardaïa, où les étrangers puissent
librement s’établir ; encore sont-ils cantonnés dans des quartiers
distincts de ceux qu’habitent les Beni-Mzab. Dans les autres villes,
aucun étranger — Arabe, Juif ou Européen — ne peut demeurer, ni
seulement passer la nuit.... et quand nous arrivons à El Ateuf, à la
nuit noire, nos guides nous font coucher à la belle étoile, dans le lit
de l’oued.
Le lendemain matin, nous examinons à loisir le curieux spectacle
qu’offrent la ville et l’oasis. De même que les autres villes mzabites,
El Ateuf est étagé en amphithéâtre sur la rive rocheuse. Les maisons
blanches, cubiques, sont dominées par deux minarets carrés, qui penchent
d’un façon menaçante. L’agglomération est entourée d’un mur de défense.
Quant à l’oasis, elle est à peu prés continue sur une longueur d’environ
vingt kilomètres. Elle commence à une lieue en aval d’El Ateuf et va
jusqu’en amont de Ghardaïa. Mais elle n’a pourtant pas une grande
superficie, et ne renferme en tout que cent-dix mille Palmiers. Les
jardins forment deux étroites bandes qui bordent le lit de l’oued contre
la base de l’escarpement. Leur produit ne suffit naturellement pas à
faire vivre les cinquante mille habitants de l’oued. Ceux-ci sont
d’ailleurs de piètres cultivateurs. L’état d’insécurité dans lequel ils
ont vécu pendant des siècles a plutôt développé leurs aptitudes
commerciales et financières ; ils s’expatrient en grand nombre pour
aller faire le négoce et l’usure dans les villes de l’Algérie et de la
Tunisie. Lorsqu’ils reviennent au pays avec un petit pécule, ils
achètent des Palmiers et des Nègres. Officiellement la traite des
esclaves est abolie, mais elle continue à être pratiquée en cachette, et
ce sont presque uniquement des Noirs qui travaillent dans l’oasis.
Les jardins du Mzab diffèrent beaucoup de ceux que nous avons vus
jusqu’ici. A Biskra, les cultures sont arrosées par l’eau courante que
fournit la rivière. (Voir p. 206). Dans l’oued Rirh, on a foré des puits
dans la nappe artésienne qui représente le cours souterrain de l’ancien
fleuve (voir p. 228) ; l’eau est abondante, elle coule sans effort et il
suffit de la distribuer aux Palmiers. Enfin, dans El Erg, et en
particulier dans le Souf (voir p. 245), les Dattiers sont plantés au
fond de larges entonnoirs où leurs racines s’étalent dans le sable
humide. Mais dans le lit, maintenant ensablé, que l’oued Mzab s’est
taillé à travers le hamâda, il n’y a pas une goutte d’eau vive ; la
nappe souterraine est trop peu puissante pour jaillir ; et trop profonde
pour qu’on puisse creuser le terrain jusqu’à elle afin de mettre les
racines des Dattiers en relation directe avec l’humidité.
Les Mzabites font dans le sable des puits profonds de cinquante à
quatre-vingts mètres. L’outre en cuir est attachée à une corde qui roule
sur une poulie fixée à deux forts piliers en maçonnerie. Devant chaque
puits, s’étend une piste rectiligne, dont la longueur est égale à la
profondeur du puits. Un chameau, des mulets, des bourriquets ou des
hommes sont attelés à la corde ; quand ils sont auprès de puits, le seau
de cuir est descendu au fond ; ils marchent jusqu’au bout de la piste :
l’outre est maintenant en haut, et un système ingénieux amène son
renversement automatique. Et l’on recommence. L’eau s’écoule dans un
bassin en plâtre, d’où des rigoles, également en plâtre, la conduisent
aux Palmiers. Deux mille de ces puits sont nécessaires pour arroser les
cultures. Tous les jours de l’année, du matin au soir, bêtes et gens
font la même besogne uniforme. Quelle vie ! « Nul ne choisit sa
destinée, » disent les Arabes ; « _mektoub_ », « c’est écrit ».
De l’eau qu’on amène au pied des Palmiers, une partie seulement est
absorbée par les racines ; le reste retourne à la nappe profonde d’où
elle sera de nouveau ramenée à la surface. Par où s’alimente la nappe
aquifère ? En hiver il y a généralement quelques pluies ; tous les
quatre ou cinq ans, en moyenne, une averse survient et la rivière coule.
Pendant quelques heures, l’oued Mzab contient de l’eau ! Phénomène
exceptionnel, mais en prévision duquel les habitants ont pourtant établi
des barrages entre les deux rives. De cette façon aucune goutte du
précieux liquide ne quittera leur territoire : toute l’eau sera obligée
de s’infiltrer dans le sable, où les outres iront la reprendre en temps
opportun.
Mais ici, comme à Ouargla, la provision souterraine de liquide s’épuise
peu à peu. Beaucoup de puits sont taris, et le plus souvent on a beau
les approfondir, on ne réussit pas à les revivifier. Entre El Ateuf et
Bou-Noura, notamment, des centaines de Palmiers ont déjà succombé.
Nous voici donc, marchant sur le sable de l’oued, d’El Ateuf à Ghardaïa.
La vallée est bordée partout de deux hautes murailles rocheuses que le
frottement séculaire des grains de sable a lissées comme si un glacier y
avait passé. On a de la peine à se figurer qu’on est en plein Sahara ;
celle gorge profondément encaissée rappellerait plutôt certains sites du
Tyrol, s’il n’y avait pas les éternels Dattiers, énormes plumeaux à long
manche, dont le vent secoue pitoyablement les palmes échevelées. Au
Tyrol, aussi, de l’eau murmurerait dans la rivière ; ici, on n’entend
que le grincement strident des poulies.
Nous séjournons à Ghardaïa pendant deux jours, consacrés à des
promenades dans l’oasis et sur le hamâda. Nous licencions les chameliers
qui nous ont accompagnés depuis Tougourt, et nous les remplaçons par des
Châmba qui iront avec nous à Laghouat.
Mon compagnon, M. Lameere, va principalement dans le désert avec un
entomologiste, M. Bayonne, le percepteur des postes de Ghardaïa. De mon
côté, je rode dans l’oasis et dans l’oued Mzab.
Ghardaïa est une ville de trente-cinq mille habitants, où aboutissent
les caravanes que les Mzabites envoient à Ouargla, en Tripolitaine, dans
le Gourara et vers les régions du Sahara central. Il y a donc toujours
d’innombrables chameaux autour de la ville, et, en toute saison, des
centaines de tentes sont dressées dans l’oued. Voyons comment la flore a
été modifiée par cette affluence de chameaux.
D’ici à Beni-Isguen, une autre ville très commerçante, située à une
lieue en aval de Ghardaïa, le lit de l’oued est occupé par des sédiments
argileux, légèrement salés, le terrain de prédilection du Guetaf
(_Atriplex Halimus_) et des autres Salsolacées. Il est logique de
supposer qu’anciennement ces végétaux abondaient ici. Pourtant on n’en
voit pas un à l’heure actuelle : trop d’herbivores parcourent l’oued
pour que des plantes aussi mal défendues aient été capables de se
maintenir. Le sol porte exclusivement le Harmel (_Peganum Harmala_), une
Zygophyllacée sur laquelle nous n’avons pas encore appelé l’attention,
bien que nous l’ayons rencontrée dans le désert alluvial, au Sud de
Biskra. Elle y vit par pieds isolés au milieu des autres plantes du
reg ; mais ces individus étouffés par la végétation concurrente, restent
toujours assez malingres. Ce sont les chameaux qui se chargent de les
débarrasser de leurs compétiteurs : le _Peganum Harmala_ est à peu près
la seule plante des alluvions argileuses qui ne soit pas mangeable ; il
bénéficie de l’aversion insurmontable que son odeur inspire aux animaux.
Aucun Mammifère, pas même l’Ane ni le Mouton, ne broute une herbe aussi
puante. Il en résulte que dans les pays argileux très fréquentés, les
troupeaux détruisent les autres plantes, mais respectent de commun
accord le Harmel. La sélection très active qu’opèrent les herbivores,
tourne, comme on le voit, à leur propre désavantage autant qu’à celui
des plantes fourragères. A partir du moment où le Harmel reste seul
maître du terrain, il s’étale, il se prélasse, et forme de magnifiques
touffes auxquelles pas une feuille ne manque, toutes couvertes de fleurs
blanches.
On dirait vraiment que le lit de l’oued Mzab est un vaste champ de
Harmel, soigneusement entretenu, où l’on ne tolère aucune « mauvaise
herbe ». Les chameaux s’y promènent d’un air mélancolique, sans pouvoir
donner un coup de dents. Si d’aventure quelque plante étrangère essaie
de s’y installer, les chameaux s’empressent de l’extirper, comme si un
esprit malfaisant condamnait les pauvres bêtes à sarcler sans relâche, à
enlever tout ce qui risquerait de faire du tort au Harmel détesté.
Dans les crevasses des murailles rocheuses qui bordent l’oued, des
_Capparis spinosa_ ont pris racine. Le Caprier est, de tous les arbustes
du désert, celui qui a les plus grands organes foliaires : ses feuilles
arrondies ont un diamètre de 4 à 5 centimètres. Afin d’éviter la
transpiration excessive, le _Capparis_ met ses feuilles verticalement :
dans cette position l’échauffement est moindre, et, surtout, la
chlorovaporisation est diminuée. Les feuilles sont alternes, avec une
divergence de 2/5. Pour amener les limbes dans la situation verticale,
les pétioles sont obligés de se courber et de se tordre. Comme les
rameaux décombants ont les directions les plus variées, les feuilles ne
peuvent pas toutes effectuer leur redressement de la même façon. La
feuille est laissée à son initiative personnelle, et l’observation
montre que dans chaque cas particulier le mouvement s’exécute par la
voie la plus courte, — en d’autres termes, avec un minimum d’efforts.
Dans les portions dressées des rameaux, c’est uniquement par les
mouvements du pétiole que la feuille s’oriente vis-à-vis de la lumière ;
dans les parties horizontales et obliques, l’axe lui-même se tord, et le
rameau devient dorsiventral avec des feuilles qui ont presque l’air
d’être distiques[7].
Avec M. le capitaine Cauvet, commandant du poste de Ghardaïa, nous
faisons une intéressante promenade dans la Pépinière de la garnison. Le
commandant, grand amateur de plantes, essaie de cultiver des espèces
très variées, mais rares sont celles qui réussissent à croître malgré le
climat. Il nous raconte ses déboires : « Les ardeurs de l’été, les
gelées de l’hiver, la sécheresse de l’air en toute saison, la salure de
l’eau, enfin, malgré les multiples puits, le manque perpétuel de
liquide : à un pareil ensemble de conditions désastreuses, bien peu de
plantes sont capables de résister. — Tenez, nous dit notre guide,
regardez ces Figuiers de Barbarie ; ce sont pourtant des plantes
habituées à vivre dans le désert. Ils ne venaient pas mal et avaient
atteint une hauteur de plus d’un mètre. Par malheur, le puits qui arrose
cette partie du jardin est à sec depuis quelques semaines ; voyez
maintenant l’effet de la sécheresse : les raquettes de l’_Opuntia_ sont
vides, flasques, ratatinées. — Nous avions un arbre, un seul, un
_Eucalyptus_ : l’hiver dernier, une tempête l’a brisé. — En somme, les
plantes de la Pépinière coûtent beaucoup plus cher que si dès l’origine
on les avait fabriquées en métal ».
De nouveau en route à travers la Chebka. Depuis que nous avons quitté
Ghardaïa, le pays a une autre allure que sur l’immense plateau, à
ondulations peu sensibles, qui règne entre Ouargla et le Mzab. D’ici à
Settafa, le plateau a été fortement raviné par les eaux courantes, — à
l’époque où il y avait de l’eau dans le Sahara. Les anciens oued, très
rapprochés les uns des autres, sont dépourvus de berges distinctes ;
leurs rives sont doucement inclinées depuis le fond jusqu’au sommet des
gour, dont les moins démantelés sont encore couronnés par une large
table plate, indiquant le niveau initial de la contrée. (Voir phot. 18).
Nous passons obliquement d’une rivière tarie à l’autre, par les cols qui
séparent les gour.
Les roches ne contiennent guère de quartz ; c’est à peine si l’on
rencontre un peu de sable dans le lit des oued les plus profonds, par
exemple à Ourhirlou, où nous passons la première nuit. Les éclats de
pierre gardent donc leurs angles coupants, sans aucune trace de l’usure
caractéristique que détermine le choc des grains quartzeux. La
désagrégation de la pierre laisse sur le sol une matière argileuse, non
mélangée de sable. Rien d’étonnant à ce que l’aspect de la flore soit
également changé. Les Graminacées, sabulicoles, ont disparu ; et si nous
trouvons encore quelques-unes des plantes que nous avons notées
précédemment (_Deverra chlorantha_, _Anabasis articulata_, _Gymnocarpon
fruticosum_, _Marrubium deserti_, _Artemisia Herba-alba_), plusieurs
espèces nouvelles, toutes frutescentes, viennent s’y ajouter : l’_Ononis
angustissima_, un arbrisseau glutineux, presque aphylle, à fleurs
jaunes ; — le _Linaria fruticosa_, spinescent, avec de toutes petites
feuilles rhomboïdales ; — l’_Antirhinum ramosissimum_, dont les feuilles
sont réduites à presque rien ; — le _Haloxylon articulatum_, une
Salsolacée aphylle, à rameaux très grêles et cassants, gris, bruns,
cendrés ou rougeâtres, mais jamais verts. C’est cette dernière plante,
le Remts des Arabes, qui domine.
Pendant les premières heures de marche, quand nous sommes encore près de
Ghardaïa, ces diverses espèces sont reléguées loin du chemin, au fond
des oued, où elles forment un léger duvet d’une teinte indéfinissable.
Le long de la route, il n’y a absolument pas autre chose que le _Peganum
Harmala_. Grâce à la structure argileuse du sol, et avec la complicité
des chameaux, le Harmel a supplanté toutes les autres espèces. Mais plus
loin de la ville, la lutte est moins âpre et on voit apparaître
timidement le _Haloxylon_, le _Linaria_, etc.
Deux jours après avoir quitté Ghardaïa, nous sommes à Berrîan, une ville
mzabite, sur l’oued Soudan. Le fils du caïd nous promène à travers
l’oasis, qui est la plus riche et la plus variée de toutes celles que
nous avons vues dans le Sahara. Outre des Abricotiers, des Vignes, des
Figuiers, des Grenadiers, elle contient environ trente mille Palmiers,
et est arrosée par quatre cents puits, qui ont une quarantaine de mètres
de profondeur. Elle a, de plus, l’avantage d’être irriguée par l’oued,
d’une façon intermittente, il est vrai. « L’oued Soudan, nous dit notre
guide, — et il semblait caresser les mots avant de les prononcer, —
l’oued Soudan n’est pas un de ces misérables oued qui ne contiennent de
l’eau que de loin en loin : le nôtre coule chaque hiver ». Était-il fier
de vanter la prodigalité de son oued ! Pour ne pas lui faire de la
peine, nous nous sommes gardés de lui dire qu’il existe au monde, des
pays, encore plus favorisés que Berrîan, où les rivières coulent même en
été.
Des barrages empêchent que l’eau n’aille se perdre au-delà de l’oasis ;
elle s’amasse dans de vastes réservoirs d’où elle est conduite à travers
les plantations. Quand nous passons à Berrîan (le 28 mai) les bassins
sont déjà vides, et les poulies des puits grincent toutes.
Le fils du caïd ne nous fait pas grâce du moindre coin de l’oasis ; il
faut tout voir, tout admirer. « N’est-il pas vrai, dit-il, que c’est
tout à fait une forêt ? » Çà, une forêt ! ces colonnes écailleuses,
toutes semblables, surmontées de longues palmes régulières ; ces carrés
d’ognons ou de carottes auxquels on mesure rigoureusement chaque jour la
ration de liquide ; ces champs hérissés de chaumes d’orge, qui, n’étant
plus irrigués, ne nourrissent même plus une mauvaise herbe. Notre
cicerone n’a jamais vu de forêt ; sinon comment oserait-il désigner du
même terme, les plantations de Dattiers où l’on cherche en vain de
l’ombre, et la forêt équatoriale, si touffue que le sentier est un
tunnel creusé en pleine verdure, où jamais un rayon de soleil ne filtre
jusqu’aux herbes du sous-bois pour sécher les perles liquides qui
brillent sur toutes les feuilles, où l’on se sent cuire à l’étouffée,
tandis qu’ici nous regardons de temps en temps nos mains pour nous
assurer que la peau n’est pas encore grillée.
Un spectacle inattendu, une de ces rencontres qui font époque dans un
voyage. Pour la première fois depuis deux mois, nous voyons aujourd’hui
un arbre dans le désert, — non pas un plumeau en zinc, comme l’est un
Dattier, — mais un arbre avec un tronc, des branches et des feuilles, —
en un mot, un arbre.
Nous étions partis ce matin de Berrîan, par un vent du Nord terriblement
froid, quoique le thermomètre marquât 15°. Brusquement, après avoir
contourné un gara, nous apercevons un large fond, tout couvert de Chih
(_Artemisia Herba-alba_) au milieu duquel se dresse l’arbre. Nous le
reconnaissons sans peine à la description qu’en font les voyageurs.
C’est le Betoum (_Pistacia atlantica_) ; son tronc n’a que trois mètres
de hauteur et est couronné par une cime arrondie. Les yeux fixés sur
l’arbre, d’instinct, nous poussons de ce côté nos montures ; puis nous
descendons de mulet pour le voir de tout près. Nous tournons autour du
tronc, nous le caressons. C’est pour nous une grande joie de nous mettre
sous l’arbre, et d’avoir de nouveau à lever la tête pour examiner des
feuilles, nous qui étions restés si longtemps sans voir autre chose que
des herbes et des broussailles basses. La face inférieure de la cime est
tout à fait plate : on voit exactement jusqu’où les chameaux peuvent
tendre le cou pour brouter les feuilles. Celles-ci sont pennées,
luisantes, d’un vert foncé.
Sur les rochers de Settafa, nous récoltons les premiers lichens que nous
ayons vus depuis Biskra. L’absence de végétaux lithophytes[8] s’explique
sans peine dans un pays où la pluie est un phénomène exceptionnel, et où
l’insolation fait monter la température superficielle des rochers à 70°
ou 80°. On s’étonne un peu, au premier abord, de l’absence de lichens
terrestres et épiphytes. Mais nous avons fait déjà remarquer la rareté
des Champignons ; quant aux Algues aériennes, elles manquent
totalement : même sur les confins du Sahara, dans les oasis de Biskra,
de Laghouat, de Messaad et de Bou-Saada, il n’y a pas sur les Palmiers
la moindre Protococcacée. Les lichens ne peuvent donc se multiplier que
par des sorédies : les spores ne sont pas aptes à refaire un lichen,
puisqu’elles ne trouveront pas la compagne verte indispensable.
Les vallées creusées dans le plateau rocheux deviennent moins profondes
et plus larges. Nous sommes à la limite de la Chebka et de la région des
daya. Deci delà, dans les fonds les plus étendus, de l’argile a été
amenée par les eaux ; la flore y présente un caractère spécial, dû
surtout à la présence de Betoum, de Jujubiers (_Zizyphus Lotus_), de
_Zilla macroptera_, et de Papilionacées aphylles, à fleurs jaunes :
_Coronilla juncea_ var. _Pomeli_ et _Retama sphaerocarpa_.
A partir du chott Melrhir où nous étions au-dessous du niveau de la mer,
nous avons monté sans discontinuer, et nous nous trouvons à présent à
l’altitude de 700 mètres. La pluie qui tombe sur le plateau rocheux,
complètement imperméable, ruisselle à la surface et va se collecter dans
des dépressions à peine indiquées, où elle dépose ses sédiments fins. On
donne à ces cuvettes argileuses le nom de _daya_. Dans le paysage, en
apparence plat, les daya ne se marquent que par les bouquets de Betoum.
Nous traversons la région des daya pendant trois jours, de Settafa à
Laghouat. D’ordinaire les daya sont verdoyants en cette saison : les
pluies d’hiver ont fortement mouillé l’argile, et les chameaux y
trouvent une herbe abondante. Mais les deux derniers hivers n’ont donné
que des précipitations atmosphériques insuffisantes. Au caravansérail de
Tilremt, on se plaint amèrement de la sécheresse : « Voilà deux hivers
de suite que nous labourons le daya et que nous semons de l’orge. Puis,
il ne pleut jamais, et rien ne lève ».
Le daya de Tilremt est l’un des plus étendus de toute la région. D’après
le Guide Joanne (_Algérie et Tunisie_, éd. de 1896, p. 86) il a « une
superficie de 103 hectares et contient environ 2,400 betoums et une
grande quantité de jujubiers sauvages qui protègent la crue des betoums
quand ils sont jeunes... » Cela a pu être vrai jadis, mais nous avons
cherché en vain de jeunes Betoum. Ici, comme dans tous les autres daya,
il n’y a, à l’heure actuelle, que des arbres adultes, pouvant absorber
par leurs longues racines l’eau qui reste encore dans la profondeur de
la nappe d’argile. Quant aux jeunes plantes, dont les organes
souterrains ne parviennent pas jusqu’à l’argile humide, elles sont
impitoyablement sacrifiées par la sécheresse. Si, comme tout le fait
supposer, l’aridité du Sahara va toujours en augmentant, nous assistons
ici à la destruction locale d’un arbre sous la seule influence du milieu
naturel. Certes, nous connaissons pas mal de flores qui ont été décimées
(p. ex. à Ste-Hélène et à la Nouvelle-Zélande), mais c’est l’homme qui
est le coupable. Au contraire, l’extinction du _Pistacia atlantica_
présente le caractère, tout à fait exceptionnel, d’être uniquement
l’effet du climat.
Nous avions le fol espoir d’herboriser dans le daya. Au lieu de la
prairie que tous les voyageurs décrivent, nous trouvons sous les Betoum
et les Jujubiers, la terre dure et sèche comme une aire de grange. Les
_Asteriscus pygmaeus_ (voir p. 215), tous également vieux et racornis,
témoignent des pluies passées ; mais aucun de ces exemplaires n’a vécu
l’hiver dernier. La seule plante herbacée est le _Francoeria crispa_,
une petite Compositacée à capitules jaunes, couverte d’un feutrage de
poils cendrés. Sur le tronc des Betoum, une gomme-résine, le mastic,
forme de longues coulées blanchâtres. On dirait que l’arbre pleure la
fin prochaine de sa race..., mais ses larmes se figent aussitôt dans
l’aridité de l’air.
Le cinquième jour de marche depuis Ghardaïa : toujours le pays plat,
avec un duvet grisâtre, à peine perceptible. Voici la liste complète des
espèces que nous cueillons en une heure.
Aristida obtusa ♃.
Stipa gigantea ♃.
*Haloxylon articulatum ♄.
Noaea spinosissima ♄.
*Anabasis articulata ♄.
Peganum Harmala ♃.
Asteriscus pygmaeus ☉.
*Artemisia Herba-alba ♄.
Les trois plantes marquées d’une astérisque sont les plus répandues.
Toutes sont presque mortes de soif. De la Rose de Jéricho, il n’y a que
des échantillons des années précédentes.
Nos chameaux n’ont plus rien mangé depuis cinq jours. La bosse leur a
fondu sur le dos. Quand nous passons dans un daya, ils se jettent sur
les Jujubiers, et sans plus se soucier de l’armure d’épines qui défend
les rameaux, ils broutent, broutent avec frénésie. Les malheureuses
bêtes ont les lèvres en sang, mais elles continuent à manger.
Devant nous s’étale un fond limoneux tout garni de fleurs jaunes-
orangées. C’est l’_Anvillaea radiata_, une Compositacée frutescente à
poils blanchâtres, dont les capitules sont insérés dans les bifurcations
des branches. Enfin ! les chameaux vont pouvoir manger ! Abdallah secoue
la tête. « Cette plante-ci et le Harmel, dit-il, c’est _kif kif_ pour
les chameaux ». Effectivement, les animaux flairent la plante, font la
grimace, et, dégoûtés, relèvent leur long cou. Nous goûtons les feuilles
de l’_Anvillaea_ : elles sont âcres et amères. Cette large dépression,
qui ressemblait à une prairie, fournit à nos bêtes, en fin de compte,
des Jujubiers et quelques rares _Lygeum Spartum_, une Graminacée dont
les feuilles jonciformes, piquantes, fibreuses, tenaces, sont employées
à faire des sparteries, mais ne constituent qu’un fort maigre régal pour
des animaux harcelés par la faim.
Nous sommes témoins, aujourd’hui, de curieux phénomènes météorologiques.
Pendant la matinée, l’air est d’un calme absolu. Le mirage fait
apparaître partout des flaques dans lesquels se mirent les têtes rondes
des Betoum. Puis des trombes de poussière jaune se mettent à parcourir
le désert. Elles reposent sur le sol par une base assez large ; plus
haut elles se rétrécissent, pour s’élargir finalement en forme
d’entonnoir très évasé. Nous nous étonnons, au début, de la lenteur avec
laquelle elles se déplacent. Simple effet de l’éloignement du phénomène
et de la platitude infinie du désert : nous ne nous rendons compte, ni
de la distance des trombes, ni du trajet qu’elles effectuent. Une de ces
colonnes de poussière passe à travers la caravane : la vitesse est si
grande, et le tourbillonnement si intense, que nous pouvons à
grand’peine garder notre équilibre sur les mulets.
Dans l’après-midi, le ciel se couvre de nuages. Ce n’est d’abord qu’une
multitude de points blancs, tout juste perceptibles, immobiles dans
l’azur. Chaque point grandit d’une façon régulière. A présent, ce sont
autant de flocons, uniformément distribués dans le ciel. Leur base est
plane, comme s’ils flottaient sur de l’air horizontal et calme ; les
condensations successives de vapeurs se font uniquement sur les bords et
sur la face supérieure mamelonnée. Les taches blanches s’étalent ; elles
joignent leurs bords ; elles forment un voile continu qui devient de
plus en plus opaque. Tout à coup le _nimbus_ se résout en pluie : le
ciel est strié de longues zébrures verticales qui descendent du nuage.
Oh bonheur ! Les _Haloxylon_, les _Anabasis_, les _Artemisia_, réduits à
de lamentables brindilles grises, pourront enfin reverdir ; les plantes
vont être récompensées de l’obstination qu’elles ont mise à ne pas
mourir de soif ; une seule forte pluie suffira pour rendre la vie aux
daya agonisants. Hélas ! l’averse tant désirée ne tombe pas. Cette pluie
que nous voyons rayer le ciel n’atteint pas le sol : les gouttes
s’évaporent dans l’air trop chaud qu’elles ont à traverser.
Quel pays de déceptions ! Quand de l’herbe s’offre aux chameaux, elle
n’est pas mangeable. Le lac où se reflète l’horizon n’est qu’un fantôme,
un caprice du soleil ; dernier désappointement, la pluie, pourtant
réelle, n’arrose que l’air.
Une dernière journée de pèlerinage avant Laghouat. Ce matin nous avons
quitté le caravansérail de Nili, où il n’y a d’autre liquide que l’eau
de ruissellement, captée au moyen de barrages et accumulée dans de
grands réservoirs.
Quand le jour se lève, nous apercevons à l’horizon les cimes du djebel
Amour et des montagnes des Ouled Naïl, ramifications du Grand Atlas. La
vue des montagnes nous rend courage. D’ailleurs le pays n’a plus un
aspect aussi déshérité que les jours précédents. L’Alfa (_Stipa
tenacissima_) et le _Lygeum Spartum_ commencent à s’ajouter au Chih
(_Artemisia Herba-alba_), au Remts (_Haloxylon articulatum_) et à
l’_Anabasis articulata_. Les deux Graminacées se ressemblent beaucoup
avec leurs feuilles glauques et raides. Plus tard se montrent encore
l’_Artemisia campestris_, le _Linaria fruticosa_, le _Teucrium Polium_
et le _Marrubium deserti_.
Près de Laghouat, la flore change une dernière fois : le pays est
sablonneux ; de plus, la végétation est en conflit avec les nombreuses
caravanes qui viennent à Laghouat. Il n’y a ici que des plantes
protégées d’une façon quelconque contre les herbivores. L’_Echinops
spinosus_ et l’_Acanthyllis tragacanthoides_ possèdent des épines.
L’_Echinops_ a des piquants à tous les segments foliaires, et la tête de
capitules est elle-même garnie de très fortes épines blessantes.
L’_Acanthyllis_ est un arbrisseau de la famille des Papilionacées ; les
rachis s’indurent après la chute des folioles, et constituent sur les
anciens rameaux une effrayante armure d’épines blanches, à l’abri
desquelles les bourgeons axillaires se développent en toute sécurité.
Mais ni l’une ni l’autre de ces deux plantes ne peut repousser l’assaut
de bêtes exaspérées par le jeûne. Aussi ne subsiste-t-il finalement que
les plantes protégées par des matières chimiques : _Thymelaea
microphylla_, _Peganum Harmala_, _Euphorbia Guyoniana_, _Citrullus
Colocynthis_, _Artemisia campestris_, _A. Herba-alba_.
=4. — Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna.=
En cette saison, il fait déjà trop chaud pour se mettre en voyage. Tous
les chameaux de Laghouat sont aux champs, et ce n’est qu’au bout de
trois jours que nous parvenons à nous procurer les bêtes de somme qui
nous sont nécessaires. Les mulets sont encore plus introuvables. Nous
remplacerions volontiers ceux qui nous ont accompagnés depuis Biskra ;
voici un mois que les malheureux nous portent à travers le Sahara, sans
jamais manger à leur faim. Malgré toutes ses démarches, Abdallah ne
trouve qu’un seul mulet frais ; les deux autres traîneront la patte avec
nous pendant encore une douzaine de jours.
Nous employons le repos forcé à battre le pays aux environs de la ville.
Ainsi qu’il a été dit, les sables et les alluvions ont une flore
extrêmement pauvre. Il n’en est pas de même de la colline rocheuse où se
trouve le poste optique, au Sud de la ville. Elle est trop escarpée pour
que les chameaux puissent la gravir. Les plantes sabulicoles et les
chasmophytes (voir la note, p. 312) y vivent en mélange.
Citons parmi ces dernières, le _Rhus Oxyacantha_, arbrisseau épineux qui
a tout à fait le port et le feuillage d’une Aubépine, l’_Olea europaea_
sauvage, et le _Zollikofferia spinosa_. Celui-ci est très curieux ; il
n’a qu’un petit nombre de feuilles basilaires qui sont déjà flétries au
moment de la floraison ; de même que chez le _Statice pruinosa_ (voir p.
259), ce sont les pédoncules verts qui sont chargés de l’assimilation.
L’inflorescence est ramifiée en fausses dichotomies. Les rameaux sont
très nombreux ; la plupart sont stériles : au lieu de porter un
capitule, ils se terminent en épine. La plante toute entière a l’aspect
d’une grosse pelote, ayant jusque quarante centimètres de diamètre ;
elle est constituée en majeure partie par les branches desséchées des
années précédentes, entre lesquelles se faufilent les rameaux récents ;
quelques capitules sont piqués sur la pelote.
Sur les éboulis à la base de l’escarpement, croît une plante qui est
particulière à ces stations : l’_Echiochilon fruticosum_, une
Boraginacée ligneuse à fleurs bleues.
Laghouat est trop élevé (alt. 746 m.) et trop septentrional, pour que
les bonnes dattes puissent y mûrir. L’oasis, arrosée par l’oued Mzi, ne
contient que 15,000 Dattiers, appartenant à des variétés peu estimées.
La végétation arborescente est formée, pour une grande part, de
Figuiers, de Grenadiers, et surtout d’Abricotiers. On plante aussi
beaucoup de légumes. L’abondance de l’eau a permis de cultiver de l’orge
sur un millier d’hectares, dans une grande plaine limoneuse. Sans doute
pour protéger l’oasis contre le vent, on a mis à la bordure un rideau de
_Populus pyramidalis_, qui font un piteux effet par-dessus les Palmiers.
Nous visitons l’oasis avec un agent de police arabe, qui nous fait
ouvrir toutes les portes. La flore adventive est peu importante. En
somme, ce qui nous intéresse le plus, c’est la variété des vieux pots et
des crânes de chevaux qui sont fichés sur des pieux à l’entrée de chaque
jardin, « pour écarter le mauvais œil », prétend notre guide.
Nous avons de nouveau enfourché nos mulets. Les deux premières journées
sont employées à franchir l’espace qui nous sépare de Messaad, près de
l’extrémité occidentale du djebel Bou Kaïl, un rameau du Grand Atlas.
Nous sommes sur un plateau légèrement ondulé, portant quelques bouquets
de Betoum et de Jujubiers. La végétation est la même que dans la région
des daya : Alfa, Chih, Remts, _Anabasis_. Le voisinage des montagnes,
amenant des pluies plus fréquentes, se manifeste par les nombreux
ruisseaux. Les rochers sont moins nus. Leur surface porte quelques
lichens, mais pas encore de Bryophytes ni de Phanérogames. Dans les
crevasses, la flore est également plus abondante qu’en plein désert ; il
y a, par exemple, de volumineuses touffes de _Zollikofferia spinosa_.
Ce pays n’est plus à proprement parler le Sahara. Nous sommes à la
limite entre le Grand Désert et les steppes des hauts-plateaux de
l’Atlas. Au bord des oued, il y a des buissons d’_Arundo Donax_ et de
Laurier-rose (_Nerium Oleander_). Le Dattier y trouve des conditions
favorables à son existence. Mais on remarque tout de suite que ces
_Phoenix dactylifera_, croissant le long des ruisselets, ne sont pas des
exemplaires spontanés, ni même naturalisés, mais simplement des
individus issus de graines accidentelles : ils restent petits, sans
tronc, avec une foule de pousses qui naissent du pied. Ils vivent, mais
ne fleurissent jamais.
Un autre fait montre d’une façon encore plus évidente que nous sommes à
la lisière du Sahara : quand on se lève le matin, on constate qu’une
infinité de fruits de plantes annuelles se sont accrochés à la
couverture : ce sont des _Ægilops_ ; de nombreux _Medicago_ ; l’_Emex
spinosa_[9] ; le _Daucus pubescens_ et d’autres Ombellacées ; des
Compositacées indéterminables ; enfin, le _Sclerocephalus arabicus_,
Caryophyllacée dont les capsules indéhiscentes sont entourées de fortes
bractées qui portent les crochets.
Dans le Sahara, les fruits accrochants ne seraient d’aucune utilité :
les Mammifères, dans les poils desquels les fruits sont destinés à
s’attacher, sont beaucoup trop rares, et les plantes ne peuvent pas
compter sur leur aide pour effectuer la dissémination. Nous n’avons vu
dans le désert que deux plantes dont les fruits fussent pourvus de
crochets : _Limoniastrum Feei_ et _Neurada procumbens_. Ajoutons-y le
_Forskahlea tenacissima_, une Urticacée ligneuse ; ses rameaux se
désarticulent facilement, et comme ils sont garnis de poils raides,
crochus, ils se fixent dans les poils des animaux ; les fragments
s’enracinent quand ils tombent par terre.
D’autre part, il n’y a pas dans le désert d’oiseaux frugivores en
quantité appréciable, et l’on n’y rencontre pas non plus de plantes à
fruits charnus. Il ne reste donc, pour opérer la dissémination, que le
vent et — quelque invraisemblable que cela paraisse — la pluie. Outre la
Rose de Jéricho (_Asteriscus pygmaeus_) et la Main de Fatma (_Anastatica
hierochuntica_) (voir p. 215), il y a encore d’autres plantes chez
lesquelles les graines ne sont mises en liberté que par la pluie :
telles sont les capsules des _Fagonia_ et des _Zygophyllum_, qui ne
s’ouvrent que par l’humidité.
Le vent est incontestablement le principal agent de dissémination.
Signalons quelques types chez lesquels les organes de transport sont
particulièrement développés : l’_Ephedra alata_, dont les graines sont
entourées de bractées scarieuses ; — les _Aristida_ dont le fruit est
surmonté d’une longue arête trifide et plumeuse, dépendant de la
glumelle inférieure ; — les _Salsola_, le _Haloxylon articulatum_, le
_Noaea spinosissima_, dont le calice ailé fait un parachute au fruit ; —
le _Calligonum comosum_, avec un fruit pourvu de longues émergences
rousses, rameuses ; — les _Farsetia_ et le _Henophyton deserti_ dont les
graines plates sont entourées d’une large aile blanche ; — le _Zilla
macroptera_ qui a des silicules indéhiscentes pourvues de quatre ailes
longitudinales ; — le _Cleome arabica_ à graines globuleuses, longuement
velues ; — les _Erodium_ et le _Monsonia nivea_ avec leur longue arête
soyeuse ; — les _Tamarix_ et le _Daemia cordata_ aux graines plumeuses ;
— l’_Anthyllis sericea_ dont la gousse est contenue dans le calice
ballonné ; — citons, enfin, pour terminer cette énumération, le
_Marrubium deserti_ : son calice, au lieu d’avoir les crochets ou les
pointes qui existent chez la plupart des espèces, a le limbe largement
étalé en forme de parachute.
Depuis Messaad jusqu’au-delà d’Aïn-Soltan, nous longeons pendant deux
jours le versant méridional du djebel Bou Kaïl, à l’altitude d’environ
1200 m. Dans les oasis, les Abricotiers et les Figuiers ont complètement
supplanté les Dattiers. Au lieu d’Orge, on cultive ici un Froment à
longues barbes. La brièveté de sa période de végétation fait de l’Orge
la céréale qui convient, par excellence, aux pays tels que la Sahara, où
la sécheresse vient bientôt mettre un terme à la végétation, et le nord
de la Norvège, où l’été est fort court. Mais ici, près des montagnes, on
a de l’eau, même en été, et le Froment est cultivé avec succès.
Le pays est tout aussi monotone qu’El Erg ou la Chebka. A gauche et à
droite, des montagnes ; devant nous, derrière nous, la steppe d’Alfa à
perte de vue, glauque et triste (Voir phot. 16). Dans les fonds, du
Chih, du Zeita, de gros buissons de _Retama sphaerocarpa_, portant une
multitude de fleurs jaunes sur leurs rameaux minces. C’est seulement
dans les crevasses des rochers qu’on aperçoit une plante réellement
verte : le _Periploca angustifolia_, une Asclépiadacée ligneuse, formant
des buissons irréguliers, d’un vert foncé. Vu aussi un Olivier qui a été
planté sur la tombe d’un saint marabout. L’arbre est sacré ; tous les
passants accrochent à ses branches soit un lambeau de leur vêtement,
soit une tresse d’alfa.
A la source d’El Bordj, non loin de Messaad, nous récoltons deux plantes
qui en elles-mêmes n’offrent aucun intérêt, mais dont la présence
indique d’une façon formelle que nous allons sortir du Grand Désert :
_Adiantum Capillus-Veneris_ et une Orchidacée fructifiée, probablement
un _Ophrys_. Il n’y a pas, dans tout le Sahara, une seule Fougère, ni
une seule Orchidacée. L’absence des Fougères, ainsi que des
Ptéridophytes en général, et des Bryophytes, s’explique par le fait que
ces plantes ont trop peu de chances de se reproduire. En effet, la
fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de la pluie : quel
autre agent serait capable d’amener les spermatozoïdes dans le voisinage
de l’archégone et de leur fournir la gouttelette liquide nécessaire à la
natation ?
Il est probable pourtant qu’à une époque géologique toute récente, ces
végétaux habitaient le territoire occupé maintenant par le désert. Les
vestiges si frappants de l’érosion par les cours d’eau (oued Rirh, oued
Mya, oued Mzab) témoignent de l’humidité de l’ancien climat. Mais à la
suite de nous ne savons quelle perturbation, le climat s’est transformé,
et une aridité croissante s’est substituée aux pluies de jadis. A mesure
que la sécheresse faisait des progrès, la flore perdit les éléments qui
avaient le plus grand besoin d’humidité, c’est-à-dire les plantes
aquatiques, ainsi que les arbres forestiers et les plantes qui vivaient
à leur ombre : Bryophytes, Ptéridophytes, Aracées, Scitaminées,
Orchidacées, Amentinées, Mélastomacées, Gesnéracées, Acanthacées. Les
lianes, les épiphytes et les épiphylles furent également détruites.
On voit qu’aucun des groupes qui comptent le plus de représentants dans
la flore équatoriale n’a subsisté dans le désert. Or celui-ci touche,
d’une part à la région forestière équatoriale, d’autre part à la région
méditerranéenne. Ce ne sont certes pas les espèces forestières, adaptées
à l’humidité et à l’ombre, qui n’ont pu se contenter du climat ardent et
aride du Sahara. Les seules plantes qui furent en état de se maintenir
sont celles de la région méditerranéenne, habituées à subir la
sécheresse pendant une partie de l’année.
A ce résidu, peu important, de la flore primitive, s’ajoutèrent plus
tard des espèces qui immigrèrent des pays limitrophes. Sont-elles venues
de la forêt ? Evidemment non. Faisons seulement remarquer que tous les
grands arbustes du Sahara ont une origine méditerranéenne : _Ephedra
alata_, _Salsola tetragona_, _Calligonum comosum_, _Rhus Oxyacantha_,
_Capparis spinosa_, _Zizyphus Lotus_, _Tamarix_. Parmi les petits
arbrisseaux et les plantes herbacées, l’immense majorité des genres sont
septentrionaux. Les formes endémiques sont presque toutes voisines de
celles qui habitent les bords de la Méditerranée. Le Betoum, le seul
arbre du Sahara algérien, est proche parent des _Pistacia_
méditerranéens, et il faut aller bien loin vers le Sud ou vers l’Est,
pour rencontrer des _Acacia_ qui viennent du Sud.
En somme, au point de vue de la composition de sa flore, le Sahara est
actuellement une dépendance de la région méditerranéenne.
Vers le soir du quatrième jour après Laghouat, nous nous engageons dans
un défilé ouvert dans le djebel Bou Kaïl. Aussitôt la flore change. En
fait de plantes désertiques il n’y a plus guère que l’Alfa et le Chih.
La physionomie du paysage est donnée par les hauts buissons tortus de
_Juniperus Oxycedrus_ et par le _Genista capitellata_, formant à terre
des touffes arrondies qui ont l’air de porcs-épics.
A mesure que nous nous élevons, nous constatons que le djebel Bou Kaïl
n’est pas du tout une chaîne de montagnes, mais simplement un seuil
gigantesque, haut de quatre cents mètres, qui fait communiquer le
plateau inférieur, sur lequel nous venons de cheminer, avec un plateau
supérieur, situé à l’altitude d’environ 1600 m. Ce haut-plateau a une
largeur de soixante-dix kilomètres. Vers le Nord, du côté de Bou-Saada,
il est limité par une marche, plus haute encore que celle que nous
gravissons, et on tombe brusquement dans la grande plaine du Hodna, qui
est à l’altitude de 450 m. et possède une flore saharienne typique.
Quant au haut-plateau lui-même, quoiqu’il touche presque de toutes parts
au désert, sa flore est nettement différente de celle du Sahara. Les
deux espèces qui dominent sont l’Alfa (_Stipa tenacissima_) et le Chih
(_Artemisia Herba-alba_). La première, mêlée de quelques _Lygeum
Spartum_, occupe toutes les parties sèches de la steppe. « ..... l’alfa
est pour le voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse ; et,
malheureusement, quand il s’empare de la plaine, c’est alors pour des
lieues et des lieues. Imagine-toi toujours la même touffe poussant au
hasard sur un terrain tout bosselé, avec l’aspect et la couleur d’un
petit jonc, s’agitant, ondoyant comme une chevelure au moindre souffle,
si bien qu’il y a presque toujours du vent dans l’Alfa. De loin, on
dirait une immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se flétrit sans
se dorer. De près, c’est un dédale, ce sont des méandres sans fin où
l’on va en zig-zag, et où l’on bute à chaque pas. Ajoute à cette fatigue
de marcher en trébuchant, la fatigue aussi grande d’avoir un jour entier
devant les yeux ce steppe décourageant, vert comme un marais, et qu’on
est obligé de jalonner de gros tas de pierres pour indiquer les routes »
(Fromentin, =1896=, p. 52). Dans les petites dépressions, la végétation
est composée de Chih, auquel se joignent des touffes sombres
d’_Artemisia campestris_. D’innombrables troupeaux de chèvres et de
moutons paissent dans l’Alfa. Les Nomades qui les gardent ont établi
leurs douar (agglomérations de tentes) dans le voisinage des points
d’eau. Près des campements, l’Alfa et même le Chih ont été éliminés, et
l’on ne voit que le Harmel et le _Thapsia garganica_, une haute
Ombellacée refusée par les herbivores.
Après deux longs jours de marche sur le plateau, monotone et ennuyeux,
nous sommes à Aïn-Smara. Malgré son nom de « fontaine », c’est à
proprement parler une fosse à purin : dans une dépression du sol on a
creusé un trou où se collectent les eaux de ruissellement, après
qu’elles ont lavé les déjections des troupeaux de la steppe. De tous les
points de l’horizon, des femmes accompagnées de bourriquets, viennent
s’approvisionner à la fosse ; religieusement elles remplissent leurs
outres de cette eau bourbeuse. En attendant le moment de repartir vers
le douar, chacun avec ses deux peaux de bouc, les ânes prennent un bain
dans la fontaine et jettent le trouble parmi les légions de têtards qui
s’y ébattent. Nous carressons du regard nos propres outres, qui sont
encore suffisamment rebondies pour nous mener à Bou-Saada.
L’odeur de cette fontaine est insupportable. Faisons une petite
promenade dans la steppe. Un jeune Arabe nous assure d’ailleurs qu’il
connaît des Terfez ici. Effectivement, il les découvre. Il tapote du
doigt aux endroits où la terre est un peu soulevée et craquelée en
étoile ; si la percussion donne un bruit sonore, il creuse un peu, et
presque chaque fois, à quelques centimètres sous la surface, on aperçoit
une petite masse bosselée, grisâtre, qui est l’Ascomycète cherché. Les
Terfez (_Terfezia_ et _Tirmania_) ont une légère odeur de Truffe, et ils
sont employés dans le Sahara aux mêmes usages que cette dernière.
A présent nous descendons sur le versant qui limite le haut-plateau vers
le Nord. La pente est très rapide : en quelques heures nous passons de
l’altitude de 1600 m. à celle de 600 m. Les vents humides qui soufflent
de la Méditerranée viennent se heurter à la muraille presque verticale.
Ils se refroidissent à mesure qu’ils s’élèvent, et il arrive un moment
où leurs vapeurs se condensent sous forme de pluie et de rosée.
Spectacle depuis longtemps espéré, il y a des Mousses sur le sol, et les
feuilles sont couvertes de rosée ! La végétation est essentiellement
méditerranéenne. Voici les espèces les plus répandues et les plus
caractéristiques : _Pinus halepensis_, _Quercus Ballota_, des _Cistus_
et des Labiacées ligneuses (_Rosmarinus_, _Lavandula_), _Olea europaea_
qui a été brouté à tel point qu’il devient dur comme un rocher,
_Pistacia Lentiscus_, _Juniperus Oxycedrus_ et _J. communis_,
_Catananche caespitosa_, _Centaurea Parlatorei_, _Rhamnus lycioides_,
_Ephedra graeca_, _Retama sphaerocarpa_, _Genista capitellata_,
_Anthyllis sericea_, _Stipa tenacissima_.
Plus bas, nous rencontrons une zone intermédiaire d’où les Mousses, les
arbres (Pins et Chênes), les broussailles (Cistes, Labiacées, Olivier,
Lentisque, Genévrier et _Rhamnus lycioides_) et les Compositacées ont
disparu pour ne laisser que l’Oxycèdre, les Papilionacées et l’Alfa.
Descendons encore de quelques centaines de mètres : ces dernières
plantes s’effacent à leur tour devant la flore saharienne typique.
Près de Bou-Saada, la lutte contre les herbivores est de nouveau en jeu,
et la flore ne se compose plus guère que de _Thymelaea microphylla_.
Nous venons de traverser un îlot méditerranéen, serré entre le haut-
plateau et le désert. On s’explique sans peine pourquoi cette flore
méditerranéenne fait défaut, à la même altitude, sur le versant
méridional du plateau, que nous avons gravi il y a trois jours. Les deux
versants ont en somme des climats très différents. Le long de celui qui
est tourné vers le Nord, les courants atmosphériques doivent grimper et
laisser condenser leur humidité. De l’autre côté, au contraire, le vent
déjà appauvri en vapeur descend la pente ; il se réchauffe, par
conséquent, et il enlève de l’humidité plutôt qu’il n’en dépose. Aussi
n’y avons-nous rencontré que les végétaux de la zone intermédiaire
d’ici, c’est-à-dire celle où la condensation ne s’opère pas encore.
A partir de Bou-Saada, nous sommes dans la plaine du Hodna, une
dépendance septentrionale du Sahara. Elle est entourée de toutes parts
par des montagnes, excepté en un point où elle communique avec le Grand
Désert. Le centre de la plaine est occupé par le chott El Hodna, dans
lequel passe la route de Bou-Saada à Msila.
La flore est celle des alluvions et des sables salés, entre Biskra et
Tougourt : Salsolacées gorgées d’eau, Plombaginacées, _Frankenia
thymifolia_ et autres plantes garnies d’un revêtement salin. Dans le
chott, que nous traversons sur une largeur d’une trentaine de
kilomètres, la végétation se compose d’abord d’_Echinopsilon muricatus_
et de _Tamarix_, puis uniquement de _Salsola tetragona_, auquel
s’ajoutent plus tard l’_Arthrocnemon macrostachyum_ et l’_Atriplex
Halimus_.
Nous sommes à Msila. Deux journées de voyage à travers un pays cultivé
nous mèneront à Bordj-bou-Arreridj, où nous prendrons le train pour
Alger.
Supposons qu’un botaniste me demande quelques renseignements sur
l’utilité d’un voyage dans le Sahara. Je lui dirais à peu près ceci : Si
vous désirez voir un pays exotique avec une flore variée, n’allez pas au
désert ; dirigez-vous plutôt vers une région équatoriale. — Voulez-vous
étudier la flore désertique ? Vous pouvez vous contenter de Biskra : la
plupart des espèces du Sahara algérien croissent dans les environs de la
ville. — Dans le cas où vous voudriez voir les divers aspects
caractéristiques du paysage saharien, mettez-vous à la tête d’une
caravane ; vous marcherez pendant des journées entières sans vous
baisser une seule fois pour cueillir une plante, et vous reviendrez
finalement avec un butin presque nul : en tout un mois, vous aurez vu
moins d’espèces végétales que si vous vous aviez herborisé un quart
d’heure aux environs de Bruxelles. Et dites-vous bien qu’une telle
expédition n’est possible que si vous ne craignez pas les longues
marches exténuantes, les journées atrocement chaudes, les midis
éblouissants, si vous n’avez pas peur de subir la soif, si vous aimez à
coucher à la belle étoile, enfin, si vous ne vous laissez pas décourager
par la nudité du pays.
Pour finir, regrettons qu’il n’y ait pas de jardin botanique dans le
Sahara. Pendant les premiers temps, le botaniste est complètement
dépaysé au milieu de ces plantes grasses ou de ces plantes sans
feuilles, toutes semblables lorsqu’elles sont défleuries. Quant à des
expériences physiologiques, il n’y faut pas songer. Pourtant il y aurait
pas mal de sujets intéressants à étudier : l’absorption de la vapeur
atmosphérique et de la rosée par les sels déliquescents et par les
poils ; l’absorption de l’eau du sol par les poils radicaux
persistants ; l’occlusion des stomates ; l’élimination des matières
minérales qui encombrent l’économie de la plante ; la faculté de
supporter la dessiccation, etc. Un tel établissement rendrait aussi de
grands services au point de vue pratique, pour l’étude des maladies du
Dattier, pour la sélection des races d’Orge, pour l’introduction de
plantes fourragères, etc.
Rien ne serait plus facile que de faire cette station botanique à
Biskra. La dépense serait faible ; les avantages pour la science et pour
l’agriculture saharienne seraient inappréciables. Ce jardin aurait
autant d’utilité que ’s Lands Plantentuin de Buitenzorg (Java). Et l’on
aurait ainsi un centre d’études botaniques, permettant de comparer la
riche végétation équatoriale à la végétation, si intéressante dans sa
maigreur, qui croît au Sahara.
* * * * *
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. I.
[Illustration : 1. _Deverra chlorantha_ (voir p. 283), sur des rochers
qui ont éclaté par l’action de la chaleur et qui ont été ultérieurement
sculptés par le sable. (Voir p. 279.)]
[Illustration : 2. _Anabasis articulata_. Sous la plante, rameaux morts
tombés par terre. (Voir p. 222.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. II.
[Illustration : 3. Une rue dans l’oasis de Biskra. Maisons en boue.
(Voir p. 209.)]
[Illustration : 4. Plantations dans l’oasis de Biskra : Oliviers et
Dattiers. (Voir p. 209.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. III.
[Illustration : 5. Efflorescences salines sur le reg, à Biskra.
Au milieu, un petit oued avec Salsolacées. (Voir p. 216.)]
[Illustration : 6. _Limoniastrum Guyonianum_ (Zeita), presque
entièrement ensevelis sous le sable. Devant, _Nitraria tridentata_.
(Voir p. 212.)]
[Illustration : 7. _Halocnemon strobilaceum_, dans le chott Melrhir.
(Voir p. 224.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.
[Illustration : 8. Mirage dans un sebkha, entre Ayata et Tougourt.
(Voir p. 234.)]
[Illustration : 9. Oasis enfoncées, près d’El Oued. (Voir p. 245.)]
[Illustration : 10. Maisons d’El Oued. Au milieu, un puits à balancier.
(Voir p. 246 et 247.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. V.
[Illustration : 11. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]
[Illustration : 12. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]
[Illustration : 13. _Retama Raetam_, dans le désert sableux au Sud de
Tougourt. (Voir p. 239 et 263.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.
[Illustration : 14. _Aristida pungens_ (Drîn), dans le désert sableux
au Sud de Tougourt. (Voir p. 237 et 257.)]
[Illustration : 15. La ville et l’oasis de Ouargla. (Voir p. 276.)]
[Illustration : 16. _Stipa tenacissima_ (Alfa), sur le plateau à la
base du djebel Bou Kaïl. (Voir p. 323.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VII.
[Illustration : 17. _Salsola tetragona_, dans le désert salé au Sud de
Tougourt. (Voir p. 267.)]
[Illustration : 18. Désert pierreux (hamâda) près de Settafa.
Au milieu, un gara. (Voir p. 308.)]
[Illustration : 19._Pistacia atlantica_ (Betoum) dans le daya de
Tilremt. Devant, _Zizyphus Lotus_ (Jujubier). (Voir p. 311 et 313.)]
J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
=Bibliographie.=
=1876.= GOBLET D’ALVIELLA. — _Sahara et Laponie_, 2e édition. Paris,
1876.
=1886.= L. ERRERA. — _L’Efficacité des Structures défensives des
Plantes_. Bull. Soc. roy. bot. Belg. T. XXV, p. 80.
=1887.= G. VOLKENS. — _Die Flora der Ægyptisch-Arabische Wüste_. Berlin,
1887.
=1893.= H. SCHIRMER. — _Le Sahara_. Paris, 1893.
=1895.= HUGHES LE ROUX. — _Au Sahara_. Paris, Flammarion.
=1896.= E. FROMENTIN. — _Un Été dans le Sahara_. 11e édition. Paris,
1896.
=1898.= J. A. BATTANDIER et L. TRABUT. — _L’Algérie_. Paris, 1898.
— A. F. W. SCHIMPER. — _Pflanzen-Geographie auf physiologischer
Grundlage_. Iena, 1898.
* * * * *
=Sommaire.=
Avant-propos, 202.
=1. Les déserts salés et les oasis de l’oued Rirh=, 204.
Organisation de la caravane, 204. — L’oasis de Biskra arrosée par
l’oued, 205. — Culture du Dattier, 207. — Fécondation du Figuier, 209.
— Construction des maisons, 209. — La plaine salée, 210. — Monotonie
de la flore, 211. — Accumulation de sable entre les rameaux, 212. —
Sécrétion de sels déliquescents, 212. — Salsolacées charnues, 214. —
Plantes hygroscopiques : Rose de Jéricho et Main de Fatma, 214. —
Plantes éphémères, 217. — Le Guetaf comme fourrage, 217. — Flore du
désert sableux, 218. — Le caravansérail de Chegga, 220. — Élimination
des sels encombrants, 222. — Mirages sur le chott Melrhir, 223. — La
structure du Sahara, 225. — L’oasis d’Ourhir, avec puits artésiens,
227. — Un jardin à fleurs, 229. — Un village de l’oued Rirh, 230. — Le
désert gypseux, 230. — L’oasis d’Ayata, 232. — Mirages dans les
sebkha, 233.
=2. Les sables d’El Erg oriental=, 235.
A. _Dans les dunes du Souf_, 235.
Topographie et aspect du désert sableux, 235. — Graminacées à racines
horizontales et à poils radicaux persistants, 237. — Arbustes sans
feuilles, 239. — Fertilité relative des sables, 247. — Liste de
plantes récoltées en quatre jours, 242. — Les grandes dunes nues, 243.
— Les oasis enfoncées du Souf, 245. — Aspect des villes, 247. — Flore
adventice des oasis, 249.
B. _En remontant l’oued Mya_, 250.
Difficulté du voyage, 250. — Lutte pour l’existence entre végétaux,
251. — La « mer » de Temacin, 252. — Salsolacées et plantes sans
feuilles, 253. — Emploi des journées, 254. — Aspect général du pays,
256. — Liste de plantes récoltées en une demi journée, 258. — Misère
de la végétation, 259. — Moyens de protection des plantes contre la
sécheresse, 261. — Nécessité de la transpiration, 263. — Pollination
des fleurs, 264. — Deux journées de simoun, 265. — Observations
météorologiques, 271. — Action du simoun sur la végétation, 274. —
L’oasis et la ville de Ouargla, 275.
=3. Le désert pierreux=, 277.
Comparaison du désert alluvial et du désert éolien, avec le désert
déflatoire, 277. — Flore du hamâda, 280. — Aspect général du hamâda,
285. — L’eau de l’économie animale, 286. — Le régime des pluies dans
le Sahara, 289. — La circulation vitale de l’eau, 290. — Insectes
phytophages, 291. — Défense des plantes contre les Vertébrés, 292.
Moyens anatomiques, 294. Moyens chimiques, 295. Moyens biologiques,
297. Protection indirecte, 299. — Les Beni-Mzab, 301. — Les oasis de
l’oued Mzab, arrosées par des puits non jaillissants, 302. — Sélection
opérée par les herbivores dans la flore de l’oued, 305. — Orientation
des feuilles du Caprier, 307. — La Pépinière de la garnison, à
Ghardaïa, 307. — La végétation de la Chebka, 308. — L’oasis de
Berrîan, 310. — Le premier arbre ; un Betoum, 311. — Les premiers
lichens, 312. — Les daya, 312. — Sécheresse des daya et extinction des
Betoum, 313. — Liste de plantes récoltées dans le désert, 315. —
Végétaux non mangeables, 315. — Une pluie qui n’atteint pas le sol,
316. — La végétation près de Laghouat, 317.
=4. Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna=, 318.
Plantes de rochers, 319. — L’oasis de Laghouat, 319. — Le plateau
entre Laghouat et Messaad, 320. — Moyens de dissémination des plantes
sahariennes, 321. — La steppe d’Alfa, 323. — Origine méditerranéene de
la flore du Sahara, 324. — Les hauts-plateaux de l’Atlas ; Alfa et
Chih, 326. — Les Terfes à Aïn-Smara, 327. — Flore méditerranéenne sur
le versant N. du haut-plateau, 328. — La plaine du Hodna, 329.
Conclusions, 330.
=Liste alphabétique des plantes citées.=
Abricotier, 310, 320, 323.
_Acacia_, 325.
_Acanthyllis tragacanthoides_, 318.
_Adiantum Capillus-Veneris_, 324.
_Ægilops_, 321.
Alfa, voir _Stipa tenacissima_.
Amarante, 229.
_Anabasis articulata_, 258, 309, 315, 316, 317, 320. — Désarticulation
des rameaux, 222, 225, 262. — Absence de feuilles, 254. — Racines
horizontales, 282. — Galles, 292.
_Anastatica hierochuntica_ (Main de Fatma), 216, 322.
_Anthemis monilicostata_, 242, 258.
_Anthyllis sericea_, 280, 282, 329. — Dissémination, 323.
_Antirrhinum ramosissimum_, 309.
_Anvillaea radiata_, 315.
_Aristida_. Dissémination, 322.
_Aristida ciliata_, 299.
_Aristida floccosa_, 239, 242, 257, 258, 280, 281, 284. — Poils
radicaux persistants, 238. — Insuffisance de la protection contre les
herbivores, 297.
_A. obtusa_, 211, 315.
_A. pungens_ (Drîn), 242, 243, 249, 258, 274, 281. — Racines
horizontales, 237, 282. — Protection contre la sécheresse, 263. —
Insuffisance de la protection contre les herbivores, 293, 298. —
Graines (loul), 294.
_Artemisia campestris_, 317, 318, 326, 327.
_A. Herba-alba_ (Chih), 299, 309, 311, 315, 317, 320, 323, 326, 327. —
Protection contre les herbivores, 300, 318.
_Arthrocnemon macrostachyum_, 214, 252, 330.
Asperge, 232.
_Asphodelus pendulinus_, 242. — Poils radicaux persistants, 238.
_Asteriscus pygmaeus_ (_Odontospermum pygmaeum_, Rose de Jéricho),
215, 314, 315, 322.
_A. graveolens_, 283.
_Astragalus Gombo_, 242.
_A. saharae_, 242.
_Atractylis flava_ var. _glabrescens_, 223.
_Atriplex Halimus_[10] (Guetaf), 330. Insuffisance de la protection
contre les herbivores, 217, 294, 305.
Betoum, voir _Pistacia atlantica_.
_Bubania Feei_, voir _Limoniastrum Feei_.
_Calligonum comosum_, 242, 257, 258, 281, 325. — Absence de feuilles,
239, 240, 254. — Longueur des racines, 239, 241, 282. — Pollination,
264. — Graines rongées, 292. — Dissémination, 322.
_Capparis spinosa_, 307, 325.
_Catananche caespitosa_, 328.
_Centaurea furfuracea_, 223.
_C. Parlatorei_, 328.
Chrysanthème, 230.
_Cistus_, 328.
_Citrullus Colocynthis_. Protection contre les herbivores, 295, 318. —
Atrophie des vrilles, 295.
_Cleome arabica_. Protection contre les herbivores, 296. —
Dissémination, 322.
_Convolvulus supinus_, 296.
_Cornulaca monacantha_, 253, 258.
_Coronilla juncea_ var. _Pomeli_, 313.
_Cutandia memphitica_, 242, 258. — Poils radicaux persistants, 238.
_Cyperus conglomeratus_, 242, 258. — Poils radicaux persistants, 238.
— Pollination, 264. — Protection contre les herbivores, 294.
_Daemia cordata_. Protection contre les herbivores, 296, 298. —
Dissémination, 323.
_Danthonia Forskahlei_, 240, 242, 249. — Poils radicaux persistants,
238.
Dattier, voir _Phoenix dactylifera_.
_Daucus pubescens_, 321.
_Deverra chlorantha_, 283, 309.
Drîn, voir _Aristida pungens_.
_Echinops spinosus_, 318.
_Echinopsilon muricatus_, 219, 222, 242, 330. — Plante annuelle, 242,
243.
_Echiochilon fruticosum_, 319.
_Emex spinosa_, 321.
_Enteromorpha_, 252.
_Ephedra alata_, 242, 257, 258, 325. — Absence de feuilles, 239, 240,
254, 281. — Racines horizontales, 238, 239, 282. — Fermeture des
stomates, 240, 260. — Pollination, 264. — Galle, 291. — Insuffisance
de la protection contre les herbivores, 293, 298. — Dissémination,
322.
_E. graeca_, 328.
_Eremobium lineare_, voir _Malcolmia aegyptiaca_.
_Erodium_. Dissémination, 323.
_E. glaucophyllum_, 280, 285.
_Erucaria Ægiceras_, 258.
_Eucalyptus_, 308.
_Euphorbia Guyoniana_, 242, 243, 249, 258, 274, 281. — Longueur des
racines verticales, 241, 282. — Rareté des feuilles, 254. — Revêtement
cireux, 262. — Pollination, 264. — Protection contre les herbivores,
296, 297, 298, 318.
_Fagonia_. Dissémination, 322.
_Fagonia glutinosa_, 283, 285.
_F. microphylla_, 283.
_Farsetia aegyptiaca_ et _F. linearis_, 299. — Graines rongées, 292. —
Dissémination, 322.
Figuier, 209, 310, 320, 323.
_Forskahlea tenacissima_, 322.
_Francoeria crispa_, 314.
_Frankenia pulverulenta_, 252.
_F. thymifolia_, 231, 330.
Froment, 323.
_Gaillardia_, 229.
_Genista capitellata_, 326, 329.
_G. saharae_, 242. — Absence de feuilles, 239, 240. — Insuffisance de
la protection contre les herbivores, 295, 298.
Grenadier, 209, 210, 320.
Guetaf, voir _Atriplex Halimus_.
_Gymnocarpon fruticosum_, 299, 309.
_Halocnemon strobilaceum_, 214, 225, 251, 252.
_Halogeton alopecuroides_, 283.
_Haloxylon articulatum_ (Remts), 309, 310, 315, 316, 317, 320. —
Dissémination, 322.
_Haplophyllum tuberculatum_. Protection contre les herbivores, 296,
298.
Harmel, voir _Peganum Harmala_.
_Helianthemum_, 283. — Pollination, 265.
_H. eremophilum_, 299.
_H. sessiliflorum_, 240, 242. — Absence de protection contre les
herbivores, 297.
_Heliotropium luteum_, 258.
_Henophytum deserti_, 254, 258, 299. — Graines rongées, 292. —
Dissémination, 322.
_Herniaria fruticosa_, 249, 283, 285.
_H. hemistemon_, 242.
_Hordeum maritimum_, 219.
_Ifloga spicata_, 242.
Jujubier, voir _Zizyphus Lotus_.
_Juniperus communis_, 328.
_J. Oxycedrus_, 326, 328.
Laurier-Rose, voir _Nerium Oleander_.
_Lavandula_, 328.
_Limoniastrum (Bubania) Feei_. Sécrétion de sels déliquescents, 259. —
Pollination, 265. — Dissémination, 322.
_Limoniastrum Guyonianum_ (Zeita), 214, 218, 222, 225, 251, 252, 258,
274, 323. — Accumulation de sable entre les rameaux, 212. — Sécrétion
de sels déliquescents, 213, 262. — Pollination, 265. — Racines
horizontales, 282. — Galle, 292.
_Linaria fruticosa_, 309, 310, 317.
_Lithospermum callosum_, 240, 242, 258. — Absence de protection contre
les herbivores, 297.
_Lygeum Spartum_, 315, 317, 326.
_Malcolmia aegyptiaca_ (_Eremobium lineare_), 242, 243, 249, 258.
Main de Fatma, voir _Anastatica hierochuntica_.
_Marrubium deserti_, 239, 309, 317. Dissémination, 323.
_Matthiola livida_, 258.
_Medicago_, 321.
_Monsonia nivea_, 240, 242, 249. — Pollination, 265. — Dissémination,
323.
_Montagnites Candollei_, 242, 243, 258.
_Nerium Oleander_ (Laurier-Rose), 321.
_Neurada procumbens_, 223. — Dissémination, 322.
_Nitraria tridentata_, 214, 222, 259. Accumulation de sable entre les
rameaux, 212. — Revêtement cireux, 262.
_Noaea spinosissima_, 315. — Dissémination, 322.
_Nolletia chrysocomoides_, 242.
_Odontospermum pygmaeum_, voir _Asteriscus pygmaeus_.
Œillet, 229.
_Olea europaea_ (Olivier), 209, 319, 323, 328.
_Ononis angustissima_, 309.
_O. serrata_, 242.
_Ophrys_, 324.
_Opuntia_, 308.
Oranger, 209.
Orge, 232, 323.
_Panicum turgidum_, 238.
_Peganum Harmala_ (Harmel), 315. — Protection contre les herbivores,
306, 309, 318, 327.
_Pennisetum dichotomum_. Poils radicaux persistants, 238. — Protection
contre les herbivores, 294.
_Periploca angustifolia_, 323.
_Phalaris minor_, 219.
_Phelipaea_, 242.
_Ph. lutea_. Protection contre les herbivores, 294.
_Phoenix dactylifera_ (Dattier), 207, 228, 246, 276, 303, 310, 320,
321.
_Pistacia atlantica_ (Betoum), 311, 313, 314, 320, 325.
_P. Lentiscus_, 328.
_Pinus halepensis_, 328.
_Plantago ciliata_, 249.
_Podaxon aegyptiacus_, 254, 258.
_Polycarpaea fragilis_, 242.
_Populus pyramidalis_, 320.
_Quercus Ballota_, 328.
_Randonia africana_, 253, 258. — Pollination, 265.
Remts, voir _Haloxylon articulatum_.
_Retama Raetam_, 258. — Absence de feuilles, 239, 240, 254. —
Protection contre la sécheresse, 263. — Racines horizontales, 282. —
Protection contre les herbivores, 295.
_R. sphaerocarpa_, 313, 323, 328.
_Rhamnus lycioides_, 328.
_Rhanterium adpressum_, 242, 282, 285. — Rareté des feuilles, 240,
254.
_Rhus Oxyacantha_, 319, 325.
Rose de Jéricho, voir _Asteriscus pygmaeus_.
Rosier, 229.
_Rosmarinus_, 328.
_Salsola_. Dissémination, 322.
_Salsola tetragona_, 253, 257, 258, 266, 325, 330.
_S. vermiculata_, 253, 258, 299.
_Sclerocephalus arabicus_, 321.
_Scrophularia saharae_, 254.
_Silene villosa_, 258. — Pollination, 265.
_Spitzelia saharae_, 258.
_Statice pruinosa_, 259, 319. Pollination, 265.
_Stipa gigantea_, 315.
_S. tenacissima_ (Alfa), 317, 320, 326, 327, 329.
_S. tortilis_, 219.
_Suaeda vermiculata_, 214, 222, 258.
_Tamarix_, 213, 219, 225, 233, 251, 252, 259, 269, 325, 330. — Sels
déliquescents, 213.
_Terfezia_, 328.
_Teucrium Polium_, 299, 317.
_Thapsia garganica_, 327.
_Tirmania_, 328.
_Thymelaea microphylla_, 299, 318. — Protection contre les herbivores,
300, 329.
_Traganum nudatum_, 253, 258, 282.
_Tropaeolum_, 230.
_Tylostoma volvulatum_ 254.
Vigne, 230, 310.
Zeita, voir _Limoniastrum Guyonianum_.
_Zilla macroptera_, 295, 298, 313. — Dissémination, 322.
_Zizyphus Lotus_ (Jujubier), 219, 313, 315, 319, 325.
_Zollikofferia mucronata_, 299.
_Z. resedifolia_, 242, 258. — Protection contre les herbivores, 297.
_Z. spinosa_, 319, 320.
_Zygophyllum_. Dissémination, 322.
_Z. Geslini_, 249.
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Gand, impr. C. Annoot-Braeckman, Ad. Hoste, succr.